Faut-il réformer le participe ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 4 septembre 2018 09h26 | Un commentaire>

 

C’est le débat qui agite les linguistes depuis 24 heures, faut-il supprimer les règles d’accord du participe passé avec le verbe avoir ? Deux profs belges l’ont proposé dans une tribune au journal  Libération, et ce matin c’est presque la guerre de l’orthographe entre la France et la Belgique.

 

 

« La guerre que les Belges ont déclarée », voilà le titre de une du journal libération ce matin, et le e final de déclaré est barré par une grande croix rouge, comme si un professeur avait sanctionné une faute. Dans cette phrase en effet, jusqu’à présent  il faut accorder le participe passé, puisque le complément d’objet précède le verbe, en revanche si l’on avait écrit la Belgique a déclaré la guerre le participe serait resté invariable. C’est cette règle qu’Arnaud Hoedt et Jérôme Piron dénoncent entre autres dans leur spectacle  «  la convivialité ».  Ils proposent de rendre le participe passé invariable quand il est conjugué avec l’auxiliaire avoir.

Une offensive belge ?

Le problème c’est qu’ils sont Belges, et que leur proposition a déclenché en France une véritable levée de boucliers. Comment ? Des Wallons veulent changer la langue des français ? Que nenni mon brave !  C’est l’Académie qui doit le faire …Or nos deux profs belges expliquent  avec raison que les élèves passent environ 80 heures à apprendre cette règle du participe avec ses exceptions, 80 heures qui pourraient être consacrées à autre chose.

Un pays de grammairiens.

Le journal libération qui visiblement prend fait et cause pour la réforme rappelle que les meilleurs grammairien sont belges, citant Grévisse bien sûr, mais aussi Marc Wilmet auteur d’une Grammaire critique du français . En fait plutôt qu’à un conflit franco-belge on assiste plutôt à une sorte de nouvelle guerre des anciens  et des modernes ( qui comme par le plus grand des hasards intervient lors d’une rentrée des classes où en France, un ministre plutôt conservateur vient de rendre la dictée obligatoire tous les jours ).

Pivot pour , Rouart contre.

Dans le camp des modernes on trouve Bernard Pivot qui estime que la proposition de réforme des deux Belges est habile claire et simple, affirmant qu’il l’emploierait dans ses propres textes. En revanche il pense qu’il faut, avant de l’appliquer, obtenir  l’accord de l’Académie et des autres pays qui ont le français en partage : Québec, Suisse, Afrique francophone … En revanche l’académicien Jean Marie Rouart est radicalement contre. Il décrit la langue française comme un chef d’œuvre en péril et les réformateurs sont pour lui des gens qui torturent le français. Bref il vaut mieux torturer les écoliers en leur faisant apprendre des règles absurdes, car cette règle du participe contrairement à bien d’autres est absurde et ne se justifie pas par le sens. Il s’agit juste d’une convention.

Ortografe : la raifaurme impauçible.

Cela dit il n’y a rien de plus difficile que d’imposer une réforme à la langue française. Ainsi la nouvelle orthographe de 1990 n’est toujours que partiellement appliquée. Savez-vous par exemple qu’on peut depuis 28 ans écrire oignons sans i…( ognons)  et chariot avec deux r…( charriot)

Bref ce n’est pas demain la veille qu’on dira que l’accord du participe est dépassé…

 

 

Post scriptum : Selon un sondage publié ce matin par C News, 21% des Français seraient pour la réforme et 79% contre.

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1 réaction à “Faut-il réformer le participe ?”

  1. Il faut réfléchir avant de croire simplifier: Quid lorsqu’il y a un complément du nom? « Les légumes de cet homme qu’ils ont mangé ». Anthropophages ou végétariens? « Les règlements de cette ministre que j’ai violé ». Infraction ou crime grave? Bref, une confusion de plus… un progrès de plus vers la tour de Babel.

    Schola Nova (Belgique)