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Didier Reynders : humour douteux, excuses heureuses

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, mr , le 11 mai 2012 09h12 | 39 commentaires

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C’est un  vrai dérapage.  Vous avez sûrement vu ou entendu Didier Reynders qui depuis la tribune du Sénat lâche « J’aurais pu aller à Molenbeek, cela aurait plus court pour aller à l’étranger. »

Le ministre des Affaires étrangères, agacé, répond ainsi à Philippe Moureaux, bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean qui vient de l’apostropher. Le matin Didier Reynders, sur la RTBF, a en effet comparé les routes wallonnes à celle d’Afghanistan. C’est blessant pour tous ceux qui entretiennent ces routes, mais les propos du Sénat sont encore d’une autre nature.

Alors je sais, certains lecteurs à l’humour gras vont trouver que je suis de nouveau un chantre du politiquement correct. Qu’on a bien le droit de rire un peu, que Didier Reynders, qui est connu pour son ironie et son sens de la répartie cinglante, n’a rien dit de méchant, et que surtout il y a un fond de vérité. Eh bien non!

Dire que Molenbeek c’est l’étranger, même sous forme d’une boutade, ce serait comme affirmer que tous les Carolos sont corrompus, que les habitants du centre sont chômeurs de père en fils, que tous les Liégeois sont toxicomanes, ou qu’à Uccle, la nouvelle commune de Didier Reynders, il n’y a que des gros bourgeois qui roulent en 4×4. C’est faux, c’est réducteur, c’est blessant.  Il y a des blagues qu’on peut se permettre entre amis dans l’arrière-salle d’un café, pas à la tribune du Sénat.  C’est au minimum une maladresse. Le problème c’est que quand on est ministre des Affaires étrangères on a justement pas le droit d’être maladroit.

Mais il y a pire encore. Dire que Molenbeek c’est l’étranger, c’est véhiculer une pensée primaire et raciste.  En région bruxelloise, il y a un peu plus d’un million d’habitants, et à peu près 300 000 étrangers. Qu’est-ce qu’un étranger ? C’est un résident qui n’a pas la nationalité belge.  Jetons un petit coup d’œil aux statistiques.  En 2008, Molenbeek-Saint-Jean, la commune de Philippe Moureaux, 24,9% de la population était étrangère. En 2008, à Uccle, la commune de Didier Reynders,  26,8%. Si on rentre dans cette logique qui consiste à repousser les autres, Uccle est donc plus à l’étranger que Molenbeek.

Ces propos reposent sur une vision de la Belgique qui n’est pas basée sur la nationalité mais sur la culture, la religion, l’apparence. Cette petite phrase de Didier Reynders conforte tous ceux qui pensent que musulmans et Belges, ça ne fait pas bon ménage. Et bien si messieurs-dames, on peut être belge et musulman, belge et porter le foulard, belge et fréquenter une mosquée, belge et avoir la peau foncée, belge et ne s’appeler ni Van Hamme ni Mertens. Ceux qui prétendent le contraire sont simplement xénophobes, il n’y a pas d’autres mots.  Il y a 60 ou 70 ans, il existait en Belgique des hommes politiques et des journalistes pour s’offusquer que les Italiens, qui arrivaient en masse pour travailler dans les mines, ne pourraient jamais s’intégrer. Qu’ils étaient bruyants, qu’ils provoquaient de l’insécurité, et que vraiment avec ce linge pendu aux fenêtres, on n’était plus chez nous en Wallonie. 60 ou 70 ans plus tard, c’est le même  reflexe du repli sur soi. La petite phrase de Didier Reynders a au moins l’avantage de voir que le débat qui agite nos voisins français entre les deux tours de l’élection présidentielle, les  démocrates peuvent-il reprendre les thèmes de Marine Le Pen, est un débat qui n’est pas absent chez nous. Tant qu’à faire, posons le  franchement, et pas par l’intermédiaire de petites phrases subliminales. J’ai trop d’estime et de respect  pour Didier Reynders pour penser que sa petite phrase soit intentionnelle. Je le connais assez pour décoder qu’en parlant de Molenbeek il veut surtout s’en prendre à son bourgmestre.

Mais soyons clairs, Monsieur le Ministre, cher Didier.  Pensez-vous être un pur Nervien ? Vos ancêtres ne se sont jamais mélangés avec les Ménapiens, les passage des Romains, des Goths, des Ostrogoths, des Huns, des Espagnols, n’ont eu aucun impact ?  La Belgique est une terre d’immigration. C’est sa situation géographique qui veut ça. On peut (on doit peut-être) tenter  de la réguler, on ne peut pas rêver d’une frontière étanche sans tomber dans un système autoritaire.

