Archives du mars, 2012

Joly ou Mélenchon ? Hollande s’est trompé d’allié !

Par Christophe Giltay dans Divers , le 30 mars 2012 08h46 | 6 commentaires

Le premier tour de la campagne présidentielle aura lieu dans un peu plus de trois semaines, le 22 Avril. Les derniers sondages confirment la remontée de Nicolas Sarkozy en tête du premier tour, et les bons scores de Jean Luc Mélenchon. Mais François Hollande est toujours donné vainqueur au second tour. En revanche,  il a un gros problème il s’est trompé d’allié. 

hollande 

Il y a une règle constante dans l’élection présidentielle, au premier tour on rassemble son camp, on second tour on élargit. En fait c’est presque deux élections différentes.  Nicolas Sarkozy est en train de réussir son premier tour en réunissant derrière lui le maximum d’électeurs de droite. Il bénéficie du ralliement de petits candidats, la démocrate-chrétienne Christine Boutin, Nihous le chasseur, le centriste Hervé Morin. Mais aussi de l’absence de Dominique de Villepin qui n’a pas recueilli les 500 signatures nécessaires. Par ailleurs sa campagne très à droite sur l’insécurité et l’immigration, lui permet de mordre sur l’électorat du FN, et d’ailleurs Marine Le Pen en pâtit.

Quant à Bayrou contrairement à 2007 sa campagne stagne autour des 10-12% d’intentions de vote. Donc Sarkozy a toute les chances de sortir en tête au premier tour. Hier soir le sondage quotidien de Paris Match le donnait à 28 contre 26,5 à Hollande. Marine le Pen était à 16,5 et Mélenchon à 14….

Accord vert-PS.

En face François Hollande se retrouve devant un problème qu’il n’avait pas prévu :  Mélenchon !  Lui aussi aurait dû bénéficier de l’absence de concurrent dans son camp, les primaires socialistes auraient dû régler le problème. Le PS pensait donc n’avoir qu’un parti à neutraliser à gauche : les verts. Ils ont passé avec eux, un accord extrêmement avantageux pour les législatives qui suivront la présidentielle. Le PS a promis de réserver 60 circonscriptions aux écologistes, 60 soit  plus de 10% de l’assemblée nationale qui compte 577 députés. A ce moment-là,  en novembre, personne ne pariait un kopek sur Mélenchon, à qui on promettait à peine 5%. En revanche les verts avaient le vent en poupe, même si le très médiatique Nicolas Hulot avait été écarté par Eva Joly, personne ne doutait que les thèmes écologistes seraient au cœur du débat, et notamment la sortie du nucléaire après Fukushima…

 

Plutôt rouge que vert !

En fait pas du tout !  Comme l’a dit Nicolas Sarkozy qui « sent » bien la société française, « l’écologie ça commence à bien faire ». On n’est plus à l’époque du film d’Al Gore, les français se contrefichent du réchauffement climatique, dans tous les sondages l’environnement est le dernier de leurs soucis, et la fermeture d’une seule centrale, annoncée par François Hollande, a donné des arguments en béton à Nicolas Sarkozy. Il  martèle, sous les applaudissements, que le PS s’en prend aux ouvriers, et aux emplois de l’industrie nucléaire.  

 Le PCF qui soutient Mélenchon, est pour le maintien du nucléaire, le candidat, lui,  propose un referendum sur la question. « Nous ne pourrons pas passer à côté du fait que tout le monde doit s’y mettre pour réfléchir et prendre une décision collective parce que, ou bien c’est très dangereux et on y laissera tous notre peau, ou bien ça ne l’est pas et ce serait un gâchis de tout arrêter », a-t-il déclaré en janvier sur Radio Classique.

Bref accord PS-verts: tout faux ! Pour gagner le second tour François Hollande va devoir négocier avec le front de gauche, mais s’il lui promet, à lui aussi , 60 circonscriptions, il n’y en aura plus beaucoup pour les socialistes…

 Comme disait autrefois Georges Marchais,  un des inspirateurs de Mélenchon : l’union est un combat…

 

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DSK : le « matériel » de trop

Par Christophe Giltay dans Divers , le 29 mars 2012 09h57 | Un commentaire>

Retour à DSK, on parle beaucoup de l’audience civile de l’affaire du Sofitel  à New York, mais l’autre affaire, celle du Carlton de Lille rebondit.  Dominique Strauss-Kahn va déposer plainte pour « violation manifeste de ses droits », car « Le Monde » a publié des procès-verbaux de sa garde à vue fin février à Lille.

 

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Des extrait partiels, on y apprend notamment que DSK envoyait à ses amis, des SMS explicites et par particulièrement galants,  exemple :

Veux-tu (peux-tu) venir découvrir une magnifique boîte coquine à Madrid avec moi (et du matériel),

« Le mot matériel désigne une personne de sexe féminin », a reconnu devant les policiers DSK lors de sa garde à vue les 21 et 22 février, tout en reconnaissant que ce terme est « inconvenant et inapproprié ». 

Un comportement « bestial ».

D’après le Monde, l’ancien patron du FMI,  a affirmé qu’il n’y avait au cours de ces soirées libertines, « jamais eu de relation contrainte ou imposée ». Il a donc qualifié de « mensonge », « erreur » ou « pression » les déclarations de l’une des prostituées à la police belge.
Celle-ci affirme s’être opposée en vain, au cours d’une soirée organisée en décembre 2010 à Washington, à certaines pratiques, mais qu’un ami de DSK lui avait alors attrapé les poignets « pour l’empêcher de bouger ». Cette femme aurait qualifié les habitudes de Dominique Strauss Kahn de «  bestiales »… expliquant que les parties fines avec des « escorts girls » ne sont pas des passes à 30 euros et qu’en général les clients sont plutôt respectueux .

Une certaine lassitude.

Vous vous souvenez peut être de la célèbre sortie d’Elio di Rupo : «  J’en ai marre des parvenus ! » et bien moi , j‘en ai marre de DSK ! J’en ai marre de parler toutes les semaines de ce type qui donnait des leçons à la terre entière, et se comportait en privé de cette manière. Sans être particulièrement pudibond , je ne crois pas qu’on puisse prétendre à diriger un pays, ou un organisme international comme le FMI, en se comportant de cette manière dans la vie privée. Vous me direz ce n’est pas la même chose, le public le privé… Mais vous connaissez dans la vie réelle des gens qui ont des personnalités totalement doubles comme le dieu Janus. Des individus qui détestables dans le privé sont des parangons de vertus dans leur activité professionnelle. Vous pensez que quelqu’un qui qualifie une femme de « matériel » dans un SMS, respecte scrupuleusement, l’égalité des sexes dans ses bureaux ?  

Diallo un dérapage salutaire ?

On pourrait presque se réjouir pour lui de l’affaire du Sofitel. Si ce n’est pas un coup monté, c’est peut être un acte manqué, un geste rédempteur. Le moyen que le destin a trouvé, pour mettre fin à cette spirale infernale.

Il se murmure à Paris que ses ennemis politiques étaient prêts à faire sortir l‘affaire du Carlton , après les primaires socialistes, s’ils les avaient remportées. On imagine les dégâts….

