Archives du mars, 2019

Danneels : le Belge qui aurait pu être pape

Par Christophe Giltay dans Divers , le 15 mars 2019 11h44 | Ajouter un commentaire

Les obsèques du cardinal Danneels auront lieu vendredi prochain à Malines. Depuis l’annonce de son décès on a beaucoup parlé de son parcours, de son sens du dialogue, mais aussi de ses zones d’ombre.  Une question demeure aurait – il réellement pu devenir pape en 2005, après le décès de Jean Paul II ?

 

 

Le 6 avril 2005, Godfried Danneels qui était cardinal donc électeur du pape, arrive à Rome pour participer au conclave. Il y avait des dizaines de  journalistes à l’aéroport de Fiumicino , qui attendaient tous l’arrivée des prélats du monde entier qui descendaient pratiquement de chaque avion. A ma grande surprise, Monseigneur Danneels suscitait un intérêt particulier, ce fut une vrai cohue pour arriver à l’interviewer, entre les reporters français, anglais, allemands, italiens.

Papabile en 2005 ?

C’est là que je lui ai demandé s’il avait mis ses affaires en ordre à Malines avant de quitter la Belgique. Car quand on est élu pape, on ne rentre pas chez soi chercher un truc qu’on a oublié, on commence tout de suite et ça n’arrête plus, et pas question d‘aller en vacances à Blankenberge. Le cardinal étonné par ma question  m’a avait d’abord répondu très sérieusement :  « Mais mes affaires ont toujours en ordre… » et puis comme on dit en Belgique « son franc est tombé  » il a compris,  alors dans un éclat de rire il m’a dit « faut pas exagérer tout de même… »

Faiseur de Pape.

Or j’étais très sérieux et je n’étais pas le seul. Le cardinal Danneels faisait bel et bien partie des papabili, un journaliste de la croix m’avait dit que s’il ne devenait pas pape lui-même, il pouvait être faiseur de pape, car c’était une  personnalité centrale qui pouvait concilier les conservateurs et les progressistes. Conformément aux règles canoniques,  il a toujours refusé d’expliquer ce qui s’était passé lors des deux conclaves qu’il a connu en 2005 et 2013, mais on sait qu’il y a  joué un rôle,  et que ce rôle a très probablement servi à la cause de Jorge Mario Bergolio, le futur Pape François dont on oublie que déjà en 2005 il fut le principal adversaire du cardinal Ratzinger, Benoit XVI.  Le contraste est frappant entre la déception de Godfried Danneels le soir de l’élection de ce dernier, et le vrai bonheur qu’il a vécu lors de l’arrivée de François. Compte tenu de ses fonctions au sacré collège il était même présent  à ses côtés au balcon de Saint Pierre quand François y est apparu pour la première fois, ce fut probablement le plus grand souvenir de sa vie.

Un Belge successeur de Pierre ?

Alors faiseur de pape oui, mais Pape lui-même ? Il en avait en tout ça les capacité. Théologien, diplômé de l’Université d Louvain et de la grégorienne de Rome ; polyglotte ( néerlandais, français, anglais, italiens, latin et même un peu d‘allemand ) ; doté d’une grande expérience pastorale, évêque dès l’âge de 44 ans ; moderne sur la forme mais strict sur le fond, il aurait pu s’asseoir sur le trône de Saint Pierre. Pascal Vrebos lui avait demandé un jour : « Et si vous étiez élu vous accepteriez la charge ? »  réponse : « si vous collègue vous choisissent, sauf problème médical, on ne peut pas refuser »…

L’esprit saint en a décidé autrement il faut dire qu’après un pape polonais, un belge, ç’aurait peut-être été un peu « too much. »

Brexit, la perversion du référendum

Par Christophe Giltay dans Divers , le 14 mars 2019 14h15 | Ajouter un commentaire

Les députés britanniques ont donc rejeté une fois de plus l’accord sur le Brexit présenté par Theresa May. Il n’y a donc plus que deux solutions , une sortie de l’Europe sans accord, ou le report du Brexit. Cette crise sans fin nous montre à tel point le référendum est loin d’être la meilleures solution aux problèmes complexes.  

