La Réunion traumatisée par les requins

Par Christophe Giltay dans Divers , le 17 avril 2015 09h36 | Ajouter un commentaire

Trois jours après la mort d’Elio, un surfeur de 13 ans tué par un requin à la Réunion, un millier de personnes se sont rassemblées mercredi sur une plage pour rendre hommage à celui qu’on a surnommé « petit ange ». A la Réunion, en 4 ans, 7 surfeurs ou baigneurs ont perdu la vie, attaqués par des requins.

requin

Il y a encore quelques années, on disait à la Réunion qu‘il n’y avait pas de risque d’être attaqué par un requin si on ne se baignait pas dans la capitale  Saint Denis ( dont les déchets notamment des abattoirs, attirent les requins depuis des siècles ), et si ailleurs dans l’île on ne sortait pas du lagon protégé par la barrière de corail.  Depuis quatre ans c’est fini, les requins attaquent partout, une jeune baigneuse a même été tuée à St Paul en juillet 2013  à 5 mètres du rivage. Ces drames se déroulent toujours dans des conditions horribles… car quand ils ne leur arrachent pas un membre,  les requins coupent littéralement leurs victimes en deux.

Nature et culture.

Cette situation a créé une véritable psychose dans l’île, mais aussi un conflit culturel.  En effet les surfeurs et plus généralement ceux qui profitent des plages, souhaitent pour faire simple qu’on tue les requins. Les autres et notamment les vieux créoles rappellent que traditionnellement à la Réunion on vivait plutôt le dos tourné à la mer, synonyme de danger et de mauvais souvenir puisque c’est par la mer que les esclaves arrivaient arrachés de force à leur terre et leur famille.  Il y a d’ailleurs assez peu d’artisans pêcheurs à la Réunion, et ils restent à proximité du rivage.

Urbanisation intense.

Depuis une trentaine d’années le tourisme et l’urbanisation se sont considérablement développés à la Réunion (850 000 habitants pour un territoire grand comme le Grand-Duché de Luxembourg) . Cette population nouvelle souvent venue de métropole souhaite trouver dans l’océan indien le même mode de vie qu’à Nice ou à Biarritz. Pour le Carrefour, le Cora, le Décathlon, le Conforama, le Mac Do, et l’Hippopotamus, pas de problème … En revanche la nature n’est pas forcément la même, et la nature ça ne s’organise pas comme un centre commercial.

Une nouvelle proie.

Développement humain sur une île ça signifie rejet de déchets en mer, et pour certaines espèces de requin, disons omnivore comme le requin bouledogue, c’est une nourriture abondante et disponible. Voilà une des causes de l’augmentation du nombre de squale à la Réunion. La présence d’une réserve  marine, établie au bord du lagon, véritable garde-manger en mer, est également montrée du doigt. Quant aux surfeurs, quand ils se déplacent couchés sur leur planche avec les pieds qui dépassent, les requins les prendraient pour des tortues ou des phoques dont ils raffolent.

Cela dit, l’habitude venant, ils les prennent peut être tout simplement pour des…surfeurs,  une nouvelle proie assez facile à capturer.

La solution ?

– Arrêter de faire du surf n’importe où et n’importe quand.

– Pêcher les éventuels requins sédentarisés qui chassent près des plages.

– Essayer d’éloigner les requins ou  les tenir à distance, notamment avec des systèmes de barrière flottante.

Comme le font remarquer les scientifiques, le requin n’est pas un animal particulièrement cruel et sanguinaire.  Mais en  mer il est chez lui, et fait son boulot de requin…

 

 

A lire également :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/09/les-conditions-de-la-rencontre-alimentaire-requin-homme-sont-reunies_3174807_3244.html

Vers le vote obligatoire en France ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 16 avril 2015 09h31 | Ajouter un commentaire

Faut-il comme en Belgique rendre le vote obligatoire en France pour combattre l’abstention ?  C’est la question qui traverse la classe politique française. Francois Hollande lui-même a estimé que le débat était ouvert.

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En fait c’est une proposition du président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone, qui a remis à François Hollande un rapport sur «L’engagement citoyen et l’appartenance républicaine». Rapport commandé après les évènements du mois de janvier.