Celui qui vit par le… glaive, périra par le glaive…

 

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Présidentielle : le chômage plutôt que la sécurité

Par Christophe Giltay dans Divers , le 28 mars 2012 09h09 | Comments Off on Présidentielle : le chômage plutôt que la sécurité

Les évènements de Toulouse n’ont eu que peu d’impact sur la campagne présidentielle. Les sondages ont à peine frémi en  faveur de Nicolas Sarkozy.  Dès hier soir François Hollande a réorienté sa campagne vers ce qu’il appelle les véritables préoccupations des français, le chômage et le pouvoir d’achat…

 

« Nous voyons bien que les priorités des Français sont toujours celles du chômage, du pouvoir d’achat, des inégalités, de la santé (…). L’insécurité n’est pas nécessairement de premier rang », a déclaré le candidat socialiste en meeting à Boulogne sur mer. Vous allez me dire,  pour un socialiste c’est de bonne guerre, tout comme la dénonciation de ce qu’il appelle, les tentatives de récupération de Nicolas Sarkozy.

 

Des sondages révélateurs.

 

Cette stratégie ne tombe pas du ciel, elle s’appuie sur une réalité et sur plusieurs  sondages. Ainsi d’après une étude publiée par le quotidien économique les Echos,  52% des personnes interrogées estiment que les candidats devraient se préoccuper davantage de l’emploi, 42% du pouvoir  d’achat, 27% de la santé publique et seulement 23% de l’insécurité, un thème qui passe après celui de la dette et des déficits. Une autre enquête de  BVA parue dans Le Parisien, démontrait que le pouvoir d’achat pour 42% des sondés  et le chômage  pour 30% pèseraient  plus dans le vote des Français que l’insécurité, qui n’était mise en tête que par 8% des personnes  interrogées.

 

Bref le social va revenir au cœur du débat, Nicolas Sarkozy qui était lui à Nantes a comme par hasard repris hier à son compte une idée du centriste Jean louis Borloo : « que chaque directeur d’école puisse disposer d’ une enveloppe de crédit pour aider et suivre plus particulièrement, avec les spécialistes nécessaires, les enfants en difficulté, en maternelle et en primaire ».

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Mélenchon l’aiguillon.

 

Il est clair que sur le domaine de la sécurité, Nicolas Sarkozy a déjà fait le plein des voix,  il va falloir qu’il recentre son discours sur la gauche, s’il veut rattraper François Hollande au second tour. Le socialiste est toujours donné vainqueur  avec des chiffres de l’ordre de 54 % contre 46.

 

Mais Hollande, doit se méfier du phénomène Mélenchon qui a encore connu un succès énorme à Lille, avec plus de 20 000 personnes à son meeting. Or Mélenchon qui est donné  maintenant autour de 15% se sent pousser des ailes, après Sarkozy et Marine le Pen,  il a pris Hollande pour cible. « La rivière est sortie de son lit et quoi qu’il arrive, elle n’y rentrera pas de sitôt » a-t-il lancé. Ce qui signifie qu’Hollande devra  compter avec lui et ses propositions, qui sont  plus à gauche que le programme socialiste …  

 

La campagne s’accélère,  une actualité chasse l’autre. Toulouse et Merah ne seront bientôt plus que de tristes souvenirs…

 

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DSK proxénétisme aggravé ? Trop grave !

Par Christophe Giltay dans Divers , le 27 mars 2012 09h51 | Un commentaire>

Revenons sur l’inculpation de DSK, pour proxénétisme aggravé en bande organisée. Depuis le début de l’affaire je n’ai pas été tendre avec l’ancien patron du FMI, mais méritait  une mise en examen aussi sévère ?

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Est-ce que vous vous souvenez du début de l’affaire DSK ? C’était en Mai 2011, il y a presque un an. Je vais vous dire ça commence à bien faire. J’ai beaucoup tapé sur DSK dans cette chronique parce que j’estimais qu’un homme comme lui, aux portes de l’Elysées, sur le point d’être choisi par les français pour les diriger et les représenter, ne pouvait se permettre un comportement, qui l’a conduit en prison, à New York et en garde à vue à Lille. J’ai peut-être une vision naïve du service public, mais quand on est à ce point distingué par ses concitoyens, on a des devoirs, et pas seulement des devoirs publics. Donc je ne pleurerais pas sur sa déchéance sociale, il a joué avec le feu il s’est brûlé. Même si l’affaire de New York  est un coup monté, ce qui n’est pas impossible, le fait qu’il soit tombé dans le piège en dit long sur sa capacité de discernement, dans ce domaine bien particulier de l’activité humaine, que nous nommerons le … sexe.

Une inculpation sévère.

Mais voilà DSK, n’est pas un gangster, le chef d’inculpation retenu à Lille, est extrêmement grave et pourrait lui valoir 20 ans de prison. D’ailleurs la caution de 100 000 euros est très élevées et son contrôle judiciaire sévère. Hier soir il était vraiment à deux pas de se faire incarcérer…

 Autant une inculpation pour abus de bien sociaux, paraîtrait logique,  il a profité du champagne et des filles payées par les notes de frais d’une entreprise. Autant proxénétisme aggravé ça veut dire qu’il fournissait des filles, comme une sorte de DSK  la saumure, pardonnez-moi mais c’est un peu too much. Et même s’il est difficile de croire que ses camarades de jeu étaient des demoiselles, de là à lui coller une telle inculpation…  

Quelle issue ?

Et comment tout ça va tourner ? Dans 6 mois dans un an ?  Une peine de principe, une grosse amende ? Alors que l’élection sera bien loin, et que l’affaire de New York  aura probablement été réglée par une transaction financière…

Alors on aura beau jeu de dire que cette affaire se termine, en queue de… hareng…

 

 

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Bayrou au Zénith, mais pas dans les sondages

Par Christophe Giltay dans Divers , le 26 mars 2012 11h53 | Comments Off on Bayrou au Zénith, mais pas dans les sondages

Le premier tour de l’élection présidentielle française aura lieu dans 28 jours. C’est la dernière ligne droite. Après la pause relative due aux événements de Toulouse, on annonce quatre semaines de campagne effrénées, hier c’est le centriste François Bayrou, qui a tenu un meeting géant à Paris… 

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« Bayrou a eu son Zénith, tout comme Hollande avait eu son Bourget, Sarkozy son Villepinte et Mélenchon sa Bastille ». Voilà ce qu’écrivait ce matin un éditorialiste de la presse régionale. Après avoir critiqué le barnum de ses adversaires, le centriste a dû lui aussi se plier à l’exercice,  on l’a vu pour les autres, ce genre de grand rassemblent a un aspect fondateur qui donne comme un coup de fouet à la campagne de celui qui l’organise.

Les 6 premiers mois

 Devant des milliers de personnes qui scandaient « Bayrou président », le candidat a esquissé ce que seraient ses six premiers mois de présidence s’il était élu. Notamment un referendum sur la moralisation de la vie politique, et une priorité mise sur la lutte contre le trafic d’arme, ce qui est bien entendu une réponse à l’actualité dramatique de ces derniers jours.

Bayrou avait créé la surprise en 2007, il avait même failli se qualifier au second tour, et les sondages le donnaient même vainqueur s’il avait réussi à affronter Nicolas, Sarkozy.

Le problème de Bayou c’est qu’il lui est pratiquement impossible de passer le premier obstacle, il ne dispose pas d’un socle suffisant d’électeurs. Il faudrait que les grands partis soient particulièrement faibles comme ce fut le cas en 2002. Mais les leçons ont été tirée, il y a très peu de candidatures parasites, et François Bayrou comme Nicolas Sarkozy sont donnés au-delà de 25% des voix, bien trop haut  pour les outsiders ; .c’est peut-être là le drame de François Bayrou.

 

La surprise Mélenchon.

 

  La surprise de cette année c’est Mélenchon !  Un sondage la semaine dernière donnait d’ailleurs Mélenchon devant Bayrou,  au coude à coude avec Marine le Pen. Disons que les trois candidats se tiennent selon les instituts entre 10 et 15% des voix.

