ps

Laurette et la présidence: la transition et le lapsus

Par Fabrice Grosfilley dans ps , le 12 juin 2012 08h57 | Un commentaire>

onkelinxgiet

Therry Giet est-il réellement le patron du parti socialiste? La question revient assez régulièrement. Tout le monde sait qu’il a été désigné à ce poste pour éviter l’organisation d’une élection interne, et que, s’il dirige aujourd’hui le PS, oui, peut-être, il peut laisser la place à n’importe quel moment à Elio Di Rupo si celui-ci devait revenir au boulevard de l’Empereur. Cela, des journalistes peuvent le dire ou l’écrire. Des hommes ou des femmes politiques ne le peuvent théoriquement pas, surtout s’ils sont des figures connues du PS, et a fortiori membres du fameux G9, son instance dirigeante informelle. Dire cela serait reconnaître que celui qui est censé incarner la ligne du parti, n’a peut-être pas l’autorité nécessaire. Hier un peu avant 8 heures, le méchant interviewer que je suis presse Laurette Onkelinx de questions. Alors je sais, j’ai parfois le mauvais réflexe de couper la parole à mes interlocuteurs, de les bousculer au-delà des limites de la politesse, mais ça peut parfois donner des réponses
intéressantes.

 
b

Laurette Onkelinx, hier matin, emploie ainsi le terme de « président de transition », et non pas le terme officiel de « président faisant fonction » pour parler de Thierry Giet. Le président de transition c’est celui qui assure le passage entre une époque et une autre ou entre un président et un(e) autre. Transition: état intermédiaire qui doit prendre fin. Dans la phrase suivante, Laurette Onkelinx nous dit d’ailleurs que c’est à Thierry Giet de décider quand la transition prendra fin ou pas, ce qui indique bien que la période de transition n’est pas faite pour durer éternellement, dans son esprit.
b

Question suivante: Laurette Onkelinx est-elle candidate? La vice-première, dans sa réponse, commet un lapsus: « Je représente les forces de gauche à l’intérieur du par… (puis, se reprenant)…à l’intérieur du gouvernement« . Je ne vais pas vous faire de psychanalyse de cuisine, je ne suis pas qualifié, mais ce lapsus n’indique-t-il pas que Laurette Onkelinx a bien deux combats en tête? Celui qu’elle mène au nom du PS au sein du gouvernement fédéral, et celui qui se joue à l’intérieur du PS. Pour l’instant, le poste de président n’est pas ouvert. La situation pourrait être différente après les élections communales. Laurette Onkelinx n’a pas dit qu’elle serait candidate à la présidence du parti socialiste un jour. Elle ne l’a pas dit! Mais en employant le terme transitoire et en commettant un lapsus, elle nous autorise à déduire qu’elle doit au moins se poser la question.

Thierry Giet, l’avocat et le président

Par Fabrice Grosfilley dans ps , le 8 juin 2012 10h50 | 3 commentaires

gieta

Etre président de parti offre des bons et des mauvais côtés. Bons côtés : vous êtes influent,  vous êtes au courant de tout, on vous demande d’ailleurs votre avis sur à peu près tout, vous pouvez prendre une série de décisions et vous bénéficiez de l’attention des médias, ce qui vous permet de propager vos idées. Mauvais côté : plus vous avez de pouvoir, plus vous avez d’ennemis, et la presse se fait un devoir critique de surveiller vos moindres faits et gestes. En cas de décision douteuse ou de déclaration hasardeuse on ne vous ratera pas.

Ce matin Thierry Giet  a droit aux deux faces de la médaille. Côté positif, une interview dans le journal l’Avenir. Le président faisant fonction du PS y lance sa campagne pour les communales. Slogan: « Vous avez le pouvoir », ce qui permettra aux mauvaises langues de noter un certain sens de l’auto-dérision.  Le pouvoir, Thierry Giet affirme pourtant  l’avoir. A sa façon: « Je consulte, je dialogue, je recueille les avis. Etre président du PS ce n’est pas être dictateur ». Là, on se demande si ce n’est pas une critique implicite ou involontaire de ses prédécesseurs. Thierry Giet reconnaît donc une direction collégiale,  mais un peu plus loin dément qu’Elio Di Rupo soit en permanence dans son dos : « Ce n’est évidemment pas le cas, les rôles sont très clairs. Il y a un homme qui passe 23 heures sur 24 à travailler comme Premier ministre ». Plus significatif pour comprendre le partage des rôles, le message de fond. Dans cet entretien Thierry Giet indique qu’il entend  les syndicats, alors qu’il y a deux jours le Premier ministre semblait nettement plus distant,  avant  de conclure « les ministres socialistes doivent défendre les valeurs sociales, c’est leur boulot, le plan de relance c’est nous qui l’avons imposé. »

Changeons de journal, et passons au revers de la médaille. Si Thierry Giet est interrogé dans L’Avenir il est aussi attaqué dans la Libre Belgique. Le quotidien s’intéresse à ses activités d’avocat et estime que son éthique pourrait être mise en cause. Le cabinet d’avocat de Thierry Giet  est en effet le cabinet qui plaide au nom de la région wallonne dans toute une série de contentieux, notamment des recours au conseil d’Etat. Tant que Thierry Giet n’était que député, pas de problème. Il exerçait son mandat politique au niveau fédéral et intervenait professionnellement au niveau régional. Depuis qu’il est président du PS c’est discutable, on pourrait le soupçonner de trafic d’influence « le problème éthique crève les yeux » affirme le journal, qui parle d’affaires « borderline », (en français : on est limite).  On notera que pour les affaires citées par la Libre ce n’est pas Thierry Giet mais son associé qui plaide, que ces dossiers ont  semble-t-il été confiés à son cabinet avant que Thierry Giet  ne soit  désigné président de parti. Mais dans l’article, un avocat, courageusement anonyme (un concurrent peut-être ?) , décoche quand même la flèche qui fait mal : « ça me fait penser au cabinet Van Cauwenberghe… ».

