union européenne

Verhofstadt aux cotés d’Alexander De Croo: le retour du numéro uno

Par Fabrice Grosfilley dans union européenne, vld , le 31 mai 2012 08h44 | Un commentaire>

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Hier, c’était un peu la journée de l’Europe. D’abord, la Commission européenne qui rendait son rapport sur la situation économique et budgétaire des 27 états membres, soit le bulletin du professeur. Pour la Belgique, la commission salue la réforme des allocations de chômage et l’allongement des  carrières, mais elle pointe aussi 7 domaines dans lesquels notre pays devrait revoir sa copie: réformer l’indexation des salaires, alléger les taxes sur le travail, repousser encore l’âge de la pension et couper dans les soins de santé, etc.

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À peine le bulletin connu (il se sera écoulé 2 heures), conférence de presse des libéraux flamands. L’Open VLD profite de la remise du rapport de la commission pour apporter ses propres réponses. On en épingle deux: introduire les produits blancs dans le « panier de la ménagère » qui sert à constituer l’indice des prix, et considérer l’indexation des salaires comme un maximum à ne plus dépasser.

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Mine de rien, c’est une petite révolution. On ne dit plus côté libéral flamand qu’il faut revoir ou supprimer l’index, on dit désormais qu’il ne faut pas aller plus loin que l’index, soit un changement de doctrine assez fondamental. Sur le fond, on rappellera que les négociations salariales se font traditionnellement branche par branche ou entreprise par entreprise, vouloir légiférer la même chose pour tout le monde risque d’être difficile.

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Sur la forme, on s’arrêtera sur la personnalité de ceux qui délivrent le message de l’open VLD.  Avec Alexander De Croo, il y avait face à la presse Patrick Dewael chef de groupe à la chambre, et Guy Verhofstadt chef de groupe au parlement européen. Alors c’est vrai, c’est une thématique plus ou moins européenne, mais ça fait des mois, des années même, que Guy Verhofstadt n’intervenait plus sur les affaires intérieures belges. Depuis 2008, quand il a tenu un gouvernement intérimaire pendant quelques mois, il est extrêmement prudent et se refuse à tout commentaire sur les questions belgo-belges.

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Hier cette image ressemblait à une rupture. Alexander De Croo, le jeune président de 37 ans, flanqué de Patrick Dewael et Guy Verhofstadt qui approchent eux de la soixantaine. Évidemment, Verhofstadt a un peu volé la vedette avec des phrases chocs: « il en va de la survie de l’Union européenne »,  ou « il était minuit moins 5, il est maintenant minuit 5 ».

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Ces dernières semaines, un certain Guy Vanhenguel (ancien porte-parole de Guy Verhofstadt), avait fermement critiqué Alexander De Croo et son manque d’expérience suggérant qu’il fallait peut-être changer de président pour les libéraux flamands. Il est difficile de ne pas voir dans l’apparition de ce trio un message aux électeurs flamands. Au nord du pays, dans la famille bleue, les anciens sont de retour.  Au mieux, pour soutenir les jeunes. Au pire,  pour les encadrer.

DSK a un empechement, il n’y aura pas de manif à Bruxelles

Par Fabrice Grosfilley dans union européenne , le 21 mars 2012 09h44 | 5 commentaires

Dominique Strauss Kahn peut-il participer à  un débat sur les leçons de la crise économique ? C’est la question qui  enflammait le parlement européen ces derniers jours. A l’origine du débat un groupe de jeunes députés du parlement européen. Le groupe UE 40 qui rassemble les parlementaires de moins de 40 ans, a programmé un débat le 27 mars, dans une semaine, avec trois invités : Jean-Claude Trichet, qui fut gouverneur de la banque de France et de la banque centrale européenne, Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg et président de l’eurogroupe et donc Dominique Straus- Khan, ancien directeur du FMI, le fonds monétaire international. Depuis quelques jours la tension montait. Les féministes du parlement européen trouvaient l’initiative d’un gout douteux. Hier 2 des vice-présidentes du parlement européen et une vice-présidente de groupe ont donc écrit à Martin Schultz,  le président, pour faire part de leur « consternation » et de leur « colère ».

