Autre

Le mouvement de gauche peut-il percer ?

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 25 juin 2012 08h44 | 10 commentaires

mdg1Lancer un nouveau parti politique en Belgique francophone est toujours un petit événement. Ils ne sont pas si nombreux ceux-qui osent  se lancer dans l’aventure, même si les dernières tentatives n’ont pas toutes été couronnées de succès. Le CDF, le parti des Chrétiens Démocrates Francophones, devenu dans l’indifférence générale les chrétiens démocrates fédéraux, avait été   lancé en 2002,  dix ans après son bilan est maigre, pas de députés ni au niveau fédéral ni au niveau régional.

Bilan à peine meilleur pour le Parti Populaire de Mischael Modrikamen. Lancée en 2009, la formation décroche un député à la chambre en juin 2010. Le député en question, Laurent Louis, a fait sécession et  Rudy Aernout, co-fondateur , a également quitté la formation. Après 3 années d’existence le PP repose sur les seules épaules de son fondateur ou presque . On peut prendre d’autres exemple, Vivant le parti de Roland Duchatelet,  Probruxsel, Belgique unie, toutes ces formations ont eu beaucoup de mal à exister.

Est-ce que ce sera différent pour le mouvement de gauche ?  Bernard Wesphael veut le croire. 400 militants réunis à Namur ce weekend. Un certain nombre d’entre eux ont déjà l’expérience de l’engagement, que ce soit dans le combat politique, dans la représentation syndicale ou dans le militantisme associatif. Bernard Wesphael affirme qu’il a déjà recruté un millier d’adhérent et il parle de succès. A-t-il des chances de percer ? On serait tenté de répondre oui, si on analyse ce qui s’est passé en France avec Jean Luc Melenchon ou en Grèce avec le parti  Syriza.  Le mouvement de gauche prend ses distances avec la social-démocratie et surtout il remet en cause le consensus européen. C’est finalement le seul parti qui refuse le pacte de stabilité. La tactique du mouvement de gauche devrait être assez simple et potentiellement efficace : un discours à gauche toute, pour  essayer de capter les déçus du PS.

Attention quand même, le mouvement de gauche a devant lui  aussi de sérieux handicaps à surmonter. D’abord il n’est pas tout seul. Le parti socialiste reste en Belgique francophone un parti plus socialiste que social-démocrate, comprenez plus à gauche que ses cousins français ou allemand. Pour séduire les déçus du PS, il faut d’abord qu’ils soient déçus. L’auteur de ce blog a aussi noté que le PS gauchise son discours lorsqu’on est en campagne électorale. Toujours à gauche Bernard Wesphael va devoir affronter ses anciens camarades d’Ecolo, on peut imaginer qu’on ne se fera pas de cadeaux. Et puis à gauche de la gauche, il  y a déjà des formations plus ou moins implantées, le PTB par exemple. En France Jean-Luc Mélenchon s’appuyait sur les structures du parti communiste, il a fait croitre un électorat qui pré-éxistait. Bernard Wesphael lui doit créer une formation et un électorat c’est très différent.

Autre difficulté du mouvement de gauche :  trouver des personnalités. On a bien vu José Dubié ce weekend à Namur. Mais c’est un peu faible. Pas de grand syndicaliste, pas de personnalités  connues. Un parti ne repose  pas seulement un leader  charismatique et des militants convaincus, il doit  aussi et surtout  trouver des cadres intermédiaires.

Troisième handicap le calendrier. Le mouvement de gauche  fait l’impasse sur les élections communales et vise les élections de 2014. Deux ans en politique c’est  très très long. Pour qu’on connaisse un parti ,qu’on soit capable de le classer sur un axe gauche-droite, pour qu’on puisse être en sympathie ou en antipathie avec lui, il faut en entendre parler.  Pour cela il faut être présent dans les débats, prendre des décisions, intervenir dans les assemblées. Le mouvement de Gauche n’aura pas cette  possibilité. Aujourd’hui la formation focalise l’attention, reportage dans les journaux, interviews. Le risque de Bernard Wesphael c’est que cette attention risque fort de retomber. Son défi est donc le suivant :  qu’après les trompettes de la naissance, le petit parti ne disparaisse dans le silence.

