Archives du juin, 2011
L’écrivain espagnol Jorge Semprun est mort mardi soir à Paris à l’âge de 87 ans. Il souffrait d’un cancer du cerveau. Figure extraordinaire du 20 ème siècle il s’exprimait et écrivait aussi bien en français qu’en espagnol, un véritable européen qui fut ministre de la culture à Madrid et membre de l’Académie Goncourt à Paris.
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Enfant de l’Europe enfant de l’histoire, le vieux monsieur charmant aux cheveux blancs, au beau visage buriné, qu’on voyait dans les émissions littéraires fut à la fois broyé et façonné par les soubresauts de son siècle. En 1936 il a 13 ans quand il doit quitter l’Espagne en proie à la guerre civile, son père diplomate trouve refuge d’abord aux Pays Bas puis ensuite  à Paris, il inscrit son fils au lycée Henri IV l’un de plus prestigieux de la capitale. C’est de la  que vient son bilinguisme parfait qui lui fait parfois commencer une phrase en français pour la terminer en espagnol, c’est une «espèce de schizophrénie du langage » aimait-il à dire.
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La déportation.
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La première partie de sa vie fut à la fois politique et tragique, il est d’abord fasciné par l’idéal communiste, comme beaucoup de jeunes gens de sa génération. Quand la guerre éclate il entre en résistance, à 20 ans il est arrêté et déporté à Buchenwald . Il en sort survivant en avril 1945, et  se sauve par l’amnésie durant 17 ans , puis il la sublime en en faisant  le sujet de son  premier livre « le grand voyage » publié en 1963, et qu’il a écrit directement en français. Dans l’intervalle il est traducteur à l’Unesco, puis s’engage en  politique.
Membre et dirigeant du parti communiste espagnol clandestin il lutte contre le franquisme, jusqu’à son exclusion du parti en 1964 pour eurocommunisme, en clair pour être trop moderne et trop ouvert.
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L’ami de Costa et de Montand.
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 Il choisit alors la littérature et devient une figure de St Germain des prés. Deuxième livre en 1969, puis aventure cinématographique aux cotés de Costa Gavras . Il travaille sur ses grands films politiques « l’Aveu » et « Z », et devient à l’occasion un ami intime d’Yves Montand. Quand le franquisme sombre en 1975 il se sent libéré de son devoir de réserve et publie en 1977 L‘Autobiographie de Federico Sanchez (un de ses pseudonymes dans la clandestinité). Ce libre écrit en espagnol le brouillera définitivement avec ses anciens camarades communistes, on l’accusera alors d’avoir viré à droite…
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Ministre et Académicien.
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 Pourtant en 1988, le premier ministre socialiste Felipe Gonzales viendra le chercher à Paris pour en faire son ministre de la culture. Il le restera trois ans. Mais la politique convient mal aux artistes, aux idées trop tranchées et à la langue trop bien pendue, en 1991 retour à Paris, à ses amis, à ses écrits…et à la langue française !  En 1996 il est élu à l’Académie Goncourt, mais ne le sera jamais à l’Académie Française. Car, par fidélité à sa famille et a ses luttes de jeunesse, ce grand écrivain français était toujours resté …Espagnol. !
En France, comme en Belgique, la population comprend de plus en plus mal, la libération anticipée de délinquants ou de criminels. C’est pourquoi un député de la majorité va remettre à Nicolas Sarkozy une série de propositions pour durcir le système d’application des peines.
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Eric Ciotti auteur du rapport.
A l’origine la conviction profonde de Nicolas Sarkozy que l’élection présidentielle se jouera au niveau des classes populaires, sur des thèmes comme l’immigration et la sécurité. Ensuite un effet d’opportunisme, en février dernier, le scandale suscité par la libération anticipée de Tony Meilhon, le probable meurtrier de la jeune  Laetitia, a intensifié le débat sur l’exécution des peines.
Cinquante propostions.
Parmi cette cinquantaine de propositions une des plus emblématiques détricote une réforme de l’ancienne Garde des Sceaux Rachida Dati . La maman de Zohra avait décidé que toutes les peines inférieures à deux ans seraient aménageables, ce qui a diminué la surpopulation des prisons, mais a produits des effets pervers, l’impression d’impunité pour certains délinquants et le découragement des forces de police, qui arrêtaient de gens relâchés presque aussitôt.
 Dorénavant seule les peines de moins d’un an seraient aménageables. Le député préconise également de ne plus accorder de réduction de peine systématique. Actuellement un détenu qui se conduit bien gagne trois mois par an,  ainsi un condamné à trois ans sort en général au bout de deux ans et demi. Ces remises seraient désormais plus rares et étudiées au cas par cas.
