Catalogne : l’Espagne face à son histoire.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 2 octobre 2017 10h20 | Un commentaire>

Des dizaines de blessés, des charges policières, des écoles prises d’assaut, la répression espagnole à l’encontre du référendum catalan a été extrêmement violente. Les images d’électeurs ensanglantés ont choqué beaucoup de monde, notamment parce qu’il s’agit de faits qui se sont déroulés dans un pays de l’union européenne que l’on pensait libéré de ses vieux démons.

catalogne

 

En regardant ces images j’ai beaucoup pensé à mon copain Carlos. Carlos était un étudiant originaire de Burgos, donc Castillan , pas Catalan, il était lecteur d’espagnol dans un lycée à Lille, où j’étais moi-même étudiant. J’ai passé avec lui la nuit du 23 février 1981, accroché à la radio pendant le coup d’Etat du colonel Tejero qui avait pris en otage au parlement l’ensemble des députés espagnols. Carlos était paniqué  il pensait qu’il ne retournerait jamais en Espagne  qu’il allait comme tant d’autres de ses compatriotes après la guerre civile, vivre une vie d’exilé en France.

La Guardia civil

Il était assez âgé pour avoir connu le franquisme et il me racontait comment  un jour de 1975 pendant une manifestation contre la peine de mort  il avait été embarqué par la garde civile, tabassé, mis au secret. C’est grâce aux relations de son père, un notable, qu’il avait pu s’en sortir. Tejero était un colonel de la garde civile nostalgique du franquisme… On se souvient que dans la nuit le refus du roi de rejoindre le camps des insurgés avait mis fin à l’aventure. Au petit matin, Carlos était rassuré et persuadé que l’Espagne avait enfin tourné la page de ses heures noires. En 1986 elle adhérait à la communauté européenne, s’ancrant définitivement dans la modernité démocratique.

La Guardia civil.

Et puis hier ces images de « robocops » qui frappent des vieilles dames et des pères de famille le visage en sang, et dans le dos des « robocops » un nom : Guardia civil.  Comme si rien n’avait changé comme si le passé s’était tout d’un coup invité à table.  Je me suis dit où est Carlos, qu’en pense-t-il ?  Comme il n’est pas Catalan je ne suis pas sûr qu’il soit partisan de l’indépendance … mais je sais qu’il n’approuve pas les coups matraques de la Guardia civil qu’il a subi en son temps…

La Guardia civil.

Comment le premier ministre espagnol n’a t-il pas imaginé que le monde entier allait appliquer cette grille de lecture, le retour du franquisme ! Comment n’a t-il pas imaginé qu’on lui renverrait l’image d’un Royaume uni capable d’accepter en 2014 un referendum sur l’Ecosse. C’est d’autant plus fou que comme en Ecosse le referendum  aurait probablement été perdu par les indépendantistes, beaucoup de Catalans se sentent Espagnols. Or aujourd’hui compte tenu des circonstances le président catalan Carles Puigdemont revendique une victoire à 90% , et désormais il pourrait s’en targuer  pour proclamer unilatéralement l’indépendance…et après on fait quoi ? La guerre civile ? Comme en 36 ?

Mariano Rajoy a démontré hier à l’Europe et au monde que l’on peut avoir juridiquement raison …et politiquement tort.

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1 réaction à “Catalogne : l’Espagne face à son histoire.”

  1. mr Giltay , votre metier etant l’information , il est surprenant de constater comment vous pouvez vous laisser …intoxiquer …:
    en Espagne , la mascarade de Dimanche dernier a été demasquée …:
    c’est fameuses images dont vous faites mention ne sont pas de Dimanche dernier …prenez donc la peine de visionner les infos des medias espagnols ( antena3 à fait un excellent reportage sur les images truquées )…
    d’autre part , en reflechissant un peu , ne vous semble t il pas curieux que , après qu’il y ait eu
    ( ? ) 2 1/2 millions de votants Dimanche , il n’y ait que 400 à 700 000 manifestants …Mardi …? alors que les enjeux etaient ( soit disant ) bien autres ?
    KJe crois que vous faites erreur :
    l’Espagne n’est pas  » face à son histoire  » …c’est la Catalogne qui est …à la fin de  » ses histoires  » …
    et , de la meme manière que , comme vous le dites si bien , JuanCarlos , en 1981 ,a su  » tenir la barre « ,
    Felipe Roi d’Espagne , vient de … » siffler la fin de la récréation » .