Recevoir des coups en politique, c’est le métier qui rentre. Il faut savoir les rendre ou les esquiver. Dans son cas, l’attaque est une forme de reconnaissance. Oui Thierry Giet est bien le nouveau président du PS puisqu’on commence à ausculter ses activités. Faute d’élément tangible (une plainte au conseil de l’ordre ou un avis de son batonnier par exemple) les questions posées par la Libre resteront à réponse variable : les libéraux y verront un manque d’éthique évident, les socialistes pencheront pour une attaque très politique. Que le lecteur choisisse son camp.

Thierry Giet jusqu’ici cultivait avec les journalistes une certaine réserve, une forme de distance, un mélange de politesse et de méfiance. On ne le sentait pas toujours à l’aise dans ses relations à la presse. C’est assez rare dans le monde politique où les hommes politique sont soit en train d’essayer de vous séduire, pour vous convaincre,  sourire et connivence,  soit en train de vous critiquer, parce que vous avez osé les  contredire, regard glacial et défiance. Après les deux articles de ce matin, le positif, le négatif, on se dit que le style présidentiel de Thierry Giet va devoir s’affirmer.

Philippe Moureaux force le débat interne au Parti Socialiste

Par Fabrice Grosfilley dans ps , le 24 mai 2012 09h00 | 4 commentaires

moureauxblog

Ce n’étaient jusqu’ici que des bruits de couloirs, des interrogations qu’on formule dans des discussions informelles ou lors de diners en ville. Hier les états d’âme des troupes socialistes sont devenus visibles et donc « officiels ».  Cela se passe dans De Morgen, quotidien flamand, quelques témoignages anonymes,  autant dire pas  grand-chose,  autour d’une communication cafouilleuse sur ce déplacement en ligne commerciale alors qu’un airbus de la défense était à disposition. L’article rapporte surtout une intervention remarquée de Philippe Moureaux,  toujours vice-président du PS (même s’il a passé la main à Rudy Vervoort en région bruxelloise).  Philippe Moureaux estime que le PS a du mal à exister  « notre parti se retranche derrière la politique du gouvernement et ça ne va pas » dit-il, comprenez que le parti socialiste devrait défendre davantage ses positions sur la place publique et faire comprendre que ce que décide le gouvernement est une chose, ce que veulent les socialistes en est une autre. En clair que le gouvernement fait des compromis, alors que le PS voudrait une politique plus à gauche.

La difficulté c’est évidemment de tenir un tel discours sans paraître critiquer celui qui est chargé de faire la synthèse. Exister plus, c’est revendiquer plus. Se démarquer du gouvernement, c’est forcément se démarquer d’Elio Di Rupo. Le problème c’est  -1-que l’homme est réellement populaire, -2- qu’une critique mal dosée risque d’envenimer les discussions au sein de la majorité et donc d’affaiblir le « patron naturel » du PS.

Ce problème d’existence d’un parti quand il compte dans ses rangs le premier ministre n’est pas neuf. C’est toujours difficile de mener une action partisane  quand on  a enfilé le costume d’arbitre.  Tout  premier ministre éprouve naturellement  une forme de  schizophrénie à  diriger à la fois officiellement  une majorité et officieusement  un parti politique qui en est membre. Si on se rappelle de Guy Verhofstadt par exemple, entre 99 et 2007, il a testé plusieurs formules : confier les clefs du parti à Karel De Gucht, puis redevenir lui -même président de parti et cumuler les deux fonctions, avant de mettre à la présidence Dirk Sterckx, puis Bart Sommers. Du temps d’Yves Leterme, pas beaucoup plus simple.  Pendant les 3 années où il est premier ministre le CD&V aura eu comme présidents successivement Jo Vandeurzen, Etienne Schouppe, Wouter Beker, Marianne Thyssen pour finalement revenir à Wouter Beke.

Un premier ministre fort  s’accompagne forcément d’un président de parti faible. Les socialistes francophones découvrent ce que les partis flamands ont expérimenté  avant eux.

Revenons à Philippe Moureaux. Le fait de s’exprimer dans la presse a évidemment du sens. Faire des déclarations sur la place publique c’est une manière de forcer  le débat en interne et prendre la responsabilité d’enclencher la machine à commentaires. Moureaux a le franc-parler nécessaire, mais aussi , sans doute ; la volonté d’infléchir le cours des choses en adressant un signal aux électeurs avant les élections d’octobre : nous sommes plus progressistes que le gouvernement de « centre centre ».  Dire que le PS n’est pas suffisamment audible, implicitement, même si Philippe Moureaux s’en défend, c’est nous dire aussi  que Thierry Giet manque de coffre. Ce n’est pas la personnalité du président par intérim qui est en question c’est sa puissance médiatique. Tant que Laurette Onkelinx (après tout c’est aussi à elle d’incarner le discours PS au sein de la majorité fédérale) voudra afficher sa proximité avec Elio Di Rupo les socialistes manqueront d’un porte-voix au fédéral. Comme du côté libéral Didier Reynders et Charles Michel ont décidé de ne pas épargner le premier ministre et qu’ils  sont, eux, des surdoués de la com, le débat paraît déséquilibré et les socialistes sortent perdants.

