Faut-il rétablir le service militaire ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 23 janvier 2015 10h26 | Ajouter un commentaire

 

Après les attentats de Paris le retour du service militaire fait débat en France. Plusieurs personnalités l’ont suggéré pour raviver chez les jeunes le sentiment d’appartenance à la République.

 

Il faut savoir qu’en 1996 le président Chirac n’a pas supprimé le service militaire, il l’a juste suspendu. Donc sur le plan purement législatif son rétablissement peut se faire très rapidement sur simple décision du gouvernement.

Sauf qu’évidemment en presque 20 ans tout a changé. La stratégie des armées n’est plus la même, on est passé à une armée professionnelle, chargée essentiellement d’opération sur des théâtres extérieurs. On n’a plus besoin d’immenses bataillons de trouffions qui en temps de paix passaient leurs 12 mois de services à éplucher les patates et balayer la cour de la caserne.

Il n’y plus de casernes.

40.000 officiers et sous-officiers seraient nécessaires pour encadrer une classe de conscrit soit environ 130.000 jeunes mais où trouver cet encadrement. Par ailleurs, les infrastructures n’existent plus et devraient être recréées, un casernement pour 1000 hommes est évalué à 100 millions d’euros…Les casernes désaffectées ont pour la plupart été revendues, transformées en logement, où démolies et remplacée par des infrastructures publiques.

Un retour illusoire.

Les projets les plus divers circulent, par exemple celui de l’ancien ministre UMP Xavier Bertrand : un service national et non pas militaire de trois mois,  obligatoire pour les garçons comme pour les filles et encadré par d’anciens militaires et des réservistes. Au programme: un mois de classes, port d’un «costume» mais pas d’un uniforme, cérémonie au drapeau, apprentissage de la discipline, puis affectation dans des collectivités territoriales, associations ou gendarmerie. Sauf que ça couterait 1,5 milliards d’euros.

 De plus il existe déjà un service civique qui concernent chaque année 40 000 jeunes chiffre que François Hollande voudrait augmenter à 150 000 d’ici 2017.

Kronenbourg à la retraite !

Enfin l’armée elle-même n’est pas demandeuse, comme le dit ce matin dans le Figaro un officier supérieur : «Ce recours au service national est un peu mythique et ne doit pas occulter les carences d’institutions comme l’éducation ou la famille. »   Il y a donc peu de chance que l’adjudant Kronenbourg reprenne du service. Avouez que ç’aurait été comique de rétablir la conscription au nom de l’assassinat de Cabu, traumatisé par son service durant la guerre d’Algérie… Ce qui en avait fait le plus antimilitariste des dessinateurs français !

 

 

Sarkozy rompt l’union nationale.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 22 janvier 2015 20h00 | Un commentaire>

 La trêve politique a pris fin en France quinze jours après les attentats de Paris. Mercredi Nicolas Sarkozy a rompu l’union nationale en direct à la télévision en adressant de vives critiques au gouvernement.

Il fallait s’y attendre Nicolas Sarkozy en avait assez de ronger son frein et de laisser le monopole de la parole à François Hollande et à Manuel Valls. D’autant que le président et le premier ministre ont tous les jours l’occasion de prononcer des discours puisque c’est la période des vœux.

Les mesures de l’UMP.

Hier tout en essayant de garder un ton solennel et présidentiel, Sarkozy est revenu dans la bagarre, critiquant les mesures annoncées par le gouvernement. Il a fait à son tour toute une série de propositions : la déchéance de la nationalité française pour ceux qui partent faire le djihad , la création d’une peine de sureté pour les djihadistes à l’image de celle qui existe pour les violeurs, la création d’un islam de France et non pas en France avec des imams formés par la République et une hiérarchie lisible comme celles que possèdent les autres religions.

Par ailleurs il a durement critiqué l’utilisation du mot apartheid par Manuel Valls pour décrire certains quartiers de France où les musulmans vivent dans des quasi ghettos. L’ancien président s’est dit surpris et consterné, « comparer » a-t-il dit « la République française à l’apartheid est une faute. »

Retour à la normale.