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Le JAP en touche.
L’application seraient retirée au JAP le juge d’application des peines, et transférée au procureur c’est-à -dire à des magistrats dépendants du gouvernement et donc supposés moins laxistes. On construirait une vingtaine de milliers de places de prison, mais avec des profils modelables ; ainsi le député Eric Ciotti préconise la création d’établissements pour les peines légères qui seraient moins sévères que la prison proprement dite, et qu’on pourrait par exemple installer dans des casernes désaffectées.  Il préconise aussi le maintien des délinquants sous contrôle judiciaire un certain nombre d’années  après leur libération, même s’ils ont purgé leur peine, pour limiter la récidive, etc…etc…Â
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Un peu démagogique ?
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Bref des mesures toutes plus sécuritaires les unes que les autres, et qui font hurler les syndicats de magistrats qui n’ont pas  été consultés. La présidente du syndicat des JAP faisait remarquer que ce rapport part du principe que le nombre de condamnés va forcement augmenter, ce qui n’est pas une vision très optimiste de l’évolution société, ni des capacités de prévention de la délinquance.
C’est l’éternel débat, la justice doit elle punir, ou réinsérer ? Les deux mon général ! Le problème c’est qu’elle réinsère mal, et que le grand public considère qu’elle ne punit pas assez…et puis à un an de la présidentielle il est beaucoup plus facile, de durcir les peines que d’augmenter le pouvoir d’achat…
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Après une semaine d’affaire Ferry, la presse française se retourne vers DSK, tous les médias se sont concentrés sur l’audience qui aura lieu aujourd’hui à New York. Accusé de «crime sexuel», Dominique Strauss-Kahn devrait annoncer à 09h30 heure locale (15h30 heure belge) qu’il plaide non coupable.

  Il fallait voir les journaux télévisés hier soir en France, on n’ignore plus rien des tours et détours de l’affaire Strauss Kahn, la géographie du Sofitel et du quartier ou vivait la femme de chambre, les différences entre la justice américaine et française, les portraits des principaux protagonistes, avocats et procureur, les touristes qui photographient  la maison de DSK à Tribeca  etc… etc…
 En fait rien de bien neuf par rapport à la première semaine, sauf que cette fois les reporters ont eu le temps de travailler et que les sujets fourmillaient de détails, de reconstitutions en trois D, et de témoignages exclusifs, comme celui de cette cliente française du Sofitel qui a pris l’ascenseur avec DSK à 12H30 donc après l’agression présumée, et qui le décrit comme calme et détendu.
 Ce qui en veut rien dire, certains petits malins feront remarquer qu’après une séance de sexualité génito-buccale, on est en général calme et détendu…
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Une comparution décisive.
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Au fond on ne sait rien de neuf, car on ne sait rien du détail des accusations portées. C’est aujourd’hui la première fois qu’on entendra les arguments de l’accusation, les preuves relevée, le résultat des analyses, et c’est en fonction de
ces arguments que la défense se prononcera.
Tout le monde dit que DSK va plaider non coupable, mais jusqu’à présent ses avocats, n’ont eu que ses déclarations à lui, pour se faire une idée, si jamais le procureur amenait des éléments irréfutables il n’est pas dit que ces vieux routiers du barreau new yorkais n’essaieraient pas de convaincre leur client, de changer de stratégie, et de plaider coupable afin de négocier.
Ce serait incompréhensible pour l’opinion publique française mais Dominique Strauss Kahn n’en est plus à séduire l’opinion française.
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Des mois de procédure.
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 Sauf cette volte face spectaculaire, les choses devraient donc se faire rapidement. DSK plaidera non coupable, et commencera alors une longue procédure qui pourrait durer des mois. Ca aussi on le saura ce matin car le juge va délimiter dans le temps, les actes judicaires. Quand à l’éventualité d’un retour en prison, elle parait impossible, DSK respecte à la lettre son contrôle judiciaire. Et même s’il vit à Manhattan dans une cage dorée, ça n’en reste pas moins une cage.
L’affaire Ferry se corse, une enquête préliminaire a été ouverte mercredi par le parquet de Paris. Luc Ferry, qui a dénoncé à la télévision des actes de pédophilie commis par un ancien ministre, sans donner de nom, va être entendu,  «Dans les jours prochains».

