Archives du juillet, 2016

Michel Rocard était le fils du professeur Tournesol

Par Christophe Giltay dans Divers , le 4 juillet 2016 12h03 | 2 commentaires

Homme politique qui a marqué la France, ancien Premier Ministre , Michel Rocard fut aussi le fils d’un grand scientifique passionné de radiesthésie qui avait en partie inspiré à Hergé le professeur Tournesol.

 

Yves et Michel Rocard. le jour où le fils a décoré le père.

Yves et Michel Rocard. le jour où le fils a décoré le père.

 

Les hommages se sont succédés à la mort de Michel Rocard, rappelant sa droiture, sa fidélité, sa force de conviction, et bien sûr son intelligence. Le père de la deuxième gauche qui voulait concilier utopie et réalité fut une icône de la gauche qui ne consentit jamais aux basses manoeuvres politiciennes nécessaires à la conquête du pouvoir. A mille lieues d’un François Mitterrand pour qui, à l’instar du prince de Machiavel, la fin justifiait toujours les moyens.

Mitterrand le littéraire, Rocard le scientifique.

 Hormis la place de la morale en politique, un autre point différenciait radicalement les deux hommes : leur culture. Mitterrand était un littéraire pur et dur, nourri de Balzac, de Mauriac et… de Léon Bloy. Rocard, bien que diplômé de Science Po et doté d’une tronche à la Camus, avait en lui, par goût et par héritage tout un bagage scientifique. Il fut très surpris un jour où il patientait dans la bibliothèque personnelle de François Mitterrand rue de Bièvre de n’y avoir trouvé aucun livre de science, et surtout pas un manuel d’économie.

La star des sondages.

Longtemps de la fin des années 70 au milieu des années 90 Michel Rocard a surfé sur les sondages d’opinion, au point qu’on lui promettait l’Elysée. L’habileté manoeuvrière de François Mitterrand en décida autrement, et son bâton de Maréchal restera l’hôtel Matignon qu’il occupa, dans une dangereuse cohabitation avec le Sphynx, de 1988 à 1991. Finalement sa seule tentative présidentielle fut celle de 1969, quand candidat d’un groupuscule le PSU ( Parti Socialiste Unfié), il avait recueilli 3,6% des voix.

Une diction à la Jouvet.

 Ces dernières années c’est toujours avec plaisir que ceux qui avaient cru en lui le revoyait de loin en loin à la télévision, répondre aux questions de son ton docte et professoral, avec ses lenteurs puis ses accélérations surprenantes, un ton à la Louis Jouvet dans le docteur Knock.

Formules complexes et définitives, fulgurance de la pensée, développements parfois incompréhensibles faits de digressions et de retours en arrière, rien n’étais jamais trop complet dans le discours de Michel Rocard. On peut aussi imaginer qu’il tenait aussi ce sens de la précision de son modèle en politique Pierre Mendès France, dont le général De Gaulle avait dit un jour, sortant épuisé d’un entretien avec lui,  » je ne laisserai plus jamais personne me parler d’économie pendant plus de 20 minutes. »

Mitterrand aurait pu dire la même chose de Rocard, sauf que selon l’ancien premier ministre, leur animosité respective était telle qu’ils travaillaient vite et bien, pour écourter les têtes à têtes.

Hamster érudit.

 20 minutes pour Michel Rocard c’était le début du commencement de l’élaboration du propos liminaire. Mais si le verbe était brumeux à force de se vouloir précis, la pensée était claire et les chiffres avérés. Je me souviens encore d’une séance de question à l’Assemblée Nationale en mars 1983 alors qu’il venait d’être nommé ministre de l’agriculture le matin même. Il a répondu avec une maestria impressionnante à une question très pointues d’un député rural sur les poules pondeuses.

Je l’entends encore égrener les chiffres : «  les poules pondeuses ceci… et les poules pondeuses cela… néanmoins les poules pondeuses » …on se doutait bien que c’était un expert du ministère qui avait rédigé la réponse, mais il s’était emparé du sujet avec un tel brio, qu’on le soupçonnait d’être détenteur d’une thèse d’Etat sur le destin des poules pondeuses.

Ce n’est pas un hasard si son totem chez les scouts était : « Hamster érudit ».

Le fils du professeur.

 Michel Rocard avait de qui tenir, son père Yves Rocard fut l’un des plus grands phycisiens français du XXème siècle. Professeur au Collège de France, résistant, engagé aux côtés du génral De Gaulle pendant la seconde guerre mondiale il est condidéré comme l’un des pères de la bombe atomique française. Mais dans le même temps, et malgré les réticences de ses confrères, il se passionna pour la radiesthésie, les sourciers et les pendules.

A tel point que si Tryphon Tournesol fut sans nul doute inspiré à Hergé par le professeur Auguste Piccard inventeur du ballon stratosphérique et du bathyscaphe, son amour pour les pendules et sa surdité lui viendraient d’Yves Rocard. De même que son intérêt pour l’énergie atomique ( Objectif lune) . Michel Rocard lui-même défendait cette thèse non sans fierté.

A noter que l’astrophysicien Francis Rocard, responsable du programme de la sonde Rosetta est le fils de Michel et le petit fils d’Yves.

Bref une famile de « têtes. »

Tourneur-fraiseur diplômé !

 Or Michel refusa de suivre la carrière scientifique que son père imaginait pour lui. Et c’est en secret contre la volonté paterrnelle, qui le voyait au pire à Polytechnique, qu’il s’inscrivit à Science Po avant de réussir le concours d’entrée à l’ENA. Décidé à ne pas financer ses études de  » bavard » son père lui avait coupé les vivres, avant ( pour lui apprendre à vivre), de le faire embaucher comme tourneur fraiseur au laboratoire de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) qu’il dirigeait.

Voilà ce que Michel Rocard confiait à ce sujet en 2013 lors d’une interview sur France Culture:  » J’avais un contremaitre qui m’avait pris en charge, de culture trotskiste, il s’était engagé dans les Brigades internationales pendant la guerre d’Espagne, avait été communiste ne l’était plus, c’était un militant ouvrier étonnant et il tient une place importante dans le fait que je suis devenu socialiste dans les années 47/48 dans les sous-sols de l’ENS ».

Michel Rocard n’était donc pas de ces énarques socialistes qui sont passés des banc de l’école aux bancs de l’Assemblée Nationale. Il savait ce qu’était une machine et un atelier…

De la géopolitique à la couleur des pingouins.

 Quant à l’héritage de Tournesol…Ceux qui ont eu l’occasion de discuter avec lui se souviendront qu’il était capable comme le professeur de s’embarquer dans une démonstration, sourd à toute interruption, sur les sujets les plus divers et les plus surprenants.

En 2009 il fut nommé par le président Sarkozy et son ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner : « Ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique ». Depuis il n’était pas rare qu’il commence une interview par un exposé sur le pourquoi de la couleur noire et blanche des pingouins.

( Le noir dans le dos capte la chaleur, le blanc sur le ventre est un excellent camouflage vu d’en bas…)

A plus de quatre-vingts ans le Hamster n’avait rien perdu de son érudition.