Hier soir Didier Reynders a eu la sagesse de s’excuser, par l’intermédiaire d’une déclaration à l’agence Belga « si  mes propos ont heurté je le regrette ». Ce sont des excuses du bout des lèvres, soit. Mais elles sont importantes.  Il n’est jamais simple pour un homme publique de faire machine arrière. Etre capable de reconnaître qu’on a dérapé est une qualité. Il serait sain que ces excuses soient franches et réellement assumées. Personne ne disconvient que le ministre des Affaires étrangères est, en plus d’être d’une vive intelligence, un autenthique démocrate.

On a entendu ces derniers mois des mandataires  tenir des propos  bien plus ambigus que ceux de Didier Reynders. Eux ne se sont pas excusés.  C’est ce qui fait la différence entre une maladresse, une phrase impulsive prononcée un peu trop vite, et un vrai positionnement xénophobe.  La différence aussi  entre les démagogues et un homme d’Etat.

Laurent Louis, Souhail Chichah: la convergence des provocateurs

Par Fabrice Grosfilley dans chambre , le 20 avril 2012 08h52 | 31 commentaires

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Laurent Louis, on en parle abondamment sur toutes les antennes, est donc ce député qui prétend démontrer qu’on n’a pas dit toute la vérité sur l’affaire Dutroux. Qu’il existe des réseaux pédophiles, et que le monde politique les couvre.  Pour donner du crédit à son délire, et aussi sans doute pour faire parler de lui, ce député a donc voulu se servir de l’image de Julie et Melissa.  Diffuser la photo des deux fillettes, publier le rapport d’autopsie, sous-entendre qu’on aurait acheté le silence de leur parent. Rarement les propos d’un élu m’ont paru aussi écœurants.

Souhail Chichah est dans un autre registre. Ce jeune chercheur de l’ULB avait perturbé une conférence au cri de « Burqa Blabla ». Hier, Souhail Chichah avait appelé à une manifestation devant le bâtiment de nos confrères de la RTBF. Et dans une interview  au journal la Dernière Heure, il affirmait que ce rassemblent serait l’occasion d’un règlement de compte avec un groupuscule d’extrême droite. « Nous allons régler cela à la hache, il y a un moment où le débat démocratique n’est plus de mise et où l’heure de l’affrontement physique a sonné. » Des phrases ensuite plus ou moins démenties. Avec Souhail Chichah on ne sait jamais si c’est sérieux ou pas. L’homme n’est-il pas simplement en train de se moquer des médias ? Bref on hésite entre bêtise, dérision et  délire, mais aucune des trois interprétations ne saurait nous arracher le moindre début de sourire. Hier soir en tout cas  la manifestation n’a pas eu lieu.

Ce matin, aux prises avec  ces deux individus et leurs exploits respectifs j’avais bien peur de me retrouver en chômage technique. Tous les jours je vous donne rendez-vous  ici pour explorer la face noble de la politique. Pourquoi on emploie un mot plutôt qu’un autre ? Quelle est la force d’un slogan, la portée d’une proposition de loi, les conséquences d’un ajustement budgétaire ? Ensemble nous essayons de décortiquer les programmes, de comprendre les différences, de décoder les stratégies. De saisir la portée des projets derrière les ambitions des hommes ou des femmes.

La face noble de Laurent Louis et Souhail Chichah, j’ai du mal à l’appréhender. Au lieu de gloser inutilement j’ai donc  plutôt envie de partager un petit rêve avec vous. Celui de regrouper Laurent Louis et Souhail Chichah, de les mettre face à face. Bien sûr ces deux-là vont être furieux que je les fourre dans le même sac. Leurs idéaux et leurs projets n’ont rien de commun pensent-ils sans doute.  Pourtant ils partagent cette conviction d’être les détenteurs incompris d’une vérité que les autres ne voudraient pas saisir. L’un comme l’autre hurlent au complot des médias, dénoncent des censures imaginaires, évoquent des dénis de démocratie et  jouent la carte de la victimisation. Des chevaliers blancs, qui sont plutôt des cavaliers bruns. Dans mon rêve, on les mettrait sur un ring, puisque l’un et l’autre voient la politique comme un combat. L’un viendrait avec ses photos et son phantasme d’un grand réseau. L’autre viendrait avec sa hache et ses provocations. Je vous rassure : ce n’est qu’une rêverie. Dans la réalité, je ne leur veux pas de mal, et je ne voudrais surtout pas qu’ils en viennent aux mains.  Ce qui différencie ceux qui croient dans la démocratie de ceux qui la combattent, c’est justement la conviction que le débat n’est pas l’affrontement, et qu’on peut être en désaccord sans être dans la surenchère, dans la provocation, dans la manipulation, dans la calomnie ou dans la haine de l’autre.