Le débat revient régulièrement sur le tapis en France, et paradoxalement la classe politique y est plus opposée que la population. Selon un sondage Louis Harris publié cette semaine, 56% des Français approuveraient l’instauration du vote obligatoire, une majorité qui passerait à 67% si cette réforme s’accompagnait de la reconnaissance du vote blanc.

La droite plutôt contre.

En revanche du côté de la classe politique les avis sont mitigés, modérément  souhaité à gauche, ce projet est nettement rejeté à droite, le président du Sénat a dit que le débat méritait de se tenir sans plus, quant à la numéro deux de l’UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet ( NKM) , elle se dit contre le vote obligatoire car « le civisme ne se règle pas à coup de décret »… Enfin l’ancien premier ministre François Fillon a déclaré sur BFMTV qu’il estimait que « ça consiste à dire au Français qui sont dégoûtés de la politique » : « on se fout des raisons qui vous conduisent à être dégoûtés de la politique, mais on va vous obliger à voter quand même ».

L’obligation favorise la gauche.

Belle formule ! Ainsi on n’imposerait pas le devoir civique car c’est une question de morale personnelle etc…

Heureuse coïncidence ? Le vote obligatoire en général favorise les partis de gauche, car les gens aisés et éduqués se déplacent plus facilement pour voter que certaines classes populaires. On connait l’exemple des Etats Unis où 50% des électeurs ne vont jamais voter, et plus particulièrement les latinos et les afro-américains.

C’est probablement pour cette raison que vus d’Europe les deux principaux partis américains ne présentent pas de différences notables. L’un ( Républicain) est disons bien de droite et l’autre ( Démocrate) de centre droit, puisqu’en fait seuls les gens bien intégré dans l’ « american way of live » participent au scrutin.

L’exemple belge.

Le vote obligatoire est-il réellement efficace ? En Belgique on pourrait dire que oui, le vote y a été rendu obligatoire en 1893 pour combattre l’abstention. A l’époque peu de Belges allaient voter, parfois il y a avait moins de dix% de participations et (donc 90% d’abstention) à certaines élections locales comme à Bruxelles aux en 1861. A l’époque les dirigeants belges croyaient d’ailleurs que cette obligation allait se répandre partout. Or en Europe désormais il n’y a plus que trois pays qui appliquent le vote obligatoire : la Belgique, la Grèce, et le Luxembourg. Seul le Luxembourg maintient de vraies amendes, en Belgique plus personne n’a été sanctionné depuis 2003.

Quant aux autres régions du monde : le vote est obligatoire dans l’essentiel de l’Amérique du sud, en Australie et dans quelques îles du Pacifique, en Afrique noire dans deux pays seulement, le Gabon et …la RDC bien sûr , tradition belge oblige.

Bref la norme mondiale est plutôt le vote …non-obligatoire.

 Un débat mais pas forcément une décision.

Je pense que le débat aura bien lieu, les Français adorent débattre. Mais je pense qu’au final le gouvernement français… s’abstiendra de prendre une telle décision.

 

 

Le Pen : rupture publique

Par Christophe Giltay dans Divers , le 10 avril 2015 17h30 | Ajouter un commentaire

C’est peut-être la retraite définitive pour Jean Marie Le Pen. Marine Le Pen a décidé de lancer une procédure disciplinaire contre son père la présidente du Front National a également demandé, hier soir sur TF1, que Jean-Marie Le Pen «arrête ses responsabilités politiques et publiques».

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«J’ai décidé l’ouverture d’une procédure disciplinaire. Jean-Marie Le Pen sera convoqué devant le bureau exécutif siégeant en sa qualité de structure disciplinaire», propos fermes et semble-t-il définitifs prononcés par Marine Le Pen hier soir dans el 20h de TF1. Apres 48 h de quasi silence, elle a tenu à apparaître dans le principal JT français pour le mettre les choses au clair et elle a ajouté : «Jean-Marie Le Pen devrait faire preuve de sagesse, arrêter ses responsabilités politiques et publiques. Il y a un trouble profond au FN, il peut y mettre fin»…cela dit aucune date n’a été avancée quant à la tenue de ce bureau exécutif.

Vraie crise ou vrai bluff ?

