Archives du décembre, 2018

Chekatt : un profil pas si rare.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 14 décembre 2018 11h02 | Ajouter un commentaire

Cheriff Chekatt l’auteur présumé de l’attentat de Strasbourg a été abattu par la police hier soir près de son domicile. Depuis 2008 il naviguait entre délinquance et islam radical. Surveillé par la police il n’était pas, jusqu’alors, considéré comme l’un des plus dangereux dans le milieu où il évoluait.

 

Jeudi soir dans les rues de Strasbourg des voitures ont Klaxonné comme un soir de victoire au football. Soulagement d’une population qui depuis 48h, redoutait un autre attentat de la part du fuyard. On connait maintenant les circonstances de sa neutralisation. Chérif  Chekatt,  qui se savait repéré a tiré sur une voiture de police en patrouille. Les policiers ont riposté et l’ont abattu sans coup férir.

Soldat de Daesh.

Le marché de Noël de Strasbourg va pouvoir rouvrir et la vie reprendre son cours normal. Mais mille questions restent posée, car comme à chaque fois ou presque le terroriste a choisi de mourir en affrontant les forces de l’ordre. C’est la stratégie classique prônée par Daesh. Le prétendu état islamique qui a d’ailleurs reconnu Chekatt comme l’un de ses soldats, via son agence de propagande.

Des questions sans réponse.

Il n’y aura donc pas de procès et l’on ne pourra pas répondre aux deux questions qui nous obsèdent. Comment et pourquoi un petit délinquant au casier judiciaire chargé, peut-il passer du banditisme à l’islamisme. Une chose est sure il s’est radicalisé en prison, puisque dès 2008, il affichait une photo d’Oussama  Ben Laden dans sa cellule. Il était on le sait dûment fiché et même suivi par les services de sécurité intérieure, mais les agents de renseignement ne le considéraient pas comme l’un des plus susceptibles de passer à l’acte. Des profils comme le sien il y a plusieurs à Strasbourg. D’ailleurs deux de ses trois complices arrêtés mardi pour une affaire d’agression qui n’a rien à voir avec le terrorisme, étaient également « fichés S. »

Un univers particulier.

C’est, comme l’écrit le journal Libération, un univers poreux, où se mêlent petites frappes, délinquants multi condamnés endurcis par la prison, et salafistes alsaciens. Ce qui signifie clairement que Daesh dispose de réserves. Il ne s’agit plus de commandos entrainés, envoyés depuis la Syrie comme pour les attentats de Paris, mais des délinquant qui mènent leur vie de délinquant et qui à la suite d’un élément déclencheur basculent. C’est probablement ce qui s’est passé mardi avec Chekatt. Echappant à une descente de police pour cette affaire d’agression, il a transformé sa cavale de truand en épopée terroriste, selon le mode opératoire désormais bien connu. Je fais le maximum de victime prises au hasard. Puis je repends la fuite. Si possible je me retranche quelque part avec des otages, enfin je meurs en martyr  en affrontant la police les armes à la main… Par chance Chekatt n’a pas eu l’occasion de prendre des otages.

La radicalisation en prison.

Combien sont -ils comme lui, embrigadés, conditionnés pour reproduire ces équipées meurtrières ? On le sait c’est en prison que tout se passe, le problème c’est que toutes les tentatives pour empêcher la contamination ont jusqu’à présent échoué.

Strasbourg : Entre sécurité et liberté.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 13 décembre 2018 08h20 | Ajouter un commentaire

Contrairement aux autres attentats celui de Strasbourg n’a pas provoqué en France de trêve politique. Dès mardi des voix se sont élevées pour exiger un durcissement de la loi et notamment l’interpellation préventive des individus fiché pour risque de terrorisme. C’est tout le débat entre sécurité et libertés publiques qui est relancé.  