En confirmant cette analyse Philippe Moureaux lance donc le débat de la présidentielle socialiste. Faut-il oui ou non que le PS se dote d’un président fort, par exemple en organisant une véritable élection après les élections communales. Si la réponse est oui, deux personnalités s’imposent : Elio Di Rupo, il est pris, et Laurette Onkelinx. On peut citer les noms de Rudy Demotte, de Paul  Magnette ou de Jean-Claude Marcourt, mais ils sont moins évidents.  Jusqu’à présent Laurette Onkelinx n’était pas candidate. En créant des remous, certains de ses camarades sont peut-être en train de lui forcer la main, à moins qu’ils ne lui facilitent la tâche. La question de savoir si on peut être à la  fois vice-premier et président de parti  ne devrait pas tarder à ressurgir.

Affrontement droite-gauche le premier mai : des fusillades aux campagnes de com, en passant par le muguet

Par Fabrice Grosfilley dans mr, ps , le 30 avril 2012 08h59 | 5 commentaires

blablou

Jetons d’abord un coup d’œil sur ce qui va se passer à Paris.  Cette année, les Parisiens vont avoir droit à trois rassemblements : celui traditionnel des syndicats et des partis gauches qui cette année défilent tous ensemble. Celui du Front National de Marine Le Pen qui profite de cette journée pour rendre hommage à Jeanne d’Arc. Et puis, le troisième rassemblement constituera une nouveauté, place du Trocadéro, à l’initiative de Nicolas Sarkozy en faveur de ce que le candidat UMP appelle « le vrai travail. »

Pour les policiers parisiens c’est un beau casse-tête : le FN défile le matin,  les troupes de Sarko seront l’après-midi dans les beaux quartiers à l’ouest, les syndicats dans les quartiers plus populaires à l’est, et on espère que personne ne se croisera. La tension sera donc vive à Paris. Elle ne sera pas absente à Bruxelles, Namur ou Charleroi.

Le premier mai version 2012 résonne comme un avant-goût de la campagne communale. Il est surtout l’occasion pour tout le monde de se profiler.

Commençons par la gauche. Il faut rappeler ce qu’est le premier mai.  C’est à l’origine une grande mobilisation aux Etats-Unis pour obtenir la journée de 8 heures. C’était en 1886, 350 000 ouvriers se mettent en grève le même jour, du jamais vu à l’époque.  Le mouvement sera ensuite importé en Europe. A l’époque quand on parle de lutte des classes ce n’est pas une expression vide de sens.  Les manifestations du 1er mai 1886 font trois morts à Chicago,  5  autres délégués anarcho-syndicalistes seront  ensuite pendus.  En 1891, 5 ans plus tard, la police ouvre le feu sur le cortège du premier mai de Fourmies dans le nord de la France, faisant 9 morts.  C’est pour leur rendre hommage que les syndicats européens ont maintenu la tradition des rassemblements  le jour de la fête du travail.

Cette année en Belgique, l’une des questions sera de savoir si le courant passe bien entre la FGTB et le parti socialiste. On a pu observer que certain cadres du syndicat avaient un discours critique vis-à-vis du parti auquel ils sont historiquement liés. Certains d’entre eux disent soutenir Mélenchon, d’autres, c’est le cas  de Daniel Piron de la FGTB de Charleroi dans la Libre Belgique de ce matin, voudraient un parti à gauche du  PS, sans pour autant rallier Bernard Wesphael. Il faut se rappeler qu’en 2005, au moment du pacte entre les générations, PS et FGTB s’étaient échangés des amabilités lors du premier mai. Cela ne devrait pas être le cas cette fois-ci, en tout cas pas de manière aussi virulente et significative. A Bruxelles par exemple, les élus  du parti et les délégués du syndicat ont prévu de participer ensemble aux festivités du premier mai. Les uns écouteront les discours des autres et inversement. Mais on restera attentifs aux accent: met-on en avant l’unité des travailleurs, ou bien critique-ton les compromis d’un PS trop engagé dans la défense de l’Etat fédéral ?

On notera aussi que le premier socialiste glisse vers l’est. Elio Di Rupo sera présent à Baudour, mais il ne prendra pas la parole. C’est donc à Liège, avec le discours de Thierry Giet qu’on attendra la position officielle du parti socialiste. Il faut rappeler que les socialistes tiennent un meeting dans chaque fédération.

Coté libéral, le rassemblement du MR aura lieu à Jodoigne. Une initiative lancée en  1994 par Louis Michel (avant, les libéraux tenaient des rassemblement itinérants, depuis cette date, Jodoigne est un rendez-vous fixe), pour de ne pas laisser la valeur travail aux seuls socialistes. Vous voyez que Nicolas Sarkozy n’a rien inventé. Là aussi, défilé dans la ville et puis discours.

