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Sur internet, le nationalisme wallon n’existe pas

Par Fabrice Grosfilley dans internet , le 19 juin 2012 09h36 | 10 commentaires

imageglobe-35574137Faut-il ou pas acquérir  un nom de domaine au nom de la région ? Dans un état fédéral, la question mérite d’être posée.  D’abord une petite  précision technique quand  je vous parle de nom de domaine, en anglais DNS( domain name system),  je vous parle en réalité du « point quelque chose » qui se trouve dans l’adresse que vous saisissez sur votre clavier d’ordinateur. Plus précisément nous évoquons ici  l’extension qui se trouve à droite du point, que les spécialistes appellent le « domaine de premier niveau ». Des domaines de premier niveau, vous en connaissez plein sans le savoir : le « .com » pour les sociétés commerciales, le « .eu » pour l’Europe, le « .org » pour les organisations non gouvernementales et puis toute une série de domaines liés à un code de pays: « .fr » pour la France, « .nl » pour les Pays-Bas , « .be » pour la Belgique.

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La tradition « .be »

Votre ordinateur et les serveurs DNS qui sont derrière vont lire l’adresse de droite à gauche, on peut dire du  domaine de premier niveau qu’il est donc  le sommet de la hiérarchie. C’est vrai pour l’informatique, c’est vrai aussi pour la communication. Vous savez que la communication et la politique sont liées, et c’est donc là que ça commence à être intéressant. En Belgique notre nom de domaine de premier niveau est traditionnellement le « .be ». Lancé en 1989, il a débord été géré par la KUL, l’université de Louvain avant d’être confié à  DNS Belgium, association sans but lucratif. On atteint le million d’adresse en « .be » dès 2006.  Il existe aujourd’hui 260 domaines de premier niveau qui renvoient  ainsi directement à un état.

A

Une question de coûts?

Cette année la Flandre (en janvier)  et la Région Bruxelloise (3 mois plus tard)  ont donc déposé des demandes pour avoir leur propre nom de domaine de premier niveau. « .vlaanderen » pour la Flandre,  «.brussels » à l’anglaise, pour la Région Bruxelloise.  L’ICANN, l’organisme international  qui gère les DNS a  accepté leur demande. La Wallonie en revanche ne l’a pas fait. Interrogé hier au parlement wallon, Rudy Demotte a d’abord mis en avant une question de coût. Créer un nom de domaine de premier niveau est estimé à 500 000 dollars, sans compter la communication qu’il faut lancer ensuite pour populariser l’adresse que vous lancez.  « Il nous a semblé préférable d’investir dans un contenu de qualité et dans la valeur ajoutée des services aux usagers » a ainsi expliqué le ministre président dans sa réponse au parlement.

A

Pas de Wallonie sans Belgique

C’est sans doute beaucoup plus qu’une question d’argent, si on peut se permettre de contrarier Rudy Demotte. Il y a actuellement une vraie tendance à affirmer le fait régional au travers d’un nom de domaine. C’est un moyen politique d’affirmer son indépendance face à l’état central et plusieurs pouvoirs régionaux l’ont bien compris. Il existe ainsi un « .cat » pour les catalans, « .corsica » pour les corses et les bretons rêvent du « .bzh ».  L’île de Man, bien que territoire britannique,  a son nom de domaine (si vous fondez une société offshore pour des raisons fiscales sachez que le  site en « .im » coûte 14 euros). Cela correspond parfois à des états en devenir (exemple : « .eh » qui correspond au Sahara occidental alors que ce n’est pas encore un état).  Dans sa réponse aux parlementaires, le minsitre-président affirmait que  d’après son administration, seules 7 régions  avaient l’intention de se munir d’un nom de domaine. Cette information est sans doute un peu datée. Dans la seule liste des noms de domaine retenus le 30 mai je trouve l’Alsace, la Catalogne, la région de Hambourg, celle de Sydney, le Tyrol et le Pays de Galles. Mieux encore, la démarche n’est pas réservée qu’aux seules entités fédérées ou régions plus ou moins autonomes. On peut vouloir promouvoir une ville : Gand a ainsi obtenu l’autorisation d’exploiter « .gent » (Budapest, Broadway, Stockholm, Madrid, Paris, Osaka, et Barcelone auront aussi leur nom de domaine).

