Les cartons du président

Par Fabrice Grosfilley dans cdh , le 1 septembre 2011 08h36 | Comments Off on Les cartons du président

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La passation de pouvoir a eu lieu hier. Une cérémonie qui était surtout un hommage à Joëlle Milquet. La plupart des orateurs ont quand même eu un petit mot d’encouragement pour Benoit Lutgen, le plus original a sans doute été Jean Michel Javaux, qui a lancé à la fin de son discours un amusant « bon courage ma poule« , mais la star de la soirée restait Joëlle Milquet (pour ceux qui ont tout raté, je replace quelques vidéos de la soirée en bas de cet article).

Ce matin changement de décor. Benoit Lutgen va réellement s’installer rue des deux-églises. Il va y prendre possession d’un bureau, image symbolique. Pourtant ce n’est qu’un bureau à temps partiel, puisque pendant quelques semaines, il va cumuler la présidence du cdH avec son poste de ministre wallon. Jusque fin septembre,  Benoit Lutgen fera donc des aller-retour entre Bruxelles et Namur, dans un premier temps. Entre Bruxelles et Bastogne dans un second temps. Ce sera là sans doute l’un de ses premiers enjeux : prendre le mayorat à Bastogne. Une ville où il est très populaire, son fief. Le score personnel de Benoit Lutgen en province du Luxembourg lors des élections de juin 2010, était de plus de 20%, ça signifie qu’un Luxembourgeois sur cinq avait voté pour lui. En Wallonie, il n’y en a qu’un qui avait fait mieux, Elio Di Rupo dans le Hainaut. Joëlle Milquet a sauvé le cdH de la déconfiture surtout grâce à ses scores sur Bruxelles, le parti centriste attend de son nouveau président qu’il mette un terme à une érosion lente, mais constante en Wallonie.

Une entrée en présidence ça se peaufine, donc. L’image que vous dégagez à cette occasion vous colle aux basques pour longtemps. Vous aurez noté que Joëlle Milquet a soigneusement mis en scène la fin de son mandat. Des interviews, une grande fête avec tous les présidents de partis, ce qui au passage est assez surréaliste (vous ne pouvez pas imaginer la même chose en France : Sarkozy qui viendrait dire un petit mot sur Bayrou ou Ségolène qui offrirait un casque de moto à François Fillon c’est juste inconcevable comme me le faisait remarquer un élu centriste hier soir). Au cdH, on a tellement préparé cette sortie, qu’il y a même un bouquin sur le bilan de la présidence Milquet qui a été imprimé. Ce qu’on appelle un plan com, pour communication.

Benoit Lutgen, s’il veut faire oublier Joëlle va devoir faire pareil, mais dans l’autre sens. Ce matin, l’installation. Vendredi, il a prévu de rencontrer les journalistes spécialisés dans les matières politiques. Dimanche, il s’adressera pour la première fois aux militants du cdH, ce ne sera pas un congrès mais une sorte de forum, organisé à Namur. Et puis le tour des télévisions, des radios, des journaux. Ce ne sera qu’une sorte d’apéritif. Le vrai test pour Benoit Lutgen ce sont bien sur les négociations gouvernementales, j’ai déjà beaucoup écrit sur le sujet je n’y reviens donc pas, ainsi que la nomination de son remplaçant à Namur. Qui deviendra le nouveau ministre de l’Agriculture, des Travaux publics, du Patrimoine, de la Forêt ? On sait que la désignation interviendra pour la rentrée du parlement wallon, aux alentours du 20 septembre. La logique électorale voudrait que ce soit plutôt un Hennuyer, le cdH a besoin de se renforcer dans cette province-là. A ce stade Véronique Salvi, Catherine Fonck et François Desquesnes (l’actuel chef de cabinet du ministre, il connaît donc bien la matière et habite par ailleurs Soignies) sont les noms les plus cités.  La désignation d’un ministre est toujours le vrai test pour un président de parti : sait-il à cette occasion faire preuve d’indépendance, de discernement et d’originalité ? Si Benoit Lutgen arrive à créer la surprise et à nommer un homme ou une femme « à lui », il aura alors démontré qu’il est vraiment président et, accessoirement, son parti sera alors resté à la une de la presse tout au long du mois, ce qui n’est jamais négligeable.