« Nous respectons la présomption d’innocence, nous respectons le droit à la libre expression et nous refusons toute ingérence moralisatrice dans la vie privée de chacun. Mais, après le déballage public et les prises de position de Dominique Strauss Khan sur les différentes affaires auxquelles il est confronté aujourd’hui, cette invitation est à proprement parler indécente» écrivent ces trois dames. Parmi elles on trouve deux belges, Véronique de Keyser, socialiste et Isabelle Durant, écologiste. Et les signataires de souligner que la règle implicite au parlement européen permet d’organiser tous les débats que l’on veut tant qu’il n’y a pas de troubles, or le climat dans lequel la dernière intervention de Dominique Strauss Kahn à Cambridge s’était déroulée laissait craindre le pire.

Malaise dans les rangs.  Il y a quelques jours une groupe de 9 eurodéputées étaient montées sur scène pour donner une représentation des « monologues du vagin », dans le cadre d’une campagne contre la violence faite aux femmes.  Défendre les femmes d’un côté, accueillir DSK de l’autre. Le parlement commence à tanguer. La suite va se passer en anglais et sur twitter.

19 heures, Martin Schultz qui est le président du parlement européen,  annonce qu’il a pris note de l’émotion des membres de son parlement, et qu’il prie les organisateurs de cette conférence de trouver une solution. En clair cela ressemble à une grosse pression.

23 heures, tweet d’ Alexander Alvaro. Ce député européen allemand, qui fait partie du groupe libéral est  l’organisateur de la fameuse conférence. DSK  annonce qu’il doit décliner l’invitation. Jean Claude Juncker et Claude Trichet seront bien présents. Là on se rend compte à quel point c’est pratique Twitter.  Dans un communiqué de presse classique on vous aurait expliquer avec nuance et diplomatie qu’il aurait été légitime d’entendre la vision de Dominique sur l’avenir de l’économie mondiale, que cela ne constituait en rien un soutien vis à vis de sa personne,  et que par respect pour la gent féminine, on avait renoncé à son audition. Mais sur twiter,140 caractères ça vous laisse la place pour une phrase longue ou  deux phrases courtes. DSK ne viendra pas. Les deux Jean-Claude viendront. Point final.

Guy Verhofstadt, l’homme qui intégrait la Volksunie et qui pourrait désintégrer la N-VA

Par Fabrice Grosfilley dans Autre, union européenne , le 7 mars 2012 11h59 | 9 commentaires

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C’est un scoop qui avait été sorti par nos confrères du Soir et du Standaard.  En novembre dernier, alors qu’on était en pleine crise, Elio Di Rupo avait rencontré le roi Albert II à Ciergnon pour lui remettre  sa démission. Dans les coulisses de la crise, Guy Verhofstadt  a  permis aux socialistes francophones et aux  libéraux flamands de reprendre le dialogue. Quelques coups de téléphone avec Elio Di Rupo et quelques conversations avec Alexander De Croo pour les aider l’un et l’autre à trouver les pistes de compromis. Cette intervention de Guy Verhofstadt ressemble au  petit coup de pouce qui a sans doute aidé Elio di Rupo à boucler les négociations sur le budget alors qu’il était à deux doigts de jeter l’éponge.  A ce moment-là, Guy Verhofstadt n’a peut-être pas sauvé le pays, la formulation est un peu excessive, mais il nous  a au moins aidés à sortir d’une crise qui nous a paralysés pendant un an et demi.

Guy Verhofstadt n’a donc pas complétement quitté la Belgique, mais il se veut discret sur la question. Il n’est plus aux commandes de l’Open VLD, il ne veut surtout pas apparaître comme une sorte de belle-mère, place aux jeunes. Ça ne l’empêche pas de résider toujours à Gand, et d’assister à un certain nombre de réunions consacrées à la politique belge.  Guy Verhofstadt consulte, écoute, conseille. Mais il le fait de manière informelle et dans le plus grand secret.

L’ancien premier ministre garde une popularité intacte auprès des francophones. En décembre dernier il était le deuxième homme politique le plus apprécié en Wallonie et à Bruxelles. 50% d’opinions positives, la deuxième marche du podium derrière Elio Di Rupo.  Sa côté a plus baissé en Flandre ou il est désormais en 17ième position, mais quand même devant des personnalités comme Jan Jambon ou Pieter De Crem, ce qui n’est donc pas un si mauvais score pour quelqu’un qui se fait rare dans les médias, alors que tant d’hommes politiques passent chaque semaine dans les journaux télévisés.