 Ça peut encore évoluer, mais le défi de pour Bayrou n’est plus tant de se qualifier que de monnayer son influence au second tour.  Va-t-il comme en 2007 ne choisir ni la droite, ni la gauche ?  Mélenchon soutiendra Hollande, Marine le Pen ne soutiendra pas Sarkozy,  mais la majorité  de ses sélecteurs se reportera quand même sur lui. Si le scrutin est serré, c’est donc Bayrou qui déteindra la clef. Mais pour l’instant évidemment motus, il continue à faire comme s’il allait se qualifier.  Et refuse donc d’évoquer son attitude au second tour…

François Bayrou, vient de passer 5 ans difficile sur sa position ni droite ni gauche, en marge plus qu’a centre de la vie politique. Je ne suis pas sûr qu’il ait envie de recommencer cette traversée du désert.  Vous verrez d’ici trois semaines à droite, comme à gauche, se lever le chant des sirènes. Je ne suis pas sûr que cette fois, tel Ulysse attaché à son mat,  François résistera. 

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Mohamed Merah, Khaled Kelkal, profils comparables

Par Christophe Giltay dans Divers , le 24 mars 2012 16h10 | 2 commentaires

Mohamed Merah, jeune délinquant multirécidiviste qui s’est autoproclamé terroriste membre d’Al Qasida avant de passer à l’acte et de tuer 7 personnes, dont trois enfants, me fait beaucoup penser à Khaled Kelkal. Il fut la cheville ouvrière des attentats de Paris en 1995.

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Combien de Mohammed Merah dans les banlieues françaises ? De gamins en rupture scolaire, en rupture familiale après le départ du père, et au comportement agité à l’école, et qui basculent jeunes dans la délinquance. Merah, a été condamné à 15 reprises par le tribunal pour enfants de Toulouse quand il était mineur, dont plusieurs fois pour des faits de violence.

 

Recrutés en prison.

 

Et combien comme lui à, l’occasion d’un séjour en prison, sont contactés par de islamistes radicaux, autrefois du GIA algérien, aujourd’hui d’Al Qaïda , et tombent de la délinquance dans le terrorisme ? Ce garçon se cherchait, il cherchait comme chaque jeune sa place. Il aurait pu être militaire, par deux fois il a tenté d’entrer dans l’armée. Mais son casier judicaire, l’en a empêché. Alors il s‘est tournée vers une autre famille, un autre cadre, une autre armée, il est parti en Afghanistan et au Pakistan, pour se mettre au service  d’Al Qaïda. Son profil est pourtant atypique, il aurait refusé de commettre un attentat suicide, il préférait aurait-il dit au policiers, tuer que d’être tué. Il n’avait pas l’âme du martyr.

 

Le petit frère de Kelkal ?

 

 En revanche bien que décrit comme gentil et bien élevé par son avocat, il pouvait rester des heures chez lui à visionner de scènes de décapitation. La rencontre d’un vrai criminel et d’une cause terroriste ?

 On va longtemps analyser son comportement, sa personnalité, les influences qu’il a reçues…

Une chose m’interpelle :

Vous souvenez-vous de Khaled Kelkal ?  Il avait à peu près le même âge, 24 ans quand il a été abattu par les forces de l’ordre le 29 septembre 1995. Kelkal impliqué dans plusieurs des attentats qui ont frappé Paris en 1995. Lui aussi jeune de banlieue ( lyonnaise ), lui aussi délinquant, lui aussi sous l’influence de son frère, lui aussi contacté en prison par des islamistes, lui aussi devenu terroriste…On lui attribue entre autre l’attentat du métro St Michel : 8 morts, 17 blessés…

 

Khaled Kelkal

Khaled Kelkal

 

 

 

Même sénario.

 

 Vous vous souvenez peut-être de sa tentative d’arrestation par les gendarmes. Kelkal blessé aux jambes et qui, au sol, continue à tirer, avant d’être abattu…

Différence avec Merah, Kelkal faisait partie d’un groupe, et Merah visiblement n’avait pas d’autre soutien que sa cellule familiale. Le terrorisme islamiste a changé, les réseaux ne sont plus les mêmes…

Mais, la similitude de destin ne relève pas de la coïncidence.

Quand Kelkal a été tué, Mohammed  Merah n’avait que 7 ans. Cela veut dire qu’en 17 ans, la France n a pas réussi à tarir cette source du terrorisme en intégrant correctement ses jeunes de banlieues, ses  jeunes musulmans.

On dit que cet affaire va relancer la campagne, plutôt que de débattre sans fin sur l’insécurité, les candidats pourraient peut être se pencher sur cette question dramatique et cruciale…

 

 

 

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Des questions autour de l’affaire Merah

Par Christophe Giltay dans Divers , le 23 mars 2012 10h24 | Comments Off on Des questions autour de l’affaire Merah

La presse française s’interroge sur les conditions de la mort de l’assassin au scooter Mohammed Merah. Pourquoi attendre si longtemps pour le neutraliser ? Aurait-on pu le prendre vivant ? Et surtout pourquoi ne pas l’avoir repéré plus tôt alors qu’il était connu des services secrets, y compris aux Etats Unis.

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 Essayons de rester juste, ce criminel qui a tué 7 personnes, dont trois enfants,  de sang-froid, a été mis hors d’Etat de nuire. C’est bien sûr le principal, et il et légitime de féliciter les forces de l’ordre pour cette opération difficile.

Pourquoi si tard ?

Maintenant il est également légitime de se poser des questions : d’abord y-a-t-il eut faille dans le renseignement ? On apprend ce matin que Mohammed Merah figurait sur la liste noire l’empêchant de voyager aux Etats Unis. Pourquoi cet individu, délinquant multi récidiviste, dont on savait qu’il avait circulé en Afghanistan et au Pakistan,  n’était -il pas surveillé plus étroitement ? Et pourquoi ne l’a-t-on pas arrêté après les meurtres de militaires, alors les principaux éléments étaient déjà réunis. Ce n’est qu’après l’attentat  de Toulouse que tout d’un coup son nom est sorti,  je pense qu’il y aura  un sérieux débriefing à la tête des services secrets. 

Une autre stratégie ?

 Quant à l’interpellation… dans Ouest France,  le commandant Prouteau créateur du GIGN, groupe d’intervention de la gendarmerie nationale,  ancien chef des gendarmes de l’Elysée, estime ce matin que le raid aurait pu choisir une autre stratégie, celle de la souricière : on attend le suspect à un carrefour, au coin d’une rue, sur une place, et là on le coince. Problème dans ce cas il y a toujours des risques qu’un passant prenne une balle perdue. Enfin, Il faut savoir que le Raid est le concurrent policier du GIGN, et qu’en France, il y a toujours une rivalité entre gendarmes et policiers.

Un assaut tardif.

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de donner l’assaut ?  Là le policier renvoie la balle au politique, c’est le ministre qui a  décidé ! A ce sujet Eva Joly la candidate écologiste, et ancienne magistrat,  fait remarquer qu’il aurait mieux valu que l’opération soit dirigée par un juge. Comme cela aurait été le cas… en Belgique par exemple. Mais en France le pouvoir exécutif, prend le plus souvent l’ascendant sur le pouvoir judiciaire.

Un bénéfice pour Sarkozy ?

