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Guyane : la guerre de l’or fait deux morts

Par Christophe Giltay dans Divers , le 28 juin 2012 07h21 | Commentaires fermés

 

En Guyane française deux militaires français ont été tués, et deux gendarmes grièvement blessés, hier dans une opération contre des chercheurs d’or clandestins. Un événement d’une rare violence, qui attire l’attention sur ce territoire immense, véritable far West de la République.

 

Orpaillage clandestin

Orpaillage clandestin

 

La Guyane ce n’est pas seulement la base de Kourou d’où s’envole à intervalle régulier la fusée Ariane. C’est un étonnant département français d’outremer, qui n’a rien à voir avec les destinations enchanteresses, que sont la Guadeloupe, la Martinique ou la Réunion. La Guyane est un véritable pays, grand comme trois fois la Belgique, et constituée à 96% de forêt amazonienne. La Guyane célèbre autrefois pour son bagne de Cayenne, où furent déportés le capitaine Dreyfus et Guillaume Seznec, fait aujourd’hui partie de l’Europe au même titre que n’importe quel autre département français. Mais elle fait face à des problèmes spécifiques presque insurmontables !

Immigration clandestine.

On estime la population à 240 000 habitants, le nombre est inconnu, et il est beaucoup plus élevé. Ilot de prospérité, au cœur du tiers monde, le département fait face à une importante immigration clandestine en provenance du Surinam, et du Brésil. Ces clandestins sont attirés par l’orpaillage, car en Guyane il y a de l’or, beaucoup d’or. Or le territoire est tellement étendu, et la forêt si dense qu’il est relativement facile d’y installer des stations d’orpaillages en toute illégalité. Ces établissements causent un tort immense à la nature, notamment par l’usage massif du mercure. Ils participent aussi à la déstabilisation des populations amérindiennes, confrontées brutalement au pire de la civilisation, drogue, alcool, prostitution.

Orpaillage illégal.

 La France accorde des concessions légales, à des exploitants respectant le code minier et ses règles environnementales, mais il est impossible de tout surveiller. La commune de Maripasoula où s’est produit l’accrochage, s’étend sur 18.000 km², l’équivalent de la Wallonie. Depuis 20 ans les orpailleurs profitent de son isolement, sans accès terrestre depuis le littoral. Hier les militaires français avaient pour mission de sécuriser la zone pour préparer l’installation d‘une exploitation légale. Plus tôt dans la journée un hélicoptère avait déjà essuyé des tirs, quand le détachement terrestre est arrivé, il a été accueilli par un feu nourri, bilan : deux morts, deux blessés graves.

La guerre en France.

Le ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, se rendra sur place ce matin pour « rendre hommage aux deux militaires tués ». Et voilà comment au 21ème siècle sur un territoire officiellement européen. Des militaires français meurent les armes à la main. Loin, très loin de l’Afghanistan.