Aujourd’hui Guy Verhofstadt n’intervient dans les débats que pour parler d’Europe. Il est à la tête du groupe libéral au parlement européen  qui pèse 84 députés, sur un total de 750. Un poids qui lui permet dans certains cas de se poser en arbitre du débat, en faisant alliance soit avec les démocrates-chrétiens  du PPE, soit avec le PSE, le parti socialiste européen. Surtout dans ce parlement Guy Verhofstadt a trouvé une tribune, une formidable caisse de résonance qui lui permet de parler à l’Europe entière. Il y a 15 jours à Strasbourg il était par exemple l’invité de BBC4, chaine de radio anglaise : 10 millions d’auditeurs m’a-t-il glissé d’un œil gourmand. France 2, Europe 1, la presse économique, la télévision allemande : Guy Verhofstadt sélectionne ses interviews et sait que ses communiqués de presse sont désormais repris partout dans l’union européenne.

Il y défend  les positions de son groupe parlementaire mais aussi sa vision de l’union européenne. Une Europe qu’il veut libérale, mais aussi communautaire, avec plus de poids pour les institutions de l’union, et moins de blocage de la part des gouvernements nationaux. Surtout Guy Verhofstadt veut combattre les replis nationalistes.

Comment articule-t-il ce combat contre le nationalisme au niveau européen,  et une politique belge ou le nationalisme flamand est une donnée très présente, c’est l’une des questions que devrait  lui poser ce soir Laurent Haulotte. Il faut savoir que dans sa jeunesse Guy Verhofstadt a beaucoup travaillé pour élargir la base électorale des libéraux flamands, vers la droite et vers la famille nationaliste. Il a ainsi attiré au VLD beaucoup d’anciens de la Volksunie. Le paradoxe c’est que 20 ans plus tard il est peut être l’un de ceux qui peut le plus facilement critiquer Bart De Wever.

Juncker, Magnette et la récession : des mots pour les maux de l’économie européenne

Par Fabrice Grosfilley dans budget, union européenne , le 19 janvier 2012 09h30 | 5 commentaires

blogimageLorsque deux chefs de gouvernement se rencontrent en ce moment ils se racontent forcément des histoires de chefs de gouvernement. Crise oblige, ces  histoires tournent en ce moment autour de la relance économique.  Lorsqu’Elio di Rupo et Jean Claude Juncker ont fait le résumé de leur conversation ce mercredi soir devant la presse Jean Claude Juncker, qui est non  seulement premier ministre mais aussi ministre des finances, a donc eu cette petite phrase  : « dans la zone euro nous sommes au bord de la récession technique ». Il indique donc que la conversation entre les deux premiers ministres fut empreinte d’une certaine gravité.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Récession technique,  est un terme employé par les économistes pour indiquer  le produit intérieur brut, donc le volume de richesses créées par l’activité économique,  vient de reculer pendant 2 trimestres d’affilés.  Jean-Claude Juncker aurait  donc pu dire « nous sommes au bord de la récession », non il a préféré employé « récession technique ». D’abord parce que c’est plus précis, on sait donc de quoi  il parle, mais aussi parce que le terme technique adouci le propos, le nuance, laissant entendre que cette définition « technique »,  serait celle des économistes et pas celle des citoyens lambda comme vous et moi.

Jean Claude Juncker n’est pas n’importe qui, son ancienneté parle pour lui, et il est considéré comme le  chef de file des ministres des finances de la zone euro. La moindre de ses déclarations est immédiatement reprise par les agences de presse du monde entier. Tout ce qu’il dit est susceptible d’affoler les marchés.  Et puis surtout il sait très bien que la  croissance est  une affaire de confiance, et donc de communication. Le meilleur moyen pour éviter la récession c’est que le consommateur consomme, et pour cela il faut que le consommateur ait le moral.

Les hommes et les femmes politiques ont donc tout un dictionnaire de mots nuancés qui permettent de dire que la situation n’est pas terrible, mais sans le dire vraiment.  Et il ne faut pas leur en vouloir : c’est le rôle de rassurer les marchés et les populations, c’est  même une de leur premier  responsabilité : tout faire pour que les choses ne deviennent pas pires qu’elles ne sont.