Au niveau des déclarations, à quoi doit-on s’attendre ?  Ce matin les leaders des différents camps accordent des interviews, ça  permet de se faire une idée. Pour Thierry Giet c’est touche pas à l’index et contrôlons les prix. Pour Charles Michel c’est finissons-en avec l’assistanat. Cette année les libéraux lancent une campagne de communication à l’occasion du premier mai, avec des placards de pub sous forme de lettre ouverte publiés dans les quotidiens. La fête du travail est une fête authentiquement libérale affirment-ils.  Le premier mai 2012 en France, comme en Belgique, on s’échangera des brins de muguet. Pas des rameaux d’Olivier.

Pourquoi Elio Di Rupo ira applaudir François Hollande

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral, mr, ps , le 17 avril 2012 08h51 | 10 commentaires

dirupohollandeblog

On pouvait s’en douter, c’est désormais officiel. Le parti socialiste enverra ce soir plusieurs dizaines de militants et d’élus  (le communiqué affirme « plusieurs centaines ») soutenir François Hollande pour l’un des derniers grands meetings de campagne de François Hollande. Elio Di Rupo ne prendra pas la parole, mais il sera dans la salle, et on se doute que les caméras et les photographes ne rateront pas sa présence. On en a déjà parlé ici ce déplacement fait grincer des dents.  Les libéraux francophones  regrettent ce soutien public au candidat de gauche. Denis Ducarme mais aussi  Charles Michel ce matin dans le journal le Soir «je considère que le premier ministre doit rester au-dessus de la mêlée et là il commet au moins une maladresse, il est décevant ».

Alors oui c’est vrai, en théorie le premier ministre  représente son gouvernement, il ne peut pas soutenir, en tant que premier ministre, l’un ou l’autre candidat dans un pays voisin.  Ce serait oublier qu’un premier ministre c’est aussi  un homme politique, que tout le monde sait qu’Elio Di Rupo est  membre du parti socialiste, et qu’on ne va pas lui demander de renoncer à ses convictions.  Toute l’affaire repose donc sur la distinction à faire entre l’homme public et la fonction qu’il incarne. Elio Di Rupo sera au meeting en tant que militant socialiste et pas en tant que chef de gouvernement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle c’est Thierry Giet qui prendra la parole. Faire bien sentir la différence entre l’homme et la fonction :  tout est là. C’est un exercice subtil, et qui ne vaut d’ailleurs pas que pour le premier ministre. Si on change de camp, personne ne reprochera à Didier Reynders de soutenir  Nicolas Sarkozy  s’il le fait en tant que personnalité libérale, ce serait par contre inconcevable qu’il le fasse en tant que ministre des Affaires étrangères, parce que, là aussi, il engagerait le gouvernement.

Cette polémique en dit long sur la manière dont fonctionne la majorité papillon. Ce soir on peut parier qu’il y aura des leaders socialistes d’un peu tous les pays d’Europe autour de François Hollande.  En Allemagne Angela Merkel  soutient très ouvertement Nicolas Sarkozy et personne n’en fait un pataquès. Objection allez-vous me dire :  en Allemagne la chancelière dirige un gouvernement homogène de droite, pas une coalition. Très bien. Alors rappelez-vous qu’Yves Leterme a soutenu Jan-Peter Balkenende, son collègue néerlandais et que ça n’a pas fait réellement débat, et qu’à chaque élection française on demande bien sûr aux hommes politiques belges de qui ils se sentent le plus proche.

S’il y a débat  c’est surtout parce que la majorité fonctionne sur le système de l’affrontement continu. Avec 3 pôles bien distincts : les socialistes d’un côté, les libéraux de l’autre et les sociaux chrétiens au milieu. Cet affrontement se retrouve sur les tous dossiers.  Au travers de l’élection française, c’est bien un clivage typiquement belge que nous retrouvons. Et ce n’est pas seulement un clivage gauche-droite, c’est aussi  un débat sur l’autorité et l’autonomie du premier ministre au sein même de sa majorité. Vous vous souvenez surement d’une phrase de Charles Michel indiquant que la majorité menait une politique de centre-droit. Et le président du MR d’avancer des arguments, réforme des retraites, pas de hausse de la fiscalité. Elio Di Rupo a répondu non, pas centre droit, centre centre.  On peut relier ces deux débats : soutenir François Hollande c’est se repositionner à gauche de l’échiquier. Dire par la présence et par le symbole  ce qu’on a parfois du mal à faire passer avec des mots. Elio Di Rupo a donc deux raisons d’aller à ce meeting : montrer qu’il reste de gauche, et indiquer qu’il n’est pas l’otage des partis de sa majorité. Et plus le MR dira qu’il ne faut pas y aller, plus il aura intérêt à y être.

Dans tout ce tohu-bohu vous entendrez de nombreux commentateurs dire qu’Elio Di Rupo  qui soutient un autre socialiste c’est tout sauf un scoop. Exact. Mais nous aurons peut-être raté l’essentiel. La FGTB wallonne, Thierry Bodson en tête, ne soutient pas François Hollande. La FGTB, le syndicat socialiste belge, mais appelle à voter pour Jean Luc Mélenchon. Pour le PS c’est une polémique autrement plus critique à désamorcer.