On est donc revenu à l’affrontement politique normal, et c’est logique et démocratique. Maintenant on peut quand même imaginer qu’après le traumatisme de ces derniers jours, le gouvernement continue à bénéficier d’un certain état de grâce du moins autour de ses mesures sécuritaires.  On verra ensuite si ça se traduit dans les urnes, il a bientôt des élections locales en France.

Quant à la lune de miel entre les Français et leur police, là aussi les choses pourraient encore durer un peu, d‘autant que les gens ont besoin de se sentir protéger dans la rue ou dans le métro. Mais ça se terminera tôt ou tard,  car comme disait mon ami Pierrot : « Tu verras quand ils recommenceront à coller des PV ! »

Aurait-on pu arrêter Coulibaly ?

Par Christophe Giltay dans Divers , le 21 janvier 2015 09h45 | 2 commentaires

 Ce matin le Canard enchaîné révèle qu’Amedy Coulibaly  a été contrôlé par des motards le 30 décembre à Paris. Il roulait à bord d’une voiture de location accompagné de Hayat Boumeddienne    

Ça s’est passé le 30 décembre dans le XIXème arrondissement de Paris. A 11h45, deux motards de la préfecture de police arrêtent une Seat Ibiza à hauteur du 55 rue Simon-Bolivar, C’est une voiture de location qui vient de l’aéroport d’Orly. A bord Amedy Coulibaly et sa compagne Hayat Boumeddienne (aujourd’hui la femme la plus recherchée de France.)

Par hasard.

 C’est un contrôle de routine… La voiture est louée au nom de la jeune femme, et Coulabaly ne peut pas produire de permis de conduire car il vient juste de réussir l’examen et n’a sur lui qu’un récépissé datant du 10 décembre.

 Appliquant la procédure les deux motards consultent le fichier des personnes recherchées, ils découvrent alors que Coulibaly est classé comme un individu dangereux appartenant à la mouvance islamiste. Une mention leur demande d’essayer d’obtenir des renseignements sans attirer l’attention du suspect. Les motards informent leur hiérarchie et les services antiterroristes,  mais personne ne réagit. «Aucune surveillance, pas de filature», indique le Canard enchaîné. Après quelques minutes les policiers laissent partir la voiture…

Mortelle randonnée.

La suite on la connait, après le contrôle, Amedy Coulibaly a pris quelques heures plus tard la route de l’Espagne avec sa compagne qu’il a déposée à l’aéroport de Madrid. Direction la Turquie. Les autorités turques ont par la suite confirmé qu’Hayat Boumediene avait  passé la frontière syrienne  le 8 janvier, le jour ou Coulibaly a commencé à tuer à Montrouge, avant d’attaquer « l’Hyper Cacher » de Vincennes deux jours plus tard. Formellement les deux policiers  n’ont commis aucune faute, ils ont respecté les instructions, ils ont signalé la présence de Coulibaly, c’est leur hiérarchie qui aurait dû bouger.

Une ruse du destin.

J’imagine que chaque jour de nombreuses personnes suspectes sont contrôlées en région parisienne, et qu’on ne peut pas mettre tout le monde en filature !

Mais voilà le destin a parfois des ruses étranges. Comme s’il nous avait envoyé un signal, un avertissement…Une dernière chance qu’on n’a pas saisie. Imaginez une seconde que quelqu’un ait décidé de mettre Coulibaly en filature…

Mais avec des si…

Lassana héros de la République

Par Christophe Giltay dans Divers , le 20 janvier 2015 08h53 | Un commentaire>

 

Aujourd’hui la France récompense le héros de l’Hyper Cacher. Ce jeune Malien de 24 ans, qui, le 9 janvier, a caché des otages va recevoir un passeport français.

Il s’appelle Lassana Bathily, et sera donc naturalisé français ce soir. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve , organise à 18 h30 une cérémonie en l’honneur de ce jeune Malien de 24 ans, qui, le 9 janvier, a caché des otages d’Amedy Coulibaly dans une chambre froide du magasin puis est parvenu à s’enfuir, en passant par un monte-charge…

Soupçonné par erreur.