La Wallonie rétorquera qu’elle possède déjà  un nom de domaine. C’est « .wallonie.be », un nom de domaine de second niveau.  Si vous m’autorisez une  comparaison  avec une adresse papier, c’est comme si au-dessus du nom du pays, vous mettiez le nom de la ville. Si vous n’avez pas mis le pays, cela n’arrive pas. C’est une manière de dire que la Wallonie n’existe pas sans la Belgique. C’est là que je voulais en venir : cette volonté d’exister sur le net nous enseigne qu »en matière de noms de domaine les flamands et les bruxellois sont prêts à se passer de la Belgique. La Wallonie ne l’envisage pas.  Les plus régionalistes  pourraient bien  le  reprocher à l’éxécutif wallon : l’argument économique cache sans doute une forme de prudence. Ce n’est pas une question d’internet, ni de budget. C’est bien une question de géopolitique et de nationalisme.

Au barbecue de Schoten, c’est la tolérance qui se consume

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 15 juin 2012 09h29 | 73 commentaires

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Ça se passe mardi à Schoten, banlieue d’Anvers. Nous sommes dans une école professionnelle, c’est bientôt la fin de l’année, les élèves de première année secondaire -ils ont 12 ou 13 ans- sont conviés à un barbecue halal. Servir de la viande halal, pour la direction de l’école c’est un moyen de mettre ces élèves en contact avec la société multiculturelle. Schoten, c’est la banlieue chic, il y a peu d’immigrés, mais cela n’a pas empêché le Vlaams Belang (ex-Vlaams Blok) d’y être le premier partir lors des communales de 2006.

Cet antiracisme par le grill ne plait pas au Vlaams Belang, vous vous en doutez. Encore un peu et on proposera de la harissa au rayon Devos&Lemmens, pas question. Trois membres de ce parti vont donc escalader la grille, pénétrer dans l’école et intimider les enfants. « La viande halal ce n’est pas de la nourriture, nous sommes venus remplir vos estomacs » et les militants du Vlaams Belang de distribuer des saucisses, pur-porc bien entendu. Enfants traumatisés, barbecue gâché par “un raid inopiné et brutal”, explique le directeur adjoint qui a déposé plainte. Certains élèves auraient été ensuite forcés de manger les fameuses saucisses.

Hier le Vlaams Belang a réagi en deux temps. D’abord Filip Dewinter, l’homme fort du parti: “C’était de l’humour. Les écoles doivent arrêter de proposer ce genre d’activité”. Puis face au tollé, un communiqué de la section locale qui dément la version de l’école: il n’y a pas eu de menaces contre l’intégrité physique des élèves, les accusations selon lesquelles des élèves ont été forcés de manger des saucisses non halal sont un mensonge, explique le Belang. On ne va pas trancher, les trois militants font de toute façon l’objet d’une procédure judiciaire.

Ce matin, on aurait quand même bien envie d’aller voir ces enfants à Schoten. De passer par la porte pour entrer dans l’école. De serrer la main aux élèves, de s’asseoir avec eux dans leur classe et de leur expliquer qu’en Belgique on peut vivre sa religion librement, dans le respect mutuel, et manger de la viande halal si on le désire.

De leur expliquer que Fouad Belkacem, avec son Sharia4Belgium, Brahim Brahir (celui qui a poignardé les policiers dans le métro) et nos trois promoteurs de la saucisse pur porc sont à mettre dans le même sac. Celui de ceux qui essayent d’imposer leurs idées ou leurs convictions par la force et qui, en transgressant la loi, devraient bien tous, j’ai bien dit tous, se retrouver en prison.

Depuis toujours je m’interdis de faire des comparaisons avec la Shoah. L’extermination organisée et systématique des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est une horreur absolue, le sommet de l’immonde et rien n’est comparable. Je ne compare donc pas. Je sais aussi que mettre sur le même pied antisémitisme et islamophobie, c’est m’attirer les foudres des deux côtés et que quelques excités vont encore saturer ma boite mail. Pourtant c’est bien de la même haine, du même racisme, de la même bêtise, dont on parle. De la même manière d’imposer ses idées par la force. De la même indifférence aussi: on hausse les épaules, on pousse un soupir et on regarde ailleurs. Les méthodes des promoteurs de la saucisse sont bien proches de celles qu’employaient les sections d’assaut.

Ce matin je m’attendais à ce que cet incident de Schoten soit relayé dans la presse. Que les condamnations soient nombreuses. Que les présidents de parti, des francophones à la N-VA, disent leur désapprobation. Je ne lis pas grand-chose.

Alors j’essaye de remplir mon devoir de journaliste. Je relate les faits et j’essaye d’alerter les consciences. Je sors de ma neutralité, c’est vrai, parce que je considère que forcer des enfants à manger ce qui est peut-être contre leur religion, c’est déjà de la barbarie et que ce n’est pas la même chose que les joutes verbales du PS, du MR du CDH ou d’Ecolo. Il existe des évènements et des circonstances où la distance du journaliste critique s’efface. Je ne dormirai pas bien, si je ne vous avais pas dit que je crains que le petit incident de Schoten en 2012 ne soit une réplique miniature de Munich en 1938.