Gauche Française et Gauche Belge : point(s) de comparaison

Par Fabrice Grosfilley dans ps, wallonie , le 27 mars 2012 08h40 | 5 commentaires

imageglobe-34151643Peut-on faire un « copié-collé » entres les partis de  gauche français et les partis de  gauche belges francophones ? Depuis hier  on est tenté de faire deux parallélismes.

Premier parallélisme entre la France et la Belgique, la situation de Bernard Wesphael. Dans quelle structure l’ancien député Ecolo va-t-il pouvoir rebondir ? Dans un parti traditionnel, comme le PS , cela semble exclu. En électron libre, Wesphael seul contre tous, ce serait suicidaire. Au sein d’un nouveau mouvement, il faudrait d’abord le créer.  A gauche de la gauche, cela reste la solution la plus logique, elle correspondrait aux thèmes portés par Bernard Wesphael lors de sa campagne interne pour la présidentielle écologiste.

A

Deux portes s’ouvrent à Wesphael

Hier soir deux partis ont publiquement fait les yeux doux à cet élu qui se revendiquait vert  à l’extérieur mais pourrait se révéler rouge à l’intérieur. Première proposition du « parti de gauche », une formation française, fondée par Jean-Luc Melenchon lorsqu’il a quitté le parti socialiste français en 2008. Dans un communiqué publié sur son site, le parti français affirme que « le départ de Bernard Wesphael pourrait bien ouvrir la voie à la constitution en Belgique francophone d’un mouvement combinant aspirations de progrès social, défense des valeurs laïques et mise en œuvre d’un développement économique axé sur le concept de planification écologique« .

Deux heures plus tard, autre appel du pied du PTB, le parti du travail de Belgique. Son porte-parole indique à l’agence Belga que son parti serait « ouvert » si Bernard Wesphael était candidat pour le rejoindre. Plus intéressant encore, le PTB se dit  favorable à un « front de gauche » pour les législatives de 2014. Front de gauche, c’est l’appellation qui regroupe le parti de Jean Luc Melenchon, le parti communiste français, et  quelques autres formations politiques mineures. Un front de gauche qui rencontre un vrai succès en France : Jean Luc Melenchon mobilise les foules, 100.000 personnes place de la Bastille, dynamite les plateaux télé. Bref, le fait de monter au front anime la campagne. L’idée de regrouper des petits partis de gauche sous l’appellation front de gauche avait déjà été tentée aux élections législatives de 2010 (liste numéro 18 si mes souvenirs sont bons), cela n’avait pas été convaincant. L’exemple de Mélenchon, et la disponibilité de Bernard Wesphael pourrait redonner un peu de vigueur à cette idée.

A

« Les Belges s’intéressent à la France, et l’inverse est vrai aussi »

Deuxième parallélisme envisageable, la présence de Martine Aubry à Bruxelles hier. La présidente du parti socialiste français est venue animer un meeting au Claridge à Bruxelles. Elle vient soutenir un candidat aux élections législatives. Il y a plus de 100.000 Français résidant officiellement en Belgique, dont près de  70.000 inscrits sur les listes électorales. Cela représente une petite ville moyenne. Qu’a-t-elle dit Martine Aubry ?  « Les Belges s’intéressent à la France, et l’inverse est vrai aussi. Nous avons été très touchés par le dramatique accident de Sierre, et vous l’avez également été lors des tueries de Toulouse et Montauban. »  Et puis elle a aussi rendu hommage à Elio Di Rupo et à son « courage extraordinaire »,  sans oublier de critiquer l’Europe de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel « l’Europe  a perdu son sens, elle ne doit pas être  gouvernée par la finance. »

A gauche c’est donc un peu une histoire d’inspiration. Melanchon inspire Wesphael, Aubry aimerait voir Hollande s’inspirer de Di Rupo. C’est une posture classique de campagne électorale : s’afficher aux cotés d’un parti « frère » ça vous crédibilise le discours. On n’ira pas trop loin dans la comparaison. Le PS français est souvent en difficulté, le PS wallon est un parti historiquement dominant. Le PS wallon reste très à gauche, lié fortement à un syndicat, alors que le PS français est plus social-démocrate. Les formations à gauche du PS belge sont électoralement discrètes, alors que le PS français compose depuis toujours avec des communistes ou des trotskistes plus ou moins présents. Les verts belges sont structurellement bien implantés alors que les écologistes français connaissent des succès aléatoires. Le paysage politique français bouge beaucoup alors que les partis wallons et bruxellois sont plutôt électoralement stables. Le mode de scrutin n’est pas le même (majoritaire d’un coté, proportionnel de l’autre) et les campagnes sont moins personnalisées en Belgique qu’à Paris, surtout pour une présidentielle. Melanchon n’est pas Wesphael, Di Rupo n’est pas Hollande et la colonne du Congrès n’est pas la Bastille. Le parallélisme c’est aussi une histoire de lignes qui se ressemblent peut-être, mais qui ne se croisent jamais.

