Algérie : Bouteflika ruse ou raison ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 12 mars 2019 09h39 | Ajouter un commentaire

En Algérie la rue a gagné, le président Bouteflika ne briguera finalement pas un cinquième mandat. Il propose à la place une importante réforme constitutionnelle…et l’organisation d’élections libres d’ici un an.

Le président Bouteflika

 

S’il y a une leçon à tirer de ce qui s‘est passé en Algérie c’est d’abord la démonstration qu’une mobilisation importante mais pacifique, peut faire fléchir un pouvoir. Même un pouvoir cadenassé par les militaires, comme l’est celui qui dirige l’Algérie depuis l’indépendance. On peut aussi d’ailleurs rendre hommage à ce pouvoir qui n’a pas réprimé ces manifestations par une violence excessive, et qui finalement s’est rendu à la raison.

La crainte du chaos.

Pourquoi le FLN, le Front de Libération National,  souhaitait-il qu’Abdelaziz Bouteflika malgré son état de santé rempile une cinquième fois ? Tout simplement pour garder ses privilèges mais aussi par peur de l’inconnu. En 1991, la dernière élection libres en Algérie, avait donné une large victoire aux islamique du FIS, provoquant un coup d’Etat militaire. Conséquence une guerre civile qui a durée des années et fait près de 200 000 morts. L’élection de Bouteflika, une des figures de l’indépendance, en 1999 a coïncidé avec le retour de la stabilité dans le pays.  Alors la tentation était grande de lui faire accomplir  un mandat de plus. Le scénario originel était qu’il soit réélu, mais pour réformer la constitution et proposer d’autres élections auxquelles il ne participerait pas. La rue a considéré qu’il s’agissait d’une entourloupe et les mobilisations ont repris de plus belle…

Un parfum d’autrefois.

Trois semaines de foule dans la rue ça commençait à faire beaucoup, d’autant que pour ceux qui aiment les symboles ces manifestation se déroulaient dans le centre d’Alger près de la grand poste, en face de l’hôtel Albert1er, (oui le nôtre) et à deux pas du siège du gouvernement. Là, où ont eu lieu les plus grands rassemblements pendant la guerre d’indépendance. D’ici que certains décident de passer de la manifestation à l’insurrection, ce n’était peut-être pas la peine de tenter le diable…

Bouteflika la voie (à défaut de voix) de la sagesse ?

Le scénario a donc été revu et les élections repoussées. Bouteflika reste président  provisoirement et un nouveau premier ministre a été nommé : Noureddine Bédouin jusqu’alors ministre de l’intérieur. Il sera secondé par un vice-premier ministre, Ramtane Lamamra un diplomate très expérimenté, ancien ministre des Affaires Etrangères, très bon négociateur, et qui a déjà tenu des propos rassurants. C’est cette équipe qui mènera la réforme de la constitution ( soumise à référendum) puis organisera, probablement fin 2019 ou début 2020, des élections libres. Elections que le clan au pouvoir a toutes les chances de remporter car il possède de puissants leviers sur la société. Mais ce n’est qu’un début,  et au risque de paraître naïf, on assiste peut être en Algérie au début d’un processus comme ceux qu’on a connu en Afrique du sud ou en URSS.

Alors plutôt que de sortir de l’histoire comme un pantin, Abdelaziz Bouteflika y entrerait comme Gorbatchev ou Frederik De Klerk.

  • 0
  • 0
  • 0
  • 0

Laisser un commentaire

  * champ obligatoire

0 réaction à “Algérie : Bouteflika ruse ou raison ?”

  1. Aucun commentaire