Le tango des nominations politiques

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral , le 14 juin 2012 10h14 | 6 commentaires

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Deux mois de blocage quand même, mais finalement les ministres sont sortis de l’impasse.  Hier le conseil restreint, le « kern » comme on dit en beau français, a donc décidé de nommer Jean-Marc Delporte directeur du service public fédéral de l’économie.

Jean Marc Delporte est un haut-fonctionnaire, ultra compétent, ancien numéro 2 de l’administration des finances, qui  a mené des missions pour l’OCDE et le FMI et qui, il  y a 2  ans, avait passé une série d’examens pour diriger une grande administration. Son choix s’était notamment porté sur l’office national des pensions. Il y  avait été classé 1er de la procédure de sélection. Problème : à tort ou à raison, Jean-Marc Delporte est considéré comme proche des socialistes, et le nouveau ministre des pensions, Vincent Van Quickenborne n’avait aucune envie de travailler avec lui. Argument du ministre :  en 2 ans il y a eu un changement de gouvernement, il faut que le patron de l’administration et son ministre partagent la même vision, là il y a incompatibilité d’humeur et projets divergents. Vincent Van Quickenborne préférait repêcher celui qui était arrivé 2ème aux épreuves de sélection: Christophe Hardy, ancien chef de cabinet de Sabine Laruelle,  comprenez un  libéral.

Audition, nouveau classement, menace de recours au conseil d’état…: la nomination était bloquée. Tollé dans les rangs gouvernementaux : « Quoi c’est le retour des nominations politiques ? Pour qui il se prend ce Van Quickenborne ? » et du coup  toute une série de nominations étaient restés en rade: mesure de rétorsion.

Le bras de fer a duré plusieurs semaines, puis finalement Jean-Marc Delporte s’est laissé convaincre de ne pas être le patron des pensions, mais le patron du département de l’économie.  Dans cette procédure-là, il n’était arrivé « que » deuxième, mais comme le premier, un flamand, s’est désisté ça tombe bien. Comme le ministre de tutelle est Johan Vade Lanotte , socialiste, ça tombe encore mieux.

Pour les pensions ? Pour les pensions on va relancer la procédure à zéro. Vincent Van Quickenborne, a donc gagné à moitié. Il ne travaillera pas avec un socialiste. Il a n’a pas encore complétement gagné, il n’a  pas pu nommer son candidat libéral, il va falloir attendre la nouvelle procédure.  Cela  a l’air un peu clochemerle,  je vous l’accorde, mais grâce à cet arrangement, les ministres se sont enfin mis d’accord sur d’autres nominations. Un patron pour FEDASIL,  l’agence fédérale chargée de l’accueil des  demandeurs d’asile (Jean-Pierre Luxen), et une patronne pour l’INASTI, l’assurance sociale des indépendants (Anne Vanderstappen) dont les noms officiellement confirmé en conseil des ministres demain.

Dans ce dossier Vincent Van Quickenborne et ses détracteurs (Laurette Onkelinx en tête)  nous ont donc offert un beau tango,  cette danse où les partenaires improvisent en s’opposant mais dont la dernière volte-face  permet de repartir dans la bonne direction, même si on ne peut s’empêcher de penser que du point de vue de la dépolitisation on fait ici deux pas en avant et trois pas en arrière.

La morale de l’histoire est une remarque de bon sens, qu’on voudrait  adresser aux membres du gouvernement et à Vincent Van Quickenborne en particulier. Soit on met sur pied une procédure  basée sur un examen et on respecte le résultat.  Soit on se passe de procédure et on assume que le ministre nomme des collaborateurs proches à des postes clefs (après tout c’est défendable). Entre les deux cela ne  ressemble à rien.

La réforme de l’Etat pourra être votée pour le 21 juillet

Par Fabrice Grosfilley dans parlement , le 13 juin 2012 10h05 | 3 commentaires

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Un petit tweet d’Elio Di Rupo hier après-midi résumait la situation : « tous les textes de la réforme de l’état désormais votés en commission. Ce qui était insurmontable hier est aujourd’hui réalité. » Et le premier ministre d’ajouter comme mots-clefs  (hashtags dans le langage twitter) « changement », histoire de se mettre dans les pas de François Hollande, on n’est pas l’empereur de la communication pour rien.

Confirmons donc : hier nous avons  franchi une étape importante dans cette réforme de l’Etat même si cela se fait dans une indifférence quasi-générale. Au Sénat, la commission des réformes institutionnelles avait 13 textes à voter. C’est fait. Les  derniers échanges ont porté sur 3 propositions de loi, deux d’entre elles  visant par exemple  à interdire,  le cumul de candidatures à des élections simultanées  quand les mandats sont incompatibles entre eux.  Vous ne pourrez plus vous présenter le même jour à la fois à la chambre et au parlement wallon, ou à la chambre et au parlement européen et choisir ensuite. Vous ne pourrez plus non plus vous présenter à la fois comme effectif et comme suppléant.