Alors on sait maintenant que les choses ne se sont pas déroulées de manière aussi angélique que la presse l’a d’abord rapporté. Dans un premier temps les policiers l’ont pris pour un preneur d’otages. On pensait effectivement que Coulibaly n’était pas seul, il a été menotté puis longuement interrogé avant qu’on se rende compte, qu’il n’était pas un criminel mais un héros ! Il a pu ensuite donner de précieuses indications à la police, sur le preneur d’otage et la disposition des lieux, il a dessiné un plan du magasin qui a permis aux hommes du RAID de préparer leur assaut.

Un parcours exemplaire.

Lassana est arrivé en France il y a 8 ans, avait alors 16 ans tout d’abord clandestin il parvient néanmoins à s’inscrire pour une formation de peintre en bâtiment. Il cumule les petits boulots, jusqu’à obtenir sa régularisation en 2011. Il est alors embauché par l’ « Hyper Casher », et les clients juifs de ce magasin l’apprécient beaucoup pour son efficacité, sa gentillesse et sa discrétion. Musulman pratiquant il descend au sous-sol pour faire sa prière.

Quand le ministre de l’intérieur a décidé pour le récompenser de son attitude, de lui accorder la nationalité française en urgence, ses services ont procédé à une rapide enquête. Résultat : que du positif, il n’a jamais commis la moindre infraction et paye ses impôts en temps et en heure. Il n’est pas sûr que tous les Français de souche puissent en dire autant.

Un héros du quotidien.

Après l’attaque de la porte de Vincennes 300 000 personnes ont signé une pétition pour demander qu’il soit naturalisé français et ce sera chose faite ce soir. A la cérémonie, il y aura des ex-otages et leurs familles, la direction du magasin, des élus parisiens, le préfet de police, des hommes du raid, et quelques-uns de ses amis.  

Lassana qui garde la tête froide alors qu’il a rencontré en une semaine, François Hollande et John Kerry, envisage de se rendre au Mali pour visiter sa famille qu’il n’a pas vu depuis des années.  Avec son tout nouveau passeport français ce sera désormais possible.

Hollande président.

Par Christophe Giltay dans Divers , le 19 janvier 2015 10h07 | 3 commentaires

 

La popularité de François Hollande a bondi selon les sondages de dix points à vingt points après les attentats de Paris. Il est maintenant plus populaire que Nicolas Sarkozy, c’est un véritable retournement, mais peut-on dire que son attitude durant ces jours terribles a sauvé son quinquennat ?

 

« Nous sommes un seul pays, un seul peuple, une seule France », voilà ce qu’a déclaré François Hollande  samedi lors de ses vœux dans son fief de Tulle en  Corrèze. Une phrase qui résume les nombreux discours qu’il a prononcés depuis l’attaque dont a été victime l’équipe de Charlie Hebdo. Le jour même il avait bouleversé son agenda pour se rendre sur place et prononcer immédiatement quelques mots sur la nécessaire unité nationale.  Ensuite il parfaitement joué la partie en usant de toutes ses prérogatives de chef de l’Etat.  Au début Nicolas Sarkozy a bien essayé de lui disputer la vedette, notamment par une déclaration solennelle dans la cour de l’Elysée, quand  le président l’a reçu (comme les autres chefs de parti) au lendemain de l’attentat. Mais voilà, selon la formule consacrée le président est le premier en France,  et l’a montré ! Quant à Nicolas Sarkozy il s’est retrouvé relégué à sa position actuelle, chef du principal parti d’opposition. On se souvient de la marche du 11 janvier,  Hollande devant et Sarko derrière, malgré ses efforts désespérés pour jouer des coudes…

Un bond de popularité.

Conséquences d’après le baromètre BVA publié samedi :

La popularité de François Hollande a bondi de dix points, celle du premier ministre Manuel Valls de neuf points, à 44%,

Tandis que celle de Nicolas Sarkozy est restée stable à 26% et celle de Marine Le Pen a très légèrement augmenté d’un point à 27%.