Pouvait-on le prendre vivant ? Dans la mesure où il était extrêmement dangereux, une fois qu’il est sorti les armes à la main, un tireur d’élite l’a neutralisé. Mais là encore, il n’aurait pas ouvert le feu s’il n’en avait reçu l’ordre. Bien des questions qui font que, même s’il a montré une fois de plus sa fermeté dans le domaine de la sécurité,  Nicolas Sarkozy n’en retirera pas forcément un bénéfice électoral. Car, à mon avis,  ceux qui le soutiennent pour cette raison, l’ont déjà rejoint depuis longtemps.

 

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La tuerie de Toulouse suspend la campagne

Par Christophe Giltay dans Divers , le 20 mars 2012 10h55 | Comments Off on La tuerie de Toulouse suspend la campagne

La tuerie survenue hier matin à Toulouse, a suspendu le cours de la campagne présidentielle. Entre «cohésion nationale» et « unanimité républicaine », tous les candidats ont chamboulé leur programme initial, supprimant déplacements, réunions publiques et rendez-vous médiatiques. Plusieurs d’entre eux ont fait le déplacement à Toulouse pour apporter leur soutien aux familles.

 

Le premier d’entre eux c’est Nicolas Sarkozy, qui était dans son rôle de président. Rôle qui dans des circonstances aussi dramatiques ne lui est contesté par personne. Ila annoncé qu’il suspendait sa campagne jusqu’aux obsèques des militaires et peut être même des enfants.  François Holland en a fait autant, et les autres suivront bien sûr. La France vit un traumatisme comparable à celui qu’a connu la Belgique la semaine dernière, après l’accident de Sierre.

Il y a 10 ans, Nanterre.

Sauf qu’il s’agit d’un acte criminel, d’un geste volontaire, et ça rend ces morts encore plus horribles, encore plus intolérables. Est-ce que ce drame peut avoir une incidence sur le résultat des élections ? Il y a un précédent, il y a presque 10 ans jour pour jour,  le 27 mars 2002,  la tuerie de Nanterre, 8 élus tués en plein conseil municipal par un d’équilibré  qui voulait se suicider en tuant le plus de monde possible. Jacques Chirac avait lui aussi réendossé ses fonctions présidentielles, pour gérer cette crise. La sécurité était un des thèmes privilégiés de sa candidature, et bien sûr ce thème fut au centre des dernières semaines de campagne. Vous connaissez la suite, c’est Jean Marie le Pen qui en a profité  en se qualifiant pour le second tour, au détriment de Lionel Jospin.

Un bénéfice électoral ?

Qu’en sera-t-il cette fois ?  Il est clair que dans ce genre de circonstances c’est celui qui est la manœuvre, qui recueille le soutien et l’adhésion de la population. Si jamais l’auteur était arrêté très vite, Nicolas Sarkozy en tirerait sans nul doute un bénéfice. D’autant que sur la sécurité les français le trouvent le plus compétent  que  François Hollande. Le socialiste a bien réagi en se rendant à  Toulouse en compagnie de l’ambassadeur d’Israël et du maire de la ville. Sa réaction est sobre et adaptée, mais il n’a pas d’autres choix que d’approuver ce que fait le président. Mais si jamais l’assassin frappait à nouveau, en toute impunité,  Nicolas Sarkozy pourrait y perdre toute crédibilité. Maintenant rien n’est sûr,  la France est une vieille démocratie,  les gens sont habitués à faire la différence entre la  gestion d’un évènement tragique, et le fait de choisir le chef de l’Etat pour 5 ans. Au sortir de la guerre en Grande Bretagne, Churchill, le vainqueur d’Hitler, le sauveur de la démocratie a été battu aux élections et chassé du pouvoir.

 Face au drame de Toulouse, Nicolas Sarkozy se conduit en président  responsable, c’est tout à son honneur.  On verra si les français décident dans un mois de l’en récompenser…

Nicolas Sarkozy à Toulouse

Nicolas Sarkozy à Toulouse

Mélenchon prend la Bastille

Par Christophe Giltay dans Divers , le 19 mars 2012 14h16 | 3 commentaires

Gros succès pour le candidat du front de gauche Jean Luc Mélenchon. En réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes à Paris hier, il s’impose comme la surprise de cette présidentielle.

 

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Depuis l’émergence de Jean Lecanuet, chaque présidentielle connait sa surprise, soit au niveau du résultat final exemple Giscard en 1974, soit au niveau des outsiders, le cas le plus spectaculaire étant celui de Jean Marie Le Pen qui a réussi à se qualifier pour le second tour en 2002.

A la gauche de la gauche.

Mélenchon c’est indubitablement la surprise 2012. Depuis le score de Georges Marchais en 1981 (15% ) les communistes réalisaient des scores très faibles, 2% en 2007, à  peine plus de 3% en 2002, complètement laminé à gauche par le PS, ce courant politique paraissait appelé à disparaître. Mélenchon le réveille. Il n’est pas communiste  mais il soutenu par le parti qui conserve de nombreux élus locaux, ce qui explique qu’il n’a pas eu de problème pour recueillir ses 500 parrainages. Mélenchon est un ancien socialiste qui été ministre dans le gouvernement Jospin, mais il se situait à la gauche du parti. Sa rupture date de 2005, il s’était prononcé contre la constitution européenne, alors que le PS soutenait le oui au referendum. C’est un anticapitaliste, qui refuse de jouer le jeu de l’économie libérale. En le portant à la candidature le front de gauche, si je puis dire « capitalise », les voix communistes,  les voix de l’extrême gauche, de la gauche du PS plus ce qu’on pourrait appeler les orphelins de la politique, altermondialistes, indignés etc….qui ne trouvent plus leur place dans les partis classiques.  Il bénéficie aussi de l’étrange stratégie des partis trotskystes qui ont  remplacé  leurs candidats médiatiques, Arlette Laguiller et Olivier Besancenot par d’illustres inconnus, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou…

Un danger pour Hollande ?

 Hier Mélenchon a trouvé des accents de tribun de la plèbe : « Génie de la Bastille qui culmine sur cette place, nous voici de retour, le peuple des révolutions et des rébellions en France. Nous sommes le drapeau rouge! » . Concrètement quel résultat peut-il espérer ? Les sondages le donnent autour de 10%, il pourrait monter encore, et pourquoi pas talonner voire dépasser Bayrou et (ou) Marine le Pen. 15% des voix au premier tour c’est possible.  En revanche le second tour lui est inaccessible, d’autant que plus on va se rapprocher de l’échéance, plus l’impérieuse nécessité du vote utile va se faire sentir.

Un parfum de 68.

 Si l’on est sympathisant de gauche, on peut manifester avec Mélenchon c’est sympa, ça fait mai 68 … En revanche il n’y en qu’un qui peut battre Sarkozy, c’est Hollande !  Et donc dans le secret de l’isoloir, la raison du militant l’emportera peut être sur la passion. C’est pourquoi  les socialistes ne sont pas exagérément inquiets, et rappellent comme Ségolène Royal hier, que Mélenchon est leur allié naturel. Il a d’ailleurs déjà annoncé qu’il se désisterait pour Hollande au second tour. D’ici là vous pouvez lui faire confiance pour assurer le spectacle, et c’est vrai que dans cette présidentielle un peu sinistre , le rouge vif ça met de la couleur…

 

 

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La France choisit son roi : bonnes pages

Par Christophe Giltay dans Livres , le 15 mars 2012 16h27 | 3 commentaires

Mon livre  » la France choisit son roi  » ( préface de Philippe Alexandre) est sorti le 15 mars en Belgique et sortira le 22 mars en France. Aux éditions : « La renaissance du livre. » 

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Les Belges croient vivre en Monarchie et les Français en république. En fait c’est le contraire, ce livre vous le démontrera amplement. Par ailleurs, le système de la Vème République est probablement celui qui convient le mieux au peuple français …Les gaulois ont besoin d‘un chef, mais ils ont aussi besoin de le renverser de temps en temps. L’élection présidentielle telle que nous allons la connaître les 22 avril et 6 mai prochains, remplit cette fonction. Confirmer ou renverser le roi, sans recourir à une révolution…

La France choisit son roi  détaille le fonctionnement de la Vème république, et son caractère profondément monarchique, même si, par l’élection du président au suffrage universel elle est indubitablement une démocratie. Certains parlent à son sujet de monarchie élective. Dans ce livre je décris aussi bien les mécanismes politiques que la vie quotidienne des présidents et les nombreux avantages «  princiers » liés à la fonction.