 Mais que va-t-il bien pouvoir dire ? C’est toute la question, en effet, soit il raconte en détail le ragot qu’il a balancé lundi sur Canal +, soit il se fait penaud, dit qu’il n’a pas de preuves et que dans ces conditions il aurait mieux fait de se taire. Or la justice n’a que faire des calomnies de salon et des propos de bistrot. Pourtant il y a un côté bravache chez le philosophe qui a déclaré à l’Express : « je suis ravi d’avoir lancé ce pavé dans la marre. Quand je vois tous ces ministres qui montent au créneau, qui se disent choqués… moi je dis qu’il y avait des centaines de gens à Paris qui connaissaient la même chose que les journalistes du Figaro».
Une « presque » légende.
 On l’oublie en effet mais l’info vient en fait d’un entrefilet publié la semaine dernière par le Figaro magazine et que Luc Ferry a cité lors de son passage à Canal +.  C’est donc une histoire qui circule dans Paris, depuis des années. Je l’ai moi-même entendue, en plusieurs versions. En  fait plusieurs noms circulent selon que les narrateurs  soient de droite ou de gauche, qu’ils soient politiques ou journalistes, artistes, hommes ou femmes d’affaire.  Bref  les gens dit « bien informés ».  Ils ont tous quelque chose à dire sur cette histoire, la dernière fois qu’on me l’a racontée, mercredi, le pédophile était un ex-ministre de la culture ( de droite ) qui aurait été surpris par sa femme. Ce n’est qu’une des multiples variantes, c’est presque devenu une légende urbaine. Â
Une culture très latine.
Reste Luc Ferry et ses intentions,  a-t-il voulu simplement se faire mousser, ou comme il l’affirme désormais, a-t-il  souhaité contraindre les journalistes français à investiguer comme leurs collègues américains, et ne plus adopter vis à vis des hommes politiques une déférence hors de saison. Le problème c’est qu’il y a une différence culturelle fondamentale entre les pays de tradition protestante et ceux qui ont gardé un arrière fond catholique. Chez ces derniers,  les scandales de corruption et d’argent paraîtront toujours plus graves que les affaires de mÅ“urs qui  révulsent les anglais et le américains ; et puis chez uns la confession est publique et chez les autres secrète.  Je crois qu’à quelques jours du bac, ce serait un  bon sujet de dissertation pour le philosophe Luc Ferry.
Qui est le ministre pédophile dénoncé par Luc Ferry ? La toile et la rue bruissent de rumeurs, mais personne n’a de preuves. Deux semaines après l’affaire DSK, la politique française va-t-elle enfin sortir du caniveau ? Â

Luc Ferry
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L’affaire éclate lundi quand sur Canal + l’ancien ministre Ferry interrogé sur l’affaire DSK, parle de la loi du silence respectée par les journalistes et les hommes politiques, et tout d’un coup il prononce cette phrase qui depuis fait scandale… « Un ancien ministre s’est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons. Probablement, nous savons tous ici de qui il s’agit. »
Un pédophile anonyme.
Mais Luc Ferry n’a pas prononcé de nom, ce matin à la sortie du conseil des ministres personne n’a voulu évoquer le sujet, mais plusieurs voix se sont élevées à droite pour le sommer de dire ce qu’il savait et de dénoncer les faits à la justice. Ainsi , Alain Juppé le ministre des Affaires étrangères a déclaré sur France Culture que Luc ferry devrait « saisir la justice » plutôt que de « bavasser dans la presse« . « Quand il y a des faits avérés c’est une faute de ne pas les révéler mais le droit d’informer, ce n’est pas le droit de calomnier« ,
Une association marocaine « touche pas à mon enfant ! »  a par d’ailleurs décidé de porter plainte contre X . Sur internet  le nom de Jack Lang s’est mis à circuler, sans preuve, l’ancien ministre de la culture a déclaré au Figaro .fr qu’il ne souhaitait pas se mêler de ces histoires mais qu’il :  « poursuivra pénalement tous ceux -journaux et personnes- qui mettront mon honneur en cause».
Depuis le nom d’un autre ministre, de droite celui-là ,s’est mis aussi à circuler sur la toile.
Lamentable.
Lamentable il n’y a pas d’autre  mot pour décrire cette situation. Il y a une différence entre les propos de bistrot et les accusations sur la place publique, car la télévision, c’est la place publique. Si Luc Ferry avait l’intention de faire justice, il devait s’adresser aux autorités  avec les preuves nécessaires. Or il ne les a pas,  il a juste rapporté des « on dits ». Il aurait mieux fait de garder son scoop pour les conversations de salon qui ,visiblement même chez les philosophes, ont parfois besoin du piquant de la calomnie, pour ne pas sombrer dans l’ennui.
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