 

On se plaint souvent en Belgique de ne pas disposer du référendum comme arme politique. on oublie que le seul qu’on ait connu, sur le retour de Léopold III en 1950 s’est transformé en crise encore plus grave que le Brexit . Il a donné des résultats asymétriques entre la Flandre et la Wallonie. Au final alors que la réponse avait été oui , Léopold III a quand même du abdique , après des journées de crise, de manifestations et même des morts.

Un référendum ça se prépare.

En fait un référendum n’est vraiment efficace que quand il confirme un projet de loi déjà mûrement discuté et élaboré par un gouvernement ou un parlement. Alors o peut poser au peuple la quesiton approuvez-vous la li qui décide ceci oiu cela. En clair les Anglais auraient du d’abord négocier un accord sur le Brexit puis le soumettre au référendum, et là, le peuple aurait dit : « d’accord on sort dans ces conditions  » ou  » on ne sort pas » . Tandis que là on leur a demandé : « voulez-vous sortir ou non ?  On discutera des conditions après.

Une campagne mensongère 

Or ça ne marche pas parce que ceux qui ont voté oui au Brexit ont voté pour des raisons très diverses, et souvent d’ailleurs de fausses raisons, car la campagne pro Brexit a été largement mensongère. Résultat on n’arrive pas à boucler un accord et les derniers sondages donnent 54% au non, si jamais il devait y avoir un second référendum.

Référendum ou plébiscite ?

Sans oublier que les référendums ont toujours un effet pervers les électeurs peuvent aussi voter pour ou contre le gouvernement  quelque soit la question. On a alors affaire au référendum plébiscite tel que le concevait le général de Gaulle qui posait des questions diverses avec toujours en filigrane cette menace : » si vous répondez non je m’en vais ». En Avril 1969 les Français ont dit non à une réforme très technique sur les régions et le Sénat, conséquence le général De Gaulle a démissionné de l’Elysée.

Cameron: l’apprenti sorcier.

Maintenant Thérésa May se retrouve dans une situation impossible, mais le vrai coupable c’est son prédécesseur, James Cameron. Persuadé que le Brexit serait rejeté, il a organisé ce référendum d’apprenti sorcier pour se maintenir au pouvoir, provoquant une catastrophe. Malheureusement contrairement au poème de Goethe qui a inspiré  Paul Dukas et Walt Disney, il n’y a pas ici de magicien qui pourrait tout rétablir d’un coup de baguette magique.

 

 

Algérie : Bouteflika ruse ou raison ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 12 mars 2019 09h39 | Ajouter un commentaire

En Algérie la rue a gagné, le président Bouteflika ne briguera finalement pas un cinquième mandat. Il propose à la place une importante réforme constitutionnelle…et l’organisation d’élections libres d’ici un an.

Le président Bouteflika

 

S’il y a une leçon à tirer de ce qui s‘est passé en Algérie c’est d’abord la démonstration qu’une mobilisation importante mais pacifique, peut faire fléchir un pouvoir. Même un pouvoir cadenassé par les militaires, comme l’est celui qui dirige l’Algérie depuis l’indépendance. On peut aussi d’ailleurs rendre hommage à ce pouvoir qui n’a pas réprimé ces manifestations par une violence excessive, et qui finalement s’est rendu à la raison.

La crainte du chaos.

Pourquoi le FLN, le Front de Libération National,  souhaitait-il qu’Abdelaziz Bouteflika malgré son état de santé rempile une cinquième fois ? Tout simplement pour garder ses privilèges mais aussi par peur de l’inconnu. En 1991, la dernière élection libres en Algérie, avait donné une large victoire aux islamique du FIS, provoquant un coup d’Etat militaire. Conséquence une guerre civile qui a durée des années et fait près de 200 000 morts. L’élection de Bouteflika, une des figures de l’indépendance, en 1999 a coïncidé avec le retour de la stabilité dans le pays.  Alors la tentation était grande de lui faire accomplir  un mandat de plus. Le scénario originel était qu’il soit réélu, mais pour réformer la constitution et proposer d’autres élections auxquelles il ne participerait pas. La rue a considéré qu’il s’agissait d’une entourloupe et les mobilisations ont repris de plus belle…

Un parfum d’autrefois.