Ouverture de la campagne pour les communales : les slogans en disent plus qu’ils n’en ont l’air

Par Fabrice Grosfilley dans communales, nva, ps , le 5 mars 2012 11h58 | 4 commentaires

psblog223 jours, ou 7 mois et 9 jours, c’est le délai qui nous sépare de ces élections communales qui auront lieu le dimanche 14 octobre. Deux partis politiques ont officiellement lancé les hostilités ce weekend : la NVA, samedi  à Louvain, et le PS, hier à Liège.  On y a vu les traditionnelles images des présidents de parti qui haranguent leur troupe depuis la tribune, avec les mandataires au premier rang,  le bar à l’extérieur, et pour clore le tout la chanson à l’unisson, le Vlaams Leeuw pour les Flamands, l’internationale pour les socialistes. Ces congrès ont pour objectif de  mobiliser les militants et donner une ligne directrice pour les campagnes, slogans à l’appui. « La force du changement » pour la NVA , « votre quotidien, notre combat » pour le PS.

Arrêtons sur ces deux slogans, ils sont révélateurs, et assez éloignés l’un de l’autre. Avec « la force du changement » la NVA indique clairement qu’elle se pose en alternative aux partis traditionnels.  Il faut se battre « contre les forces du statu quo » a ainsi expliqué Bart De Wever le président de la NVA, pour « montrer aux partis traditionnels qu’on ne peut continuer sur cette voie ». La NVA lance ainsi une campagne nationale, dont le thème n’est pas la gestion des communes, mais plutôt un test de popularité pour le gouvernement Di Rupo.  La dimension communautaire est ouvertement revendiquée : « nous, N-VA, devons offrir aux gens une alternative crédible, un parti qui fait de la politique de façon sérieuse et honnête, un parti qui ne se satisfait pas du peu qui est encore faisable dans ce pays, mais qui se bat pour les changements nécessaires dont la Flandre a besoin » ».

Si la NVA a choisi de mener campagne sur ce terrain-là, c’est d’abord parce qu’elle estime que ce message est porteur. La critique  du système (les autres partis ont échoué), la flamandisation des priorités (d’abord les flamands, le reste du royaume ensuite), et la dénonciation  de l’autre communauté, (ces francophones nous empêchent de réformer le pays) sont les figures habituelles du discours de la NVA. Si la NVA utilise des thèmes nationaux pour une campagne locale,  c’est aussi parce qu’elle a très peu d’expérience locale à faire valoir. Aujourd’hui la NVA a des sections locales dans toutes les communes de Flandre ou presque. Elle fera cavalier seul dans 83% des cas. Mais nous manquerons de points de comparaison, car en 2006 la NVA avait profité du cartel avec le CDV pour faire une entrée modeste dans les communes et les provinces. Pour le dire platement la NVA n’a pas de bilan à présenter.

Alors  vous me direz qu’il y a un paradoxe évident à faire une campagne communautaire sur des enjeux locaux. Qu’on ne voit pas très bien en quoi les francophones seraient responsables d’une mauvaise gestion des communes de Gand , Malines ou Hasselt.  C’est vrai, mais ce n’est pas parce que c’est vrai que l’électeur de la NVA s’en rend compte.  Et Bart De Wever a été prudent ce weekend « nous avons un retard très important par rapport aux partis traditionnels a-t-il rappelé à ses militants, nous ne pourrons pas le rattraper en une élection ».

Si on regarde le slogan du PS, on est dans l’effet inverse. C’est un slogan d’une absolue proximité. « Votre quotidien, notre combat ». On pourrait l’inverser « votre combat, notre quotidien », en temps de crise ça marche aussi, et on peut tout à fait imaginer que cette formule puisse servir à une autre formation que le parti socialiste. Même s’il y a le terme « combat », qui  appartient au vocabulaire de la gauche, ce n’est pas un slogan porteur d’un projet politique, mais plutôt un slogan qui insiste sur le lien entre l’élu et l’électeur. On emploie le pluriel pour monter qu’on est une force collective et on insiste sur le sens de l’écoute de la formation politique. L’idée qu’on est au service du citoyen et pas l’inverse. Un slogan qui met en avant les mandataires locaux plus que le parti, et qui ne nous parle pas vraiment du programme et surtout pas de la situation nationale. Exactement le contraire de ce que fait la NVA.

Si socialistes et nationaliste empruntent des stratégies quasi opposées, les deux formations jouent gros. Pour la NVA  il s’agit de se maintenir à un niveau extrêmement élevé. Un recul serait interprété comme un échec. C’est d’autant plus délicat que les sondages sont très favorables. Pour le PS il s’agit de confirmer un ancrage historique  dans les communes, alors que la politique de rigueur  n’est sans doute pas celle que plébisciteraient ses électeurs.  Quand on est le premier parti de sa communauté, on s’expose plus que les autres au risque d’une sanction lors d’un scrutin interemédiaire. Derrière les communales tout le monde pense aux législatives. Perdre trop de plumes en 2012 c’est être en mauvaise posture pour préparer 2014. C’est crucial pour la NVA qui vise la ministre-présidence en Flandre. C’est vital pour Elio Di Rupo qui espère se maintenir au « 16 rue de la loi. »

Comment Eric Massin a marginalisé Paul Ficheroulle

Par Fabrice Grosfilley dans ps , le 6 février 2012 11h54 | Commentaires fermés

Paul Ficheroulle et Eric Massin sont depuis toujours en concurrence. Tous les deux catalogués comme rénovateurs lorsque la série des affaires débute à Charleroi,   ils  n’ont jamais scellé d’alliance, mais juste partagé un ennemi commun à un moment donné.