Dans mon rêve, beaucoup d’hommes et de femmes, de droite, de gauche, jeunes, vieux, francophones, flamands, catholiques, musulmans, laïcs, conservateurs, progressistes, passeraient à côté du ring. Personne ne s’arrêterait.  Parce que notre énergie et notre temps sont trop précieux pour être confisqués par des provocateurs de pacotille.

Réforme de l’Etat : on voterait, au mieux, le 2 août

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, communautaire, fédéral, nva, parlement , le 19 avril 2012 08h46 | Un commentaire>

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Il existe une  tradition implicite qui veut qu’habituellement les parlementaires travaillent jusqu’au 21 juillet, mais qu’ensuite tout le monde part en vacances. Cette tradition risque de souffrir un peu cette année.

Si vous avez suivi les débats sur la réforme de l’Etat, vous savez que le grand accord de l’automne dernier a maintenant été traduit en projets de loi. Il y en a 16 au total, qui traduisent donc en textes  législatifs tous les ingrédients de l’accord. On scinde l’arrondissement électoral Bruxelles-Hal-Vilvorde, mais en compensation on créée une communauté urbaine, on renvoie le contentieux concernant les bourgmestres de la périphérie vers une chambre bilingue du conseil d’Etat, on scinde l’arrondissement judiciaire et on simplifie les procédures de vote pour les Belges à l’étranger. Tout ça ne se votera pas en  deux minutes.

Ces derniers jours les états-majors des partis politiques ont fait passer le message à leurs troupes parlementaires. Députés et sénateurs feront des heures supplémentaires dans les prochaines semaines. Les propositions sont en effet renvoyées devant le conseil d’Etat qui a maintenant 45 jours pour se prononcer. Ensuite il faudra  débuter les travaux en commission des affaires institutionnelles, des commissions placées directement sous l’autorité des présidents des deux assemblées, Sabine de Béthune pour le Sénat, André Flahaut pour la chambre. Là les parlementaires pourront interroger, consulter, modifier les textes, ce qui prendra plusieurs semaines pour chaque texte. Il faudra aussi tenir compte des jours fériés, le lundi de Pentecôte par exemple. Et puis surtout il va falloir synchroniser les votes. Puisqu’il s’agit d’un grand accord, comprenez un grand échange, il n’est pas question de voter un jour la scission de l’arrondissement électoral, et de renvoyer les compensations francophones  à la semaine suivante, ou inversement.  Il va aussi falloir accorder le parcours des différentes propositions entre les deux assemblées :  13 d’entre elles passeront d’abord par le sénat,  pour les 3 autres, dont celle qui concerne l’arrondissement judiciaire par exemple, c’est directement la chambre.

D’après mes informations le gouvernement a ainsi fait un projet de calendrier qui prévoit que le vote de l’ensemble de la réforme aura lieu au mieux le 2 août. Et encore, s’agit-il ici d’une  situation idéale, sans tenir des comptes des éventuels reports ou des manœuvres de retardement que pourrait tenter l’opposition. Dans la majorité, j’entends deux types d’avis ces jours-ci. D’abord les optimistes, qui pensent que les parlementaires n ’hésiteront pas à mettre les bouchées doubles. D’abord parce que tout le monde a envie de partir en vacances au plus vite, qu’après le 21 juillet les médias tournent au ralenti, qu’il faut prendre un peu de repos avant de se jeter dans la bataille des communales en septembre et puis surtout parce qu’au fond personne n’aurait vraiment intérêt à faire trop de vagues sur ce débat. Ni dans la majorité, où le débat a déjà eu lieu,  ni dans l’opposition. Plus on parlerait de BHV plus l’électeur qui serait tenté de voter N-VA se souviendrait  que finalement cet arrondissement a bien été scindé et que finalement il peut faire confiance à l’Open VLD et au CD&V pour tenir leurs engagements. Les tenants de cette thèse pensent que la N-VA fera profil bas et que le FDF, qui n’est pas présent au sénat, n’aura pas les moyens de bloquer la machine.

Autre avis, moins optimiste,  celui des parlementaire, parfois très expérimentés, qui parient eux sur une nouvelle poussée de fièvre communautaire et qui évoquent un débat qui pourrait durer jusqu’au 15 aout.

Pour la seconde grande réforme de la constitution, en 1980, on avait voté un 8 août. Le  8 août, si je suis bien informé,  c’est aussi  date avant laquelle,  dans un des partis concernés, on a discrètement demandé aux parlementaires de ne pas prévoir de vacances. Dans les milieux  politiques cette année, si on envisageait des congés, il ne faut surtout pas oublier de prendre une assurance annulation.