Désormais il y une question  que tout le monde se pose s’agit-il vraiment d’un  psychodrame politico familial, ou alors est-ce un coup monté entre le père et la fille ? Je crois qu’il n’y a plus personne pour défendre la seconde thèse. Jean Marie le Pen est bien incontrôlable, il n’a pas changé, il reste un matamore éructant, un trublion et un dynamiteur, je le disais hier c’est un révolutionnaire d’extrême droite.  Alors que sa fille est une femme politique j’allais dire presque classique, qui rêve comme tous ses pairs de devenir président de la République. Ce qui n’est pas le cas de son père.

Donc ils sont vraiment fâchés, et désormais tout est possible même un éclatement du parti.

Le salut Marion ?

Cela dit une porte de sortie semble se dessiner. La députée Marion Maréchal le Pen, la petite fille préférée du patriarche pourrait le remplacer comme tête de liste aux régionale dans la région PACA (Provence cote d’azu)r. Or jusqu’à présent elle affichait des idées assez proche de celles de son grand père, tout en véhiculant une image de modernité due bien entendu à son jeune âge. 86 ans pour l’aïeul, 25 ans pour la cadette. Elle pourrait ainsi faire la synthèse enter les vieux militants du sud souvent « pieds noirs », marqués par la guerre d‘Algérie, et ces jeunes recrues du FN pour qui la seconde guerre mondiale et l’aventure coloniale sont des histoires de vielles ganaches. On verra mais Marion est jusqu’à présent restée très discrète dans cette polémique et n’a pas pris la défense de Jean Marie.

Un autre FN.

La partie se joue peut-être déjà sur un autre terrain. Les adversaires du FN ne s’y trompent pas …Le Figaro principal journal pro-Sarkozy écrivait hier que Jean Marie Le Pen écarté, « le diable se cachait désormais ailleurs ». D’après le Figaro il faut se méfier du programme du FN : retour à la retraite à 60 ans, augmentation du smic et du nombre de fonctionnaire, sortie de l’Euro. Bref un catalogue très éloigné du libéralisme reaganien cher à Jean Marie Le Pen et que ne renierait pas l’extrême gauche, mais qui est à même de séduire les couches populaires.

43% des ouvriers ont voté Front National aux dernières départementales, et la tranche d’âge qui lui est la plus favorable est constituée des 20-30 ans !

Loin bien loin des polémiques autour du Maréchal Pétain…

 

Le Pen : le meurtre du père

Par Christophe Giltay dans Divers , le 9 avril 2015 09h01 | Un commentaire>

La rupture est consommée entre Marine Le Pen et son père. La présidente du Front National a fait savoir qu’elle s’opposerait à la candidature de Jean Marie Le Pen aux prochaines régionales françaises. En cause les propos tenus par le fondateur du parti dans Rivarol, un hebdo d’extrême droite.

le pen et fille

Il y est allé fort l’papy ! Je vous résume : il a dit entre autre qu’il n’a jamais considéré le maréchal Pétain comme un traître : « L’on a été très sévère avec lui à la Libération » et il ajoute : « Ils commencent à me gonfler tous avec la République! » … « Je comprends tout à fait qu’on mette en cause la démocratie, qu’on la combatte ». Il entonne ensuite l’une de ses antiennes favorites : l’immigration. Pour lui la France est dirigée par des immigrés, et il prend comme exemple Manuel Valls d’origine espagnole : « Valls est français depuis trente ans moi je suis français depuis mille ans…quel est l’attachement réel de Valls à la France ? »

Et cet étonnant : «  Nous devons impérativement nous entendre avec la Russie pour sauver l’Europe boréale et le monde blanc ». Bref du Jean Marie le Pen pur porc, bien raciste et bien facho…

 

Chassez le naturel…

 

Moi ce qui m’épate c’est qu’on trouve ça surprenant, Le Pen a toujours parlé comme ça ! Le fameux détail de l‘histoire concernant les chambre à gaz date de 1987, il l’a répété plusieurs fois y compris au parlement européen en 2009. En août 1996 il déclare à la Grande Motte croire à l’inégalité des races. En 2005 déjà dans Rivarol il estime que l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine. En 2012 il compare les Roms à des oiseaux, «comme eux ils volent naturellement. »  Et dans la veine des jeux de mots douteux je ne vous rappellerais les Durafour crématoire et le « Monseigneur Ebola » qui en trois mois va régler le problème de la « submersion » migratoire.

Donc Le Pen fait du Le Pen. Nihil novi sub sole.