Quand la croissance est faible on parle de parle de croissance molle, quand elle se ralentit on dit qu’elle se consolide, et quand on entre en récession on parle d’une récession technique.  Si je regarde les déclarations  de ces derniers jours, je peux lire que la commission européenne estime qu’il n’y a, « pas de marges de manœuvre pour un stimulus fiscal » : ça veut dire qu’on décommande aux Etats de baisser les impôts pour favoriser une relance, parce qu’ils n’en ont plus les moyens. La commission dit aussi que la relance doit être basée sur des « réformes structurelles », ce qui veut dire que les Etats doivent réformer ou renoncer à certaines politiques, et cela de manière définitive.  Employer un mot ou un autre est un geste politique. Paul Magnette lorsqu’il a voulu dénoncer la politique d’économies qu’imposait l’Europe a indiqué que cette stratégie allait nous conduire à « 15 ans de récession », il a employé le terme récession, anxiogène à souhait. Quand Standard and  Poors dégrade la note de pays européens, dont la France, quelques jours plus tard elle tient exactement le même raisonnement que le ministre socialiste, mais le dit dans un tout autre langage : « un processus de réforme basé uniquement sur un pilier d’austérité risque de venir auto-destructeur »,  traduction :  à force de faire des économies les pays européens ne créent plus de richesse. La différence de vocabulaire vous saute aux oreilles ? C’est normal.  Standard  and Poors s’adresse aux investisseurs, Paul Magnette parle à ses électeurs.

Il y a quelques années un premier ministre auprès duquel je m’étonnais que son discours ne soit pas plus morose  m’avait un jour glissé que c’est ainsi qu’il voyait sa fonction : un ministre ne doit  jamais dire que ça va mal, parce qu’alors les choses vont encore plus mal. En économie, si on commence à être négatif c’est une spirale infernale, et tout le monde y perd.

Elio Di Rupo: marathon man

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, parlement, union européenne , le 8 décembre 2011 09h40 | 6 commentaires

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Permettez-moi, çela ne m’arrive pas si souvent, de faire appel à mes souvenirs personnels. Cela fait à peu près 15 ans que je fréquente ce parlement. J’y ai passé de longues heures, dans les balcons de la presse, à écouter Jean Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, Yves Leterme.  Et hier pour la première fois  j’ai donc vu un premier ministre francophone monter à la tribune et demander la confiance de la chambre. Il y a 2 ou 3 ans,  je n’aurais jamais pensé que cela m’arriverait un jour. La journée d’hier était une journée vraiment particulière. Pour Elio Di Rupo bien sûr, mais pour ceux qui l’écoutaient aussi.  Perché dans la tribune des sénateurs j’avais les députés en face de moi. Tous étaient sérieux, la mine grave, concentrés. Même le Vlaams Belang, qui n’est pourtant pas avare de pitreries médiatiques en temps normal, s’est abstenu de perturber ce moment assez solennel.

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En néerlandais les appels à la mobilisation économique, et en français les messages sociaux

Du discours d’Elio di Rupo  (12 pages , 50 minutes de lecture) on retiendra cet appel à la mobilisation collective. La diversité est un atout. La Belgique est un petit pays mais nous sommes grands de cœur et d’esprit,  transcendons les clivages. Le premier ministre utilise le truc que tous les premiers ministres ont utilisé avant lui. En néerlandais: les appels à la mobilisation économique, le goût d’entreprendre (« On ne peut pas travailler un tiers de sa vie et être à charge de la collectivité les 2/3 restants »). En français: les messages sociaux (« On doit préserver  notre bien-être et on ne touchera pas à l’indexation des salaires »).

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Message personnel aux Flamands

Les accords institutionnels n’ont été qu’effleurés. Il fallait une réforme du système, elle est là. Il fallait résoudre le problème Bruxelles-Hal-Vilvorde, nous avons trouvé « la » solution équilibrée. Vient ensuite un passage plus personnel : « Le Premier ministre doit être le Premier ministre de tous les Belges. Je vais travailler dur pour améliorer mon néerlandais,  je vous le promets, je vais aller à la rencontre des Flamands ». La majorité applaudit.  Longuement. C’est plus du respect que de l’euphorie, personne ne se lève pour l’ovationner, comme si tous avaient perçu la gravité de la période.