Alain Juppé reste l’homme politique français le plus populaire  avec 52%.

Cette situation n‘a rien de surprenant, souvent perdus devant les chiffres et l’économie, les leaders politiques français sont le plus souvent des littéraires, des juristes, des historiens, et la plupart sont passé par l’ENA l’école nationale d’administration. Pourtant François Hollande en est sorti auditeur à la cour des comptes, il devrait donc être très calé en économie, enfin théoriquement. Mais comme ses prédécesseurs ( à l’exception notable de Giscard) il a du mal  à s’occuper de l’économie concrète, ( l’intendance suivra disait de Gaulle) . En revanche quand l’histoire frappe à la porte, ces hommes de pouvoir trouvent les mots, les attitudes, les postures.

Le lieutenant Hollande.

Juste une anecdote : en 1976   François Hollande a été réformé du service militaire  pour myopie.  Mais tout petit déjà il ambitionnait une carrière, il a fait alors jouer toutes ses relations pour faire son service, qu’il a effectué finalement comme aspirant officier, aux coté de Michel Sapin son actuel ministre des finances. Il est d‘ailleurs toujours lieutenant de réserve. Demandez-vous maintenant pourquoi malgré un physique dépourvu de prestance  il est si à l’aise au milieu des policiers ou des militaires dans les cérémonies officielles. Dès l’adolescence il s’est préparé pour ça.

De nouveau présidentiable.

Vous me direz oui mais Sarkozy aurait surement aussi trouvé les mots ! Je n’en doute pas, mais c’est Hollande le président et c’est donc lui qui parle. Maintenant il est trop tôt pour dire si cet épisode va assurer sa réélection. Mais une chose est sure en tutoyant ainsi l’histoire il est redevenu incontournable à gauche. Il a donc en quelque sorte déjà remporté les primaires du PS… qui vous le verrez ne seront jamais organisées !

 

 

Dernière minute un autre sondage publié ce matin :

 

François Hollande enregistre un bond de popularité historique de 21 points dans le baromètre Ifop-Fiducial pour Paris-Match et Sud Radio publié lundi, ce qui le hisse à 40%.

 

Jamais auparavant une progression aussi forte n’avait été relevée par l’Ifop, doyen des instituts français de sondage, a indiqué à l’AFP Frédéric Dabi, qui dirige son département opinion. Manuel Valls gagne 17 points, ce qui le place à 61% de popularité, score supérieur à celui de son entrée à Matignon

Charlie : le jour d’après

Par Christophe Giltay dans Divers , le 13 janvier 2015 12h08 | 3 commentaires

Paris a connu dimanche la plus grande marche de son histoire, le monde entier s’accorde pour saluer le caractère exceptionnel de l’événement. Maintenant il va falloir écrire la suite.

Le plus difficile dans ce genre de circonstances, c’est le jour d’après, c’est la suite. On a connu ça en Belgique avec la marche blanche qui devait accoucher d’une nouveau pays Je me souviens qu’à l’époque on parlait même de nouvelle culture politique. Au final la marche blanche a accouché d’une souri, une réforme de la police et de la justice, la création de child focus, ce n’est pas rien, mais la vie a repris son cours et la Belgique son chemin.

On verra pour la France… Dés aujourd’hui le président Hollande va initier avec Manuel Valls un certain nombre de réformes pour mieux combattre le terrorisme, des moyens seront probablement débloqués , car il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Mais restons lucides la France ne va pas devenir en 24 heures un pays merveilleux où tout le monde se congratule en répétant sans cesse : « je suis Charlie ». D’ailleurs je fais confiance à l’équipe de Charlie Hebdo pour remettre dés mercredi l’église au milieu du village…

Charlie pas Victor

Certains les ont comparés à Victor Hugo, au Zola de j’accuse, ou à Voltaire. Mais non ! Charlie c’est des mecs (et des filles d’ailleurs) qui font un journal qui n’a pas la prétention de définir des vérités absolues sur l ‘avenir du monde.