Tout les oppose, Paul Ficheroulle est rond, voix douce, ingénieur de formation,  et joue la concertation. On lui reproche sa prudence, qui donne l’impression qu’il a du mal à trancher. Eric Massin est plus sec, avocat de formation, plus décidé, plus politique,  et sans doute plus adroit. Plus engagé dans le camp laïc aussi.

L’un  a siégé au parlement wallon, l’autre au parlement fédéral. De bons parlementaires l’un et l’autre. Ficheroulle au parlement wallon plaide pour le métro carolo et  milite pour les logiciels libres. Massin, à la chambre devient l’un des spécialistes socialistes des questions économiques. Entre ces deux là le courant n’est jamais vraiment passé.

Installé au poste de bourgmestre  faisant fonction  depuis que Jean -Jacques Viseur s’était mis en congé pour cause d’ennuis de santé, Paul Ficheroulle semblait avoir une longueur d’avance.  Logiquement, c’est lui qu’on attendait au poste bourgmestre au moins jusqu’aux élections d’octobre, tout le monde sachant qu’ensuite c’est Paul Magnette qui aurait le pouvoir de reprendre la main et de désigner son bras droit dans l’hypothèse où il resterait  ministre.

Vendredi Eric Massin a  donc décidé de forcer le destin et de prendre son avenir en main. Il a présenté sa candidature contre Paul  Ficheroulle.  Pas d’arrangement entre amis mais une véritable mise en concurrence. Score sans appel : 26 voix pour Ficheroulle,  48 (presque le double) pour Massin. A la sortie  Paul Ficheroulle ne masque pas son amertume : « j’ai été flingué par mon propre parti »  dit-il à la caméra de RTL avant d’annoncer qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections.

En réalité y a déjà longtemps que Paul Ficheroulle a perdu la partie. L’homme, parce qu’il voulait incarner la droiture retrouvé du socialisme carolo, ne s’est jamais réconcilié avec les anciens . Il a affiché une certaine proximité avec le CDH Jean Jacques Viseur. Bref Paul Ficheroulle  cultivait une image de chevalier blanc qui irritait ses camarades. A l’inverse Eric Massin  estimait que les socialistes avaient maintenant payé et qu’il fallait tourner la page et rentrer dans une nouvelle époque. Sur le plan humain, il rend visite à Jacques Van Gompel  lorsque celui-ci est incarcéré à Jamioulx. Visite symbole : le rénovateur ne renie pas ses critiques du passé, mais il lance des ponts.  Si le vote est secret, on peut imaginer qu’une partie des anciens a  finalement décidé de le soutenir.  L’époque ou Jean-Claude Van Cauwenbergh lançait que la rénovation était « le cache-sexe des ambitieux » est derrière nous.

Et puis il y a les questions de rapport de force, hérités d’avant la fusion des communes. Eric Massin c’est la section de Gilly l’une des plus fortes de l’union socialiste communale. Paul Ficheroulle c’est la section de Couillet. Une section dont il avait perdu le contrôle en décembre dernier. Les militants lui avaient, déjà, préféré un autre candidat pour être leur chef de file aux prochaines élections communales. Un désaveu flagrant. C’est à ce moment-là  bien plsu que ce weekend que  Paul Ficheroulle a perdu le match.

Sauf surprise, il y a encore une procédure à suivre, Eric Massin sera donc bourgmestre de Charleroi d’ici quelques jours. Un poste  qu’on ne lui a pas offert, un poste qu’il a conquis.  Là il y a une leçon à retenir. A Charleroi, un Paul (ou un poll, au choix) peut en cacher un autre. Paul Ficheroulle est le perdant de la semaine. Paul Magnette doit désormais être sur ses gardes. Car s’il est bien clair qu’en octobre, pour les élections communales Paul Magnette sera numéro  1 et Eric Massin numéro 3. On sait désormais que le  numéro 3 a le soutien des militants.

Jean-Claude Marcourt réveille le régionalisme Wallon

Par Fabrice Grosfilley dans communauté française, ps, wallonie , le 16 janvier 2012 09h27 | 11 commentaires

marcou3

C’est par la presse que le réveil se manifeste. Dans Le Soir, on commence par évoquer un plan W. W comme Wallonie. Dans la Libre Belgique, une interview choc de Jean Claude Marcourt. C’était  samedi. Il y expliquait qu’il y avait effectivement des cercles où l’on réfléchissait à l’avenir de la région, même si cela ne passe que par l’institutionnel. Qu’à l’avenir il n y aura que 3 grandes régions et qu’il faut donc « déconstruire » la fédération Wallonie-Bruxelles pour la reconstruire ensuite, parce que « cette fédération ne correspond plus à rien. »

Immédiatement, tollé dans les rangs. Rudy Demotte, qui est le ministre-président de la Région wallonne et de la fameuse fédération sort du bois: « Le lien entre la Wallonie et Bruxelles doit rester indéfectible ». Ce que vous pouvez traduire par « pas du tout d’accord avec Jean-Claude ». André Antoine, ce matin, se dit « très surpris» et note « qu’heureusement d’autres voix que celle de Jean-Claude Marcourt se sont fait entendre ».

Vous pourriez me dire qu’il ne s’agit que d’un débat théorique qui concerne le futur. Jean-Claude Marcourt a bien le droit de réfléchir à l’avenir de la Belgique avec qui il veut. Au contraire, si personne ne le faisait, on serait en droit de reprocher à nos élites de manquer de préparation, le moment venu. Mais ce n’est pas si théorique que ça.