 

Il n’y a pas de hasard.

 

Ce qui est intéressant c’est le lieu et l’heure, il s’exprime dans Rivarol un hebdomadaire d’extrême droite qui a toujours combattu la ligne « dédiabolisée » de Marine le Pen. Ensuite il le fait alors que le parti ne s’est jamais aussi bien port électoralement, et qu’il pourrait gagner une région aux prochaines élections en décembre.

 

Mais voilà le Pen ça l’énerve, car il conteste l’essentiel du programme de ce nouveau FN. Il considère que ses cadres qui ont remplacé ses vieux fidèles ne sont pas légitimes, il parle d’ouvriers de la onzième heure. Ainsi le vice-président du FN Florian Philippot qui fut autrefois proche de Jean Pierre Chevènement que Le Pen considère comme un faux patriote…

 

Le caprice du patriarche.

 

Et puis au fond je crois que comme tous les patriarches autoritaires et machos, ça ne lui plaît pas d’avoir un successeur. Au pire il aurait peut-être accepté son vieux complice Bruno Gollnisch (le seul à avoir pris sa défense hier) … mais sa fille… Alors il montre qu’il reste d’une certaine manière au centre du jeu. Vous savez Le Pen c’est un révolutionnaire d’extrême droite, ce n’est pas un type qui cherche à gouverner. Quand il a été qualifié pour le second tour de la présidentielle le 21 avril 2002 il avait l’air plus embêté qu’autre chose…

C’est un tribun, un gueulard, mais pas un homme d’Etat.

D’ailleurs savez-vous ce qu’a dit Marine a dit ( en privé) de son père au sujet de sa candidature en Provence pour les régionales : «Mon père est fait pour diriger une région comme je suis faite pour être danseuse au Crazy Horse ».

Elle a le sens de la formule.

Je me demande d’où ça lui vient…

Suicide Germain : cherchez la femme !

Par Christophe Giltay dans Divers , le 8 avril 2015 09h23 | 2 commentaires

Les hommages se sont succédés toute la journée d’hier, après le suicide de Jean Germain, ancien maire de Tours, qui a comme Steve Stevaert préféré se suicider que comparaître devant la justice. Jean Germain qui était aussi un des conseillers de François Hollande n’aurait pas supporté de voir sa vie privée étalée au grand jour.

« Jean Germain s’est senti condamné avant même d’être jugé, par un système qui n’a finalement jamais rien retenu depuis Pierre Bérégovoy… » Déclaration solennelle du président du séant français Gérard Larcher devant- tous les sénateurs debout, pour rendre hommage à Jean Germain, sénateur ancien maire de Tours, victime collatérale des « mariages chinois. » Hier matin son procès aurait du commencer au tribunal correctionnel, mais à 9h son avocat a fait savoir qu’il avait disparu en laissant une lettre d’adieu. Peu après on découvrait son corps dans son garage, à ses côtés un fusil de chasse.

Des mariages tour…istiques.

Que lui reprochait-on ? Jean Germain avait participé entre 2007 et 2011 à l’organisation de « mariages chinois » dans sa mairie. C’étaient des mariages tout à fait factices, des reconstitutions, mais des couples chinois par dizaine venaient dans la région pour renouveler leur mariage «  à la française » en smoking et robe blanche. Jean Germain les recevaient en groupe à la mairie ceint de son écharpe tricolore et les remariait pour rire. Il était fier de cette opération qui bénéficiait au tourisme local, et dans la région tout le monde trouvait ça sympathique. Sauf que la personne qui organisait ces « noces romantiques en Touraine », très lucratives, n’était autre qu’une de collaboratrice du maire, Lise Han elle-même d’origine chinoise, et patronne de la société « Lotus bleu » ça ne s’invente pas. Occuper un emploi public pour favoriser des activités privées est strictement interdit par la loi.

Naïf ou pas ?

Jean Germain, poursuivi pour « complicité de prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics », a fait savoir pendant l’enquête qu’il ignorait tous des agissements de Lise Han et de ses associés, le mari actuel de Mme Han Vien Loc. Huynh, et son ex-mari, Marc Cheung, Jean Germain aurait donc été victime de sa naïveté… et peut être d’autre chose. Car ce que personne n’a dit hier lors des nombreux éloges funèbres, c’est que Lise Han, séduisante quadragénaire, avait été la maîtresse de Jean Germain. Il s’est probablement laissé embarquer dans cette histoire avec des motivations autres que le seul développement du tourisme local. Bien sûr cet aspect des choses aurait été abordé lors du procès, et c’est semble-t-il ce déballage que l’ancien maire a voulu éviter.

