Hulot : écologie et pouvoir sont-ils compatibles ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 29 août 2018 16h46 | Ajouter un commentaire

La démission de Nicolas Hulot le 28 Août a résonné comme un véritable coup de tonnerre dans le microcosme politico-médiatique français. Elle atteint la crédibilité du président Macron, et interroge les écologistes sur leur incapacité à appliquer leur programme au niveau politique.

 

Au-delà de la raison profonde de ce départ, l’affront fait à Emmanuel Macron par son ministre le plus populaire est un évènement historique dans la très déférente Vème République. Du jamais vu ! Emmanuel Macron « le maître des horloges » s’est fait voler sa montre. Tout d’un coup, même si ce ne fut que pour un bref instant, c’est Nicolas Hulot qui a pris la main. Son annonce impromptue à la radio a complétement bouleversé le programme de rentrée du gouvernement, et a contraint le président à réagir depuis l’étranger à une crise politique intérieure.

Remplacement ou remaniement ? 

Quant au premier ministre il se retrouve devant un dilemme, trouver de suite un successeur à proposer, ou attendre quelques jours avant d’opérer un remaniement de plus large ampleur. Les ennuis judiciaires de la ministre de la culture ( d’origine belge) Françoise Nyssen pourraient imposer la deuxième solution, privant là encore les deux chefs de l’exécutif de la maîtrise de l’agenda.

Ségolène Royal ? Alain Juppé ?

Des noms circulent déjà comme celui de Ségolène Royal qui affirme qu’elle n’est pas candidat, mais sait-on jamais ? Emmanuel Macron pourrait profiter de cette séquence pour muscler son gouvernement et y appeler plus de politiques chevronnés. Royal ? Bayrou ? Juppé ? Dont on se souvient qu’il fut déjà ministre de l’environnement dans le premier gouvernement Fillon.

Le retour du vieux monde.

N’en doutons pas c’est la fin d’une époque pour Emmanuel Macron. Aux yeux des Français il vient de rejoindre la politique traditionnelle, adieu le nouveau monde, il est bel et bien un président normal. Déjà identifié comme le président des riches et des « premiers de cordées », et il également devenu celui des lobbys industriels et agricoles, sans oublier les chasseurs qui furent l’élément déclencheur d’une démission déjà inéluctable.

Un maigre bilan.

En 14 mois Nicolas Hulot a obtenu bien peu de choses, et seul le renoncement à l’aéroport de « Notre Dame des Landes » restera dans les mémoires. Or d’après l’ancien député européen vert Alain Lipietz, Emmanuel Macron était déjà acquis à cette idée quand il était ministre de l’économie en 2016…

Le bilan de Nicolas Hulot serait donc très modeste .Il n’a pas réussi à imposer la sortie du nucléaire, pas plus que l’interdiction du glyphosate. Et la plupart de ses initiatives ou amendements sont été retoqués par le parlement. On portera néanmoins son crédit, la fin de la production pétrolière et gazière sur le sol français, l’extinction de la vente des véhicules fonctionnant au gasoil ou à l’essence d’ici 2040, ou encore la mise en place d’un plan quinquennal de rénovation énergétique des bâtiments.

Trop timide ?

Or il faut le répéter, Nicolas Hulot était le ministre le plus populaire, doté avec Gérard Colomb du titre de ministre d’Etat, et donc N°3 du gouvernement. Il disposait donc théoriquement d’un poids politique très important.  Or il s’est le plus souvent fracassé sur le mur des réalités économiques, des intérêts à court terme et du chantage à l’emploi.

Séduisante parce que populaire en période électorale, la priorité donnée à l’écologie s’estompe bien vite une fois les élections gagnées. Comme le disait en 2011 Nicolas Sarkozy qui avait pourtant signé le pacte écologique quatre ans plus tôt, « l’environnement ça commence à bien faire… ».  Comment en effet convaincre un ouvrier de la centrale de Fessenheim qu’il faut la fermer et le priver de son emploi pour sauver la planète ?  D’un côté des échéances à court terme, de l’autre un objectif  à l’échelle du siècle. Certes les écologistes affirment que la transition écologique et le remplacement des centrales thermiques et nucléaires créeront des milliers d’emploi, mais ça reste un vœux pieu et personne ne semble y croire.

Ecologie contre libéralisme ?

Selon Yann Arthus Bertrand interrogé mercredi par Europe 1, les objectifs des écologistes sont incompatibles avec une culture de la croissance. Or les sociétés modernes réclament cette croissance, créatrices d’emploi et de richesses.  D’autres comme l’éditorialiste de Libération Laurent Joffrin considèrent qu’il est impossible pour un gouvernement  à tendance libérale d’appliquer un programme écologiste. Surtout quand il s’affiche pro-buisines, car souvent les impératifs écologiques se heurtent à la logique du profit et de la production à moindres coûts. Faut-il  en déduire que seul  un pouvoir étatique fort et centralisé pourrait résister aux lobbys et intérêts divers. Mais qu’en serait-il alors de la démocratie ?

Alors ? Les écologistes Nicolas Hulot en tête sont-ils condamnés à n’être que des opposants perpétuels ; des manifestants ; des lanceurs d’alerte ? L’aiguillon dans le dos d’un pouvoir qu’ils n’exerceront jamais ?

Un Vert ou tous verts ?

En fait le défi à relever pour les écologistes n’est pas d’imposer un super ministre de l’environnement, quel que soit son poids, sa notoriété, et même son génie. Mais plutôt de faire adhérer l’ensemble d’un gouvernement aux objectifs de développement durable. En fait de verdir tous les partis de gouvernement.

Ce n’est pas impossible, on a vu au fil des années des consensus se construire sur des objectifs comme la santé publique (prohibition de la cigarette) ou la sécurité routière (limitations de vitesse, ceinture de sécurité, obligatoire.) Qui aurait imaginé dans les années 1960 qu’on ne puisse plus fumer dans les restaurants ni dépasser le 30 km/h en, ville ?

Alors pourquoi pas n’y a-t-il pas de consensus effectif, sur la transition écologique ?

Parce que pour ce faire il faudrait des hommes et des femmes politiques responsables qui voient au-delà de la prochaine échéance électorale. Bref des hommes et des femmes d’Etat.

Une responsabilité collective.

N’oublions pas que le dernier mot revient au citoyen, et à son bulletin de vote.

Il n’y a pas de sauveur suprême dit « l’internationale », c’est vrai également pour l’avenir de la planète.  Le départ de Nicolas Hulot, n’est pas forcément une catastrophe, il sera  peut-être l’occasion d’une prise de conscience collective.

En 2002 déjà Jacques Chirac déclarait : «  Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »

Il serait temps de s’occuper de l’incendie.

 

 

 

Post Scriptum :

Selon un sondage réalisé par Odora pour  Le Figaro et France Info, 84% des personnes interrogées estiment que le départ du gouvernement est « plutôt une bonne chose » pour l’ex-ministre de la Transition écologique, bien que 55% (contre 43%) le voient comme une « mauvaise chose » pour la France et 65% (contre 34%) pour le gouvernement.

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