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Sous escorte de la police militaire

Hier soir Elio Di Rupo fait la tournée des télévisions. On y voit un homme heureux, le sourire large comme d’habitude. Des déclarations où l’intime n’est jamais loin. Les parents, la famille, les origines modestes reviennent dans le discours. On aperçoit aussi les marques de la fatigue, la voix qui s’effiloche. En devenant Premier ministre d’un pays en perdition, le président du PS vient de changer de braquet. Les télévisions étrangères le réclament, les journalistes du monde entier le harcèlent. Désormais les motards de la police militaire assurent l’escorte, car chaque minute compte.  Il prend encore le temps d’une photo souvenir avec la maquilleuse, et serre toutes les mains qui se présentent, parce qu’on ne se refait pas, la campagne électorale est un état d’esprit pas une obligation. Mais on devine aussi la pression et l’inquiétude.

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Un marathon loin d’être fini

Ce matin, Elio Di Rupo sera au premier rang à la Chambre pour écouter les députés.  Le premier  à donner son avis sur la déclaration du Premier ministre sera le chef de groupe de la N-VA. Il faudra encaisser les coups, sans pouvoir les rendre. A 17 heures, changement de dimension avec le sommet européen. Là encore les journalistes, les photographes, mais aussi et surtout Angela Merkel et Nicolas Sarkozy qui veulent un électrochoc européen. On risque d’y passer la nuit. Une de plus. Demain, suite du conseil. Samedi, la réponse du premier ministre aux critiques des parlementaires. Samedi soir si tout va bien le vote de la confiance. Le temps de se reposer, le temps de souffler, sera pour plus tard… Peut être…

Le rêve français refait surface

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral, union européenne , le 7 septembre 2010 10h37 | 19 commentaires

nicolas-dupont-aignan_220C’est un fait inhabituel, notre crise politique se met à intéresser les médias français. Hier dans les journaux, sur les sites internet et même à la télévision, les médias français ont multiplié les éclairages sur ce qui se passe chez nous. Les déclarations selon lesquelles une scission de la Belgique devenait envisageable ont provoqué un électrochoc.

Premier constat : les français cherchent d’abord à comprendre. Quand on habite dans un pays centralisateur, avec un scrutin majoritaire, ou il y a un gagnant  un perdant, une droite  et une gauche bien identifiées et un président de la république qui concentre et personnalise le pouvoir il n’est pas évident d’appréhender notre système belge avec ses 3 régions, ses deux communautés et un scrutin proportionnel qui entraine des coalitions complexes. Je ne vous parle pas des communes à facilités ou de la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde qui sont pourtant les nœuds du problème.

Mais bref, les français essayent de comprendre, et je ne vais pas m’en plaindre. Cet intérêt est bien sur renforcé par la proximité géographique, nous sommes voisins, et par une langue commune. A tel point qu’hier il ya même eu un député français qui a relayé l’idée que « la France doit se préparer à accueillir ses compatriotes Wallons et Bruxellois ». Ce député s’appelle Nicolas Dupont-Aignan, et dans un communiqué il estime que  « l’entrée en phase terminale de la crise belge conduit le pays au bord de l’éclatement. La France doit donc se préparer à assumer toutes ses responsabilités envers les francophones de Belgique, en les assurant le cas échéant de son accueil et de sa protection ». Ce genre de déclaration  donne  surement des ailes aux mouvements rattachistes. En 3 jours la machine se serait doncemballée ?. Nous serions passés d’un accord introuvable avec la NVA à une main tendue de la république française ? Non. Il faut relativiser. Nicolas Dupont-Aignan ne représente que lui même ou presque. Il s’agit d’un député de l’essone dan la banlieue de Paris. Il se revendique du gaullisme et faisait autrefois parti de l’UMP le parti de Nicolas Sarkozy. Depuis 2007 il a quitté ce parti pour fonder un mouvement qui s’appelle « debout la république ».  On le classe en France dans les divers-droite, et sa liste a obtenu 4 et demi pourcent aux derniers élections régionales en Ile de France. C’est donc un mouvement marginal. En rédigeant ce communiqué Nicolas Dupont-Aignan fait d’abord un coup politique, il fait parler de lui, cela ne représente pas l’opinion  française.

