Justice : la campagne dérape

Par Christophe Giltay dans Divers , le 28 février 2017 15h37 | 4 commentaires

Une atmosphère malsaine est en train d’envahir la campagne présidentielle française. Marine Le Pen et François Fillon multiplient les attaques contre la justice et contre les institutions qui seraient sorties de leur neutralité. Un jeu qui pourrait s’avérer dangereux pour l’après présidentielle.

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Ils y vont fort …La présidente du FN a prévenu dimanche à Nantes qu’elle réclamerait des comptes aux fonctionnaires et personnels du monde judiciaire qui participent selon elle à une entreprise de déstabilisation «illégale» de sa campagne. Je vous rappelle que la semaine dernière elle a profité de son immunité parlementaire pour refuser de se rendre à une convocation de la police au sujet de l’affaire des emplois fictifs du parlement européen.

Elle a trouvé un allié de circonstance en Francois Fillon… Après les destructions de la manifestation anti-le Pen samedi à Nantes, il a accusé le gouvernement d’avoir installé un «climat de quasi-guerre civile» . Il avait déjà crié au «coup d’Etat institutionnel il y a quelques jours ? Accusant le gouvernement derrière les fuites du Pénélopegate.

Recadrage présidentiel.

François Hollande a réagi lors d’un discours prononcé devant le grand orient de France, « Je n’accepterai jamais qu’on puisse mettre en cause les fonctionnaires dans notre République au prétexte qu’ils appliquent la loi et qu’ils font en sorte que la justice puisse travailler »
Le ministre de la justice Jean-Jacques Urvoas a regretté « une forme de pression qui est exercée sur les juges ». « Les magistrats sont des citoyens qui ont prêté serment » et « ils ne se positionnent que par rapport à la loi », avant d’inviter marine Le Pen à « refaire des études de droit ».

La trumpisation.

A peu de chose près on se retrouve devant une stratégie à la Trump qui, n’arrête pas de critiquer les services officiels américains, en France c’est du jamais vu. Enfin presque…

Il est vrai que durant son quinquennat Nicolas Sarkozy et son parti ont entretenu des relations très tendues avec la justice, relations qui se sont encore dégradées ensuite surtout après le fameux épisode du « mur des cons » en 2013. Ce mur, filmé discrètement par un journaliste qui l’avait ensuite publié sur le net était en fait un panneau accroché à l’intérieur des locaux du syndicat de la magistrature (plutôt à gauche) sur lequel avaient été collés, de 2005 à 2012, les portraits de dizaines de personnalités, plutôt de droite. La plupart des anciens ministres de la justice mais également Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, Nadine Morano, Christine Boutin, Luc Chatel, le criminologue Alain Bauer, l’ancien entraîneur du XV de France Bernard Laporte etc…Depuis la droite considère que la magistrature est vendue à la gauche et que les enquêtes qui visent les siens  sont forcément partiales.

Demain quelle légitimité ?

Mais ce qui arrive ces jours-ci est plus grave qu’une simple critique en partialité. On a deux candidats à la présidence, Marine Le Pen et François Fillon qui font partie des favoris et qui discréditent publiquement l’autorité judiciaire et même ‘l’autorité de ‘l’Etat…

Alors bien sûr c’est pour établir un rapport de force et intimider les magistrats pour qu’ils cessent de les poursuivre au moins jusqu’à la tenue des élections…

C’est tout simplement jouer avec le feu. Car demain l’un des deux pourrait être élu président de la République et devenir d’un coup le garant de ces institutions.. C’est ce que leur a rappelé non sans malice, hier dans une interview un certain Emmanuel Macron…

 

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4 réactions à “Justice : la campagne dérape”

  1. Je suis assez perplexe face à ces attaques contre la justice, surtout venant de personnes qui pourraient se retrouver à la tête de l’état, ce qui signifie aussi…garant des institutions.
    Reste que je trouve troublant la divulgation d’affaires les concernant, datant parfois de bien longtemps, en pleine campagne électorale.
    De là à crier au complot institutionnel, il y à un pas que je ne franchirais pas, mais il y à comme dirait l’autre  » Un léger malaise »…

  2. Avec vous, Mr Giltay, nous avons le choix entre la gauche, la gauche plurielle, la gauche extrême, etc…. mais rien d’autre que la gauche ne convient. Aucuns des candidats, sauf F.Fillon, n’alerte l’opinion sur le déficit public abyssal et qui risque de devenir incontrôlable suite à une toute petite hausse des taux d’intérêts d’ici 1 ou 2 ans (une bonne tragédie à la grecque de l’ultra gauche en perspective). Alors, VOUS, HOMME DE GAUCHE souhaitez-vous, de cœur, l’élimination de F.Fillon au profit de n’importe qui d’autre ? Rassurez-vous, cela ne sera jamais M.LePen… mais des gens comme vous ont fait, sans le savoir (ou pas), énormément de dégâts dans la société.

  3. 3gegemalaga le 1 mars 2017 à 06:41

    oh oh …! des menaces , mme Le Pen …?
    heureusement , on risque + de vous trouver …en cellule qu’à l’Elysée…!

  4. En ce qui concerne Lepen, je peux bien m’immaginer que la CE voyant qu’elle pourrait représenter un danger pour sa « stratégie d’utocratie européenne » fasse cette oépration car le Brexit lui a déjà donné un fameux coup de butoir. Sur cette lancée, bien évidement le PS lance ses juges. En Belgique, est-ce que nos ministres PS et comptables PS ont été réellement jugé ? Sauf l’affaire Agusta, les gentils juges et procureurs ont joué le temps pour arriver à la prescription légale non ? Donc le pouvoir manipule au travers de ses « nominés ». Et en politique je ne crois pas au mot « correct » qui est trop relatif.