Les sénateurs ont également approuvé une proposition de loi  spéciale   qui élargira l’autonomie constitutive de la Communauté française, de la Région wallonne et de la Communauté flamande de sorte que les assemblées de ces trois entités puissent prendre des dispositions  chacune de leur côté  par exemple sur l’équilibre homme-femme,  ou la mise en place d’une circonscription régionale.

Dans le même temps , la chambre a également   bouclé l’examen en commission des 3 propositions de loi concernant l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde du point de vue judiciaire. Création d’un parquet à Hal, dédoublement des tribunaux, nouvelle répartition des magistrats : c’est fait.

Les deux commissions vont se réunir une dernière fois pour lire les rapports, ensuite vote en séance plénière. Ce vote  interviendra donc si tout va bien jeudi prochain. Là il n’est pas exclu qu’il y ait un peu d’échauffement. Une séance plénière c’est la présence assurée des caméras de télévision, le Vlaams Belang et la NVA pourraient en profiter pour faire savoir leur mécontentement.   En aurons-nous fini pour autant ? Non. Tous ces textes doivent être approuvés par les deux assemblées. Vous prenez les 13 textes du sénat vous les transférer à la chambre, et vous faites le chemin inverse avec les 3 propositions (devenues projets puisqu’adoptées par une assemblée) de la chambre. Rebelote donc : commission et plénière, mais nous sommes presque à la moitié du parcours, c’est un soulagement pour la majorité. Plus on avance dans la procédure moins l’opposition dispose de moyen de retarder le vote final (il est plus facile de faire la police en plénière qu’en commission).

Ce rythme soutenu ne nous met pas à l’abri d’ultimes soubresauts, mais l’espoir d’un vote dans un calendrier classique (les parlements ferment habituellement leurs portes après le 21 juillet) semble désormais  réalisable.  Avec un peu de chance et de sens du symbole les parlementaires pourraient bien réussir à synchroniser  le vote en séance plénière,  moment historique, avec la fête nationale, lançant du même coup la campagne électorale pour les élections communales  et leur départ en vacances.

Grand Baromètre RTL/Ipsos/LE SOIR : les projections en sièges

Par Fabrice Grosfilley dans decryptage , le 12 juin 2012 12h05 | Commentaires fermés

L’information a été publiée lundi dans le journal Le Soir, mais plusieurs internautes me posent  la question : peut-on calculer des projections en siège au départ du dernier Grand Baromètre ? La réponse est donc oui, et c’est même l’une des innovations mises au point par Ipsos. La méthodologie est la suivante : nous appliquons à chaque circonscription le différentiel de croissance ou de recul  régional par rapport aux élections de 2010.  C’est donc une méthode imparfaite mais assez indicative. Cela donne, en siège,  les résultats suivants :

N-VA 39
PS 26
MR 17
CD&V 14
SP.A 11
CDH 10
Open VLD 10
Ecolo 9
Vlaams Belang 8
Groen 5
Démocratie Nationale 0
FDF 1

Laurette et la présidence: la transition et le lapsus

Par Fabrice Grosfilley dans ps , le 12 juin 2012 08h57 | Un commentaire>

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Therry Giet est-il réellement le patron du parti socialiste? La question revient assez régulièrement. Tout le monde sait qu’il a été désigné à ce poste pour éviter l’organisation d’une élection interne, et que, s’il dirige aujourd’hui le PS, oui, peut-être, il peut laisser la place à n’importe quel moment à Elio Di Rupo si celui-ci devait revenir au boulevard de l’Empereur. Cela, des journalistes peuvent le dire ou l’écrire. Des hommes ou des femmes politiques ne le peuvent théoriquement pas, surtout s’ils sont des figures connues du PS, et a fortiori membres du fameux G9, son instance dirigeante informelle. Dire cela serait reconnaître que celui qui est censé incarner la ligne du parti, n’a peut-être pas l’autorité nécessaire. Hier un peu avant 8 heures, le méchant interviewer que je suis presse Laurette Onkelinx de questions. Alors je sais, j’ai parfois le mauvais réflexe de couper la parole à mes interlocuteurs, de les bousculer au-delà des limites de la politesse, mais ça peut parfois donner des réponses
intéressantes.