Dans le passé il faut se rappeler que Jean Pierre Chevènement a déjà tenu des propos comparable, ca n’a pas changé l’histoire du royaume ni celle de la république.

Pourtant le fait que la France commence à regarder de près ce qui se passe chez nous pourrait avoir son importance. Si le débat belgo-belge devait s’internationaliser cela changerait considérablement la donne. Ajoutez 60 millions de Français, l’œil des néerlandais et la supervision de l’union européenne, le scénario de la scission prend une autre tournure, les rapports de force entre francophones et flamands ne seraient plus les mêmes.

Au printemps dernier l’ambassadeur de France avait pris soin de recevoir plusieurs leaders politiques belges pour s’informer. Bart De Wever entre autre, était venu lui expliquer ce que serait la Belgique de demain.  Entre s’informer et  accepter de jouer un rôle il y a plus qu’une nuance.

Nigel Farage à l’amende

Par Fabrice Grosfilley dans union européenne , le 3 mars 2010 11h54 | Un commentaire>

Je vous avais décrit dans un billet précédent les sanctions que risquait de député européen britannique qui avait pris à parti Herman Van Rompuy de manière peu élégante. Pour que l’info soit complète sachez que le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a annoncé avoir retiré dix jours d’indemnité parlementaire à  Nigel  Farage.  Le montant de l’indemnité quotidienne est de 298 euros ce qui fait donc une amende d’un peu moins de 3000 euros.

Jerzy  Buzek a également réclamé du chef de file des europhobes britanniques qu’il présente ses excuses à l’ancien Premier ministre belge, au peuple belge et ses collègues du Parlement européen.

Herman Van Rompuy insulté : l’euro-député ne risque pas grand chose

Par Fabrice Grosfilley dans mode d'emploi, union européenne , le 25 février 2010 10h58 | 4 commentaires

FRANCE EU PARLIAMENT OPENNING SESSIONDe Grande-Bretagne vous connaissiez les euro-sceptiques, ceux qui doutent de l’Europe. Parfois à un tel point qu’ils sont convaincus que l’Union européenne n’apporte que du négatif et qu’il faut en sortir au plus vite. Le chef de file de ce mouvement, Nigel Farage a fait fort hier en s’attaquant à Herman Van Rompuy, « Je ne veux pas être impoli, mais vraiment, vous avez le charisme d’une serpillière humide et l’apparence d’un petit employé de banque ». Ou encore : « vous venez de Belgique, qui est plutôt un non-pays ».
« Mais je sens que vous êtes compétent, et capable et dangereux« , a-t-il aussi ajouté, en affirmant que la Grèce est devenu un protectorat depuis qu’Herman Van Rompuy est à la présidence. Vous avez peut être vu les images hier soir sur RTL TVI : tollé des députés. Huées. Herman Van Rompuy, lui, s’est contenté de lever les yeux au ciel.
Réagissant à cette intervention, le président du Parlement Jerzy Buzek a estimé que « de telles atteintes personnelles ne sont pas tolérées » tandis que le président du groupe socialiste, Martin Schulz, a demandé à Nigel Farage de « renoncer à son mandat ».
Que risque réellement Nigel Farage ? Dans les faits pas grand chose. Le grand principe dans une assemblée démocratique élue c’est que dans l’hémicycle les parlementaires jouissent d’une liberté de parole quasi totale. S’ils ont été élus c’est justement pour porter la parole du peuple. Ces députés sont d’ailleurs couverts par une immunité parlementaire. Si on souhaite les poursuivre pour injure ou diffamation il faut donc d’abord lever cette immunité, ce sont les collègues du député qui peuvent le faire par un vote en séance plénières.
En ce qui concerne le parlement européen, avant d’arriver à la levée de l’immunuté, il y a aussi un règlement intérieur qui définit les règles de bonne conduite. On peut y lire ceci :
« Le comportement des députés est inspiré par le respect mutuel, repose sur les valeurs et principes tels que définis dans les textes fondamentaux de l’Union européenne, préserve la dignité du Parlement et ne doit pas compromettre le bon déroulement des travaux parlementaires ni la tranquillité dans l’ensemble des bâtiments du Parlement. »