Communales : des pré-accords à la pelle

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 20 juin 2012 08h43 | 8 commentaires

imageglobe-20720580Etudier la formation des coalitions est un peu la spécialité du politologue Kris Deschouwer, professeur à la VUB (université flamande de Bruxelles),  qui  a déjà publié plusieurs ouvrages et articles sur le sujet. Sa dernière étude  porte sur les élections communales de 2006, elle est réalisée en commun avec Fanny Wille,  250 pages présentées hier au parlement flamand. Mais il devrait y avoir prochainement une traduction française, annonce la Libre Belgique de ce matin.

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Qu’apprend-t-on dans cette étude ?

D’abord que les majorités absolues existent plus qu’on ne le pense. Dans 6 communes wallonnes sur 10,  les électeurs ont donné suffisamment de suffrages à une seule liste pour qu’elle puisse gérer la commune seule, sans passer aucun accord. Au total donc, 171 communes wallonnes connaissent des majorités absolues, et dans 110 de ces communes ce sont des listes locales qui se sont imposées, donc des listes qui ont pour dénomination « liste du bourgmestre », ou « liste d’intérêt communal », qui sont souvent des listes de cartel. On notera que ce phénomène concerne surtout les communes rurales, les majorités absolues sont beaucoup plus rares dans les grandes villes.

Deuxième enseignement, dans 3 communes sur 4 les différentes listes essayent de passer des accords pré-électoraux. Méthode de Kris Deschouwer et Fanny Wille pour arriver à cette conclusion : ils ont passé au crible la formation des majorités dans 10 communes flamandes et 10 communes wallonnes, et ont promis à leurs interlocuteurs que les entretiens resteraient anonymes. On ne connaît donc pas les 10 communes en question, ce qui a permis aux élus interrogés de parler un peu plus librement. Car si des préaccords existent, ils sont presque toujours tenus secrets.  Certains de ces arrangements sont conclus pour deux législatures, un gage de grande stabilité du paysage politique communal. Le plus souvent ces accords  prennent la forme d’un document écrit. On le dépose parfois devant un notaire expliquent  les 2 chercheurs, et il y a même des cas ou on prévoit une sanction financière pour le cas où un parti politique  ne respecterait pas ses engagements.

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Pas 500 jours pour négocier

Les deux chercheurs mettent en avant que la conclusion de ces alliances locales obéit assez peu à une logique idéologique,  même si certains partis ont plus tendance à réclamer certains postes en rapport avec leur programme, et que ces préaccords ont quand même un avantage : cela évite d’avoir de trop longues discussions après les élections. Pour rappel vous allez voter le 14 octobre, les conseils communaux seront installés le 3 décembre, et pour les conseils provinciaux ce sera même le 26 octobre, donc 15 jours après l’élection. Au niveau communal on n’a pas 500 jours pour négocier.

Un rappel quand même : un préaccord, n’est qu’une manière pour les partis politiques de se rassurer. Ils se partagent le pouvoir à l’avance c’est vrai, parce qu’ils ont peur d’en être exclu. Mais le dernier mot revient toujours  à l’électeur. Le projet de coalition défini par un accord pré-électoral, qu’il soit officiel ou caché, déposé devant notaire ou pas, si les électeurs ne lui donnent pas la majorité, ce n’est qu’un bout de papier qu’on pourra déchirer. On peut rédiger tous les préaccords qu’on veut, le  bulletin de vote est le toujours plus fort.

Au barbecue de Schoten, c’est la tolérance qui se consume

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 15 juin 2012 09h29 | 73 commentaires

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Ça se passe mardi à Schoten, banlieue d’Anvers. Nous sommes dans une école professionnelle, c’est bientôt la fin de l’année, les élèves de première année secondaire -ils ont 12 ou 13 ans- sont conviés à un barbecue halal. Servir de la viande halal, pour la direction de l’école c’est un moyen de mettre ces élèves en contact avec la société multiculturelle. Schoten, c’est la banlieue chic, il y a peu d’immigrés, mais cela n’a pas empêché le Vlaams Belang (ex-Vlaams Blok) d’y être le premier partir lors des communales de 2006.

Cet antiracisme par le grill ne plait pas au Vlaams Belang, vous vous en doutez. Encore un peu et on proposera de la harissa au rayon Devos&Lemmens, pas question. Trois membres de ce parti vont donc escalader la grille, pénétrer dans l’école et intimider les enfants. « La viande halal ce n’est pas de la nourriture, nous sommes venus remplir vos estomacs » et les militants du Vlaams Belang de distribuer des saucisses, pur-porc bien entendu. Enfants traumatisés, barbecue gâché par “un raid inopiné et brutal”, explique le directeur adjoint qui a déposé plainte. Certains élèves auraient été ensuite forcés de manger les fameuses saucisses.