Depuis le début de la législature, la communauté française a changé de nom pour devenir la fédération Wallonie-Bruxelles.  On a confirmé le principe des doubles casquettes : la plupart des ministres  qui siègent au gouvernement de la fédération sont des ministres qui travaillent aussi et avant tout  dans un gouvernement régional : à la région Bruxelloise pour Evelyne Huytebroeck,  à la région wallonne pour André Antoine, Jean Marc Nollet, Jean-Claude Marcourt et Rudy Demotte. Il n’y a que deux ministres qui ne s’occupent que de matières communautaires, ce sont Marie Dominique Simonet pour l’enseignement et Fadila Laanan pour la culture.

Ce  gouvernement se réunit une fois sur deux à Namur, capitale de la Wallonie. Les efforts budgétaires sont calculés en commun (Wallonie et fédération), ce qui donne l’impression que les deux caisses ne sont pas tout à fait séparées. Comme dans tous les gouvernements, il y a un gouvernement restreint,  un « kern » comme ont dit au fédéral, où l’on prend les décisions stratégiques. Problème:  dans le kern il n’y a aucun Bruxellois.  Les socialistes bruxellois ont donc commencé à se montrer critiques ces dernières semaines, surtout lorsqu’ils ont appris que les abonnements scolaires de la STIB ne seraient plus financés comme avant,  réclamant ouvertement une présence au plus haut niveau pour l’un des leurs. Il est difficile de ne pas voir dans la sortie de Jean-Claude Marcourt une sorte de réponse : rappelons aux Bruxellois que s’ils existent c’est parce que la Wallonie les défend face à la Flandre.

Ce week-end vous aurez noté qu’Elio Di Rupo n’a pas dit un mot sur la question. La thèse Marcourt et la thèse Demotte vont donc continuer à s’opposer.  Un débat de poids lourd sur lequel on attend l’arbitrage de personnalité comme Laurette Onkelinx ou Philippe Moureaux. Car c’est aussi l’une des leçons du weekend: sur les grands débats stratégiques, le président actuel du PS, Tierry Giet n’est sans doute pas en position de trancher.

244 pages pour (re)découvrir Elio Di Rupo

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral, ps, textes et documents , le 30 novembre 2011 10h24 | Un commentaire>

carpol1

« Elio Di Rupo, une vie, une vision », c’est le titre de l’ouvrage. Sur la couverture le formateur assis dans un fauteuil  rouge vif qui n’est pas encore celui de premier ministre, souriant  et nœud papillon bordeaux. De quoi s’agit-il ? D’une sorte biographie autorisée : Francis Van De Woestyne a demandé au président du PS de lui raconter sa vie mais aussi les grands moments de sa carrière politique,  et un peu des coulisses du pouvoir des dernières années.  Une dizaine d’entretiens au total, à chaque fois plusieurs heures de discussions, ce qui est rare dans notre métier. Ces interviews ont été menées entre mars et octobre de cette année. Mars on était encore en plein blocage, octobre, là les choses sérieuses étaient déjà bien lancées, mais à aucun moment Elio Di Rupo ne revient en profondeur sur les négociations en cours.

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout Elio Di Rupo, vous y lirez le récit de son enfance. Fils de mineur, 7 enfants, le père écrasé par un camion-citerne alors qu’il a 9 ans. Sa mère, qui  n’a qu’une pension de 300 francs, une partie de la famille sera placée en orphelinat. Le parcours d’Elio Di Rupo c’est aussi celui de l’intégration. Le souvenir d’avoir été traité de macaroni dans la cour de récréation, pour finir au sommet d’État en étant régulièrement reçu par le roi Albert II, ça c’est de l’ascension sociale.

Elio Di Rupo  revient  sur sa conquête de la ville de Mons, il aura dû patienter, sur  le gouvernement Dehaene, sur son accession à la tête du parti socialiste et bien sur  l’affaire Trusgnac, ce jeune homme qui l’accusait de pédophilie. « Si je n’avais pas été réhabilité cela eu été insupportable à vivre ».

Parmi les révélations du livre, ce récit de l’intérieur d’un épisode de l’orange bleue. C’est en 2007. Les négociations entre les libéraux et les sociaux chrétiens sont un échec. Elio di Rupo raconte que c’est Guy Verhofstadt qui le rappelle et il affirme que Didier Reynders a voulu à ce moment-là se débarrasser du CDH.  Le seul CDH qui trouvait grâce auprès de Didier Reynders à ce moment-là était Josly Piette et Elio Di Rupo raconte qu’il a donc été chargé de demander à Joëlle Milquet que Josly Piette soit le ministre des démocrates humanistes dans ce fameux gouvernement Verhofstadt qui va  tenir 3 mois.

L’avantage d’un livre entretien c’est que personne n’est là pour vous contredire. Ce qui n’empêche pas qu’avoir la vision du formateur et potentiel premier ministre, après 540 jours de crise est évidement bigrement intéressant. Le  livre sortira demain en librairie aux éditions Racine. 222 pages au total, une traduction en néerlandais  aussi, ça peut aider. Pour la petite histoire il était prévu que l’ouvrage soit mis en vente au mois de décembre.  Les éditeurs ont subitement accéléré la cadence. C’est peut être le signe  que quelque chose d’importance se rapproche.