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Georges Gilkinet sur un siège éjectable

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, ecolo , le 9 février 2012 10h42 | Commentaires fermés

imageglobe-20381110C’était la une du journal le Soir hier. Un soupçon de délit d’initié dans l’affaire Dexia. Autrement dit, un actionnaire qui apprenant une information avant tout le monde en profite pour vendre ou pour acheter au bon moment (en l’occurrence  il s’agit de la vente d’un paquet important d’actions quelques heures avant que la note de Dexia  ne soit dégradée par une agence de notation et que le cours ne se mette à plonger). Cette information a été donnée à huis clos lundi  après-midi  aux députés membres de la commission Dexia. Le fait qu’elle se retrouve dans la presse 48 heures plus tard provoque donc un tollé parmi les commissaires.  Le bureau de la commission s’est donc réuni en urgence hier. Il  désigne du doigt deux députés : Georges Gilkinet, écolo, soupçonné d’être à l’origine de la fuite dans le journal le Soir et Meyrem Almaci, de groen, soupçonnée d’avoir transmis la même information au journal de Tijd.

Les deux députés nient  l’accusation d’être à l’origine de la fuite. Georges Gilkinet affirme qu’il n’a fait que commenter une information que les journalistes avaient obtenue par ailleurs. Pour les membres de la majorité, socialistes, libéraux, sociaux-chrétiens,  il n’y a  pourtant pas de doute possible. Georges Gilkinet était le seul député à avoir été interrogé, il y a donc « rupture de confiance. » Hier matin,  le courroux était perceptible. Lors d’un bureau de la commission, la présidente Marie-Christine Marghem a même fait savoir qu’il était désormais exclu de continuer à « travailler dans des conditions pareilles ».

Dans une affaire de délit d’initié c’est la FSMA qui enquête.  La FSMA est l’autorité des services et marchés financiers, le gendarme de la bourse. En bon gendarme la FSMA ne dit jamais si elle instruit un dossier ou pas. Quand on leur pose la question ses représentants bottent en touche. C’est d’ailleurs ce qu’avait fait son président Jean Paul Servais lorsqu’il était venu devant les commissaires.

Annoncer qu’il y a une enquête c’est prendre le risque que les personnes soupçonnées de délit d’initié ne détruisent les preuves.  Pour les députés de la majorité les écologistes ont donc pris la responsabilité de torpiller une enquête éventuelle. Certains membres de la majorité estimant par ailleurs que les preuves d’un délit d’initié n’étaient pas réunies, loin de là, et qu’on allait un peu vite en besogne. La critique d’un comportement électoraliste de députés souçieux de tirer la couverture médiatique vers eux est sous-jacente.

Ce matin les deux députés écologistes sont sous pression. La commission  a prévu une nouvelle réunion en fin de journée. A l’ordre du jour ni plus ni moins que l’expulsion des deux députés.  Si c’était le cas, ce serait un fait rarissime. Suspendre un parlementaire de ses activités c’est un petit peu l’arme atomique.  Ce serait une « réaction démesurée » juge Georges Gilkinet. Les deux députés en question sont d’ailleurs parmi les plus actifs au sein de la commission Dexia.

L’arme est d’ailleurs à double tranchant, exclure les écologistes, qui font partie de l’opposition au parlement fédéral ce serait leur permettre de se poser en victime.  Ne pas les sanctionner ce serait banaliser la rupture du huis-clos. Hier des possibilités intermédiaires étaient envisagées. Georges Gilkinet pourrait être suspendu de sa fonction de rapporteur de la commission par exemple. Avec deux questions sous-jacentes : accuser sans preuve formelle reste délicat, et si rompre un huis-clos est une faute grave, commettre un délit d’initié est pire encore.