 
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Laurette Onkelinx, hier matin, emploie ainsi le terme de « président de transition », et non pas le terme officiel de « président faisant fonction » pour parler de Thierry Giet. Le président de transition c’est celui qui assure le passage entre une époque et une autre ou entre un président et un(e) autre. Transition: état intermédiaire qui doit prendre fin. Dans la phrase suivante, Laurette Onkelinx nous dit d’ailleurs que c’est à Thierry Giet de décider quand la transition prendra fin ou pas, ce qui indique bien que la période de transition n’est pas faite pour durer éternellement, dans son esprit.
b

Question suivante: Laurette Onkelinx est-elle candidate? La vice-première, dans sa réponse, commet un lapsus: « Je représente les forces de gauche à l’intérieur du par… (puis, se reprenant)…à l’intérieur du gouvernement« . Je ne vais pas vous faire de psychanalyse de cuisine, je ne suis pas qualifié, mais ce lapsus n’indique-t-il pas que Laurette Onkelinx a bien deux combats en tête? Celui qu’elle mène au nom du PS au sein du gouvernement fédéral, et celui qui se joue à l’intérieur du PS. Pour l’instant, le poste de président n’est pas ouvert. La situation pourrait être différente après les élections communales. Laurette Onkelinx n’a pas dit qu’elle serait candidate à la présidence du parti socialiste un jour. Elle ne l’a pas dit! Mais en employant le terme transitoire et en commettant un lapsus, elle nous autorise à déduire qu’elle doit au moins se poser la question.

Grand Baromètre RTL/IPSOS/LE SOIR : une défiance vis à vis des plus grands, et un divorce qui rapporte

Par Fabrice Grosfilley dans decryptage , le 11 juin 2012 08h37 | 8 commentaires

baro

Déboussolé ou grincheux. L’électeur wallon adresse par l’intermédiaire du Grand Baromètre RTL/Ipsos/Le Soir un signal de défiance aux 4 partis traditionnels. PS, MR, CDH et Ecolo, les 4 formations sont en baisse dans les intentions de vote. Une baisse qui n’est qu’une érosion quasi-indolore pour le PS, 0,4 % par rapport au sondage du mois de mars, mais qui est nettement plus marquée pour le MR qui perd 2,4%.

Si tous les partis classiques perdent, qui gagne? Réponse: les petites formations. Le PTB, à gauche de la gauche, passe de 2,6 à 3,6%. Le Rassemblement Wallonie France est à 3,4%. A l’extrême droite, Wallonie d’abord obtiendrait 3,1%. Le FDF, qui peine à s’implanter en Wallonie, obtiendrait quand même 2,1%, et il faut encore ajouter Démocratie Nationale, le nouveau nom du FN (1,4%), le Parti Populaire (1,6%) et le Mouvement de Gauche de Bernard Wesphael (1,3%) qui fait une première apparition. Il faut surtout comptabiliser en plus 7,6% des personnes interrogées qui annoncent qu’elles auraient l’intention de voter pour un « autre parti ».

Cela mérite une explication. « Autre parti », cela veut dire une formation qui ne figurait pas dans la liste que nous avons proposée aux personnes interrogées. Quelques hypothèses peuvent l’expliquer:  des électeurs qui voudraient voter pour le front national mais que ne savent pas qu’il a changé de nom, d’autres qui voudraient voter pour la N-VA alors que la N-VA ne se présente pas en Wallonie, d’autres encore qui cherchent le Front de Gauche de Mélenchon, alors qu’il n’y a pas de parti qui porte ce nom-là en Belgique ou encore ceux qui ont décidé de soutenir le Parti Pirate. La règle que nous nous sommes fixée avec nos partenaires d’Ipsos et du Soir est de proposer une liste qui reprend l’ensemble des partis susceptibles d’être présents dans toutes les circonscriptions, de manière à avoir une liste la plus proche possible du bulletin d’une élection législative.

Au total l’ensemble des “petits partis” représentait 13% aux dernières élections, on dépasse désormais, en y incluant les “autres partis”, les 22%, soit un électeur wallon sur 5. Faut-il s’en inquiéter? Oui, parce que le message aux partis traditionnels est clair: une partie de l’électorat a visiblement envie de nouveaux discours. A force de vouloir parler aux électeurs du centre, les programmes ne sont sans doute plus tout à fait audibles par certains électeurs. L’offre ne correspond plus tout à fait à la demande. Ceci écrit, il faut relativiser. Quand on choisit de cocher « autre parti » cela ne signifie pas grand-chose. Dans l’isoloir, la case « autre parti » n’existe pas, ce sont des électeurs qui vont mécaniquement se reporter vers les partis traditionnels. Et puis on rappellera que pour obtenir des élus lors d’une élection législative, il faut obtenir 5% des voix. Quand un parti est aujourd’hui entre 3 et 4% d’intentions de vote, cela veut dire qu’il ne sera sans doute en position de décrocher des élus que dans une ou deux circonscriptions grand-maximum. D’ailleurs si on regarde la projection en siège réalisée pour Ipsos sur base de ces résultats, c’est le grand statu quo. Si l’on votait demain, c’est surtout la N-VA qui enregistrerait un boom en termes de sièges (de 27 à 39 députés selon nos estimations). Pour les formations francophones, les variations seraient minimes par rapport à la composition actuelle de la Chambre.

