Interview présidentielle ou allocution royale ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 30 janvier 2012 08h28 | Commentaires fermés

Candidat ou Président ? La question a plané hier pendant toute l’interview de Nicolas Sarkozy à la télévision. « Ca se rapproche » a-t-il simplement dit en conclusion. Une fois de plus les français ont assisté à un exercice très contrôlé, où les journalistes servent surtout de faire valoir au Président, qui n’a pas été réellement bousculé par ses quatre interlocuteurs.

 

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Quand il répond à une interview à la télévision, le Président est plus que jamais le prince en son château. Décor solennel et grandiose de la salle des fêtes de l’Elysée, tout en rouge et or, mise en scène léchée assurée par le réalisateur attitré de Nicolas Sarkozy. Avec ces plans larges majestueux qui donnent de la profondeur, de la grandeur même. En comparaison, François Hollande avait l’air assis sur un tabouret de cuisine l’autre jour sur France 2, et pourtant le décors de France 2, est remarquable. Mais voilà, le président c’est le Président. Il choisit le lieu, l’heure et les interlocuteurs.

 

Une communication maîtrisée.

 

En cinquante ans l’exercice a beaucoup, évolué, au début de son mandat le général de Gaulle encore imprégné de la culture « presse écrite » donnait d’impressionnantes conférences de presse où il déployait tous ses talents d’acteurs. Ces successeurs ont beaucoup moins pratiqué l’exercice, même si Georges Pompidou, en profitait parfois pour citer du Paul Eluard.

 

Pendant la campagne présidentielle de 1965 un autre mode de communication  a fait son apparition, l’interview prétexte. Un journaliste peu suspect d’idées subversives, Michel Droit, interrogeait avec déférence le général sur les thèmes qu’il avait lui même sélectionnés, ces interviews caricaturales ont fait longtemps les choux gras de la critique, et Michel Droit y a perdu à jamais toute crédibilité journalistique.

 

L’interview sous contrôle.

 

Nous n’en sommes plus là, mais depuis une vingtaine d’année on a vu apparaitre la « vraie fausse interview » du président. Pour ne pas recourir la solennelle allocution télévisée, qu’il réserve au nouvel an et aux événements exceptionnels, le Président se fait interroger au palais, par des journalistes qu’il a trié sur le volet. Le nec plus ultra ce fut François Mitterrand interrogé par Anne Sinclair et Christine Ockrent toutes deux épouses de ministres en fonction dans son gouvernement. Aux Etats-Unis, on n’aurait pas été loin de considérer ça comme de la forfaiture.

 

Des contradicteurs bien polis.

 

Hier soir ce fut plus discret, deux spécialistes de l’économie qui posaient des questions complexes, bien poliment, mais qui de toute façon étaient d’accord et lui demandaient même d’en faire plus : «  Comment aller vous réduire le train de vie de l’Etat ? » N’arrêtaient-ils pas de lui demander. On rêvait de voir sur le plateau un économiste de gauche, et il en existe, opposé aux projets du Président. Ou encore un vieux briscard de l’interview comme Alain Duhamel qui ne se laisse impressionner ni par l’homme ni par le lieu. Mais ça fait longtemps que les présidents ne se mesurent plus à lui. Quand aux deux vedettes de TF1 et de France 2 Claire Chazal et Laurent Delafosse, c’est encore la blonde chic de TF1 qui est apparue la plus directe, elle qui autrefois servait la soupe avec admiration à Edouard Balladur. Elle se dit peut être qu’en fin de carrière elle n’a plus grand chose à perdre, ou alors elle se prépare à négocier avec la gauche son maintien à l’antenne.

 

Candidat ou président ?

 

Au final le Président préside et n’est toujours pas candidat. On a quand même appris que la date de sa candidature se rapprochait.  Forcément ! Il l’a indiqué, il y un délai à respecter, le dépôt officiel doit se faire fait avant le 16 mars…alors disons… le 15 !