Bouteflika candidat fantôme.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 4 mars 2019 09h59 | Ajouter un commentaire

Fin du suspense en Algérie, Abdelaziz Bouteflika, le président sortant,  a déposé dimanche 3 Mars sa candidature à la présidentielle, malgré une nouvelle journée de contestation dans le pays. Dans une lettre, il a promis, s’il était élu le 18 avril, l’organisation d’une élection anticipée pour assurer sa succession.

Abdelaziz Bouteflika portrait officiel ( en 1999)

Au vu de l’ampleur des manifestations ces derniers jours en Algérie, on aurait pu croire que la raison l’emporterait que le prédisent Bouteflika renoncerait à un cinquième mandat. Peine perdue hier soir avant minuit ses partisans ont déposé les signatures de soutien nécessaires à sa candidature. Dans sa lettre au peuple algérien, lue par son nouveau  directeur de campagne, le vieux président, 82 ans depuis samedi, s’est engagé à organiser une conférence nationale puis à céder le pouvoir après des élections anticipées… à une date qui reste à déterminer.

Un président diminué.

Il n’est pas  sur que ces promesses suffisent à calmer la rue tant cette candidature ressemble à une mascarade. Bouteflika n’est même pas présent en Algérie, il est en Suisse depuis plusieurs jours pour y recevoir des soins. Des analyses de routine selon ses proches, mais une dégradation de son état de santé n’est pas à exclure. Depuis son AVC en 2013, il se déplace en fauteuil roulant et limite ses apparitions publiques,  la dernière date de novembre 2018. Bien entendu on peut nourrir les plus grands doutes sur sa capacité à diriger réellement le pays.

Les raisons d’un 5ème mandat.

Mais pourquoi le FLN, le Front National de Libérations,  le parti au pouvoir, soutenu par l’armée, tient-il absolument à faire élire ce vieillard infirme ? Pour deux raisons d’abord parce que c’est une garantie contre l’inconnu et que les apparatchiks peuvent rester en place. Ensuite par ce qu’il reste un personnage quasi mythique, l’un des pères de l’indépendance . En 1962 il fut le premier ministre des affaires étrangères d l’Algérie indépendante…. il avait alors 25 ans. Or depuis cette époque seuls des combattants de la guerre d’indépendance ont pu accéder à la magistrature suprême. C’est tout le problème,  l’Algérie n’arrive pas à faire émerger une nouvelle classe politique dont la légitimité ne reposerait plus sur la guerre contre la France, mais sur une réelle capacité à gérer ce pays de 41 millions d‘habitants disposant d’immense réserves de gaz et de pétrole.

Que fera la rue ?

L’Algérie peine à passer le cap, et à s’inventer une vie politique post FLN. A tel point que le principal adversaire de Bouteflika Ali Benflis, un ancien premier ministre, a refusé de se présenter estimant que la présidentielle n’avait aucun sens dans les circonstances actuelles. « Ma place n’est plus dans une compétition électorale dont notre peuple (…) dénonce avec vigueur le caractère biaisé et faussé. Le peuple a pris la parole et je l’ai entendu ».

On verra si les manifestations continuent ces prochains jours. Il n’y a pas eu de printemps arabe en Algérie, en 2010, traumatisé par la guerre civile des années 90 le pays ( sévèrement  tenu par l’armée ) est resté calme. Depuis la donne a changé et cette 5ème candidature de Bouteflika pourrait bien se jouer dans la rue, plutôt que dans les urnes…

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