Edito: une minute de silence pas comme les autres

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, parlement , le 16 mars 2012 09h28 | 9 commentaires

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Des minutes de silence, on en observe souvent au parlement. En début de séance lorsqu’un ancien parlementaire est décédé. Lors d’une catastrophe internationale, un accident, un tremblement de terre, des inondations, et que la chambre veut marquer sa solidarité avec des victimes plus ou moins lointaines.

Les députés ou les sénateurs observent alors une sorte de rituel, avec toujours la même mécanique. On se lève, 150 parlementaires qui se lèvent en même temps ça fait un peu de bruit. On baisse les yeux, on se tortille, on grimace, et au bout de quelques secondes, la voix du président, « je vous remercie », on se rassoit et on lance les débats. Depuis ma tribune de ma presse, à la chambre,  j’ai déjà vécu ça des dizaines de fois.

Hier cela n’avait rien à voir. Les députés se sont levés dès le début de la séance. Ils sont restés debout, immobiles,  pendant les 2 allocutions, celle du président de la chambre, puis celle du premier ministre Elio Di Rupo. Pas un chuchotement, pas un mouvement. « Notre chagrin est incommensurable. Notre pays tout entier pleure ses enfants » explique Elio Di Rupo à la tribune. Dans l’assistance les visages sont fermés, sérieux, concentrés. C’est vrai pour les ministres au premier rang,  pour les parlementaires,  mais aussi pour les huissiers ou pour les collaborateurs de groupe parlementaire qui sont debout dans les tribunes.  Anémie Turtelboom,  la ministre de la Justice, arrivée quelques secondes en retard n’ose pas traverser l’hémicycle tant l’atmosphère est solennelle, elle  reste  dans le couloir d’entrée, débout,ses dossiers sous le bras. Quelques minutes plus tard on répétera le même cérémonial, avec la même émotion, au sénat.

Deux membres du personnel du parlement, un traducteur du sénat  et un employé du restaurant avaient des enfants dans l’autocar.  L’un est décédé, l’autre est dans le coma. En bas dans l’entrée, un bouquet de fragiles fleurs blanches et un registre de condoléances sont posés sur un bureau installé au péristyle, l’entrée majestueuse du parlement. Députés, sénateurs, ministres, on fait la file  pour  signer.  Dans ce hall d’entrée entre les deux escaliers, rouge coté sénat, vert côté chambre, ce lieu de passage, habituellement si bruyant, on parle à voix basse. Mieux, on ne parle pas. Comme si les débats étaient suspendus.

Le parlement, ce lieu de discours, d’interpellation, de joute oratoire,  de polémiques parfois, a la mine grave et les lèvres fermées. Ce matin le personnel de la chambre et du sénat se retrouvent à 11 heures dans le parc royal, face au parlement.

Faut-il un quota de femmes dans la fonction publique ? Et dans le monde politique ?

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, fédéral, mode d'emploi , le 22 février 2012 09h35 | 7 commentaires

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Le secrétaire d’Etat Hendrick Bogaert pose à nouveau la question des quotas. Sur 14 top managers qui dirigent un service public fédéral, il  n’y a qu’une seule femme (7 %), un cran en dessous sur 170 très hauts fonctionnaires, 27 femmes (16% seulement). D’où l’idée du secrétaire d’Etat : instaurer un quota qui garantirait une proportion minimum de hauts fonctionnaires au féminin :  10% en 2012, 20% en 2013, 30% à partir de 2014. Aussitôt polémique, la NVA a fait savoir qu’elle était contre et qu’elle pensait que c’était contraire au droit européen.

Pour éclairer le débat, c’est peut-être utile de s’intéresser à nouveau  à la place des femmes en politique, même si j’ai déjà écrit sur le sujet. Vous savez qu’il a fallu attendre 1948 pour que les femmes aient le droit de vote. Depuis 2002 les lois sur la parité imposent d’avoir autant de femmes que d’homme sur les listes de candidats. Et pourtant   dans les faits, il y a toujours nettement plus d’élus (masculin) que d’élues (féminin). Entre la parité de la  liste et le choix de l’électeur, il y a de la marge, mais on peut constater que la proportion de femmes progresse.

Commençons par le parlement. A la chambre sur les 150 députés élus en  juin 2010 il y a 59 femmes. Cela nous donne un ratio de 39%. C’est plutôt un bon score,  si c’est moins bien que la Suède (45%) ou les Pays-Bas (40%) , c’est mieux que la Grande-Bretagne (22%). Si on fait le détail par groupes politiques, c’est chez les écologistes francophones que la parité est la mieux respectée : 4 femmes sur 8 députés. La NVA  s’en tire très bien avec 13 femmes sur 27 parlementaires alors que les socialistes francophones n’ont que 9 députées sur 26 sièges.