Hier le Vlaams Belang a réagi en deux temps. D’abord Filip Dewinter, l’homme fort du parti: “C’était de l’humour. Les écoles doivent arrêter de proposer ce genre d’activité”. Puis face au tollé, un communiqué de la section locale qui dément la version de l’école: il n’y a pas eu de menaces contre l’intégrité physique des élèves, les accusations selon lesquelles des élèves ont été forcés de manger des saucisses non halal sont un mensonge, explique le Belang. On ne va pas trancher, les trois militants font de toute façon l’objet d’une procédure judiciaire.

Ce matin, on aurait quand même bien envie d’aller voir ces enfants à Schoten. De passer par la porte pour entrer dans l’école. De serrer la main aux élèves, de s’asseoir avec eux dans leur classe et de leur expliquer qu’en Belgique on peut vivre sa religion librement, dans le respect mutuel, et manger de la viande halal si on le désire.

De leur expliquer que Fouad Belkacem, avec son Sharia4Belgium, Brahim Brahir (celui qui a poignardé les policiers dans le métro) et nos trois promoteurs de la saucisse pur porc sont à mettre dans le même sac. Celui de ceux qui essayent d’imposer leurs idées ou leurs convictions par la force et qui, en transgressant la loi, devraient bien tous, j’ai bien dit tous, se retrouver en prison.

Depuis toujours je m’interdis de faire des comparaisons avec la Shoah. L’extermination organisée et systématique des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est une horreur absolue, le sommet de l’immonde et rien n’est comparable. Je ne compare donc pas. Je sais aussi que mettre sur le même pied antisémitisme et islamophobie, c’est m’attirer les foudres des deux côtés et que quelques excités vont encore saturer ma boite mail. Pourtant c’est bien de la même haine, du même racisme, de la même bêtise, dont on parle. De la même manière d’imposer ses idées par la force. De la même indifférence aussi: on hausse les épaules, on pousse un soupir et on regarde ailleurs. Les méthodes des promoteurs de la saucisse sont bien proches de celles qu’employaient les sections d’assaut.

Ce matin je m’attendais à ce que cet incident de Schoten soit relayé dans la presse. Que les condamnations soient nombreuses. Que les présidents de parti, des francophones à la N-VA, disent leur désapprobation. Je ne lis pas grand-chose.

Alors j’essaye de remplir mon devoir de journaliste. Je relate les faits et j’essaye d’alerter les consciences. Je sors de ma neutralité, c’est vrai, parce que je considère que forcer des enfants à manger ce qui est peut-être contre leur religion, c’est déjà de la barbarie et que ce n’est pas la même chose que les joutes verbales du PS, du MR du CDH ou d’Ecolo. Il existe des évènements et des circonstances où la distance du journaliste critique s’efface. Je ne dormirai pas bien, si je ne vous avais pas dit que je crains que le petit incident de Schoten en 2012 ne soit une réplique miniature de Munich en 1938.

Comment contrer Sharia 4 Belgium ?

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 5 juin 2012 11h11 | Un commentaire>

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C’est un beau casse-tête pour tous les démocrates et il se pose dans la plupart des démocraties. Au nom de la liberté d’expression, peut-on autoriser n’importe qui à dire n’importe quoi ? Au nom de la liberté d’expression, peut-on autoriser ce n’importe qui à se structurer en association ou en parti politique ?

Ce week-end, Joëlle Milquet a clairement laissé entendre qu’elle poursuivra l’association Sharia 4 Belgium. Ces islamistes radicaux sont accusés d’être à l’origine des incidents de Molenbeek. Non seulement présents sur les lieux au moment des troubles, ils se sont aussi distingués par une conférence de presse au cours de la laquelle la fameuse jeune femme qui refuse d’enlever son niquab a dit que non, rien de rien, elle ne regrette rien et où on a surtout entendu le porte-parole de l’association parler des « serviteurs du diable » qui voulaient la contrôler.

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Quels sont les moyens des pouvoirs publics pour interdire une telle association ?

A priori il y a assez peu de moyens préventifs pour interdire une association ou un parti politique. C’est le principe de la liberté d’expression qui s’applique, et tant mieux pour nous, c’est une liberté à laquelle nous restons attachés. L’enjeu est pourtant réel : Sharia 4 Belgium est actuellement implantée à Anvers, mais bénéficie d’une forme d’exposition sur internet  et tente visiblement de recurter des correspondants en Région bruxelloise.