Hier le président du parlement aurait pu suspendre les travaux, mais c’est un peu excessif. Il pourrait aussi demander contre Nigel Farage l’application de l’article 153 du règlement intérieur. Cette disposition permettrait la suspension de l’indemnité pour une période de 2 à 10 jours, ou encore l’interdiction de participer aux débats pour la même période, mais en aucun cas Nigel Farage ne perdra son doit de vote. Finalement la meilleure sanction c’est sans doute celle appliquée par Herman Van Rompuy : « j’ai entendu une intervention pour laquelle je n’ai que du mépris, je n’interviens pas là dessus. »

Herman, l’union, la Grèce : changer de lieu pour changer de méthode

Par Fabrice Grosfilley dans anecdote, decryptage, union européenne , le 11 février 2010 11h36 | Commentaires fermés

BELGIUM EU PARLIAMENT VAN ROMPUYCela a plutôt mal commencé. Herman Van Rompuy avait eu l’idée de ce sommet extraordinaire pour sortir de la crise économique.  On aurait du y parler politique de relance, investissement,  recherche, déficits publics. Patatras, la Grèce est au bord du gouffre. La réunion d’aujourd’hui va donc d’abord servir à sauver les finances grecques et à essayer de stabiliser l’Euro. Herman a donc été pris à contre pied.

Deuxième difficulté, le poids du couple franco-allemand. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont de nouveaux en première ligne. Le premier ministre grec était à paris hier, il a déjeuné avec Nicolas, il a eu Angela au téléphone dans la foulée. Herman Van Rompuy n’est pas sur la touche, on l’a aussi beaucoup appelé au téléphone hier, mais le danger pour lui c’est d’apparaître comme un facilitateur ou une espère de un notaire. En Europe comme ailleurs c’est ceux qui ont l’argent qui ont le pouvoir. Le président du conseil n’a pas la possibilité de débloquer des fonds.

Troisième handicap pour Herman Van Rompuy sa personnalité : le président n’aime pas (trop) communiquer. Beaucoup d’observateurs européens ont été surpris par sa discrétion depuis qu’il a été nommé. Etre discret c’est une qualité en Belgique, cela peut interloquer dans d’autres états membres.  L’eurodéputé français André Lamassoure s’en étonne. Cette discrétion est cependant un avantage : elle évite au président de se trouver en contradiction ou en concurrence avec les chefs de gouvernement.

Malgré tout cela Herman Van Rompuy pourrait bien réussir à imposer sa méthode aujourd’hui. D’abord parce que c’est lui qui a convoqué la réunion : cela sera donc porté à son crédit. Ensuite parce qu’il a d’ores et déjà changé les règles du jeu. Tout à l’heure les chefs d’état et de gouvernement vont se retrouver à la bibliothèque Solvay et non pas dans le bâtiment habituel près du rond point Schuman. Cette salle prestigieuse avait déjà été utilisé par Guy Verhofstadt pour un dîner des chefs d’état lors de la précédente présidence belge, mais là il s’agit d’une réunion complète.  Il n’y a que quelques centaines de mètres de distance avec le bâtiment du « juste lipse » qui se trouve rue de la loi,  mais cela va changer beaucoup de choses. Les chefs d’état vont y arriver en voiture et que la presse n’y aura pas accès. Pas question donc de faire des déclarations à l’entrée. Vous avez tous vu ces images à l’entée du conseil avec des dizaines de micros et de caméras, et ces déclarations qui servent à faire pression sur les négociations. Quand on dit quelque chose devant une caméra cela a forcément un impact sur ce qui se passe dans la salle, on sait alors que le ministre qui a fait cette déclaration ne pourra plus faire marche arrière. Herman Van Rompuy a donc décidé de mettre un terme aux musculations médiatiques.