A l’image de ce qu’est une caricature ou un dessin de presse ils mettent le doigt là où ça fait mal, ils prennent le parti d’en rire. Ce qui nous bouleverse c’est qu’il y a sur sur terre des crétins, des imbéciles, des cons quoi, qui ne sont pas suffisamment armés intellectuellement pour comprendre ça…

Un peuple

Quant à la manifestation d’élan national d’hier, bien résumée par le titre de Libération ce matin « nous sommes un peuple », elle restera comme un souvenir historique. Il y en a eu d’autres dans l’histoire de France: les obsèques de Victor Hugo justement, 1 million de personnes, tout Paris dans la rue et le catafalque tiré par des chevaux noirs qui passe sous l’Arc de triomphe; le défilé de la libération qui lui était vraiment festif, car c’était une vraie libération puisqu’on avait chassé les nazis.

Comme en 14

Or hier on n’ a pas chassé le terrorisme, on n’a pas vaincu l’obscurantisme, on n’ a pas gagné la guerre.

Plus que le défilé de la libération, la manifestation d’hier m’a fait penser à la mobilisation générale pour la guerre de 14. Cette mobilisation où les soldats sont partis la fleur au fusil sous les acclamations, pour une guerre qu’ils croyaient courte et qui a duré quatre ans.

Oui hier le peuple français s’est levé pour défendre la patrie en danger, comme pendant la révolution, comme en 14 . Des millions comme un seul homme, avec au cœur les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité.

On s’est rassuré, on s ‘est embrassé, on s’est tenu chaud, on a chanté la marseillaise ensemble.

Mais la guerre n’est pas finie, elle commence !

Je suis Charlie

Par Christophe Giltay dans Divers , le 8 janvier 2015 12h36 | Un commentaire>

Je suis Charlie… et je suis pas Charlie par solidarité, comme des millions de gens ce matin en France en Belgique et dans bien des pays du monde, non je suis Charlie profondément !

Si je n’avais pas vu petit les dessins de Cabu ou de Wolinski, si je n’avais pas ouvert « Hara Kiri » puis « Charlie Hebdo », je n’aurais pas développé l’irrévérence et j’espère le peu d’humour que j’essaie de faire passer chaque matin depuis 20 ans dans cette chronique. Je n’aurais pas appris cet amour de la liberté, ce droit de tout tourner en dérision parfois, mais pour faire rire ou réfléchir, pas pour déclencher la haine ou la violence. Car ceux qui sont tombés hier pour la France et la liberté, oui tombés comme les poilus de 14 ou les hommes de l’ombre de la résistance, étaient des humanistes. Des hommes pétris de générosité.

L’économiste Bernard Maris, un grand économiste professeur à l’université de Toulouse,  était l’un des fondateurs d’ATTAC, l’association pour les taxations financières, un mouvement citoyen international. Cabu n’aurait jamais fait de mal à une mouche: il détestait toutes les violences. Certains se souviennent peut-être entre mille de son combat contre la corrida. Wolinski brocardait toutes les mesquineries, toutes les bêtises,  toutes  les conneries mais pouvait aussi bien dessiner dans l’Humanité le journal communsite, que dans le très chic Nouvel Observateur ou dans Paris Match…

Je ne vais pas dire que je leur dois tout, mais je leur dois beaucoup, et ce matin je les imagine au paradis des journalistes et des dessinateurs se fendre la poire  quand ( sans rancune) le glas de Notre Dame sonnera en leur mémoire. Eux qui ont passé leur vie à bouffer du curé, parce qu’en France pays de la liberté , on peut passer sa vie à bouffer du curé, à brocarder les flics, à caricaturer les militaires, à ridiculiser les politiques, et il ne se passe rien !

