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monarchie

Dans la famille royale, je demande la soeur et j’attends la fille

Par Fabrice Grosfilley dans anecdote, monarchie , le 7 juin 2012 09h54 | 12 commentaires

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Quand on lit les journaux c’est un peu difficile de s’y retrouver. Il y a quelques mois, Le Soir nous affirmait mordicus que le roi Albert II se sentait fatigué, qu’il s’apprêtait à passer la main, que Philippe était prêt et que tout  le monde politique s’y préparait. Ce matin La Libre Belgique nous propose le parfait contrepied de son concurrent. D’abord le roi Albert II serait loin d’être parti, au contraire même, le monde politique estimerait qu’il est le seul à pouvoir assumer sa tâche aujourd’hui et le prierait de rester le plus longtemps possible. Ensuite, sous la pression des partis nationalistes flamands, on prierait Philippe de ne pas monter sur le trône: il est trop critiqué par la N-VA. On confierait donc la régence à la princesse Astrid en attendant qu’Elisabeth soit en âge de devenir une vraie reine.

Dans la famille royale, je te donne le fils, je demande sa sœur et je garde la fille. Et mon estimé confrère de La Libre Belgique (Christian Laporte)  de nous citer les articles de la constitution qui permettraient de mettre ce scénario en musique. Ouais. Même la libre estime que ce plan Astrid est un plan B, qu’on n’est pas du tout sûr qu’il se réalisera et qu’on est à ce stade dans les spéculations de spécialiste et rien d’autre. On rappellera qu’hier Albert II fêtait ses 78 ans et que ceci est un bien curieux cadeaux d’anniversaire.

Pour Le Soir comme pour La Libre, ce qui me frappe c’est que les articles sont basés sur des confidences anonymes. On nous glisse que les scénarios dont on nous fait part ont germé dans la tête de certains ministres, mais sans jamais citer de nom, que ça se discute dans les états-majors des partis politiques,  mais on ne sait pas lesquels, que certains diplomates sont dans la confidence, ce qui est flou, ou que l’on teste des pistes, sans nous dire qui ni comment. Parfois on nous précise que le scénario germe dans des têtes francophones, vous parlez d’une indication! Pour faire court, ce sont des conversations de diners en ville, on est plus proches de la réflexion que de la décision.

Soit le débat est posé, et alors il faut le porter publiquement. Soit il ne l’est pas, et on est dans le registre du café du commerce. Pour info, on rappellera qu’Albert II est le sixième roi des Belges, que le seul de ses prédécesseurs à avoir abdiqué fut Léopold III pour des raisons historiques précises et que le principal atout de la monarchie comparé à la république c’est la stabilité: que les choses se fassent dans le calme, dans l’ordre, sans précipitation ni arrière-pensées. Si l’on considère la monarchie comme une organisation politique valable, la première cohérence consiste à ne point l’instrumentaliser.

Le fait que les journaux consacrent régulièrement leurs unes à cette question nous indique quand même 3 ou 4 petites choses.

1. Les journalistes qui écrivent ces articles sont quand même inquiets. C’est assez normal : le spécialiste de la politique se demande comment se passera la prochaine élection, le passionné de foot se demande qui sera champion de Belgique la saison suivante, le « royalty watcher » spécule sur la succession, chacun ses obsessions.

2. C’est un fait objectif, Albert II a 78 ans. Il a connu des petits problèmes de santé. Après les élections de 2014, si le gouvernement tient jusque-là, il en aura 80.

3. Le roi continue de jouer un rôle politique surtout lorsqu’on traverse une période de crise.

4. Mais là, je suis mauvaise langue, que mes confrères me pardonnent, une bonne « une » sur la succession du roi ça fait vendre des journaux.

A tous les observateurs, un conseil quand même: attendons les élections communales en octobre et les législatives au plus tard en 2014 avant de lancer les hypothèses. Vouloir attribuer la couronne avant ces scrutins, c’est mettre le carrosse royal avant les bœufs.