 

A peine l’attentat de Strasbourg révélé par les médias Laurent Wauquiez le chef du parti les Républicain, le parti de Nicolas Sarkozy, a relancé la polémique sur un éventuel durcissement de la politique de sécurité en France . Avec son parti il réclame : le retour à l’état d’urgence, la rétention administrative des « fichés S » les plus dangereux et l’expulsion de ceux qui parmi eux sont étrangers. Des exigences qui sont en gros les mêmes que celles de Marine Le Pen, elle aussi très vite montée au créneau.

Un mode de vie.

Malgré les 250 morts provoqués par le terrorisme depuis 2015, la France a jusqu’à présent réussi à conserver un mode de vie démocratique et libéral. On le sait et on le voit avec les cibles choisies, salles de spectacles, terrasses de café, centre commerciaux, marchés de Noël, les terroristes veulent détruire ce mode de vie. Jusqu’à présent, en France en Belgique en Angleterre, en Allemagne, en Espagne on a réussi à le maintenir tout en déployant des forces de sécurité plus importantes qu’autrefois…

Etat d’urgence ?

Bien sur le risque zéro n’existe pas. Et il n’existait pas non plus à l’époque de la guillotine. On pourrait effectivement rétablir l’état d’urgence, mais ces dernières années de nombreuses lois ont été votées qui le rende presque inutile.  Certes sous état d’urgence on pourrait par exemple interdire les manifestations. D’où ces fausses nouvelles, ces « fake news » qui circulent sur internet disant que l’attentat de Strasbourg est instrumentalisé par le pourvoir pour casser le mouvement des gilets jaunes. C’est bien sûr complètement faux, scandaleux et crétin, et il ne faut donc pas que le gouvernement français tombe dans ce piège. Même si les gilets jaunes mobilisent des forces de police qui seraient surement plus utiles ailleurs.

Fichés S ?

Quant aux « fichés S »  pour terrorisme. Ils sont plus de 10 000…On ne peut pas dans un état démocratique emprisonner 10 000 personnes uniquement sur des soupçons. Oui l’assassin de Strasbourg était un délinquant multirécidiviste et abondement fiché. Mais le problème c’est peut-être plus sa radicalisation en prison  que le fait de l’avoir laissé sortir après sa peine. Comment transforme-t-on un truand ordinaire, en soldat de Daesh ?

Expulsion ?

Enfin l’expulsion, la déportation, le bagne, ça n’a jamais réglé aucun problème. Au XIX ème siècle les Anglais ont essayé d’envoyer leurs délinquants en Australie. Ca n’a supprimé ni le crime, ni la misère.

Non !  Il n’y a pas de solution miracle. Il faut continuer à naviguer prudemment entre vigilance et liberté. Parce que c’est le jour où nous auront transformé nos démocraties en états totalitaires que les terroristes auront gagné.

Macron lâche 10 milliards.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 11 décembre 2018 10h03 | Ajouter un commentaire

En France Emmanuel Macron a pris la parole hier soir en direct à la télévision. Lors de cette allocution de 13 minutes, le président de la République a réalisé un mea culpa au sujet de son attitude et déployé une série de mesures pour tenter de calmer la colère qui s’exprime depuis plusieurs semaines. La décision la plus représentative est l’augmentation du salaire minimum de 100 euros. Mais il n’est pas sûr que cela suffise à renvoyer les gilets jaunes dans leurs foyers.

 

Visiblement tendu et conscient de l’enjeu, Emmanuel Macron a commencé son discours en dénonçant les violences des deux derniers samedi, « il n’y aura aucune indulgence » a-t-il dit, il ne pouvait pas faire moins. Mais très vite  il est passé au concret et il effectivement annoncé plusieurs mesures à destination des revenus les plus modestes : augmentation du salaire minimum de 100 euros, il passerait donc  (environ) de 1300 à 1400 euros net, ce n’est pas négligeable ;  les hausses de cotisations sociales sont supprimées pour les petites retraites ; comme sous Nicolas Sarkozy les heures supplémentaires vont de nouveau être défiscalisées…souvenez-vous travailler plus pour gagner plus ! Et le président a également demandé aux chefs d’entreprises qui le peuvent d’accorder des primes de fin d’année.

Des concessions suffisantes ?

