Michel Serres : le goût de l’optimisme.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 3 juin 2019 11h09 | Ajouter un commentaire

Le philosophe et académicien Michel Serres est mort samedi à l’âge de 88 ans. Dans ses livres mais aussi à la radio, il avait su rendre accessible avec bonne humeur, les concepts les plus ardus.

Ce n’est pas tous les jours que l’ensemble de la presse ou quasiment publie à sa une la photo d’un philosophe. Or c’est le cas ce matin aussi bien dans la presse belge que française. Il faut dire qu’il avait une bonne tête Michel Serres un œil malicieux et un sourire taquin. Sa voix aussi, un peu haut perchée mais qu’on avait tout de suite envie d’écouter. Pendant longtemps il a tenu une chronique sur France Info, c’était le genre de conversation agréable, de digression passionnante sur les sujets les plus divers que vous écoutiez au volant, et qui tout d’un coup vous donnait, un court instant, l’impression d’être en peu intelligent.

Ancré dans réel.

Ce matin parmi les articles qui lui sont  consacré j’ai trouvé une phrase qui le définissait bien : Le philosophe et mathématicien gascon, d’une curiosité intarissable, a passé son existence à donner du corps à sa matière en l’ancrant dans le réel et la nature. A la question «que faut-il pour être philosophe ?» il répondait toujours : «Il faut voyager.» Et c’est ça peut être qui le rendait si génial et si populaire, loin des cabinets poussiéreux, et des cénacles élitistes aux phrases jargonnantes il avait ancré la philosophie dans la vie. Cette vie qui l’avait comblé et qui le rendait optimiste. Malgré son âge,  il était tout sauf un passéiste amer, pas du tout du genre à vous dire «  c’était mieux avant »…

Un homme de son temps.

Au contraire, il prenait la nouveauté et le changement comme quelque chose de naturel qu’il fallait accepter, le monde change ? Hé bien oui, le monde change et alors ? En 2012 il y avait consacré un essai : Petite Poucette. Le titre faisait à la fois référence au petit poucet, et au pouce que les « digitals natives » utilisent sur leurs smartphones. Loin de considérer l’apparition de la culture numérique comme un danger, il voulait y voir une mutation majeure, une révolution anthropologique  qui au final rendrait l’homme plus intelligent. Persuadé que les jeunes  d’aujourd’hui ont  accès à beaucoup plus de savoir que leurs ainés.  et quand on évoquait avec lui les dérives du tout digital, il prônait l’indulgence disant que ces premières générations confrontées à ce nouveau monde avait bien le droit de faire ses expériences.

Tintin contre Astérix.

Petit clin d’œil à notre belgitude en matière de bd, Michel Serres était un grand fan de Tintin, il expliquait que Tintin l’avait sauvé de la déprime et du désespoir pendant la guerre quand il était enfant…Il en était resté reconnaissant à Hergé, et le disait souvent.

En revanche, bien que Français il n’aimait pas les aventures d’Astérix le Gaulois qui pour lui était une sorte d’éloge de la guerre, avec ses bagarres constantes, et de la consommation de drogue …à cause de la potion magique !  Mais comme l’écrivait un de ses amis ce matin,  il se donnait aussi le droit, parfois, de se tromper.

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