A posteriori,  les autorités sont loin d’être démunies. Il y a d’abord la « loi Moureaux » qui tend à réprimer des propos inspirés par le racisme et la xénophobie. Votée en 1981 après un attentat à Anvers, renforcée en 1995, puisqu’elle est désormais étendue aux propos qui nient  l’existence d’un génocide, cette législation pourrait sans doute être étudiée dans le cas présent. Des propos qui stigmatisent avec violence les non-musulmans s’apparentent bien à une forme de racisme. Sharia 4 Belgium, dont le leader a déjà été condamné pour incitation à la haine (l’appel est en cours) pourrait faire l’objet d’une nouvelle condamnation.

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Peut-on aller plus loin ?

La loi sur le financement des partis politiques permet de suspendre la dotation d’un parti condamné en vertu de la loi Moureaux. Le Vlaams Block, par exemple, en a fait les frais ce qui l’a amené à changer de nom pour devenir le Vlaams Belang. Mais Sharia 4 belgium n’est pas un parti politique et n’a cure des financements publics.

Pour interdire une organisation il faut établir qu’elle viole délibérément et de manière systématique la loi. C’était le cas en 1983 avec le VMO, le groupe paramilitaire  flamand qui a été dissous au nom de la loi sur les milices privées. Sharia 4 Belgium n’entre pas dans ces catégories. Pas d’arme, pas de structure para-militaire, on est dans un terrorisme de la parole, pas dans la violence physique.

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En Europe, des groupe néo-nazis ont été dissous

Ce problème d’interdiction ou pas des associations au nom de leur doctrine est un problème qui n’est pas limité à la Belgique. En Allemagne, ces dernières années, une vingtaine d’organisations politiques ont fait l’objet d’une mesure de dissolution, la plupart étant des groupes néo-nazis. En France, les autorités ont dissous en 2002 le groupe « unité radicale », une dissidence du Front National dont l’un des membres, Maxime Brunerie, avait tenté de tirer contre Jacques Chirac. Dans les années 1980, ce sont les mouvements d’extrême-gauche comme Action Directe en France qui avaient fait l’objet de telles mesures. A l’opposé, les Britanniques sont d’une grande tolérance: de nombreux imams radicaux trouvent refuge en Angleterre au nom de la liberté d’expression et les « speakers corner » permettent de tenir des propos plus qu’osés.

Joëlle Milquet, ministre de l’Intérieur, a désormais annoncé un plan contre le radicalisme pour le mois de juin. On s’attend à ce qu’elle propose de nouvelles mesures permettant de contrer le phénomène islamiste rampant. Comment permettre la liberté d’association et de religion, pour que n’importe qui puisse peut-être dire n’importe quoi (c’est la démocratie)… mais sans  trouver les relais et l’audience qui provoquent un tel impact sur notre manière de vivre ensemble (c’est le maintien de l’ordre, et il est parfois indissociable de  la démocratie). Avec un danger : légiférer pour un problème particulier est rarement la bonne solution. Considérer qu’on peut laisser faire serait pire encore.

 

Verhofstadt, ce gauchiste qui critique Sarkozy, irrite Reynders

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 9 mai 2012 08h54 | 8 commentaires

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Cela commence dimanche soir. Guy Verhofstadt se félicite de la victoire de François Hollande. « Nicolas Sarkozy est un homme énergique qui a mis son énergie au service de positionnements sur la crise de la zone euro ainsi que sur Schengen particulièrement décevants (…). Avec François Hollande « s’ouvrent de nouvelles perspectives pour la gouvernance économique de la zone euro ». Je vous le traduis : la politique européenne de Sarkozy  me donne des boutons, c’est un soulagement. Guy Verhofstadt avait déjà appelé à voter pour François Bayrou au premier tour. Au parlement européen, il s’était même publiquement interrogé : « Qui est le candidat de l’extrême droite ? Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy ? ». La question avait déclenché un tollé. Au second tour, Verhofstadt n’avait donc pas changé d’avis. Quand on souhaite une Europe intégrée et la libre circulation des personnes, mieux vaut un président de gauche plutôt qu’un nouveau quinquennat de Nicolas Sarkozy.