Trois semaines de foule dans la rue ça commençait à faire beaucoup, d’autant que pour ceux qui aiment les symboles ces manifestation se déroulaient dans le centre d’Alger près de la grand poste, en face de l’hôtel Albert1er, (oui le nôtre) et à deux pas du siège du gouvernement. Là, où ont eu lieu les plus grands rassemblements pendant la guerre d’indépendance. D’ici que certains décident de passer de la manifestation à l’insurrection, ce n’était peut-être pas la peine de tenter le diable…

Bouteflika la voie (à défaut de voix) de la sagesse ?

Le scénario a donc été revu et les élections repoussées. Bouteflika reste président  provisoirement et un nouveau premier ministre a été nommé : Noureddine Bédouin jusqu’alors ministre de l’intérieur. Il sera secondé par un vice-premier ministre, Ramtane Lamamra un diplomate très expérimenté, ancien ministre des Affaires Etrangères, très bon négociateur, et qui a déjà tenu des propos rassurants. C’est cette équipe qui mènera la réforme de la constitution ( soumise à référendum) puis organisera, probablement fin 2019 ou début 2020, des élections libres. Elections que le clan au pouvoir a toutes les chances de remporter car il possède de puissants leviers sur la société. Mais ce n’est qu’un début,  et au risque de paraître naïf, on assiste peut être en Algérie au début d’un processus comme ceux qu’on a connu en Afrique du sud ou en URSS.

Alors plutôt que de sortir de l’histoire comme un pantin, Abdelaziz Bouteflika y entrerait comme Gorbatchev ou Frederik De Klerk.

Macron écrit aux Européens

Par Christophe Giltay dans Divers , le 5 mars 2019 09h02 | Un commentaire>

Emmanuel Macron fait paraître ce mardi, dans des quotidiens des 28 Etats membres de l’Union Européenne, dont la Libre en Belgique,  une longue tribune qui invite à une «renaissance européenne». Il lance ainsi sa campagne tout en voulant combattre concrètement les populistes et les eurosceptiques.

Emmanuel Macron a trouvé son rôle historique, il veut sauver et relancer l’Europe,  et il veut le faire directement avec les peuples et non pas depuis Bruxelles par une évolution institutionnelle ou technocratique. D’ailleurs en France, c’est tout un symbole, sa tribune n’a pas été publiée par le Figaro ou le Monde, mais par le Parisien,  un journal Populaire, et par des titres de la presse régionale. A ce sujet les premières lignes de son message sont très claires : «  Citoyens d’Europe, si je prends la liberté de m’adresser directement à vous ce n’est pas uniquement au nom de l’histoire et des valeurs qui nous rassemblent. C’est parce qu’il y a urgence …jamais depuis la seconde guerre mondiale l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant jamais l’Europe n’a été aussi en danger. » 

Liberté, protection, progrès.

En résumé, il y a urgence pour sauver et renforcer le modèle démocratique européen. Un modèle qui repose selon lui sur la liberté la protection et le progrès. Il avance un certain nombre de propositions concrètes, comme la création d’une «banque européenne» pour financer la transition écologique, ou encore l’organisation de moments délibératifs dans toute l’Europe, un peu sur le modèle du grand débat qu’il mène actuellement en France, avec un certain succès.

Leadership europhile .

Faut-il encore que les autres suivent… En 2017 Emmanuel Macron avait proposé des listes transnationales pour ces élections européennes, et sa proposition a fait flop. Cette fois on devine qu’il veut incarner le leadership des europhiles face aux populistes et autres « brexiteurs ». On aurait ainsi deux camps en Europe, ceux qui veulent continuer et progresser dans la construction européenne et les autres, adeptes du repli national.  C’est d’ailleurs pour ça qu’il met la protection, au cÅ“ur de son texte contrairement à ce que disent les eurosceptiques pour lui l’Europe ce n’est pas le danger, c’est la sécurité…et le salut ne viendra pas de la fermeture mais de l’ouverture .

Non au repli.

On est en plein dans les ambitions des pères fondateurs et à mille lieues des discours que tiennent les gouvernements hongrois ou autrichien par exemple. Quant à l’Italie Emmanuel Macron s’est fendu dimanche soir d’une opération de séduction, en répondant à une longue interview sur la RAI. Il a qualifié la récente crise entre Rome et Paris de péripétie et invité le président Sergio Matarella à venir fêter à Amboise le 2 mai, les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci.