Sauf peut-être quelques tracasseries et une interdiction d’Hara Kiri (ancêtre de Charlie) devenue mythique avec le célèbre titre : « bal tragique à Colombey un mort ! » Pour saluer le décès du général de Gaulle… Rire de tout pour ne pas pleurer tous les jours devant ce monde absurde…

Les deux suspects sont nés en 1980 et en 1982. A l’époque, Cabu présentait une émission de télé pour les enfants avec Dorothée, dont il faisait le portrait orné d’un long nez pointu. Si on lui avait dit à l’époque : « Tiens tu vois ces deux bébés là, un jour ils vont t’assassiner au nom de l’intolérance religieuse et du fanatisme le plus imbécile » , je pense que ça ne l’aurait pas découragé… et qu’il aurait dessiné et dessiné encore comme il l’a fait jusqu’à son dernier jour.

Je suis Charlie et je le serai encore demain.

Après Zemmour, Houellebecq !

Par Christophe Giltay dans Divers , le 6 janvier 2015 10h01 | 4 commentaires

On parle beaucoup en Belgique de la venue d’Éric Zemmour à Bruxelles, mais en France c’est un nouveau livre qui sort aujourd’hui qui fait débat : « Soumission »  le dernier Michel Houellebecq. L’écrivain installe à l’Elysée le chef d’un parti musulman, élu au second tour de la présidentielle de 2022 face à Marine le Pen .

 

Vous avez aimé détester Zemmour, alors vous adorerez haïr Houellebecq ! Parce que là c’est du lourd… L’écrivain dans sa fiction estime que le successeur de François Hollande sera un président musulman, élu avec le soutien d’un front républicain, dont le PS et l’UMP, pour faire barrage à Marine le Pen et que cela abouti donc à la « Soumission » de la France à l’Islam.

  On peut interpréter ce scénario de différentes manières, soit c’est totalement farfelu, soit c’est pour faire peur, soit c’est une manière de dire que Marine le Pen c’est quand même mieux qu’un musulman.  Interviewé récemment par un magazine anglais Houellebecq se défend de toute provocation:

« Je procède à une accélération de l’Histoire mais, non, je ne peux pas dire que c’est une provocation dans la mesure où je ne dis pas de choses que je pense foncièrement fausses, juste pour énerver. Je condense une évolution à mon avis vraisemblable. »

Un complot. 

Sauf qu’il ne s’agit pas de l’arrivée au pouvoir d’un musulman qui aurait franchi toutes les étapes du cursus honorum de la République, mais bien du chef d’un parti identitaire, et Houellebecq va plus loin puisque dans son livre il décrit une sorte de complot pour faire accéder ce parti musulman au pouvoir. On tait les écrits de jeunesse du président Ben Abbés, (c’est son nom) qui sont très identitaires, on met à la retraite les agents des services secrets qui surveillent les jeunes de banlieues, on passe sous silence des crimes commis par des musulmans etc… etc… bref ça reprend toute une série de théories du complot véhiculées par l’extrême droite, même si Houellebecq se défend d’adhérer au scénario du grand remplacement.  Ce raisonnement profondément raciste, régulièrement évoqué par Jean Marie le Pen qui voudraient que progressivement la population européenne soit remplacée par des immigrés venus d’Afrique du nord.

Nostalgie algérienne ?

Ce grand remplacement repose sur un traumatisme, celui des français d’Algérie qui ont dû quitter leur pays à l’indépendance,  et qui ont vu effectivement des musulmans les remplacer dans leur maison et leurs quartiers à Alger ou à Oran. L’apparition de quartiers majoritairement musulmans dans les villes d’Europe serait le premier signe d’une évolution comparable.

Or Houellebecq ( comme Zemmour est-ce un hasard ?) descend d’une famille de français d’Algérie, du moins du côté de sa mère qui fut major de promotion à la faculté de médecine d’Alger .

 Il éteint les Lumières !

Alors bien sur la licence artistique permet toute les fictions, et l’on pourrait me rétorquer qu’il n’est pas plus absurde d’imaginer un président musulman à l’Elysée, qu’un noir à la maison Blanche…( qui en plus s’appellerait  Barack ).