Je vous propose quelques extraits qui j’espère, vous donneront envie de lire le reste…

 

 

 

 

Introduction :

 

Je suis arrivé en France le 25 avril 1969, j’avais huit ans. A 20 heures la télévision diffusait l’ultime discours du général de Gaulle, avant le référendum qui allait mettre fin à ses fonctions. J’ai eu la sensation d’assister à quelque chose d’exceptionnel. Peu après, j’ai vécu ma première campagne présidentielle en France. Je me souviens encore des enfants qui se battaient dans la cour de récréation, les uns pour Pompidou, les autres pour Poher. Depuis, je n’ai jamais cessé de m’intéresser à cette élection présidentielle « clé de voûte des institutions. » Comme journaliste, je les ai toutes couvertes depuis 1988. A longueur d’interviews, de meetings, de soirées électorales, j’ai entrevu que le système de Vème République, qui combine un pouvoir fort avec la possibilité de le renverser régulièrement, convenait bien au peuple Français. Le général de Gaulle a trouvé en quelque sorte l’équilibre parfait entre le besoin très gaulois d’un chef, et les aspirations révolutionnaires de ses compatriotes. Contrairement à la Belgique dont le souverain héréditaire n’exerce qu’une magistrature d’influence, la France élit au suffrage universel un président doté de pouvoirs monarchiques sans équivalent en démocratie. Ainsi, depuis près de cinquante ans, à intervalle régulier, « la France choisit son Roi. »

Les historiens et les constitutionnalistes en débattent encore, l’élection du président de la République au suffrage universel, était-t-elle en germe, dès la fondation de cette Vème République, et même bien avant ? Pouvait-t-on la deviner en filigrane dès le discours de Bayeux en 1946, qui exposait déjà les choix du général de Gaulle en matière de constitution, avec la présence d’un exécutif fort, mais démocratique ?  Ce livre n’a pas l’ambition de trancher définitivement cette question, même si la désignation du président par le suffrage universel apparaît, vu d’aujourd’hui, comme le parachèvement logique du projet gaulliste. Qui sait ce qu’en pensait réellement le général de Gaulle qui lui, de toute façon, se pensait détenteur d’une légitimité historique ? Pour paraphraser la formule  célèbre du président  René Coty, le jour de la passation de pouvoir à l’Elysée,  « Le premier des Français était destiné à être le premier en France. »

 Distingué par la seconde guerre mondiale, rappelé par la guerre d’Algérie, le général de Gaulle, tel un imperator, pouvait se croire choisi par l’histoire, mais l’exception historique ne pouvait suffire à asseoir durablement un régime. A moins de rétablir la monarchie héréditaire, comme il l’avait laissé entendre au comte de Paris, au point qu’un hebdomadaire titra un jour « le successeur » en publiant sa photo à la une, il fallait un mode de désignation conforme aux temps où l’histoire se fait plus modeste.  C’est pourquoi l’élection du président au suffrage universel apparaît aujourd’hui tout à fait dans la logique des institutions. Les Français vont s’y livrer au printemps 2012, avec passion, pour la neuvième fois.

La première formule de la Vème république  assurait l’élection du président par un collège de grands électeurs, une pléthorique assemblée de 80 000 notables. Elle  sentait un peu trop son XIXème siècle et le suffrage censitaire pour être conforme à la modernité de l’enjeu. 

A défaut d’élection du président au suffrage universel direct, le général de Gaulle avait prévu dès le début le recours au referendum, utilisé tel un plébiscite, pour vérifier à intervalle régulier l’accord entre le peuple et la légitimité du chef. Une sorte de piqûre de rappel. Mais là encore, le caractère exceptionnel du personnage et de sa relation au peuple permettait de brutaliser un peu les institutions. C’est ainsi qu’en 1962, pour faire passer la réforme de l’élection  au suffrage universel du chef de l’Etat, de Gaulle imposa à la hussarde un referendum, qui fut amplement critiqué à l’époque. Les contemporains n’avaient pas compris que ce serait  l’un des  derniers de cet ordre, puisqu’une fois la réforme décidée, le referendum-plébiscite, devenu inutile, tomberait en déshérence.  D’ailleurs  ses successeurs n’en ont que peu usé, et aucun n’a démissionné après un rejet, contrairement au général de Gaulle après celui de 1969.

 

Cette soirée de 1969 où je vis le général de Gaulle faire ses adieux, marquait  en quelque sorte l’entrée de la constitution dans sa maturité. Dorénavant, les Français choisiraient leur chef. Mais la manière dont ce chef serait désormais élu lui conférerait la même légitimité que celle de « Charles imperator ». 

Un événement pourrait  avoir précipité cette réforme :

 

22 août 1962. Deux DS 19 escortées de motards traversent la banlieue parisienne à vive allure, destination l’aéroport militaire de Villacoublay. A l’arrière de l’une des voitures, le général de Gaulle et madame.  Le couple se rend dans sa propriété de Colombey-les-deux -Eglises. A l’avant, leur gendre, Alain de Boissieu a pris place à côté du chauffeur Francis Marroux.

Le colonel de Boissieu, futur général d’armée,  est un habitué des champs de bataille, décoré à maintes reprises pendant la seconde guerre mondiale et la guerre d‘Algérie.

Aux environs de 20 heures, à trois cent mètres du rond-point dit du Petit-Clamart, son attention est attirée à droite de la voiture par d’étranges volutes de fumées qui apparaissent sur le macadam. Il identifie instinctivement des balles tirées en direction de la voiture, immédiatement il se retourne et lance « Mon père baissez-vous ! ». Après un temps d’hésitation, le général de Gaulle et son épouse obtempèrent,  les vitres éclatent, les pneus avant sont déchiquetés. Sur ordre du gendre, le chauffeur Francis Marroux  écrase l’accélérateur. Avec tout autre berline de l’époque, une Peugeot 404, une grande routière allemande, une américaine, c’était l’accident assuré. Mais la voiture est une Citroën DS, dotée d’une suspension  hydropneumatique qui maintient une assise exceptionnelle à la caisse, en toute circonstance.

La carrosserie tangue, gémit, mais malgré les pneus crevés et le sol mouillé, la DS répond et sort du piège.

Elle viendra peu après se garer dans cet état sur le tarmac de l’aéroport militaire. Le général descend et passe comme si de rien n’était les hommes qui l’attendent en revue. Il parait que le soir, en mangeant sa soupe à Colombey,  il s’éclaffait : «  foutus tireurs. » 

Les tireurs étaient membres de l’OAS, organisation armée secrète, un groupe opposé à la l’indépendance de l’Algérie, proclamée deux mois plus tôt, et qui avait décidé d’assassiner le président de la République.