Pour Bruxelles, les choses sont un peu différentes. Si on devait voter aujourd’hui et si le résultat du Grand Baromètre se vérifiait dans les urnes (je rappelle qu’un sondage n’est qu’une photographie de l’opinion à un moment précis et en quelques semaines les choses peuvent beaucoup changer), le PS et le MR feraient jeu égal: 22,6% d’intentions de vote. Le PS a perdu trois points, c’est une baisse significative. Depuis juin 2011, les rouges étaient devant les bleus dans chaque sondage et on pensait que la séparation MR-FDF amplifierait le phénomène, ce n’est donc pas le cas. La progression des libéraux est d’autant plus remarquable que le FDF est également en hausse et prend la 3ème marche bruxelloise. Ce qu’on peut supposer, c’est que le FDF, à force de « taper » sur son ancien partenaire, ne prend pas comme on pouvait s’y attendre des électeurs au MR, mais plutôt aux partis de centre gauche. PS, Ecolo, CDH sont en recul. Le CDH passe pour la première fois sous la barre symbolique des 10%. Même si ce n’est qu’un sondage, on voit que la scission MR-FDF est en train de recomposer le paysage bruxellois et que le divorce profite aux divorcés. On ajoutera que la période du sondage, 30 mai – 4 juin, a probablement son importance: l’incident « niqab » à Molenbeek a lieu dans la soirée du 31 mai et occupe dans les jours suivants un place prépondérante dans l’actualité.

Thierry Giet, l’avocat et le président

Par Fabrice Grosfilley dans ps , le 8 juin 2012 10h50 | 3 commentaires

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Etre président de parti offre des bons et des mauvais côtés. Bons côtés : vous êtes influent,  vous êtes au courant de tout, on vous demande d’ailleurs votre avis sur à peu près tout, vous pouvez prendre une série de décisions et vous bénéficiez de l’attention des médias, ce qui vous permet de propager vos idées. Mauvais côté : plus vous avez de pouvoir, plus vous avez d’ennemis, et la presse se fait un devoir critique de surveiller vos moindres faits et gestes. En cas de décision douteuse ou de déclaration hasardeuse on ne vous ratera pas.

Ce matin Thierry Giet  a droit aux deux faces de la médaille. Côté positif, une interview dans le journal l’Avenir. Le président faisant fonction du PS y lance sa campagne pour les communales. Slogan: « Vous avez le pouvoir », ce qui permettra aux mauvaises langues de noter un certain sens de l’auto-dérision.  Le pouvoir, Thierry Giet affirme pourtant  l’avoir. A sa façon: « Je consulte, je dialogue, je recueille les avis. Etre président du PS ce n’est pas être dictateur ». Là, on se demande si ce n’est pas une critique implicite ou involontaire de ses prédécesseurs. Thierry Giet reconnaît donc une direction collégiale,  mais un peu plus loin dément qu’Elio Di Rupo soit en permanence dans son dos : « Ce n’est évidemment pas le cas, les rôles sont très clairs. Il y a un homme qui passe 23 heures sur 24 à travailler comme Premier ministre ». Plus significatif pour comprendre le partage des rôles, le message de fond. Dans cet entretien Thierry Giet indique qu’il entend  les syndicats, alors qu’il y a deux jours le Premier ministre semblait nettement plus distant,  avant  de conclure « les ministres socialistes doivent défendre les valeurs sociales, c’est leur boulot, le plan de relance c’est nous qui l’avons imposé. »

Changeons de journal, et passons au revers de la médaille. Si Thierry Giet est interrogé dans L’Avenir il est aussi attaqué dans la Libre Belgique. Le quotidien s’intéresse à ses activités d’avocat et estime que son éthique pourrait être mise en cause. Le cabinet d’avocat de Thierry Giet  est en effet le cabinet qui plaide au nom de la région wallonne dans toute une série de contentieux, notamment des recours au conseil d’Etat. Tant que Thierry Giet n’était que député, pas de problème. Il exerçait son mandat politique au niveau fédéral et intervenait professionnellement au niveau régional. Depuis qu’il est président du PS c’est discutable, on pourrait le soupçonner de trafic d’influence « le problème éthique crève les yeux » affirme le journal, qui parle d’affaires « borderline », (en français : on est limite).  On notera que pour les affaires citées par la Libre ce n’est pas Thierry Giet mais son associé qui plaide, que ces dossiers ont  semble-t-il été confiés à son cabinet avant que Thierry Giet  ne soit  désigné président de parti. Mais dans l’article, un avocat, courageusement anonyme (un concurrent peut-être ?) , décoche quand même la flèche qui fait mal : « ça me fait penser au cabinet Van Cauwenberghe… ».