C’est indubitablement du concret qui aurait probablement suffit à calmer le jeu il y a encore quinze jours. Mais ce pouvoir court après le temps ! Quand il annoncé la suppression de l’augmentation des taxe sur les carburants, il avait là aussi 15 jours de retard sur les revendications. Cette fois tout dépend de l’impact qu’auront ces annonces. L’augmentation du salaire minimum concerne quelques 5,5 millions de français, c’est pas mal ; le gel des cotisations sur les retraites ça  va plaire aux retraités qui sont nombreux sur les barrages ;  les heures supplémentaires vont profiter à cette classe de techniciens et de cadres qui travaillent beaucoup… Et puis on verra combien de patrons offrent des primes.

Pas touche à l’ISF !

En revanche pas question de rétablir l’impôt sur la fortune, l’ISF. Emmanuel Macron a peut-être manqué là l’occasion de se défaire de son image de président des riches. Mais ces mesures généreuses vont coûter de l’ordre de 10 milliards d’euros au budget de la  France, qui v a peut-être sortir de la règle des 3% de déficit. De quoi fâcher els milieux d’affaire. Leur rétablir  l’ISF aurait peut-être été suffisant pour les faire descendre eux aussi dans la rue ? Après les gilets jaunes …les cols de vison.

Une crise de la représentation.

Par ailleurs président a essayé de rencontrer les revendications qui portent sur la représentation politique, largement mise en cause ces derniers  jours  avec une vraie demande de démocratie directe. Il promet d’introduire une dose de proportionnelle et de tenir compte du vote blanc. Mais surtout il va entamer une large concertation avec les élus de terrain, les maires, les seuls élus en qui les Français ont encore confiance. Au final ces mesures vont satisfaire une partie des manifestants, 50 % des français ont trouvé le président convainquant.

50% de gens en moins sur les barrages et dans la manifestation ça suffira peut pour éteindre progressivement  les flammes… jaunes.

Minoritaire pourquoi pas ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 10 décembre 2018 09h54 | Ajouter un commentaire

La Belgique dispose depuis hier d’un gouvernement minoritaire. C’est un cas de figure extrêmement rare dans notre pays, mais qui se rencontre plus souvent dans les autres démocraties. Il y a même des gouvernements comme aux Etats Unis, qui sont le plus souvent en situation minoritaire, face à leurs députés. Tout est une question de négociation, ou de rapport de force entre l’exécutif et le parlement.

 

Pedro Sanchez chef du gouvernement ( minoritaire) espagnol.

En matière de gouvernement minoritaire en Europe, il y a un cas encore plus représentatif que l’exemple Belge, c’est l’Espagne. Depuis la motion de censure qui a renversé le gouvernement Rajoy en juin dernier, l’Espagne est dirigée par un gouvernement ultra minoritaire. Le cabinet de Pedro Sanchez qui rassemble uniquement des socialistes ne dispose que de 84 député sur 350, soit 24% de sièges, proportionnellement c’est beaucoup moins que le gouvernement Michel 2. Pourtant ce gouvernement espagnol fonctionne, alors que les législatives n’auront lieu qu’en 2020…

Le pour et le contre.

Pourquoi ? Tout simplement parce que le problème d’un gouvernement minoritaire n’est pas tant d’avoir une majorité « pour » que de ne pas avoir de majorité « contre ». Ainsi actuellement en Espagne compte tenu de l’émiettement  politique, avec une dizaine de partis qui ne s’entendent pas entre eux, que le gouvernement a peu d risque d’être renversé malgré son faible nombre de députés. En Belgique ce sera pareil…Si par exemple écolo déposait une motion de défiance contre Michel 2, elle serait votée par le PS, Groen, et le SPA, mais pas par la NVA et la droite flamande. Donc cette motion ne passerait pas. On dit depuis hier que pour terminer la législature, le gouvernement va avoir besoin de l’appui extérieur de la NVA. Oui pour faire passer le budget et quelques autres mesures, mais pour le reste il suffit que la NVA s’abstienne.  En fait le gouvernement ne risque rien, à moins de voir se lever une coalition contre lui qui irait du PTB au Vlaams Belang,  ce qui  bien sûr inconcevable.