Au sénat 30 femmes sur 71 sénateurs c’est pas mal.

Au gouvernement fédéral : 19 membres 6 femmes, ça fait un tiers, pas mal non plus. Mais si on prend le conseil restreint (le « kern » en bon français) la proportion diminue à  2 sur 7.

C’est l’un des aspects du problème, plus vous montez dans les sphères de décision, moins il y a de femmes.

Au bureau du sénat on compte ainsi  7 femmes sur 17 membres, à  la chambre 4 femmes sur 21 membres du bureau.

Il y a un an ce débat des quotas avait déjà agité le monde politique. La chambre avait alors voté un texte qui impose d’installer progressivement un tiers de femmes dans les conseils d’administration. Sont concernées les entreprises publiques et les entreprises cotées en course.

A l’époque il faut se rappeler qu’il n’y avait pas de gouvernement, donc  pas  de vote majorité contre opposition, chaque groupe avait voté selon ses convictions, et pas selon un accord de gouvernement. Ce texte était passé avec une majorité de gauche, les familles socialistes,  écologistes les sociales-chrétiennes avaient voté pour. Les libéraux flamands, l’extrême droite, la NVA avaient voté contre. Le MR, s’était divisé entre  des voix  contre et des abstentions.

Assistera-t-on à un nouveau débat parlementaire sur le quota dans l’administration ? Pas sûr. Ce point n’est pas dans l’accord de gouvernement. Certains membres de la majorité pourraient préférer à la méthode des quotas une règle comparable à celle qui existe en Allemagne : pas de quotas, mais en cas de candidatures à égalité c’est la femme qui l’emporte. Et on rappellera que les membres du gouvernement ont un moyen très simple de corriger la situation. C’est de nommer des femmes. Pour cela pas  besoin de légiférer. Ça tombe bien, il y   a justement beaucoup de nomination en retard.

Georges Gilkinet sur un siège éjectable

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, ecolo , le 9 février 2012 10h42 | Commentaires fermés

imageglobe-20381110C’était la une du journal le Soir hier. Un soupçon de délit d’initié dans l’affaire Dexia. Autrement dit, un actionnaire qui apprenant une information avant tout le monde en profite pour vendre ou pour acheter au bon moment (en l’occurrence  il s’agit de la vente d’un paquet important d’actions quelques heures avant que la note de Dexia  ne soit dégradée par une agence de notation et que le cours ne se mette à plonger). Cette information a été donnée à huis clos lundi  après-midi  aux députés membres de la commission Dexia. Le fait qu’elle se retrouve dans la presse 48 heures plus tard provoque donc un tollé parmi les commissaires.  Le bureau de la commission s’est donc réuni en urgence hier. Il  désigne du doigt deux députés : Georges Gilkinet, écolo, soupçonné d’être à l’origine de la fuite dans le journal le Soir et Meyrem Almaci, de groen, soupçonnée d’avoir transmis la même information au journal de Tijd.

Les deux députés nient  l’accusation d’être à l’origine de la fuite. Georges Gilkinet affirme qu’il n’a fait que commenter une information que les journalistes avaient obtenue par ailleurs. Pour les membres de la majorité, socialistes, libéraux, sociaux-chrétiens,  il n’y a  pourtant pas de doute possible. Georges Gilkinet était le seul député à avoir été interrogé, il y a donc « rupture de confiance. » Hier matin,  le courroux était perceptible. Lors d’un bureau de la commission, la présidente Marie-Christine Marghem a même fait savoir qu’il était désormais exclu de continuer à « travailler dans des conditions pareilles ».

Dans une affaire de délit d’initié c’est la FSMA qui enquête.  La FSMA est l’autorité des services et marchés financiers, le gendarme de la bourse. En bon gendarme la FSMA ne dit jamais si elle instruit un dossier ou pas. Quand on leur pose la question ses représentants bottent en touche. C’est d’ailleurs ce qu’avait fait son président Jean Paul Servais lorsqu’il était venu devant les commissaires.

Annoncer qu’il y a une enquête c’est prendre le risque que les personnes soupçonnées de délit d’initié ne détruisent les preuves.  Pour les députés de la majorité les écologistes ont donc pris la responsabilité de torpiller une enquête éventuelle. Certains membres de la majorité estimant par ailleurs que les preuves d’un délit d’initié n’étaient pas réunies, loin de là, et qu’on allait un peu vite en besogne. La critique d’un comportement électoraliste de députés souçieux de tirer la couverture médiatique vers eux est sous-jacente.