Recevoir des coups en politique, c’est le métier qui rentre. Il faut savoir les rendre ou les esquiver. Dans son cas, l’attaque est une forme de reconnaissance. Oui Thierry Giet est bien le nouveau président du PS puisqu’on commence à ausculter ses activités. Faute d’élément tangible (une plainte au conseil de l’ordre ou un avis de son batonnier par exemple) les questions posées par la Libre resteront à réponse variable : les libéraux y verront un manque d’éthique évident, les socialistes pencheront pour une attaque très politique. Que le lecteur choisisse son camp.

Thierry Giet jusqu’ici cultivait avec les journalistes une certaine réserve, une forme de distance, un mélange de politesse et de méfiance. On ne le sentait pas toujours à l’aise dans ses relations à la presse. C’est assez rare dans le monde politique où les hommes politique sont soit en train d’essayer de vous séduire, pour vous convaincre,  sourire et connivence,  soit en train de vous critiquer, parce que vous avez osé les  contredire, regard glacial et défiance. Après les deux articles de ce matin, le positif, le négatif, on se dit que le style présidentiel de Thierry Giet va devoir s’affirmer.

Dans la famille royale, je demande la soeur et j’attends la fille

Par Fabrice Grosfilley dans anecdote, monarchie , le 7 juin 2012 09h54 | 12 commentaires

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Quand on lit les journaux c’est un peu difficile de s’y retrouver. Il y a quelques mois, Le Soir nous affirmait mordicus que le roi Albert II se sentait fatigué, qu’il s’apprêtait à passer la main, que Philippe était prêt et que tout  le monde politique s’y préparait. Ce matin La Libre Belgique nous propose le parfait contrepied de son concurrent. D’abord le roi Albert II serait loin d’être parti, au contraire même, le monde politique estimerait qu’il est le seul à pouvoir assumer sa tâche aujourd’hui et le prierait de rester le plus longtemps possible. Ensuite, sous la pression des partis nationalistes flamands, on prierait Philippe de ne pas monter sur le trône: il est trop critiqué par la N-VA. On confierait donc la régence à la princesse Astrid en attendant qu’Elisabeth soit en âge de devenir une vraie reine.

Dans la famille royale, je te donne le fils, je demande sa sœur et je garde la fille. Et mon estimé confrère de La Libre Belgique (Christian Laporte)  de nous citer les articles de la constitution qui permettraient de mettre ce scénario en musique. Ouais. Même la libre estime que ce plan Astrid est un plan B, qu’on n’est pas du tout sûr qu’il se réalisera et qu’on est à ce stade dans les spéculations de spécialiste et rien d’autre. On rappellera qu’hier Albert II fêtait ses 78 ans et que ceci est un bien curieux cadeaux d’anniversaire.

Pour Le Soir comme pour La Libre, ce qui me frappe c’est que les articles sont basés sur des confidences anonymes. On nous glisse que les scénarios dont on nous fait part ont germé dans la tête de certains ministres, mais sans jamais citer de nom, que ça se discute dans les états-majors des partis politiques,  mais on ne sait pas lesquels, que certains diplomates sont dans la confidence, ce qui est flou, ou que l’on teste des pistes, sans nous dire qui ni comment. Parfois on nous précise que le scénario germe dans des têtes francophones, vous parlez d’une indication! Pour faire court, ce sont des conversations de diners en ville, on est plus proches de la réflexion que de la décision.

Soit le débat est posé, et alors il faut le porter publiquement. Soit il ne l’est pas, et on est dans le registre du café du commerce. Pour info, on rappellera qu’Albert II est le sixième roi des Belges, que le seul de ses prédécesseurs à avoir abdiqué fut Léopold III pour des raisons historiques précises et que le principal atout de la monarchie comparé à la république c’est la stabilité: que les choses se fassent dans le calme, dans l’ordre, sans précipitation ni arrière-pensées. Si l’on considère la monarchie comme une organisation politique valable, la première cohérence consiste à ne point l’instrumentaliser.

Le fait que les journaux consacrent régulièrement leurs unes à cette question nous indique quand même 3 ou 4 petites choses.

1. Les journalistes qui écrivent ces articles sont quand même inquiets. C’est assez normal : le spécialiste de la politique se demande comment se passera la prochaine élection, le passionné de foot se demande qui sera champion de Belgique la saison suivante, le « royalty watcher » spécule sur la succession, chacun ses obsessions.