Grandeur et servitude…

Certains de ses amis politiques évoquent également sa défaite électorale l’an dernier qui lui avait fait perdre sa mairie après 19 ans de mandat. Le blues du vaincu. Finalement on n’est pas si loin du cas de Pierre Bérégovoy, et peut être même de Steve Stevaert : chute du piédestal, faute, dérapage, délit, poursuite judiciaire, campagne de presse. Il y a des hommes politiques redoutablement blindés…Sarkozy, Berlusconi… Et d’autres qui le sont moins !

La RATP trop laïque avec les chrétiens d’Orient.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 7 avril 2015 11h19 | Un commentaire>

Ce fut la polémique du weekend de Pâques en France,  deux cent cinquante affiches annonçant dans le métro parisien un concert du groupe « Les prêtres » à l’Olympia, et qui mentionnaient que la recette irait « au bénéfice des chrétiens d’Orient ». Dans un premier temps le métro parisien a fait supprimer cette mention, avant de la rétablir face aux multiples protestations.

 

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La société en cause, c’est la RATP, la Régie Autonome des Transports Parisiens, qui gère tous les transports publics à Paris. A Paris comme à Bruxelles, comme dans la plupart des villes, les transports sont un important vecteur de publicité, il y a de la publicité sur les bus et dans les couloirs du métro. Si vous avez déjà pris le métro à Paris vous avez peut être remarqué  l’abondance des affiches annonçant de spectacles, c’est le meilleurs endroit pour se faire voir, que l’on s’appelle Johnny Halliday ou Mathurin Tartempion.

Au nom de la laïcité.

Il est tout à fait logique que le groupe « les Prêtres » ait lui aussi souhaité faire sa promotion dans les couloirs de la RATP, avec cette phrase « au bénéficie des chrétiens d’Orient ». Il faut savoir que dès sa création ce trio vocal a toujours travaillé au profit d’une action caritative. Il a d’ailleurs été créé à cette fin par Mgr di Falco évêque de Gap en 2010, quand il a demandé à deux prêtres et un séminariste d’enregistrer un disque au profit de deux projets, la construction d’une église dans le diocèse et d’une école à Madagascar .

Mais voilà dans un premier temps, la RATP a refusé d’apposer la mention au « bénéfice des chrétiens d’Orient » au nom du « principe de neutralité du service public ». L’entreprise déclarait s’interdire « toute publicité présentant un caractère politique ou confessionnel » et donc ne pas pouvoir « prendre parti dans un conflit de quelque nature qu’il soit ».

Indignation générale.

Une position qui déclenché un tollé, le président du Sénat a convoqué la direction de la compagnie pour demander des explications, le premier ministre Manuel Valls s’en fendu d’un tweet sans ambiguïté : « Aucune hésitation ! Il faut dire son soutien total aux Chrétiens d’Orient victimes de la barbarie. » La coordination « Chrétiens d’Orient en danger » a assigné en référé la RATP et sa régie publicitaire devant le tribunal de grande instance de Paris, quant à Mgr di Falco il a déclaré : « dire que l’on ne prend pas parti face à un génocide, c’est de la lâcheté : quand une population est massacrée de manière systématique, on prend parti. Et c’est parce qu’on n’a pas pris parti qu’il y a eu la Shoah ». Résultat hier la RATP annonçait le retour de la mention « au bénéfice de chrétiens d’orient » sur les affiches des « Prêtres. »

Laïc oui, laïc intégriste non.

Je ne pense pas qu’il y a quelques années une affiche de ce genre aurait provoqué une telle polémique. La laïcité était mieux vécue en France, acceptée par tous comme une régulation sereine de la relation entre l’Etat et les cultes.

Mais la radicalisation des uns, a provoqué la crispation des autres et aujourd’hui on a l’impression d‘une laïcité assiégée, qui se durcit de plus en plus. Que dire ? Sinon que les rédacteurs de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 ( à la base de la laïcité française ), se fondaient sur la raison.

