La justice allemande enquête à Oradour sur Glane

Par Christophe Giltay dans Divers , le 30 janvier 2013 08h59 | 3 commentaires

 Soixante-huit après le massacre de 642 civils par un régiment de la division SS Das Reich, un procureur  allemand s’est rendu dans le village martyr. 6 suspects Allemands pourraient être jugés.

Il faut aller à Oradour  sur  Glane, ce village figé le 10 juin 1944. Tout est resté dans l’état. On ne l’a pas reconstruit. Les maisons en ruine, les voitures rouillées, un vélo posé contre un mur, et l’église brulée dans laquelle on péri de nombreux habitants pour l’essentiel des femmes et des enfants que les allemands y avaient enfermés. La chaleur du brasier fut tellement élevée qu’à l’entrée de cette église on peut encore voir la cloche fondue, écrasée sur le sol.

 Une action de représailles.

Bilan 642 morts dont 247 enfants. C’est le pire massacre commis en France en par l’armée allemande contre de population civile. Si l’on exclut  bien sur  la shoah. Coupable la division SS « Das Reich » qui remontait du sud pour se porter au contact des alliés en Normandie. Harcelée par la résistance, elle multipliait les actions de représailles. La veille elle avait pendu 99 otages dans la ville de Tulle. En 1953 en France, un tribunal militaire a jugé 21 soldats de  « Das Reich », dont 14 Alsaciens, des « malgré nous »  enrôlés de force dans l’armée allemande. Des condamnations à mort furent prononcées, puis commuées et les Alsaciens amnistiés au nom de la réconciliation nationale. Ce procès a laissé un malaise dans la mémoire française. Certes plus de 100 000 Alsaciens ont été mobilisé de force dans l’armée allemand et beaucoup d’entre eux envoyés sur le front de l’est…mais utilisait-on  ces soldats peu motivés et déserteurs potentiels dans une unité d’élite de la SS ? Le fer de lance du parti nazi ?  N’y avait-il pas aussi des Alsaciens volontaires ? On a jeté en France un voile pudique sur ces détails.

 Des documents de la Stasi.

Et voilà tout d’un coup que la justice allemande se penche à son tour surOradour. Plusieurs enquêtes avaient auparavant été classées outre-Rhin, faute de preuves. Mais la découverte en octobre 2010 par un historien d’un document tiré des archives de la Stasi (les services secrets de la RDA) a convaincu la justice de lancer de nouvelles recherches. L’enquête porte sur six suspects allemands toujours en vie, âgés de 85 et 86 ans. Voilà pourquoi  le procureur de Dortmund Andreas Brendel, s’est rendu à Oradour pour «trouver des éléments de preuve supplémentaires, faire des constatations sur place», «voir où étaient déployées les différentes unités» et éventuellement « écouter de nouveaux témoin. »  Il cherche notamment à comprendre qui a donné l’ordre.

 Devoir de mémoire.

D’après les sources de la Stasi un officier aurait dit : «  aujourd’hui le sang doit couler. »

On peut estimer dérisoire le fait de trainer de grands vieillards devant un tribunal,  la moitié n’est pas en état d’assister à un procès. Mais c’est la noblesse de la justice, et en l’occurrence de la justice allemande, d’aller jusqu’au bout, pour comprendre et expliquer. En espérant que plus jamais un officier ne dise au petit matin, devant un village paisible : « Aujourd’hui le sang doit couler ! »

 

 

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3 réactions à “La justice allemande enquête à Oradour sur Glane”

  1. J’ai visité ce village, c’est poignant… et j’ignorais que des Alsaciens étaient impliqués! On évite de parler de ces « trahisons » en France tout juste nous enseigne-t-on que certains collaboraient mais surtout que d’autres résistaient. Et que les Lorrains et Alsaciens ont rejoint de force l’armée allemande. Pourtant de nombreux français de toutes les régions ont volontairement rejoint les forces allemandes. La division SS Charlemagne (qui comptait même des Corses!) en est une preuve, ou encore la LVF. Sans parler des dénonciations quotidiennes et autres rafles…
    Il faut cependant reconnaître que c’est grâce aux résistants et à la coordination de leurs actions par De Gaulle que la France a été considéré comme « Alliée’ à part entière par les Etats-Unis et l’URSS, nous permettant de garder notre souveraineté à la fin de la guerre. Or en tant de guerre, harceler l’occupant ne se fait pas sans risque, comme à Oradour… Mais je suppose que c’est pour éviter une guerre civile et permettre au pays de se reconstruire rapidement (la raison d’Etat quoi) après la guerre que nous avons oublié les agissements de certaines personnes… Ce qui n’empêche pas 70 ans après d’essayer de comprendre – d’où la belle initiative de la justice allemande – mais aussi d’apporter un regard plus critique que nos aînés sur cette période sombre de notre histoire.

  2. Bonjour,
    Rien de neuf.
    Information déjà publiée par Le Figaro en dd 5/12/2011 lors de la descente du Procureur de Dortmund A. Brendel à ORADOUR. Sur les six suspects survivants (en 2011), deux nient et quatre sont officiellement atteint de sénilité.

  3. La remontée vers le nord de la Division Das Reich se fit dans un bain de sang.
    Motif : le harcèlement de la Résistance.
    En juillet 44, ce fut le Vercors.

    Mais la Bataille des Ardennes fut pour les troupes SS de commettre des assassinats « pour le plaisir » (Bande, Stavelot…) où hommes, femmes et enfants subirent le même sort qu’à Oradour.