La compil de Dehaene découvre (un peu) la couronne

Par Fabrice Grosfilley dans monarchie , le 16 mai 2012 09h45 | 4 commentaires

memoires

Un ancien Premier ministre qui publie ses mémoires, c’est un événement. C’est d’autant plus un événement que Jean-Luc Dehaene a été au sommet de l’Etat pendant près de 30 ans : chef de cabinet dans les années 70, parlementaire dans les années 80, ministre à partir de 1988 et Premier ministre de 92 à 99. Et surtout c’est un événement parce que le démineur, comme on l’a souvent appelé, est un personnage ambigu. Capable de protéger un secret comme personne. Capable aussi de foncer dans le tas, et de dire ce qu’il pense sans langue de bois quand il en a envie. Tous les journalistes qui l’ont connu se remémoreront les deux facettes du personnage : courir derrière Jean-Luc Dehaene, qui ne se retourne même pas parce qu’il n’a pas envie de vous répondre, ou encaisser en plein milieu d’une conférence où il mélange allégrement français et néerlandais dans une seule et même phrase, une déclaration choc au moment où on ne s’y attend pas.

Avec ses mémoires Jean-Luc Dehaene n’écrit pas pour ne rien dire, ses lecteurs ne seront pas roulés. Plus de 950 pages, c’est dense, plein d’anecdotes et c’est du direct. Onze Jean-Luc n’écrit pas avec des gants, et le personnel politique en prend parfois pour son grade. Joëlle Milquet par exemple : « C’est une obsédée textuelle, elle peut devenir crispante pour ses partenaires de négociation »… Philippe Moureaux : « Il essaye toujours de déstabiliser ses adversaires. Il peut se montrer très brutal. » Didier Reynders : « Très intelligent, il en a conscience et ne manque pas une occasion de le faire sentir. Il est glacial et possède une bonne dose de cynisme. »

On l’imagine bien, Jean-Luc, grommelant avec un haussement d’épaules en écrivant ses lignes. Mais le terme écrire ce n’est pas tout à fait juste. Ce bouquin compile des prises de note : Jean-Luc Dehaene avait l’habitude de s’enregistrer avec un dictaphone (je l’ai vu faire). C’est sa secrétaire qui a retranscrit le tout.

Dans ce livre, Dehaene revient donc sur sa carrière politique, s’arrête sur ses années au 16, et regrette d’avoir accepté une mission de trop, celle de la présidence de Dexia. Mais l’essentiel est ailleurs. Longtemps on a pensé que le CVP, l’ancêtre du CD&V et le palais royal ne faisait qu’un. On se demandait qui instrumentalisait l’autre. Que Jean-Luc Dehaene, en bon CVP, était l’archétype du bon ministre proche de la monarchie qui jamais, au grand jamais ne trahirait la couronne.

Pourtant dans ses mémoires, c’est finalement sur ses relations avec le palais que Jean-Luc Dehaene nous en dit le plus. Dehaene était au pouvoir en 93 lors de la mort du roi Baudouin. C’est lui qui organise la succession et installe Albert II, conformément à la constitution. Nous lirons donc comment il a réuni le conseil des ministres et appelé Albert II pour lui dire que le gouvernement souhaitait le voir monter sur le trône et que l’hypothèse de confier le pouvoir à Philippe n’était pas celle qui était souhaitée. L’ancien Premier ministre écrit qu’à ce moment-là, Albert II a accepté la mission mais qu’il songeait à transmettre la couronne rapidement à son fils… Nous sommes 20 ans plus tard, la couronne n’est toujours pas transmise.

Autre petite révélation de l’ancien Premier, la façon dont sont rédigés les discours du roi, pour Noël ou pour le 21 juillet. C’est bien le palais et pas le Premier ministre qui écrit le texte, affirme Jean-Luc Dehaene, même si la constitution prévoit que toute déclaration doit être « couverte » par le gouvernement. « Je ne suis jamais intervenu », affirme-t-il, « le texte m’était soumis lors d’une audience. Je pouvais suggérer des changements, surtout sur des formulations qui pouvaient ouvrir des discussions ou des controverses politiques, mais pendant les 7 ans où j’ai été Premier ministre il n’y a jamais eu de grand débat ».

Et si Jean-Luc Dehaene rappelle dans ce livre qu’il est favorable à une monarchie purement protocolaire, il indique aussi clairement que cette idée n’est pas partagée par Albert II. Ça, mine de rien, c’est un petit scoop. Qui donne à penser qu’Albert II est bien plus soucieux de son rôle politique qu’on ne le pense. Qui prouve que les intentions du monde politique ne sont pas toujours celles du palais. Que le gouvernement et le roi se partagent le pouvoir, que cela créé des frottements, des luttes d’influence. On pouvait s’en douter, mais qu’un ancien Premier, même un peu bougon, l’écrive est une sacré confirmation.