Ce matin les deux députés écologistes sont sous pression. La commission  a prévu une nouvelle réunion en fin de journée. A l’ordre du jour ni plus ni moins que l’expulsion des deux députés.  Si c’était le cas, ce serait un fait rarissime. Suspendre un parlementaire de ses activités c’est un petit peu l’arme atomique.  Ce serait une « réaction démesurée » juge Georges Gilkinet. Les deux députés en question sont d’ailleurs parmi les plus actifs au sein de la commission Dexia.

L’arme est d’ailleurs à double tranchant, exclure les écologistes, qui font partie de l’opposition au parlement fédéral ce serait leur permettre de se poser en victime.  Ne pas les sanctionner ce serait banaliser la rupture du huis-clos. Hier des possibilités intermédiaires étaient envisagées. Georges Gilkinet pourrait être suspendu de sa fonction de rapporteur de la commission par exemple. Avec deux questions sous-jacentes : accuser sans preuve formelle reste délicat, et si rompre un huis-clos est une faute grave, commettre un délit d’initié est pire encore.

Jean-Charles Luperto critique André Flahaut

Par Fabrice Grosfilley dans chambre , le 12 janvier 2012 17h09 | Commentaires fermés

C’est la brouille entre camarades présidents. Jean-Charles Luperto, president du parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles n’a pas du tout apprécié les initiatives du président de la chambre en faveur d’une réforme du statut des parlementaires fédéraux (voir mon billet précédent ou l’interview du président de la chambre dans la colonne de droite de ce blog). Plus encore que le fond c’est la forme et le sous-entendu selon lequel les parlements régionaux et communautaires n’auraient qu’à s’aligner en bout de processus qui irrite le président du parlement de la fédération francophone.
Ce midi, en présentant ses vœux à la presse Jean-Charles Luperto donc annoncé qu’il préparait un ‘courrier pour rappeler courtoisement l’obligation de loyauté fédérale’. En d’autres termes une lettre de protestation qui devrait également être signée par la présidente du parlement wallon (Emily Hoyos) et par le président du parlement flamand (Jan Peumans), Françoise Dupuis, pour le parlement bruxellois réservant sa réponse.
Dans les parlements fédèrés on n’a pas apprécie du tout d’être mis devant le fait accompli et d’apprendre par la presse les reformes décidées par les députes ou les sénateurs. C’est que toucher au régime des pensions ou à l’indemnité de base des parlementaires a un impact pour toutes les assemblées (les salaires sont alignés, et le plafond du cumul autorisé est fixé à 150% de la rémunération d’un députe par exemple).
Plus que le fond c’est l’idée que le fédéral voudrait montrer l’exemple qui fait sortir Luperto de ses gonds, soutenu en cela par le bureau de son assemblée. Et le président du parlement du 72 rue royale de rappeler à son voisin du 10 rue de la loi que son assemblée a été la plus rapide à se réformer (il y a deux ans et demi) et que dans les parlements régionaux et communautaires on a divisé les primes pour fonction spéciales par deux, là où le fédéral songe à les diminuer de 15 ou 20%. Jean-Charles Luperto lui-même a ainsi vu son salaire passer de 11 000 à 9 300 euros (mais il faut ajouter son mandat de bourgmestre) alors qu’André Flahaut touche toujours 16 000 euros. Le jeune président demande donc à son ainé de réunir la conference des présidents des parlements, qui ne s’est réunie qu’une fois en deux ans. Et devant la presse il s’est autorisé quelques petites piques. : ‘il faut que cette course à l’echalotte qui consiste à comparer les assemblées s’arrête, nous avons, nous réalises 25 millions d’economies en une legislature‘. Ou encore : ‘le parlement fédéral ne doit pas se comporter en mâle dominant vis à vis des entités federees’.
Également présent Serge Kubla acquiesçait :’il n’y a pas un parlement de luxe et des parlements du terroir’. Ce à quoi le président de la chambre rétorquera surement qu’en touchant à l’indemnité de base son assemblée a eu le courage d’attaquer le coeur du système. Entre présidents de parlement, même PS, on ne se fait pas de cadeaux.

Les salaires des politiques belges sont ils trop élevés ?

Par Fabrice Grosfilley dans chambre , le 12 janvier 2012 08h34 | 10 commentaires

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L’exemple doit venir d’en haut. Dans la majorité on applique cette maxime à la lettre. Après les ministres ce sont donc les parlementaires qui ont donc décidé de se serrer la ceinture pour montrer qu’eux aussi participent à l’effort d’assainissement budgétaire.  Quand on retarde l’âge des prépensions ou qu’on limite le chômage dans le temps, on ne peut pas s’épargner un peu de rigueur pour  soi-même.