Le général de Gaulle ne pardonna jamais au chef du commando, le lieutenant- colonel Bastien Thiry d’avoir mis en danger la vie de son épouse. Condamné à mort, il fut fusillé le 11 mars 1963.

La légende veut que cet attentat manqué de peu ait décidé le général de Gaulle à précipiter la réforme qui ferait de son successeur un président élu au suffrage universel. Le héros du 18 juin n’étant pas immortel, il fallait préparer l’avenir

….

 

Chapitre 2 : Dessine-moi un président !

 

Quand devient-on Président ? Quand on est élu, ou plutôt quand on prend ses fonctions ? À quel moment l’onction du suffrage universel devient-elle effective, à quoi cela se voit-il?

 

 

Où est le moment magique ? Car ce moment est magique. A une certaine seconde cet homme n’est rien, ses ordres ne sont pas suivis, la déférence ne lui est pas due. A la seconde suivante, il ordonne, tranche, exige et on lui dispense moultes courbettes d’approbation.

 

On s’amuse parfois à rappeler que le jour de son investiture, le général de Gaulle a planté là son prédécesseur  René Coty,  face à l’Arc de Triomphe, où ils venaient de déposer ensemble un gerbe au soldat inconnu. Ils étaient arrivés dans la même voiture, mais une fois le geste accompli, le général s’est retourné vers son prédécesseur pour lui dire tout simplement, « Au revoir, monsieur Coty. »  Et il a invité Georges Pompidou à l’accompagner dans la limousine décapotable pour descendre les Champs Elysées. Heureusement le protocole est bien fait en France,  le président Coty n’est pas resté longtemps sur le carreau, on eut vite fait de lui trouver une voiture pour le ramener chez lui.

 

Mais le général de gaulle est un cas à part, pour paraphraser justement la formule de René Coty quand il l’a accueilli à l’Elysée, le « premier en France » était déjà depuis longtemps le « premier des Français ».

Certains ne deviennent  jamais tout à fait président, à défaut de se trouver bien dans le costume, le général lui, l’était déjà avant de l’endosser.

Pour les autres, ceux qui n’ont pas eu rendez-vous avec l’histoire un jour de juin 40,  à quel instant se loge le subtil moment de transition ?

 La « transfiguration » du président ? 

 

Pas de couronne à coiffer, pas de sceptre à lever, pas même de prestation de serment à l’américaine . Aux Etats-Unis, les choses sont claires, le président  prononce la formule rituelle : «  I do solemnly swear that I will faithfully execute the office of  President of the United States, and will to the best of my ability preserve, protect and defend the Constitution of the United States.”(Je jure solennellement que je remplirai fidèlement les fonctions de président des États-Unis, et au mieux de mes capacités, de préserver, protéger et défendre la Constitution des États-Unis)

 

Et il entre aussitôt en fonction.

 

En France, seul Louis Napoléon Bonaparte a prêté serment en 1848. Tous les autres ont été simplement investis.  Une cérémonie qui dure toute la journée, avec discours à l’Elysée, visite à l’Arc de Triomphe, descente des Champs Elysées et éventuellement cérémonie de recueillement dans un lieu historique. 

 

Mais dans cette journée, à quel instant  précis se produit le basculement ?

 

Est-ce quand le Président  raccompagne son prédécesseur dans la cour d l’Elysée et salue sa voiture qui s’éloigne ?  Est-ce  un peu plus tard quand le président du conseil constitutionnel proclame dans la salle des fêtes de l’Elysée les résultats de l’élection et que le grand chancelier de la légion d’honneur lui présente le grand collier ? Est-ce au moment où retentissent les 21 coups de canons tirés depuis l’esplanade des Invalides ?

Je me souviens de  l’investiture de Jacques Chirac en 1995. Roland Dumas , président du conseil constitutionnel, après avoir rappelé les résultats du second tour de l’élection, avait prononcé cette phrase, « le conseil vous a donc proclamé président de la République française à compter de la cessation des fonctions de monsieur François Mitterrand. »

 Donc si l’on comprend bien, le nouveau président est président quand le précédent ne l’est plus. Plus qu’une prestation de serment ou qu’une investiture, il s’agit presque d’une simple passation de pouvoir. Sans vouloir filer la métaphore jusqu’à l’extrême, nous sommes un peu dans le « le roi est mort vive le roi ! ». Sauf que le roi était sacré à Reims, oint de l’huile de la sainte ampoule, mélangée au saint Chrême

 

 A défaut de sacre présidentiel, ce serait donc au moment où le président du conseil constitutionnel proclame les résultats  que l’onction se produirait et que l’homme ordinaire se retrouverait d’un  coup successeur des rois.

Mais rien n’est simple, car quelques secondes auparavant, avant même la proclamation, quand l’impétrant a pénétré dans la salle des fêtes accompagné par le premier ministre, le président du Sénat et celui de l’Assemblée Nationale, on a entendu l’huissier annoncer : « Monsieur le Président de la République ! »  Et Roland Dumas  a d’ailleurs a commencé son discours en s’adressant à Jacques Chirac par ces mots : « Monsieur le Président de la République. »  C’est donc qu’il l’était déjà, mais alors depuis quand ?

 

Pour l’élection de Jacques Chirac, j’ai ma petite idée, mais laissez- moi vous narrer trois anecdotes significatives qui se sont produites lors de l’accession de François Mitterrand à la magistrature suprême.

La première date du 10 mai 1981, je la tiens de la bouche même du chauffeur de François Mitterrand, Pierre Tourlier. Le candidat socialiste s’était rendu dans son fief de Château Chinon pour attendre les résultats du second tour. Il était comme à son habitude  descendu à l’Hôtel du Vieux Morvan, où il louait une chambre à l’année.

Une fois la victoire assurée, il est sorti sur la terrasse de l’hôtel pour saluer la foule. Puis il a prononcé son premier discours de vainqueur,  retransmis en direct par la télévision en voici la fin : «  …. Je mesure le poids de l’histoire, sa rigueur, sa grandeur. Seule la communauté nationale entière doit répondre aux exigences du temps présent. J’agirai avec résolution pour que, dans la fidélité à mes engagements, elles trouvent le chemin des réconciliations nécessaires. Nous avons tant à faire ensemble et tant à dire aussi.
Des centaines de millions d’hommes sur la terre sauront ce soir que la France est prête à leur parler le langage qu’ils ont appris à aimer d’elle.
Mesdames et messieurs, j’ai une autre déclaration brève à faire. A M. Giscard d’Estaing, que je remercie de son message, j’adresse les vœux que je dois à l’homme qui, pendant sept ans, a dirigé la France. Au-delà des luttes politiques, des contradictions, c’est à l’histoire qu’il appartient maintenant de juger chacun de nos actes. »

Je mesure le poids de l’histoire, sa rigueur, sa grandeur. Le langage est déjà à la mesure de la fonction, sans oublier  le salut rendu à Valéry Giscard d’Estaing, lui aussi convoqué à la tribune de l’histoire.

En cet instant, VGE a encore onze jours à passer à l’Elysée, la passation de pouvoir n’aura lieu que le 21 mai.  Il n’y a pas de règle en France, la date ultime pour l’investiture, c’est le jour anniversaire de la prise de fonction du prédécesseur, mais elle peut avoir lieu avant. En général, ça se passe dix jours après le second tour, c’est le délais légal pour la publication définitive des résultats par le conseil constitutionnel.