Minoritaire mais stable.

Un gouvernement minoritaire ça fait partie du jeu démocratique, ainsi aux Etats unis, depuis les récentes élections dite de mid-term, Donald Trump est minoritaire à la chambre des représentants. Le cas est différents de la Belgique ou de l’Espagne car le président tient sa légitimité de sa propre élection, mais pour faire voter des lois il doit désormais négocier au cas par cas. Ce fut le cas aussi en France avec le gouvernement de Michel Rocard de 1988 à 199. Il lui manquait quelques sièges pour avoir la majorité  mais son gouvernement n’a jamais été renversé car les communistes et les gaullistes n’ont  jamais voté ensemble contre lui.

En résumé : un gouvernement minoritaire, c’est peut être un truc un peu bizarre mais c’est pas une maladie honteuse !

 

 

ONU : La Belgique tient ses promesses.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 5 décembre 2018 08h48 | Un commentaire>

 Charles Michel se rendra donc bien à Marrakech les 10 et 11 décembres pour marquer l’adhésion de la Belgique au pacte mondial des Nations Unies pour des «migrations sûres, ordonnées et régulières». Il respectera ainsi la promesse qu’il avait faire à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies.

 

Siège de l’ONU à New York

 

Le Premier Ministre  l’a dit, l’a martelé, l’a répété, la Belgique doit tenir ses promesses au niveau international. Vous me direz pourquoi ? D’autres dont l’Italie se sont retirés de ce pacte après l’avoir approuvé dans un premier temps… C’est vrai ….8 pays européen dont certains avaient été parmi les négociateurs, et c’est loin d’être à leur honneur. Tous ces pays comptent dans leur majorité des partis populistes ou souverainistes qui ont obtenu gain de cause en racontant n’importe quoi sur ce pacte, comme l’a fait ces derniers jours la NVA.

Un pacte non contraignant.

Ce pacte qui n’est en aucun cas contraignant vise comme son nom l’indique à aboutir à des «migrations sûres, ordonnées et régulières». Il prévoit également l’amélioration des conditions de vie dans les pays de départ pour éviter des migrations exclusivement économiques. C’est une sorte de déclaration d‘intention, d’objectif à atteindre. Contrairement à ce que dit la NVA et d’autres partis nationalistes, les migrants ne pourront pas utiliser ce pacte devant les tribunaux pour s’installer dans des pays où l’on ne veut pas d’eux. De la même manière ce pacte n’ouvre aucun droit particulier. Chaque pays conserve ses propres procédures quant à l’accueil ou non des migrants.

Un passé prestigieux.

Pourquoi est-ce si important que la Belgique tienne sa promesse ? Parce que la Belgique pèse sur la scène internationale, un poids sans commune mesure avec sa taille ni même si population. Elle le doit à l’histoire, à son passé de puissance coloniale, à son attitude pendant les deux guerres mondiales, au fait qu’elle est signataires de pratiquement tous les traités importants, et parfois depuis très longtemps comme la première convention de Genève en 1864, ou le traité de l’Antarctique de 1959 qui ne comptait au début que 12 signataires. La Belgique est membre fondateur de l’Union européenne, et fut parmi le premier pays à entrer à l’ONU, et je vous rappelle que nous allons occuper un siège au conseil de sécurité dès l’année prochaine.

Un présent efficace.

Ce passé prestigieux est confirmé de nos jours par une activité diplomatique de haut niveau, et de grande qualité, qui fait que la Belgique jouit d’une excellente réputation à l’international. C’est  un pays sérieux que l’on consulte sur la région des grands lacs , qu’on suit dans son combat contre les mines ou les armes chimiques, et qui joue un rôle discret mais efficace dans les grands débats internationaux.

En tenant sa promesse Charles Michel s’inscrit dans cette tradition et montre, à l’ONU et au monde, que la Belgique reste un pays fiable …et par les temps qui courent ce n’est pas si fréquent !