Archives du octobre, 2017

Harcèlement : le porc est souvent un chef.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 19 octobre 2017 09h12 | 2 commentaires

 Vous avez entendu parler de la campagne « balancetonporc »  qui se développe sur twitter… Campagne qui fait écho à celle lancée aux Etats-Unis « metoo », moi aussi, et qui a pour but de dénoncer les cas d’abus sexuels dans la foulée de l’affaire Weinstein. Il faut savoir qu’en Europe une femme sur cinq sera sexuellement harcelée durant sa vie professionnelle.

harcelement

 

C’est le chiffre que révélé dans le journal « Libération »  Marilyn Baldeck la déléguée générale de l’Association européenne des violences faites aux femmes au travail (AVFT).

Bien évidemment ça ne limite pas aux milieux du spectacle au sens large, mais ça concerne toutes les professions des femmes politiques aux femmes de chambre. Seulement c’est un peu trop facile d’imaginer un univers où des milliers de mâles en rut attendent la première occasion pour sauter sur leurs collègues de bureau ou d’atelier.

Le moment du harcèlement.

Non c’est beaucoup plus subtil que ça explique Marilyn Baldeck: le harcèlement se produit toujours à un moment précis de la vie d’une femme : «Quand elle est vulnérable, suite à une rupture, si elle a été victime de violence avant, lorsque l’un de ses proches est malade…Et elle cite le cas d’une commissaire de police qu’elle aide en c moment….Il a suffi dit-elle que son fils tombe malade et qu’elle demande des horaires plus souples, afin d’aller le voir à l’hôpital, pour que son supérieur lui propose de lui « changer les idées »… avec des propositions sexuelles insistantes

Préméditation.

Car un « harceleur ce n’est pas quelqu’un animé de pulsions irrésistibles, c’est quelqu’un qui calcule son coup.» D’ailleurs on l’a vu dans le cas d’Harvey Weinstein, le scénario était toujours le même sous le prétexte de parler d’un film ou d’un contrat il faisait monter des actrices dans sa chambre d’hôtel, avec la complicité de son assistante…Ça n’avait rien donc rien de spontané, c’était prémédité

Rapport de domination.

Pour la déléguée générale il y a d’autres failles dont se nourrit le harceleur : la précarité, la présence d’un fort lien de subordination, ou encore la taille de l’entreprise . Plus elle est petite plus c’est facile puisqu’il n’y a pas de représentation syndicale… Enfin, et c’est le plus terrible, porter plainte ne sert pratiquement à rien , la procédure prend deux ans minium, et le harceleur n’est condamné que dans 10% des cas… car c’est souvent parole contre parole…

Harcelées et licenciées.

En revanche 95% des femmes qui dénoncent des faits de harcèlement perdent leur emploi. «  Souvent, le harcelé est déplacé et le harceleur reste en place. Et ç’est le cas bien sur quand celui qui harcèle est un supérieur ou un patron. »

En fait personne n’ose témoigner contre eux, il y a une sorte de complicité passive, comme ce fut le cas pour Weinstein, tout le monde savait personne ne parlait. Alors ?

Alors on peut espérer que cette histoire hollywoodienne aura deux conséquences positives  : libérer la parole, et foutre la trouille aux harceleurs.

L’oiseau blanc a vaincu l’Atlantique

Par Christophe Giltay dans Divers , le 17 octobre 2017 17h43 | Ajouter un commentaire

La ville de Paris a relancé la polémique concernant l’histoire du premier vol transatlantique. En installant une plaque de rue, Anne Hidalgo la maire de Paris, a attribué cet exploit aux aviateurs français Nungesser et Coli.  Détrônant ainsi l’américain Charles Lindbergh.. .Le problème c’est qu’il n’y aucune preuve de la réussite des aviateurs français, dont on n’a jamais retrouvé l’avion, le célèbre « Oiseau blanc ».  

Nungesser et Coli à bord de "l'Oiseau blanc."

Nungesser et Coli à bord de « l’Oiseau blanc. »

 

Lundi 16 Octobre Anne Hidalgo a apposé les nouvelles plaques de la rue Nungesser-et-Coli, dans le XVIe arrondissement de Paris, sous leurs noms les deux hommes ne sont plus désignés comme : ces « aviateurs disparus au cours de la traversée de l’Atlantique Nord en 1927 ». Mais désormais ils sont devenus des héros de l’aviation qui « ont traversé l’Atlantique les 8 et 9 mai 1927 à bord de l’Oiseau blanc ».

Pourtant on n’a jamais retrouvé l’ « Oiseau blanc » qui a été aperçu de façon certaine pour la dernière fois le 8 mai 1927 à 6h48 au large d’Etretat, depuis on le cherche…

Abattu par les gardes côtes.