Et il serait bon (plus que jamais) dans ce domaine sensible, de savoir …raison garder !

Avant Stevaert, Bérégovoy.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 3 avril 2015 09h53 | Ajouter un commentaire

 

La classe politique belge a été traumatisée par la mort de l’ancien président du parti socialiste flamand, Steve Stevaert. Il est assez rare qu’un homme politique de cette importance mettre fin à ses jours, mais ce drame  m’a rappelé l’ancien premier ministre Français Pierre Bérégovoy qui dans des circonstances différentes avait lui aussi décidé de se suicider, c’était en 1993.

Bérégovoy

 

Le premier mai 1993. Pierre Bérégovoy avait participé aux cérémonies de la fête du travail dans la ville de Nevers dont il était le maire.

Quelques semaines plus tôt il était encore le premier ministre de François Mitterrand, mais depuis la gauche avait subi aux élections législatives une défaite historique. Les socialistes ne comptaient plus que 52 députés contre 458 à la droite républicaine. Une véritable Bérézina dont Pierre Bérégovoy portait à tort ou à raison la responsabilité.

La chute.

L’ancien ouvrier ajusteur qui avait gravi peu à peu les marches du pouvoir se retrouvait d’un coup précipité en bas du piédestal, des confrères me l’ont décrit à l’époque dans son petit bureau de l’Assemblée Nationale, fumant cigarillos sur cigarillos et n’arrivant pas à comprendre pourquoi le destin avait été aussi injuste. Déjà la crise sévissait et bien qu’à la tête d’une majorité de gauche il avait dû mener une politique de rigueur, et les électeurs ne lui ont pas pardonné. Par ailleurs ses relations avec François Mitterrand s’étaient refroidies, à tel point parait-il qu’après la défaite le président aurait refusé à plusieurs reprises de pendre au téléphone. Bérégovoy, longtemps resté dans l’ombre du Florentin avant d’accéder enfin à Matignon, vivait mal cette mise à l’écart, certains observateurs évoquait une forme de chagrin d‘amour. Il est vrai que quand Mitterrand décidait de vous effacer de sa vie, c’était « du brutal ».

Le prêt Pelat.

Enfin Pierre Bérégovoy était l’objet d’une enquête pour un prêt sans intérêt que lui avait consenti Roger Patrice Pelat, vieil ami de Mitterrand et qui un de ses financiers occultes. Le « Canard enchaîné » avait révélé en février que Patrice Pelat lui avait prêté sans intérêt 1 million FF ( environ 150 000 euros ) pour acheter un appartement. Argent dont Bérégovoy n’a jamais expliqué comment il l’avait remboursé, évoquant des dons de livres rares ou d’œuvres d’art sans convaincre grand monde. Là aussi l’épreuve était terrible car Bérégovoy ancien ouvrier autodidacte avait jusqu’alors une solide réputation de probité.

Le long d’un canal.

Tout cela mit bout à bout a fait que le 1er mai 1993, il a dit à son chauffeur de le conduire le long d’un canal où  il aimait se promener à Nevers. Puis il a dit demandé à celui-ci et à son garde du corps de le laisser seul un moment. Il a alors pris dans la boite à gant le 357 magnum de son officier de sécurité et s’est tiré une balle dans la tête. Il est mort pendant son transfert à l’hôpital militaire de Paris.

Les chiens.

Mitterrand lui rendant un hommage officiel a directement accusé la presse  dans une tirade restée célèbre : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait livré aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie ».

Mais Gilberte Bérégovoy n’a jamais pardonné au président d’avoir lâché son mari. Plus tard des rumeurs ont couru sur un possible assassinat,  rien de concluant, et jusqu’à preuve du contraire Pierre Bérégovoy s’est bel et bien suicidé.

Sur la tombe de l’ancien premier ministre à Nevers une simple phrase :

« Parti ? Vers où ? Parti de mon regard, c’est tout ».

La justice un danger pour Sarkozy ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 2 avril 2015 10h26 | Ajouter un commentaire

Nicolas Sarkozy a été entendu une nouvelle fois par la justice hier, au sujet de ses comptes de campagne pour la présidentielle de 2012. Il a échappé à la mise en examen même s’il est ressorti avec le statut de témoin assisté. Ce n’est qu’une casserole de plus aux basques de l’ancien président, et l’on peut se demander si cette accumulation d’affaires judicaires ne va pas compromettre son retour au premier plan.