Deuxième innovation les délégations seront limitées. Habituellement dans la salle du conseil, il y a 3 personnes par pays, chef d’état et de gouvernement, ministre des affaires étrangères, secrétaire d’état. Dans une salle voisine, qui est relié par haut parleur un diplomate qui prend des notes et qui assure la liaison, on l’appelle l’antici (du nom d’un diplomate italien qui incarna cette fonction), et puis les  salles de délégations avec tous les diplomates. Cela représente des dizaines de personnes par pays. Quand la délégation française arrive cela ressemble à une caravane,  il faut des autocars pour transporter tout le monde. Pendant un conseil ces délégations font passer des dizaines de notes à leur ministre par l’intermédiaire des antici. A la bibliothèque Solvay, rien de tout cela, les seuls qui auront accès à la salle seront les chefs  gouvernement ou chef cher d’état. Il y aura un diplomate dans une salle voisine. Les  ministres des affaires étrangères et les délégations resteront dans le bâtiment habituel. Cela veut dire que l On verra dans quelques heures si cette nouvelle méthode crée ou pas un nouvel esprit. Et si Herman Van Rompuy en repensant l’organisation des sommets a eu ou pas une bonne idée.

Herman Van Rompuy entre en action

Par Fabrice Grosfilley dans communication, decryptage, union européenne , le 4 janvier 2010 08h25 | Commentaires fermés

BELGIUM EU PRESIDENT VAN ROMPUY NYSE EURONEXTOfficiellement Herman Van Rompuy est président de l’union européenne depuis le 1er janvier, mais c’est réellement ce matin qu’il va faire sa première apparition publique, avec l’ouverte de l’année boursière 2010. Ce sera à la bourse de Bruxelles dans un peu plus d’une heure, et ce sera sans doute l’occasion pour lui de prononcer quelques mots à destination de la presse européenne.

Le premier défi pour lui c’est de se faire une place. Notre ancien premier ministre est en effet le premier président permanent de l’union, mais cette fonction n’est pas très claire, la définition dans le traité de Lisbonne  précise juste qu’il prépare et anime les travaux du conseil européen, , qu’il présente un rapport au parlement européen après chaque réunion et qu’il assure la représentation extérieure du conseil. C’est flou et surtout cela entre en concurrence avec les présidences tournantes, ces présidences de 6 mois qui sont assurés par les états membres. En ce moment c’est l’Espagne qui assure la présidence. Vous savez comment sont les états membres : présider l’Europe c’est une opportunité politique, on peut essayer de faire passer certaines grandes orientations, c’est aussi une formidable vitrine médiatique. Imaginez 6 mois avant la présidence belge on vous en parle déjà. C’est dans tous les états membres pareil : aucun chef de gouvernement n’a envie de laisser passer cette chance, c’est normal. La grande difficulté c’est de savoir partager les honneurs sans pour autant rentrer en concurrence. Que le nouveau poste de président soit un plus pour l’Europe et non pas une cacophonie supplémentaire. Pour cela il faut surement de la diplomatie, Herman en a, il faudra sans doute aussi un peu d’autorité. Le nouveau président doit marquer son territoire et montrer qu’il est le patron. Travailler avec 27 gouvernements différents, et donc faire des compromis, mais en même temps suivre sa propre route pour qu’on sente sa patte.

Dans les faits Herman Van Rompuy a donc rencontré José Zapatero, le premier ministre espagnol. Les deux hommes se sont mis d’accord sur la manière dont ils allaient coexister pendant la présidence espagnole. Pour les réunions de chefs d’état et de gouvernement, pas de problème ça se passe à Bruxelles, c’est Herman qui aura la main. En ce qui concerne les grandes réunions internationales avec les Etats Unis par exemple, ou avec les pays d’Amérique latine, ce sera en Espagne, histoire que le prestige de ces réunions rejaillisse un peu sur le premier ministre espagnol. L’accueil des chefs d’état, cette faumeuse poignée de main qui passe sur les télés du monde entier ce sera Herman, mais Zapatero sera à côté. Ca c’est pour la forme. La vraie question c’est aussi de savoir qui va lancer les dossiers sur le fond. En pleine crise le premier défi c’est l’économie. Herman Van Rompuy a convoqué un sommet sur la relance de la croissance et le maintien du modèle social européen, ce sera probablement le 11 février à Bruxelles. En programmant sa première sortie ce matin à la bourse Euronext le nouveau président envoie donc un signal. Il est là. Il est au travail et l’économie européenne est bien sa première priorité. Cette image sera dans tous les journaux télévisés d’Europe ce soir. Ca c’est la « patte » Herman Van Rompuy, dont on notera que son conseiller communication, Dirk De Backer, le suit à l’Europe. On le présente souvent comme discret, modeste effacé. En réalité, il est très organisé, et il maîtrise parfaitement son image.