Des dizaines d’historiens se sont penché sur la question. Bernard Decré, un passionné d’aéronautique a émis une hypothèse considérée comme plausible. « L’Oiseau blanc » aurait réussi sa traversée et serait arrivé à hauteur de Terre Neuve au Canada le 9 mai 1927. Mais il aurait été abattu par erreur, ou intentionnellement par des gardes côtes américains qui l’auraient pris pour un avion de trafiquants d’alcool en provenance de saint Pierre et Miquelon deux îles françaises voisines de Terre Neuve. C’était l’époque de la prohibition aux Etats Unis, Saint Pierre et Miquelon où l’alcool n’était pas interdit ( la France !) était devenu la plaque torturante d’un important trafic. Or l’« Oiseau blanc » dont l’empennage était peint en bleu blanc rouge, portait également sur la carlingue la cocarde personnelle de Nungesser, aviateur héros de la grande guerre.  Soit : une tête de mort aux tibias entrecroisés, surmontée par un cercueil entouré de deux chandeliers, le tout dessiné dans un cœur noir . Un vrai drapeau de pirate que les gardes côtes auraient pu ressentir comme une provocation. Plusieurs expéditions au large de Saint Pierre et Miquelon n’ont pas permis de retrouver la moindre trace de l’appareil.

 A court de carburant ?

 Une autre hypothèse évoque une dépression sur l’Atlantique qui aurait pu contraindre l’équipage à un long détour. L’avion serait ainsi arrivé en vue de Terre Neuve au bout de ses réserves de carburant, il se serait abîmé en mer ou crashé sur la côte au Canada ou dans l’Etat du Maine.  Depuis 1927  des dizaines d’expéditions ont recherché « l’Oiseau blanc », un mystérieux moteur aurait été retrouvé en 1951 puis déplacé en 1974. Mais on ne sait pas aujourd’hui où il se trouve. Un navire américain aurait repêché des ailes en août 1927, mais on ne sait pas ce qu’il en a fait.

Une chose est sure une douzaine de témoins ont affirmé aux équipes de l’association « A la recherche de l’Oiseau Blanc » avoir vu un avion blanc depuis Terre Neuve le matin du 9 mai 1927. Or à l’époque les avions étaient plutôt rares. C’est sur base de ces témoignages qu’en 2015  la Fédération aéronautique internationale a décidé de reconnaitre l’exploit des deux pilotes français.

Officiellement vainqueurs…mais…

Désormais Nungesser et Coli ont officiellement retraversé l’Atlantique quinze jours avant Lindbergh, qui reste néanmoins le premier à avoir réussi la traversée  en solitaire, de New York à Paris.

La vérité historique est donc rétablie. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et la soixantaine de villes françaises qui possèdent des rues Nungesser et Coli vont pouvoir changer leurs plaques comme Paris. !

Oui sauf qu’il y a un problème…

En vérité ce ne sont ni Nungesser et Coli, ni Lindbergh qui ont retraversé les premiers l’Atlantique sans escale à bord d’un « plus lourd que l’air ». L’exploit été réalisé 9 ans auparavant par deux britanniques.

Deux précurseurs britanniques.

Le capitaine John Alloc et le lieutenant Arthur Whitten Brown ont décollé de Terre-Neuve, dans la fin de l’après-midi du 14 juin 1919 à bord d’un bombardier Vickers reconditionné. Ils ont touché terre (en cassant leur avion ) dans le Connemara en Irlande à 8h40 le 15 juin suivant.

Célébré mondialement à l’époque leur exploit a été ensuite occulté par celui de Lindbergh qui ne s’est pas posé en plein champ en Irlande, mais au Bourget devant 200 000 personnes.

Rendons donc justice à Alloc et Brown.

Quant à Nungesser et Coli ils resteront, peut-être à jamais, les héros d’un des plus grands mystères de l’histoire de l’aviation.

Macron n’aime pas le « bordel »

Par Christophe Giltay dans Divers , le 5 octobre 2017 10h10 | 2 commentaires

Emmanuel Macron s’est livré hier à un nouveau dérapage verbal, alors qu’il visitait en Corrèze le site d’une entreprise en restructuration… Attendu par des manifestants il a fustigé ceux qui « foutent le bordel » au lieu de chercher du travail. Une déclaration de plus qui écorne son image, de moins en moins  consensuelle.

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Hier Emmanuel Macron était en déplacement en Corrèze, autrefois fief de Jacques Chirac puis  de François Hollande.  Dans un centre de formation il s’est heurté à une manifestation 150 salariés d’une usine sur le point de fermer dans le département voisin La Creuse. Des heurts ont éclaté obligeant les forces de l’ordre à intervenir.

Un aparté.

Et c’est là que les caméras de BFM TV ont enregistré un aparté étonnant entre le Président de la République et le Président de la région Nouvelle Aquitaine. Ce dernier lui a dit qu’il avait du mal à trouver des candidats pour occuper des emplois dans une fonderie située à trente kilomètres de là. Ce à quoi le président a répondu : «  Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas. Parce qu’il y en a qui ont les qualifications pour le faire et ce n’est pas loin de chez eux. »

Un tollé.