Oui, mais je le répète Houellebecq n’a pas écrit une ode à la philosophie des Lumières et à l’intégration républicaine ! Pour Houellebecq les Lumières sont mortes et nous sommes désormais au temps des affrontements communautaires.

C’est pourquoi il est urgent que d’autres écrivains, disciples de Voltaire et de Rousseau, relèvent le défi et rallument les Lumières.

Hollande : opération reconquête

Par Christophe Giltay dans Divers , le 5 janvier 2015 10h32 | Ajouter un commentaire

En ce début d’année François Hollande fait feux de tout bois pour redresser son image et sa popularité. Après ses vœux combattifs du 31 décembre  il était invité ce matin pour deux heures de direct à la radio, un exercice auquel ne s’était jamais livré un président au cours  de son mandat.

 

 Ce matin le président de la République était de 7 à 9 heures l’invité  de France Inter la principale radio publique française.  Jamais effectivement un président ne s’était livré en direct à un exercice aussi long et aussi périlleux il  a évoqué de nombreux sujets, revenant sur l’économie, son plan de relance et la problématique du chômage, à ce sujet  il assume la responsabilité des mauvais chiffres: « je suis président de la République, je ne vais pas dire: c’est la faute de l’étranger, de la conjoncture, de la crise »… « Bien sûr que beaucoup dépend de la situation économique mondiale, beaucoup relève de choix européens »…  « Il y a une responsabilité, celle que j’assume. »

Je vous rappelle que François Hollande a déclaré en avril dernier que si les chiffres du chômage ne s’amélioraient pas  il n’aurait aucune raison de se représenter en 2017… On peut donc dire qu’il persiste et signe.

A gauche non peut être ?

Quand un journaliste lui a demandé s’il était sûr d’avoir pris « le bon chemin » et un chemin « de gauche », le président a répondu: « nous le verrons à la fin, parce qu’un chemin, c’est là où il conduit et je fais tout pour que la France soit plus forte et plus juste à la fin de mon quinquennat ».

Il a également abordé la crise d’identité  que traverse la France et l’on pense évidemment à la polémique suscitée par le livre d’Éric Zemmour  « Le suicide français », et là il se pose en guide de la nation :

« La réponse n’est pas dans la stigmatisation d’une religion. (Sous- entendez l’islam) Il faut répondre avec nos valeurs, nos forces. Je ne laisserai pas le doute s’installer. » 

Vœux en rafales.

Cette interview n’était que la première étape de sa journée de communication. Il a réuni ensuite  un conseil de sinistres exceptionnel de rentrée, suivi de ses vœux au gouvernement.  Des vœux qu’il prononcera pendant tous le mois de janvier à l’ensemble de ce qui constitue la société française, et  parfois de façon spectaculaire puisque le 14 janvier il les présentera, aux armée depuis le porte avion Charles de Gaulle en partance pour l’Irak et la guerre contre le prétendu Etat islamique .

Avoir la main.

 Par rapport à ses adversaires et notamment Nicolas Sarkozy, Hollande profite donc de son statut pour occuper le terrain. Il est le président, il le montre, il le répète !

 Est-ce que ça va marcher ? Pour l’instant  il est toujours très bas dans les sondages même s’il remonte légèrement au-dessus des 20%. Interrogé ce matin  sur son avenir  il a botté en touche : « Je suis président de la République, je suis à mi-mandat, l’élection présidentielle c’est donc dans deux ans et demi. Eh bien pour l’instant je ne me préoccupe pas, croyez-moi, de l’élection présidentielle, je me préoccupe essentiellement des Français »

Politique fiction ?

 J’évoquais Eric Zemmour, mais on va bientôt parler d’un autre livre le denier Michel Houellebecq : «  Soumission », une  roman de politique-fiction qui imagine l’élection d’un président musulman en 2022, juste après le deuxième mandat de François Hollande. Des petits malins s‘interrogent déjà sur ce qu’il y a de plus improbable dans ce bouquin : un musulman à l’Elysée ?

Ou un deuxième mandat du père François ?