Le soir du 10 mai, Mitterrand, malgré l’emphase de son discours, n’est toujours qu’un candidat vainqueur, et pourtant un évènement symbolique va se produire quelques minutes plus tard.  François Mitterrand monte dans sa voiture pour rentrer à Paris. Comme à son habitude, il s’installe à l’avant à côté de son  chauffeur, Pierre Tourlier. A l’arrière prennent place Danièle Mitterrand et sa sœur Christine Gouze- Rénal, à la ville Mme Roger Hanin.

La voiture prend la route de Paris. Danièle Mitterrand entonne l’Internationale, accompagnée par sa sœur.  François Mitterrand reste silencieux, perdu dans ses pensées. Arrive le péage de l’autoroute. Là des motards de la gendarmerie attendent la voiture. Un des gendarmes se penche vers le chauffeur «  Nous avons reçu l’ordre du préfet de vous accompagner jusqu’à Paris. » 

Immédiatement, quelques dizaines de minutes à peine après son élection,  le représentant de l’Etat dans le département, avait envoyé au futur président les premiers signes de son importance, de son autorité, de sa majesté…

 

« Ca va durer longtemps ? » Aurait dit François Mitterrand à son chauffeur alors que le cortège fonçait sur l’autoroute. Il lui aurait répondu quelque chose comme « Il va falloir vous y habituer ».

Pendant quatorze ans François Mitterrand n’a plus circulé sans escorte. Ce soir-là, il s’est permis une petite facétie. A l’entrée de  Paris, alors que les motards prenaient le chemin du siège du PS, rue de Solferino, François Mitterrand a lancé à son chauffeur, « à la maison ! », et Tourlier, pour la dernière fois avant longtemps, a semé les motards.

Autre anecdote liée au premier jour du mandat de François Mitterrand. Celle-ci est rapportée par Jacques Attali dans « Verbatim ». Une fois Giscard parti, le nouveau président s’installe dans son bureau accompagné par Jacques Attali son conseiller spécial, qui sera son plus proche collaborateur. En ces premières minutes, le palais est encore hostile, le personnel, des secrétaires aux gardes en passant par les huissiers,  ne sait que penser de ces nouveaux maîtres, ces « socialo-communistes », qui n’avaient plus occupé le pouvoir depuis vingt-trois ans. Les conseillers socialistes errent dans les couloirs, à la recherche de leurs bureaux ( qu’ils se disputent parfois chèrement), et se sentent encore comme des intrus.

On apporte au nouveau président les premiers télégrammes de félicitation. Il en ouvre un au hasard, il vient du roi Juan Carlos d’Espagne. Il se tourne alors vers son conseiller spécial et lui dit : «Comme c’est gentil ! J’aimerais lui parler, vous pouvez voir ça ?». Oui, bien sûr ! Mais au fait, comment appelle-t-on le roi d’Espagne ? Un simple citoyen ne téléphone pas au roi d’Espagne,  » le roi n’est pas mon cousin »dit la formule populaire . Et bien si ! Quand on devient président de la République française, le roi est tout d’un coup votre cousin. Attali décroche  un des téléphones posés sur le bureau, à l’autre bout du fil une secrétaire répond. Il se présente :  « Je suis le conseiller spécial du Président,  il souhaiterait parler au roi d’Espagne. »  Quelques secondes de silence et il entend la secrétaire lui dire: «  Je vous le passe sur quel poste ? »

 C’est là qu’il a compris que l’aventure avait vraiment commencé. 

….

 

 

 

 

 

Chapitre 8 : A la table du Roy

 

 

La scène se passe en 1974, quelques semaines après l’accession de Valéry Giscard d’Estaing au pouvoir. Un second du chef de l’Elysée travaille dans les cuisines, quand il sent une présence derrière lui.  Il se retourne et se trouve nez à nez avec le Président en personne.  Confus, gêné par sa tenue tâchée, le cuisinier ne sait quelle attitude adopter. Jamais on n’avait vu un Président descendre à l’improviste  dans les cuisines. VGE met l’homme à son aise, lui pose quelques questions sur son parcours, sa famille, et en vient au fait. Le repas servi à midi fut excellent, et la crème glacée proposée en dessert fut délicieuse, parfaite. En revanche, sur ses glaces, il ne voulait plus jamais voir de petite fleur rose en sucre en guise de décoration.

Pour la première fois ce jour-là, les chefs de l’Elysée, furent confrontés à la nouvelle cuisine, ils en restèrent longtemps traumatisés.

 

Autre exemple, toujours sous Giscard. Le Président adorait la tarte aux pommes. Et demandait régulièrement qu’on lui en préparât. Le problème est que cet amateur de restaurant chic, et donc de cette nouvelle cuisine que Bocuse et ses collègues venaient d’inventer, avait une conception bien particulière de la tarte aux pommes…

Pour le chef de l’Elysée, à l’époque Marcel le Servot qui avait pris ses fonctions sous le général De Gaulle, une tarte aux pommes était fourrées de crème pâtissière, et recouverte de morceau de pommes. Recette classique de la tarte au pomme à la française, qu’on trouve encore dans bien de pâtisseries de province. Mais Giscard, lui, aimait ce qu’on appelle « la tarte fine aux pommes ». Une couche de pâte feuilletée recouverte de compote et de tranches des fruits finement découpées. Détail ? Point du tout ! Le pauvre pâtissier de l’Elysée qui suivait les recettes de son chef faillit perdre sa place. Le verdict du prince tomba un soir, « si le pâtissier ne sait pas faire la tarte aux pommes, qu’on en change. » Heureusement pour lui, c’est  la recette qui changea. 

 

 

En France rien de plus sérieux, essentiel, fondamental que la cuisine, la table, le manger. Un art de vivre consacré en novembre 2010 par l’UNESCO qui a classé le repas gastronomique des français au  patrimoine immatériel de l’humanité.

 

Le Président de la République, incarnation de la France, de son peuple, de ses terroirs, de sa culture ne peut pas être en reste. D’autant que là encore,  il succède à une longue tradition royale. Avec cette différence qu’il n’existe plus aujourd’hui de grandes maisons privées, comme celle que l’on voit dans le film « La règle du jeu » de Jean Renoir,  capables de rivaliser avec le château en terme de réception et de cuisines. Nicolas Fouquet et son maitre d’hôtel Vatel n’ont pas de successeurs. Etablissements professionnels mis à part, l’Elysée est sans nul doute, le dernier endroit de France à posséder une brigade et des cuisines aussi imposantes, tout en faisait honneur à la gastronomie française. Mais n’est-elle pas la première maison de France ?

 

Joël Normand, qui a succédé à Le Servot et servi cinq Présidents, a publié en 1999 un livre passionnant : «  La Vème République aux fourneaux », où il dévoile tous les secrets de la table du Roy.

 

Les cuisines de l’Elysées sont situées dans l’aile Ouest du château. Longtemps les présidents ont mangé tiède ou froid, car la salle à manger est située de l’autre côté du palais, dans l’aile Est. Un souterrain permet de traverser le palais et de joindre les deux ailes. Pendant des années,  les cuisiniers l’ont traversé au sprint avec les plats sur un charriot, pour essayer de les servir encore chaud. Peine perdue.

Georges Pompidou, qui avait eu l’occasion de déjeuner souvent avec le général de Gaulle quand il était premier ministre, avait constaté qu’au palais on ne mangeait pas chaud. C’est pourquoi une fois élu, ce fin gourmet fit installer une seconde cuisine à côté de la salle à manger. Un chef de partie y terminait les plats,  sur un fourneau à gaz, avant que les maîtres d’hôtel ne les servent immédiatement à table.