2. C’est un fait objectif, Albert II a 78 ans. Il a connu des petits problèmes de santé. Après les élections de 2014, si le gouvernement tient jusque-là, il en aura 80.

3. Le roi continue de jouer un rôle politique surtout lorsqu’on traverse une période de crise.

4. Mais là, je suis mauvaise langue, que mes confrères me pardonnent, une bonne « une » sur la succession du roi ça fait vendre des journaux.

A tous les observateurs, un conseil quand même: attendons les élections communales en octobre et les législatives au plus tard en 2014 avant de lancer les hypothèses. Vouloir attribuer la couronne avant ces scrutins, c’est mettre le carrosse royal avant les bœufs.

Elio, les démiurges et les défaitistes

Par Fabrice Grosfilley dans communication, decryptage, fédéral , le 7 juin 2012 09h44 | 2 commentaires

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Avez-vous remarqué la tactique médiatique du Premier ministre? Globalement silencieux, il accorde beaucoup moins d’interviews qu’Yves Leterme, mais à intervalles réguliers, livre une série de grands entretiens. Un tir groupé qui lui permet de faire passer l’une ou l’autre idée, de corriger une image, ou d’influer sur le climat politique ambiant. Il y a un mois le Premier ministre avait choisi 5 grands quotidiens européens, Le Monde, la Repubblica, El País, … et s’y exprimait principalement sur la croissance dans la zone Euro et le soutien à apporter aux Grecs. Ce mercredi, 4 quotidiens belges ont été retenus : Le Soir, La Dernière Heure, Het Laatste Nieuws et Het Belang van Limburg, deux francophones, deux flamands, avant de faire la tournée des plateaux TV le soir.

Le Premier essaye au travers de ses déclarations de nous sortir de l’ambiance de morosité économique dans laquelle nous nous trouvons depuis plusieurs mois. « Nous résistons mieux à la crise qu’ailleurs, les perspectives de croissance sont supérieures, on sent que quelque chose bouge. Quand ça va il faut le signaler, nous avons mené un travail titanesque ». Je ne sais pas s’il y a des Di Rupologues parmi les lecteurs de ce blog, mais si c’est le cas vous aurez noté que le terme « titanesque » revient souvent dans la bouche du Premier ministre. Un mot martelé pour faire passer l’idée de l’importance du travail accompli. Comme titanesque commence à être un peu fade, le Premier ministre nous offre un nouvel adjectif : « démiurgique ». Un démiurge crée l’univers, par extension le terme peut désigner l’auteur d’une œuvre phénoménale. C’est bien de cela qu’il s’agit : « Aucun gouvernement n’a réalisé autant de choses dans autant de domaines compliqués en si peu de temps ».

Aux démiurgiques, Elio Di Rupo oppose les défaitistes : ceux qui dans la presse ou ailleurs trouvent que ça ne va pas, et qui, d’après le Premier ministre, parleraient du pays en termes démoralisants.

Un coup de griffe pour les opposants et pour les journalistes, dont on rappellera au Premier que c’est un peu leur rôle d’être critiques, mais surtout une critique implicite des syndicats. Au sujet des allocations de chômage Elio Di Rupo défend la réforme qui va aller vers plus de dégressivité : « Je ne conteste pas que c’est difficile mais on ne peut pas dire qu’on a touché à quelque catégorie sociale », sous-entendu tout le monde se serre la ceinture et l’effort est normalement réparti. Puis un rappel : « Pour tenir ce pays dans la solidarité il faut bien tenir compte de la majorité au parlement et dans la population », sous-entendu les partis flamands veulent aller plus loin, il faut les entendre, avant de conclure : « Si on travaille à un plan de relance, vous croyez que c’est par distraction? Il faut créer une dynamique! Qui va créer de l’emploi? Ce n’est quand même pas les autorités publiques, on n’est plus dans les années septante. »

Elio Di Rupo dans son rôle de Premier ministre tient donc un discours social-démocrate. Il faudrait s’interroger sans doute davantage sur cette inflexion politique douce qui n’est pas due qu’à un changement de costume. Surtout il rappelle un peu trop souvent qu’on sort de 541 jours de crise. Le message est donc relativement clair et peu se décomposer ainsi :

 1. La politique du gouvernement papillon est le résultat d’un compromis, ceux qui ne veulent pas du compromis prennent le risque de faire exploser le pays, et qu’au final ce soit bien pire.

2. Au lieu de râler vous feriez mieux de vous retrousser les manches.

Tout l’art de la communication, c’est que ce message en deux temps se résume en deux mots, les deux mots forts de l’interview. Ceux qui réalisent le compromis sont démiurgiques. Ceux qui n’en veulent pas sont défaitistes.