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Professeur Franck fait un pas de côté

Par Fabrice Grosfilley dans spa , le 9 décembre 2010 12h01 | Commentaires fermés

BELGIUM BRUSSELS POLITICS VANDE LANOTTE FLEMISH PARTIES

C’est un départ très spectaculaire, mais qui finalement ne changera pas grand chose au fond des négociations. Hier Franck Vandenbroucke a donc fait un pas de côté. En cause deux bourdes successives. La première lors d’une conversation à voix haute dans le train Bruxelles-Louvain, il expliquait à son interlocuteur que les socialistes francophones avaient fait de grandes concessions et qu’il ne comprenait pas pourquoi la NVA n’acceptait pas de conclure un accord. Manque de chance le porte-parole de la NVA était dans le compartiment et n’avait pas apprécié. La seconde gaffe c’est une note de deux pages sur les propositions de régionalisation de l’impôt. Franck Vandenbroucke y prenait ses distances avec le modèle défendu par Johan Vande Lanotte. Et de nouveau il essayait d’anticiper sur les critiques de la NVA et de désamorcer ses arguments. Sa conclusion était sans appel : le modèle proposé n’était pas le bon. Erreur d’adresse mail, le document s’est finalement retrouvé dans la presse.

Formellement c’est donc un geste d’apaisement vis à vis des nationalistes flamands. C’est d’ailleurs comme cela que Franck Vandenbroucke l’a expliqué aux journalistes qui l’interrogeaient. Il faut d’ailleurs lui reconnaître un certain panache : après avoir multiplié de telles maladresses (dont on peut se demander si elles ne sont pas plus ou moins volontaires), il a eu le cran de rencontrer des équipes télé pour expliquer qu’il se retirait.

Paradoxalement ce départ de la table de négociation arrange la NVA, mais il pourrait aussi aider Johan Vande Lanotte. Franck Vandebroucke est un excellent spécialiste des finances publiques, c’est aussi l’un de ceux qui connaît le mieux le fonctionnement du marché de l’emploi et de la sécurité sociale, mais c’est aussi un homme très critique et assez incontrôlable. Au sein du parti socialiste flamand il est souvent considéré comme agaçant, décevant, provoque des incidents, autant qu’il est respecté et loué pour ses qualités de bon gestionnaire. Pour Johan Vande Lanotte, patron des négociations, c’était difficilement gérable de voir que les principales critiques sur votre travail de conciliateur venait de votre propre parti. C’était intenable à partir du moment où ces critiques se retrouvaient sur la place publique.

Pour comprendre la situation il faut savoir que Franck Vandebroucke n’est pas un homme de réseau, il s’est progressivement isolé. Quand on est persuadé d’avoir raison seul contre tous, on finit par se retrouver tout seul. Etre diplômé d’une grande université anglaise ne vous autorise pas à être en permanence donneur de leçon. En quelques années, mais cela n’a pas été réellement mesuré côté francophone, il est passé du statut de superstar (l’époque des « télétubies »pendant laquelle le SPA avec Stevaert et Janssens multipliait les bêtes de plateau TV) à celui de sénateur parmi d’autre.

Franck Vandebroucke, vous vous en souvenez peut être, avait été le président du SPA au tout début des années 90, puis ministre des affaires étrangères c’est l’époque Agusta-Dassault où il explique qu’il a fait brulé une valise de billet suspect. Il s’était offert une retraite utile en étudiant à Oxford, avant de revenir sur le devant de la scène dans le gouvernement Verhofstadt ou il va s’occuper des pensions puis de l’emploi. Franck Vandenbroucke a un caractère fort. Il pique des colères, menace de démissionner à plusieurs reprises, se dispute à peu près avec tout le monde, et surtout avec Laurette Onkelinx. Mais il est populaire et didactique, deux qualités appréciables.

En 2004 il quitte le fédéral pour le gouvernement flamand. Le recul du SPA élections après élections et le besoin de rajeunir l’équipe ont mis un terme à sa carrière. Aujourd’hui Franck Vandroucke n’est plus ministre. Simple sénateur, élu l’an dernier avec 177 000 voix. Attention, Franck Vandenbroucke est loin d’être un homme du passé. Lors de la dernière campagne électorale il avait, à la télévision flamande, complètement démonté le programme de la NVA, renvoyant Danny Pieters dans les cordes, ce qui est rare. Il est aussi l’un des seuls hommes politiques flamands à venir dans les radios ou les télévisions francophones. Même s’il n’est plus en première ligne, il continuera surement à donner ses idées et à son expertise au service de son parti.

Il sera contraint de le faire désormais dans la discrétion. Et contraint aussi d’accepter qu’on ne l’écoute plus toujours.