 

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Dans n’importe quel pays anglo-saxon sa carrière politique serait terminée depuis longtemps. On ne supporterait pas qu’il y ait même un soupçon, sur la régularité de ses comptes de campagne. Mais en France comme en Italie d’ailleurs on est beaucoup moins regardant avec ce genre de choses. Silvio Berlusconi par exemple a pu rester au faite de la politique italienne pendant 20 ans, tout en étant poursuivi par les juges. Pour Nicolas Sarkozy c’est pareil, ses comptes de campagne ont été rejetés par le conseil constitutionnel, le juge suprême, et ça ne l’a pas empêché de revenir en politique, de se faire réélire président de l’UMP, et de remporter il a y a quelques jours les élections départementales.

Impunité.

A moins qu’il ne soit condamné à une peine d’inéligibilité, (c’est possible il est inculpé dans un dossier connexe dans l’affaire Bettencourt,)  il ne court a priori aucun risque. Car en France ce n’est ni la justice ni les médias qui décident de l’avenir d’un homme politique, c’est l’électeur. Or l’électeur aime bien les magouilleurs et les roublards, il faut s’y faire. Il y a des exemples fameux comme Patrick Balkany, soupçonné, inculpé condamné,  et qui se fait réélire dans sa ville de Levallois à chaque fois.

Donc ceux qui racontent qu’il s’agit d’une cabale montée  par la gauche pour l’abattre se trompent lourdement. Nicolas  Sarkozy  ne tombera pas pour des raisons judicaires. Les Français s’en tamponnent  le coquillard de ses comptes de campagne, et je suis même sûr que pas mal d’entre eux trouvent qu’on exagère en allant lui chercher querelle pour si peu.

L’éternelle guerre Chirac Balladur.

En fait s’il y a une arrière fond politique à cette histoire, et peut être quelques règlements de comptes, ça ne vient pas de la gauche, mais de la droite. La droite chiraquienne qui n’a jamais pardonné à Sarkozy d’avoir trahi Chirac pour Balladur en 1995. D’ailleurs le président du conseil constitutionnel qui a rejeté les comptes de campagne de Sarkozy est Jean Louis Debré le plus fidèle des chiraquiens…et c’est peut-être de ce côté-là que Nicolas Sarkozy doit se méfier le plus.

 

En France, le nord est bleu et le sud est rose: comment expliquer cette frontière politique?

Par Christophe Giltay dans Politique , le 31 mars 2015 11h04 | 2 commentaires

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La France est désormais largement marquée à droite puisque l’UMP de Nicolas Sarkozy a remporté les deux tiers des départements. Ce clivage politique est aussi un clivage géographique car si l’on regarde la carte électorale, en gros on a l’impression que les deux tiers au nord et à l’est sont bleus ( UMP) et le tiers sud ouest rose (PS).  Comment expliquer cette frontière politique ?

En Belgique ce serait simple, on dirait que c’est dû à la frontière linguistique. D’une certaine manière c’est aussi le cas en France, les terres de langue d’oïl auraient voté plutôt à droite et les terres de langue d’oc à gauche.

Loin de Paris

Pourquoi ? D’abord pour des raisons historiques. Très éloigné de Paris, le sud-ouest a toujours été une région frondeuse. C’est là notamment que s’est développé le protestantisme pendant les guerres de religion au XVIIème siècle. Ce fut ensuite sous la révolution et l’empire un territoire très marqué par le radicalisme républicain. Enfin cette région n’a pas connu, à part les mines de Carmaux, l’industrialisation du charbon et de l’acier au XIXème siècle, et donc n’a pas souffert de la fin de cette industrie, comme le Nord ou la Lorraine. Quand on parle d’industrie dans le sud-ouest, c’est Airbus à Toulouse.

Ce fut longtemps une région rurale parsemée des villes universitaires très anciennes comme Montpellier, où Rabelais a fait ses études à la faculté de médecine en… 1530 ! Sous François 1er. C’est aussi une terre de droit romain, contrairement au droit coutumier longtemps en vigueur au nord. Enfin les sociologues ont identifié que dans le sud-ouest la famille était autrefois communautaire, et non patriarcale, qu’on y partageait les biens à égalité entre les frères et soeurs, alors que c’était le droit d’aînesse qui prévalait au nord. Ainsi on y aurait moins le culte du chef propre à l’UMP. Ce substrat culurel a profondément ancré le sud ouest dans une gauche laïque et républicaine qui sent bon le vin, l’aïl, l’huile d’olive, et la troisième République des instituteurs à la Pagnol.