AirAsia: le copilote était novice

Par Christophe Giltay dans Divers , le 31 décembre 2014 13h31 | Un commentaire>

On s’intéresse beaucoup au destin du vol AirAsia en France car le copilote était français. Après avoir exercé en tant qu’ingénieur chez Total, Remi Plesel, âgé de 45 ans, avait réalisé son rêve d’enfant il y a trois ans : devenir pilote.

Le pilote français comptait seulement 2700 heures de vol, en revanche le capitaine indonésien affichait pour sa part près de 20.000 heures dans les airs, ce qui explique que l’on parle officiellement d ‘un équipage expérimenté. Rémi Plesel avait rejoint la compagnie AirAsia il y a trois ans après avoir obtenu son diplôme de pilote de ligne aux Etats-Unis. Originaire de la Martinique, il rêvait de promouvoir l’aviation dans son île et voulait inciter de nombreux jeunes Martiniquais à devenir pilote. Sur place hélas, on ne se fait plus beaucoup d’illusion, y compris sa mère qui a donné une interview à la télévision, on sait très bien là-bas que quand un avion disparait il n’y a en général pas de survivants. La Martinique a d’ailleurs connu une importante catastrophe aérienne en août 2005 lors du crash du vol 708 de la West Caribbean Airways (Panama-Fort de France) qui avait fait 161 morts.

 

Météo ou pas ?

Alors même qu’on n’a pas encore retrouvé les boîtes noires, beaucoup de questions se posent. Depuis le début la piste de la météo semble privilégiée, car l’équipage a demandé à changer de cap, et même à monter en altitude pour éviter un orage. Mais de nombreuses voix s’élèvent dans le monde aérien pour dire qu’a priori le mauvais temps ne suffit pas pour expliquer un crash. Les avions sont conçus pour voler même dans des conditions difficiles et les pilotes sont formés à ce genre de situation. Des centaines d’avions affrontent chaque année des orages qu’il essayent la plupart du temps de contourner quand ils sont trop violents. D’ailleurs d’autres vols se trouvaient dans la même zone au moment où l’appareil a disparu. Il volait alors à 10.500 mètres d’altitude à une vitesse de 868 kilomètres par heure.

 

Hypothèses

L’avion aurait-il comme on dit « décroché », comme le vol Rio Paris en 2009 ? Ça paraît très peu probable, l’Airbus A 320 est équipé de systèmes sophistiqués pour prévenir ce type d’accident. Faut-il alors incriminer AirAsia, une compagnie low cost ? Là encore l’hypothèse est fragile, AirAsia a une très bonne réputation, l’avion était récent et bien entretenu,  et les « low cost » ne sont pas forcément plus dangereuses que les autres, Ryanair par exemple est une des compagnies les plus sûres au monde.

 

Une combinaison de causes

Les fidèles de l’émission « Docs de choc » sur RTL-TVI savent qu’en général il y a plusieurs causes dans les crashs aériens. La combinaison d’éléments extérieurs (météo, turbulences) avec une défaillance mécanique et souvent une erreur humaine.

Par exemple le Rio-Paris : mauvais temps, plus gel des sondes, plus l’équipage qui ne comprend pas qu’il a décroché.

Donc tant qu’on n’aura pas retrouvé les boîtes, noires toutes les hypothèses se valent en bien comme en mal.

 

De nouveaux dangers ?

Une chose quand même est inquiétante: on dit toujours que les deux phases les plus dangereuses dans l’aviation sont le décollage et l’atterrissage, or cette année quatre avions ont disparu en cours de vol, en pleine croisière. Deux de la Malaysia Arlines, un d’Air Algérie et celui d’AirAsia . Le Malaysia a été abattu au dessus de l’Ukraine, mais pour les autres pas de certitude…

L’industrie aéronautique et les compagnies aériennes sont désormais face à un véritable défi : adapter les grilles d’analyses et intégrer de nouveaux paramètres de risques. Avec pour objectif l’invention de nouvelles stratégies de prévention pour éviter la multiplication des disparitions mystérieuses.