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Elio, les démiurges et les défaitistes

Par Fabrice Grosfilley dans communication, decryptage, fédéral , le 7 juin 2012 09h44 | 2 commentaires

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Avez-vous remarqué la tactique médiatique du Premier ministre? Globalement silencieux, il accorde beaucoup moins d’interviews qu’Yves Leterme, mais à intervalles réguliers, livre une série de grands entretiens. Un tir groupé qui lui permet de faire passer l’une ou l’autre idée, de corriger une image, ou d’influer sur le climat politique ambiant. Il y a un mois le Premier ministre avait choisi 5 grands quotidiens européens, Le Monde, la Repubblica, El País, … et s’y exprimait principalement sur la croissance dans la zone Euro et le soutien à apporter aux Grecs. Ce mercredi, 4 quotidiens belges ont été retenus : Le Soir, La Dernière Heure, Het Laatste Nieuws et Het Belang van Limburg, deux francophones, deux flamands, avant de faire la tournée des plateaux TV le soir.

Le Premier essaye au travers de ses déclarations de nous sortir de l’ambiance de morosité économique dans laquelle nous nous trouvons depuis plusieurs mois. « Nous résistons mieux à la crise qu’ailleurs, les perspectives de croissance sont supérieures, on sent que quelque chose bouge. Quand ça va il faut le signaler, nous avons mené un travail titanesque ». Je ne sais pas s’il y a des Di Rupologues parmi les lecteurs de ce blog, mais si c’est le cas vous aurez noté que le terme « titanesque » revient souvent dans la bouche du Premier ministre. Un mot martelé pour faire passer l’idée de l’importance du travail accompli. Comme titanesque commence à être un peu fade, le Premier ministre nous offre un nouvel adjectif : « démiurgique ». Un démiurge crée l’univers, par extension le terme peut désigner l’auteur d’une œuvre phénoménale. C’est bien de cela qu’il s’agit : « Aucun gouvernement n’a réalisé autant de choses dans autant de domaines compliqués en si peu de temps ».

Aux démiurgiques, Elio Di Rupo oppose les défaitistes : ceux qui dans la presse ou ailleurs trouvent que ça ne va pas, et qui, d’après le Premier ministre, parleraient du pays en termes démoralisants.

Un coup de griffe pour les opposants et pour les journalistes, dont on rappellera au Premier que c’est un peu leur rôle d’être critiques, mais surtout une critique implicite des syndicats. Au sujet des allocations de chômage Elio Di Rupo défend la réforme qui va aller vers plus de dégressivité : « Je ne conteste pas que c’est difficile mais on ne peut pas dire qu’on a touché à quelque catégorie sociale », sous-entendu tout le monde se serre la ceinture et l’effort est normalement réparti. Puis un rappel : « Pour tenir ce pays dans la solidarité il faut bien tenir compte de la majorité au parlement et dans la population », sous-entendu les partis flamands veulent aller plus loin, il faut les entendre, avant de conclure : « Si on travaille à un plan de relance, vous croyez que c’est par distraction? Il faut créer une dynamique! Qui va créer de l’emploi? Ce n’est quand même pas les autorités publiques, on n’est plus dans les années septante. »

Elio Di Rupo dans son rôle de Premier ministre tient donc un discours social-démocrate. Il faudrait s’interroger sans doute davantage sur cette inflexion politique douce qui n’est pas due qu’à un changement de costume. Surtout il rappelle un peu trop souvent qu’on sort de 541 jours de crise. Le message est donc relativement clair et peu se décomposer ainsi :

 1. La politique du gouvernement papillon est le résultat d’un compromis, ceux qui ne veulent pas du compromis prennent le risque de faire exploser le pays, et qu’au final ce soit bien pire.

2. Au lieu de râler vous feriez mieux de vous retrousser les manches.

Tout l’art de la communication, c’est que ce message en deux temps se résume en deux mots, les deux mots forts de l’interview. Ceux qui réalisent le compromis sont démiurgiques. Ceux qui n’en veulent pas sont défaitistes.

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2 réactions à “Elio, les démiurges et les défaitistes”

  1. 1lulutrifon le 7 juin 2012 à 12:04

    D’après le Larousse, le démiurge est le nom donné par les platoniciens au dieu qui crée le monde, constitue les êtres. (C’est un être identique et/ou complémentaire à l’être que les platoniciens appellent l’esprit.). Venant d’EDR, ça ne surprend pas …

  2. depuis qu’il est 1er, il a pris la grosse tête, c’est toujours moi moi moi

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