5% c’est la diminution qui sera appliquée à l’indemnité de base des parlementaires.  Elle était à 5 700 euros, elle va passer à 5 400. Même si il ne faut pas oublier que les députés payent là-dessus des impôts, ils sont taxés de la manière que les professions libérales, un peu comme un médecin ou un avocat, cela reste un revenu confortable, nettement supérieur à la moyenne bien sûr. Il faut noter que diminuer l’allocation de base a un effet mécanique sur les primes ou sur les pensions, puisque c’est l’indemnité de base qui sert de base de calcul.  On notera que les parlementaires ont également décidé de supprimer les indemnités de sortie pour les députés ou les sénateurs qui quittent le parlement en cours de mandat.

Cet accord qui a donc été trouvé hier entre  les présidents de la chambre et du sénat et les chefs de groupe, n’est pas encore un accord complet. Hier il y a deux points sensibles que  les parlementaires n’ont pas pu trancher. Le premier c’est la réforme des pensions.  On a bien décidé qu’il faudrait attendre  d’avoir désormais 62 ans pour toucher une pension de parlementaires, on va sans doute aussi porter la durée de la carrière complète de 20 à 36 ans, mais  on se chamaille sur la comptabilisation ou non de la carrière précédente. Est-ce que ce qu’on a fait avant d’entrer au parlement peut compter comme année de travail dans le calcul ou pas ?  Si on dit que non cela pénalisera les parlementaires par rapport au reste de la fonction publique. Si on dit que oui, allonger la durée de la carrière complète aura beaucoup moins de sens.

Deuxième difficulté, les fonctions spéciales. Les sursalaires  qu’on accorde au président, vice-président, président de commission, chef de groupe. Ce sont des montants importants, 2 000 euros en moyenne. Est-ce qu’on va les diminuer  de  5, 10 15 ou 25% ? Chambre et sénat n’ont pas  la même opinion, il semble que les sénateurs soient les plus ambitieux.

C’est l’occasion d’un petit rappel. Les présidents de la chambre et du sénat, considérés comme deuxième et troisième personnage de l’Etat gagnent aujourd’hui  un peu moins de 16 000 euros. Au nom du prestige et de l’indépendance du parlement, on a voulu qu’ils gagnent plus que le Premier ministre et les vice-Premiers  qui, eux, touchent 11 000 euros.

Si on compare au niveau européen, :

Herman Van Rompuy , président de l’union, touche 25 000 euros

Karel De Gucht, commissaire européen 20 000 euros

Nicolas Sarkozy, président français 21 000 euros

Son premier ministre François Fillon, 20 0000

Angela Merkel, chancelière allemande , 23 000 euros

Le premier ministre néerlandais, pays comparable au notre,  11 000 euros, égalité de traitement avec Elio Di Rupo

En Europe c’est le premier ministre slovaque qui est le moins bien payé, 3 500 euros.

Ce matin dans la Libre Belgique, Paul Magnette annonce son intention de diminuer les salaires des tops managers des entreprises publiques ou parapubliques comme la Poste, Belgacom ou la SNCB.  Il cite le cas de grand patrons qui gagnent 12 fois le salaire du Premier ministre. Oui, vous avez bien lu, dans le privé on peut, à un haut niveau de responsabilité atteindre discrètement les 200 000 euros mensuels. Conseil aux étudiants : si vous voulez vraiment gagner beaucoup d’argent, ne faites pas de politique.

Les députés vont s’auto-diminuer de 5%

Par Fabrice Grosfilley dans budget, chambre , le 11 janvier 2012 16h18 | Un commentaire>

Vous connaissez beaucoup de professions où l’on décide de soi-même de limiter ses revenus ? Les députés fédéraux sont en train d’entrer dans cette catégorie. A l’heure où je publie ce billet un groupe technique est en réunion à la chambre. Si je suis bien informé l’une des propositions sur la table est de réduire l’indemnité de base des parlementaires de 5% pour montrer à l’opinion que les politiques se serrent aussi laceinture et que les députés font le même effort que les ministres. Avec une indemnité mensuelle de l’ordre de 5 700 euros l’économie serait proche des 800 000 euros.  D’après mes informations l’ensemble des groupes de la majorité ont marqué un accord de principe. Il ya quelques jours déjà certains parlementaires évoquaient l’idée (Catherine Fonck l’avait fait sur son profil facebook)  mais les manières d’atteindre l’objectif faisaient débat, plusieurs pistes étant sur la table, dont une limitation de l’indexation. 