La Côte d’Azur et l’Algérie française

Vous me direz: « Justement la Provence de Pagnol pourtant semblable au sud-ouest, a voté plutôt à droite ! » Oui, mais c’est dû à un phénomène récent, l’arrivée dans les années 1960 de ce qu’on appelle les pieds noirs: les Français rapatriés d’Algérie qui se sont massivement installés sur la côte d’azur. Ils votent majoritairement à droite et même à l’extrême droite car ils ont un rapport particulier à l’immigration maghrébine, ils estiment avoir été chassés d’Algérie…

Loin des yeux, loin des peurs

Enfin les régions plus à droite de France sont aussi les plus proches du coeur de l’europe. Au Benelux et en Allemagne, on y exprime le plus fort rejet contre la politique européenne, accusée de tous les maux. Or Angela Merkel fait moins peur à Bordeaux qu’à Reims.  Quant aux Anglais, l’ennemi hériditaire, ils ont dans le sud-ouest un truc qui leur permet de les affronter régulièrement de manière virile: le rugby !

Charlie : je suis Picsou

Par Christophe Giltay dans Divers , le 20 mars 2015 09h51 | 3 commentaires

Les histoires d’argent finissent mal en général. Un peu plus de deux mois après les attentats du 7 janviers onze salariés de Charlie Hebdo réclament leur part des  30 millions d’euros gagnés depuis l’attentat de janvier.

 Picsou

C’est le genre d’histoire que j’aurais préféré ne jamais vous raconter. Au moment des attentats Charlie Hebdo était aux portes de la faillite. Il avait du mal à vendre ses 30 000 exemplaires hebdomadaires et ses dessinateurs mettaient parfois la main à la poche pour renflouer le journal. Et puis est survenu le drame qu’on connait…

Un drame diabolique, car la mort des dessinateurs de Charlie a paradoxalement enrichi le journal, la vente de près de 8 million d‘exemplaire du Numéro 178, puis encore deux millions pour le suivant. Sans compter les dons qui ont afflué du monde entier, le journal se retrouve maintenant propriétaire d’un capital de 30 millions d’euros…

Une fondation ?

Plusieurs projets ont été avancés comme la création d’une fondation pour la liberté de la presse. Mais d’un autre côté il est logique qu’une part de cet argent revienne aux familles des victimes.

C’est dans cette ambiance un peu floue qu’hier onze salariés de Charlie Hebdo ont réclamé à la direction un statut d’«actionnaires salariés à parts égales». Parmi eux l’urgentiste Patrick Pelvoux et le dessinateur Luz. C’est très  sérieux le collectif a même embauché deux avocats pour faire valoir ses droits.  Actuellement Charlie Hebdo est détenu à 40% par les parents de Charb, héritiers de leur fils tué dans l’attaque du 7 janvier, 40% par le dessinateur Riss, nouveau directeur de la publication blessé par une balle à l’épaule , et 20% par Eric Portheault le directeur général.

Les bagues de grand-mère

«Nous sommes très loin de la réflexion sur l’actionnariat», a commenté l’avocat du journal, « Tout cet argent fait plus de mal que de bien. Cela fait penser à ces enterrements où on se bat déjà en revenant du cimetière pour les bijoux de la grand-mère », de son côté Patrick Pelloux affirme que le collectif des onze n’a rien contre la direction mais qu’il souhaite être associé aux décisions concernant le devenir de cet argent…

L’argent n’a pas d’odeur.

Honnêtement s’il n’y avait pas les victimes je conseillerais de donner tout ce fric à une œuvre caritative. Mais évidemment on est toujours plus généreux avec l’argent des autres qu’avec celui qu’on n’a pas. Donc je me garderais bien de juger les salariés de Charlie, je ne sais pas ce que je ferais devant un tel magot !

Néanmoins j’aime à rêver aux dessins que cet épisode étrange aurait inspiré à Charb, Cabu et Wolinski.