L’Europe « En Marche ».

Maintenant comment va se concrétiser dans la campagne cette offensive macaroniste. Va-t-on voir apparaitre des listes de son mouvement « En Marche » dans d’autres pays que la France…Ou va-t-il fédérer une sorte de coalition avec pour ambition de détrôner le binôme « Socialistes- Démocrates chrétiens ? ». Certains leaders européens commencent à s’en inquiéter. Avec son élection en 2017 en France, Emmanuel Macron a atomisé la classe politique, aussi bien à droite qu’à gauche. Il pourrait tenter de réitérer l’opération à Strasbourg et à Bruxelles.

Bouteflika candidat fantôme.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 4 mars 2019 09h59 | Ajouter un commentaire

Fin du suspense en Algérie, Abdelaziz Bouteflika, le président sortant,  a déposé dimanche 3 Mars sa candidature à la présidentielle, malgré une nouvelle journée de contestation dans le pays. Dans une lettre, il a promis, s’il était élu le 18 avril, l’organisation d’une élection anticipée pour assurer sa succession.

Abdelaziz Bouteflika portrait officiel ( en 1999)

Au vu de l’ampleur des manifestations ces derniers jours en Algérie, on aurait pu croire que la raison l’emporterait que le prédisent Bouteflika renoncerait à un cinquième mandat. Peine perdue hier soir avant minuit ses partisans ont déposé les signatures de soutien nécessaires à sa candidature. Dans sa lettre au peuple algérien, lue par son nouveau  directeur de campagne, le vieux président, 82 ans depuis samedi, s’est engagé à organiser une conférence nationale puis à céder le pouvoir après des élections anticipées… à une date qui reste à déterminer.

Un président diminué.

Il n’est pas  sur que ces promesses suffisent à calmer la rue tant cette candidature ressemble à une mascarade. Bouteflika n’est même pas présent en Algérie, il est en Suisse depuis plusieurs jours pour y recevoir des soins. Des analyses de routine selon ses proches, mais une dégradation de son état de santé n’est pas à exclure. Depuis son AVC en 2013, il se déplace en fauteuil roulant et limite ses apparitions publiques,  la dernière date de novembre 2018. Bien entendu on peut nourrir les plus grands doutes sur sa capacité à diriger réellement le pays.

Les raisons d’un 5ème mandat.

Mais pourquoi le FLN, le Front National de Libérations,  le parti au pouvoir, soutenu par l’armée, tient-il absolument à faire élire ce vieillard infirme ? Pour deux raisons d’abord parce que c’est une garantie contre l’inconnu et que les apparatchiks peuvent rester en place. Ensuite par ce qu’il reste un personnage quasi mythique, l’un des pères de l’indépendance . En 1962 il fut le premier ministre des affaires étrangères d l’Algérie indépendante…. il avait alors 25 ans. Or depuis cette époque seuls des combattants de la guerre d’indépendance ont pu accéder à la magistrature suprême. C’est tout le problème,  l’Algérie n’arrive pas à faire émerger une nouvelle classe politique dont la légitimité ne reposerait plus sur la guerre contre la France, mais sur une réelle capacité à gérer ce pays de 41 millions d‘habitants disposant d’immense réserves de gaz et de pétrole.

Que fera la rue ?

L’Algérie peine à passer le cap, et à s’inventer une vie politique post FLN. A tel point que le principal adversaire de Bouteflika Ali Benflis, un ancien premier ministre, a refusé de se présenter estimant que la présidentielle n’avait aucun sens dans les circonstances actuelles. « Ma place n’est plus dans une compétition électorale dont notre peuple (…) dénonce avec vigueur le caractère biaisé et faussé. Le peuple a pris la parole et je l’ai entendu ».

On verra si les manifestations continuent ces prochains jours. Il n’y a pas eu de printemps arabe en Algérie, en 2010, traumatisé par la guerre civile des années 90 le pays ( sévèrement  tenu par l’armée ) est resté calme. Depuis la donne a changé et cette 5ème candidature de Bouteflika pourrait bien se jouer dans la rue, plutôt que dans les urnes…