 

Les cuisines de l’Elysée concoctent chaque jour de très nombreux repas, environ deux cents, puisqu’elles  nourrissent à la fois le président, sa famille, ses invités mais aussi les collaborateurs et le personnel. On estime que les cuisines sortent 70 000  repas par an. Du simple sandwich aux « escalopes de foie de canard à la mousseline de lentilles ».

 

Dans ces cuisines de 500 mètres carrés, 24 cuisiniers dont 10 chefs de partie,  des casseroles en cuivre parfois plus que centenaires, un responsable pour la cave et ses milliers de bouteilles.

 

 

 

Chapitre 25 : Abdication.

 

Il est là souriant , de cet air satisfait de lui-même qu’il quitte rarement. Il a vieilli bien sûr, 80 ans ! Mails l’oeil est toujours brillant et l’homme séducteur. Quand l’hôtesse lui a demandé s’il voulait boire quelque chose, (on avait prévu du champagne) , il a dit avec son meilleur accent anglais « auriez-vous un diet coke ? »

Giscard tel qu’en lui-même un soir de 2006, venu présenter à Bruxelles le dernier tome du « pouvoir et la vie. »

 Ce livre avait fait beaucoup de bruit car,  Giscard y racontait comment le RPR, le parti de Jacques Chirac, héritier du gaullisme, avait appelé secrètement à voter contre lui aux élections de 1981.

Il raconte qu’il avait lui-même téléphoné à une permanence du RPR, pour dire «  il faut bien voter Giscard ? »  et qu’on lui avait répondu : « Mais pas du tout il faut voter Mitterrand ! » Il en restait perplexe. « Que les ambitions s’expriment je pouvais le comprendre, mais voter Mitterrand, le pire ennemi du général de Gaule qui lui a refusé la confiance lors de son investiture en 1958. »

  25 ans après la surprise était feinte, mais à l’époque elle avait dû  être sincère.

L’entretien fut évidement courtois, à un moment je lui ai demandé s’il n’avait pas le sentiment d’avoir été élu trop tôt .Si les français n’avaient  pas fait les choses à l’envers; quand les anglais et les allemands élisaient des gouvernements socialistes la France portait un  libéral à sa tête.et quand les autres se sont tournés vers le conservatisme la France a élu un socialiste en 1981…

Si Mitterrand avait gagné en 1974 et lui en 1981, il se serait  trouvé en phase avec les autres pays, et à l’époque, peut-être aurait-il été réélu, une ou deux fois.

J’ai encore sa réponse en mémoire.

 « Certes, on me le dit souvent, mais entre être élu trop tôt et ne pas l’être du tout… »

 

Puis, il fallut aborder les choses douloureuse, ce jour où mal l’aise dans un fauteuil dont il avait du mal à s’extraire, il a dit  à la télévision « au revoir » aux français. Image depuis popularisée par le générique des « enfants de la télé »

 

Et là tout d’un coup le ton s’est fait plus grave, de sa défaite il avait gardé

«  Une inguérissable nostalgie ».je lui ai demandé d’expliquer :

« Inguérissable parce que ça ne s’arrête pas, et nostalgie parce qu’on aurait s souhaité que ce soit autrement. C’est toujours vrai mais ça été largement effacé par mon travail à la convention sur la  constitution Européenne, ce qui m’a absorbé et dans une certaine mesure renouvelé. »

 

Quand on sait qu’a peine battu Giscard a recommencé une carrière politique depuis la base. Il a été de nouveau conseiller général, député, président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée,  chef de son parti l’UDF, président de  la région Auvergne de 1986 à 2004, soit beaucoup plus longtemps que son passage à l’Elysée. Il a même rêvé un temps que Mitterrand le prenne comme premier ministre ou ministre des Affaires Etrangères dans un des gouvernements de cohabitation. Une carrière à la Poincaré qui avait occupé Matignon après l’Elysée…Mais rien  n’y fit …il garde une inguérissable nostalgie.

 

Et aujourd’hui, à 86 ans VGE siège au conseil constitutionnel comme l’y autorise son statut d’ancien résident. Jusqu’au bout garder un peu du parfum du pouvoir…

 

 

Rencontrer Giscard c’est apporter une réponse toute simple à la question, y-a-t-il une vie après l’Elysée ?

 

Non !

 

On peut prendre la formule au sens premier, il n’y a pas de vie biologique après l’Elysée, Georges Pompidou est mort en cours de mandat , Charles de Gaulle 18 mois après avoir démissionné. François Mitterrand 7 mois après son départ  de l’Elysée.

Quant à, Jacques Chirac victime d’un AVC un peu moins  deux ans avant la fin de son mandat, il n’aurait plus aujourd’hui que deux heures de lucidité par jour. Il trainerait son ennui dans l’appartement  parisien que lui prête le fils de son ami Rafic Hariri, surveillé de près par Bernadette et sa fille Claude. (Voir chapitre 9)

 

C’est  peut -être un effet pervers de la constitution de la  Vème république, on la quitte les pieds devant. Et encore même dans la mort, l’ambiance confine parfois au deuil d’un  prince.  Je me souviens, au moment de son décès,  d’avoir passé de longues heures, au pied de l’immeuble de François Mitterrand avenue Frederic le Play au champ de mars. La foule était nombreuse, elle a défilé pendant 48h jour et nuit.

 

Devant la porte  c’est  son chauffeur  de  toujours  Pierre Tourlier qui, faisait la police. La famille, je devrais dire les deux familles, avaient donné de instructions claires et de grandes figures de l’épopée mitterrandienne, se voyaient refuser le droit de se recueillir sur la dépouille. A dire vrai, le filtre étai plutôt sévère. Ainsi Jacques Attali n’a pas pu, monter, en revanche le  chanteur Renaud venu déposer quelques roses sur le trottoir comme tant de visiteurs anonymes, fut tout d’un coup invité à se rendre dans la chambre ùmortuaire . Nous étions  mon cameraman Victor  Simal et moi , avec les autres journalistes derrière une rangée de  barrières Nadar à faire notre travail, quand Pierre Tourlier  s’est dirigé vers nous. Il m’a salué et tout d’un coup à dit à mon cameraman «  Tu veux monter ? »

 

Les deux hommes se connaissaient pour avoir participé ensemble au raid  des chauffeurs de président, entre Paris et Tokyo. Une idée  de Tourlier soutenue par François Mitterrand , il y avait entre autre les chauffeurs d’Elstine, de Felipe Gonzales etc…Une telle aventure durant de semaines dans des conditions difficiles, crée des liens indéfectibles. Ainsi un simple citoyen a-t-il eu le privilège de se recueillir sur la dépouille d’un roi.

 

Victor Simal en ce jour de janvier 1996 était  habillé pour travailler dehors et portait un blouson de ski rouge vif. J’étais  en pardessus et en costume, je lui ai passé ma veste grise  et il est monté.  Il est resté seul une dizaine de minutes  dans  la chambre de François Mitterrand. Il m’a toujours juré que ce n’était pas lui qui avait  pris les fameuses photos du corps gisant, publiées par Paris Match.

On sait aujourd’hui qu’elles furent l’œuvre d’un de ses derniers proches.

Un autre cameraman était venu me prêter main forte, et pour la première fois de ma carrière j’ai recueilli les impressions de mon ami Victor. Il était passé de l’autre côté de la caméra : «  il est impressionnant allongé sur son lit…j’ai repensé à toutes ces années, en fait il était déjà ministre quand j’étais gosse, je l’ai toujours connu. » Une tristesse qui ressemblait tant  à celle de milliers de français, qui se sentaient un peu orphelins.

J’ai gardé précieusement dans une armoire, cette veste qui avait vécu un moment historique…