Immédiatement ces propos ont déclenché des réactions à gauche : sur Twitter le Parti socialiste a appelé le président de la République «à rester maître de son langage et à respecter les Français». Du côté de La France insoumise, le parti de Jean Luc de Mélenchon , le député du Nord  Adrien Quatennens a estimé que «chercher du boulot, Macron ne sait pas ce que c’est. Le bordel, c’est lui!». Bien sûr le porte-parole d’Emmanuel Macron, l’ancien journaliste Bruno Roger-Petit s’est fendu d’un communiqué où il affirme qu’on a mal compris et qu’il s’agit d’une citation « tronquée sortie de son contexte. Emmanuel Macron a rappelé écrit- il que la recherche de solutions en matière d’emploi dépend de la responsabilité de tous les acteurs.. » . C’est peut-être le sens profond mais il ne l’a pas dit comme ça….

Plus Sarko que Hollande.

La presse ce matin se faisait une joie de rappeler les précédents : En mai 2016, alors ministre de l’Économie, il déclare que «le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler». Puis lors de l’inauguration d’un campus en juillet dernier: «Une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien». Enfin, en septembre, en Grèce: «Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes».

C’est un langage cash, plus proche du trader que du Président, et qui n’est pas sans rappeler celui de Nicolas Sarkozy, avec ses « Kärcher » et ses « casse-toi pauv con ». Ca tombe bien ces derniers temps Macron fréquente plus Sarko que Hollande à qui il reproche, malgré sa retraite, de faire trop de politique.

Certes …mais lui n’en fait peut-être pas assez…

Catalogne : l’Espagne face à son histoire.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 2 octobre 2017 10h20 | Un commentaire>

Des dizaines de blessés, des charges policières, des écoles prises d’assaut, la répression espagnole à l’encontre du référendum catalan a été extrêmement violente. Les images d’électeurs ensanglantés ont choqué beaucoup de monde, notamment parce qu’il s’agit de faits qui se sont déroulés dans un pays de l’union européenne que l’on pensait libéré de ses vieux démons.

catalogne

 

En regardant ces images j’ai beaucoup pensé à mon copain Carlos. Carlos était un étudiant originaire de Burgos, donc Castillan , pas Catalan, il était lecteur d’espagnol dans un lycée à Lille, où j’étais moi-même étudiant. J’ai passé avec lui la nuit du 23 février 1981, accroché à la radio pendant le coup d’Etat du colonel Tejero qui avait pris en otage au parlement l’ensemble des députés espagnols. Carlos était paniqué  il pensait qu’il ne retournerait jamais en Espagne  qu’il allait comme tant d’autres de ses compatriotes après la guerre civile, vivre une vie d’exilé en France.

La Guardia civil

Il était assez âgé pour avoir connu le franquisme et il me racontait comment  un jour de 1975 pendant une manifestation contre la peine de mort  il avait été embarqué par la garde civile, tabassé, mis au secret. C’est grâce aux relations de son père, un notable, qu’il avait pu s’en sortir. Tejero était un colonel de la garde civile nostalgique du franquisme… On se souvient que dans la nuit le refus du roi de rejoindre le camps des insurgés avait mis fin à l’aventure. Au petit matin, Carlos était rassuré et persuadé que l’Espagne avait enfin tourné la page de ses heures noires. En 1986 elle adhérait à la communauté européenne, s’ancrant définitivement dans la modernité démocratique.

La Guardia civil.

Et puis hier ces images de « robocops » qui frappent des vieilles dames et des pères de famille le visage en sang, et dans le dos des « robocops » un nom : Guardia civil.  Comme si rien n’avait changé comme si le passé s’était tout d’un coup invité à table.  Je me suis dit où est Carlos, qu’en pense-t-il ?  Comme il n’est pas Catalan je ne suis pas sûr qu’il soit partisan de l’indépendance … mais je sais qu’il n’approuve pas les coups matraques de la Guardia civil qu’il a subi en son temps…

La Guardia civil.

Comment le premier ministre espagnol n’a t-il pas imaginé que le monde entier allait appliquer cette grille de lecture, le retour du franquisme ! Comment n’a t-il pas imaginé qu’on lui renverrait l’image d’un Royaume uni capable d’accepter en 2014 un referendum sur l’Ecosse. C’est d’autant plus fou que comme en Ecosse le referendum  aurait probablement été perdu par les indépendantistes, beaucoup de Catalans se sentent Espagnols. Or aujourd’hui compte tenu des circonstances le président catalan Carles Puigdemont revendique une victoire à 90% , et désormais il pourrait s’en targuer  pour proclamer unilatéralement l’indépendance…et après on fait quoi ? La guerre civile ? Comme en 36 ?

Mariano Rajoy a démontré hier à l’Europe et au monde que l’on peut avoir juridiquement raison …et politiquement tort.