Le groupe technique devrait également plancher sur une diminution des primes liées aux « fonctions spéciales » (chef de groupe, président de commission, vice-président de l’assemblée, questeur, etc…). La solution retenue ne sera sans doute pas aussi drastique que celle préconisée par Ecolo (qui propose de les diviser par deux, article paru dans la DH ce matin) mais là aussi on parle de réductions substantielles (10 ou 15%).  Enfin les parlementaires devraient allonger la durée de carrière minimum pour toucher une pension complète de 20 à 36 ans, ce qui aura pour effet mécanique de diminuer toutes les pensions à venir. Si le groupe technique progresse suffisamment l’ensemble de ces mesures pourraient être annoncées officiellement ce soir ou demain. tous ces changements devraient être intégrés au projet de budget et être voté debut février. Les sénateurs pourraient emboîter le pas des députés.

Elio Di Rupo: marathon man

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, parlement, union européenne , le 8 décembre 2011 09h40 | 6 commentaires

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Permettez-moi, çela ne m’arrive pas si souvent, de faire appel à mes souvenirs personnels. Cela fait à peu près 15 ans que je fréquente ce parlement. J’y ai passé de longues heures, dans les balcons de la presse, à écouter Jean Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, Yves Leterme.  Et hier pour la première fois  j’ai donc vu un premier ministre francophone monter à la tribune et demander la confiance de la chambre. Il y a 2 ou 3 ans,  je n’aurais jamais pensé que cela m’arriverait un jour. La journée d’hier était une journée vraiment particulière. Pour Elio Di Rupo bien sûr, mais pour ceux qui l’écoutaient aussi.  Perché dans la tribune des sénateurs j’avais les députés en face de moi. Tous étaient sérieux, la mine grave, concentrés. Même le Vlaams Belang, qui n’est pourtant pas avare de pitreries médiatiques en temps normal, s’est abstenu de perturber ce moment assez solennel.

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En néerlandais les appels à la mobilisation économique, et en français les messages sociaux

Du discours d’Elio di Rupo  (12 pages , 50 minutes de lecture) on retiendra cet appel à la mobilisation collective. La diversité est un atout. La Belgique est un petit pays mais nous sommes grands de cœur et d’esprit,  transcendons les clivages. Le premier ministre utilise le truc que tous les premiers ministres ont utilisé avant lui. En néerlandais: les appels à la mobilisation économique, le goût d’entreprendre (« On ne peut pas travailler un tiers de sa vie et être à charge de la collectivité les 2/3 restants »). En français: les messages sociaux (« On doit préserver  notre bien-être et on ne touchera pas à l’indexation des salaires »).

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Message personnel aux Flamands

Les accords institutionnels n’ont été qu’effleurés. Il fallait une réforme du système, elle est là. Il fallait résoudre le problème Bruxelles-Hal-Vilvorde, nous avons trouvé « la » solution équilibrée. Vient ensuite un passage plus personnel : « Le Premier ministre doit être le Premier ministre de tous les Belges. Je vais travailler dur pour améliorer mon néerlandais,  je vous le promets, je vais aller à la rencontre des Flamands ». La majorité applaudit.  Longuement. C’est plus du respect que de l’euphorie, personne ne se lève pour l’ovationner, comme si tous avaient perçu la gravité de la période.

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Sous escorte de la police militaire

Hier soir Elio Di Rupo fait la tournée des télévisions. On y voit un homme heureux, le sourire large comme d’habitude. Des déclarations où l’intime n’est jamais loin. Les parents, la famille, les origines modestes reviennent dans le discours. On aperçoit aussi les marques de la fatigue, la voix qui s’effiloche. En devenant Premier ministre d’un pays en perdition, le président du PS vient de changer de braquet. Les télévisions étrangères le réclament, les journalistes du monde entier le harcèlent. Désormais les motards de la police militaire assurent l’escorte, car chaque minute compte.  Il prend encore le temps d’une photo souvenir avec la maquilleuse, et serre toutes les mains qui se présentent, parce qu’on ne se refait pas, la campagne électorale est un état d’esprit pas une obligation. Mais on devine aussi la pression et l’inquiétude.

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Un marathon loin d’être fini

Ce matin, Elio Di Rupo sera au premier rang à la Chambre pour écouter les députés.  Le premier  à donner son avis sur la déclaration du Premier ministre sera le chef de groupe de la N-VA. Il faudra encaisser les coups, sans pouvoir les rendre. A 17 heures, changement de dimension avec le sommet européen. Là encore les journalistes, les photographes, mais aussi et surtout Angela Merkel et Nicolas Sarkozy qui veulent un électrochoc européen. On risque d’y passer la nuit. Une de plus. Demain, suite du conseil. Samedi, la réponse du premier ministre aux critiques des parlementaires. Samedi soir si tout va bien le vote de la confiance. Le temps de se reposer, le temps de souffler, sera pour plus tard… Peut être…