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Didier Reynders irrité

Alors bien-sûr Guy Verhofstadt n’est pas n’importe qui. Notre ancien Premier ministre est aujourd’hui le chef du groupe libéral au parlement européen. Tous ses alliés là-bas n’apprécient pas ses  prises de position. Et même en Belgique, un libéral flamand qui soutient Hollande ça fait tousser. C’est Francis Van De Woestyne dans la Libre Belgique qui rapporte l’anecdote. Lundi, au bureau du mouvement réformateur, Didier Reynders aurait sonné une charge particulièrement sévère contre Guy Verhofstadt. « Que veut-il Guy Verhofstadt ? Il se tire une balle dans le pied, le MR ne doit pas se laisser entraîner dans cette spirale », confie un participant à la réunion qui souligne que Didier Reynders a été applaudi.

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Main dans la main il y a quelques années

Pour ceux qui ont un peu de mémoire Didier Reynders et Guy Verhofstadt ont pourtant usé et abusé de leur proximité. En 2007 par exemple, celui qui était  alors le président du mouvement réformateur et celui qui était Premier ministre sortant avaient lancé une campagne électorale avec des moments communs.  MR-VLD même combat. Reynders allait avec l’open VLD en Flandre, Verhofstadt venait soutenir le liégeois en Wallonie. On était sur la même longueur d’onde. A l’époque, les bleus du sud acclamaient le bleu du nord.  Aujourd’hui, c’est celui qui le critique qu’on applaudit.

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Des divergences certaines

Parler d’un divorce est peut être excessif, mais il y a  donc clairement des divergences, et ce sont des divergences de fond. Guy Verhofstadt a comme priorité le renforcement de l’union européenne. Il souhaite obtenir un gouvernement économique de la zone euro et la création d’euro-obligations. Didier Reynders y est également favorable, mais à la différence de Guy Verhofstadt cela ne l’empêche pas de dormir de ne pas les obtenir.

Verhofstadt ne s’occupe que d’Europe, Reynders a toujours les pieds en Belgique.

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Les sondages mauvais, les libéraux discrets

Les libéraux francophones sont-ils pour autant réellement mis à contre-pied ? Si vous avez suivi la campagne française vous aurez noté que le MR a  été prudent, et même un peu distant avec le président français sortant. En meeting, seuls Denis Ducarme et Alain Destexhe se sont réellement déplacés pour aller soutenir Sarkozy. Les ténors du parti sont restés discrets,  et plus la campagne avançait, plus les sondages étaient mauvais, plus leur discrétion était visible. Dimanche soir, Charles Michel a même publié un communiqué où il  saluait « avec fair-play » la victoire du candidat socialiste « Je respecte le choix des Français », écrivait-il. Les libéraux  francophones n’ont pas mouillé leur chemise pour Sarko. Ils reprochent à Verhostadt  d’avoir été nettement plus engagé. La prudence est l’inverse du panache.

Bart De Wever et les médias: de la dénonciation au populisme

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 4 mai 2012 10h11 | 11 commentaires

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L’interview est parue alors qu’on célébrait la journée de la liberté de la presse. Sans doute que Bart De Wever n’avait pas cette symbolique en tête lorsqu’il a accordé son entretien au site apache.be, un site flamand d’information.

« Les médias ont un problème gigantesque. Même les chiens n’y croient plus. Ils pensent qu’ils dirigent la vie publique, mais ils se trompent complétement. S’ils sortaient un peu ils s’en rendraient compte ». Cette interview se déroule dans le cadre d’une conférence dont le titre est « les médias, un danger pour la politique ».  Le président de la N-VA, à qui on doit reconnaître qu’il est adepte du franc-parler, n’y va pas par 4 chemins. « On entend souvent les journalistes dire aux politiques que leur crédibilité ne vaut plus grand chose, mais moi je dis aux médias que leur crédibilité est plus faible encore ». Et Bart De Wever de s’offusquer que les journalistes le suivent littéralement jusqu’aux toilettes. « Qui peut trouver ça normal ? », demande-t-il. Mais Bart De Wever ne dénonce pas qu’une dérive « sensationnaliste » de la presse, il affirme aussi que les journalistes sont de gauche alors que le Flamand moyen est de droite. La presse serait donc en complet décalage avec la réalité du terrain et  le président de la N-VA  affirme que tout le monde pense comme lui mais que les autres hommes politiques préfèrent se taire tellement les médias leur font peur. Et que bien sûr, l’autorégulation des médias par les médias ne vaut rien.

Ça c’est pour la dénonciation générale. On trouvera également dans cet entretien un règlement de compte personnel. Il vise un journaliste très connu en Flandre, Luc Van Der Keulen, l’éditorialiste du Laatste Nieuws. « Ce type, même avec la meilleure volonté du monde on ne pas dire que c’est un journaliste. C’est un activiste pur-sang ».

Bon. Voici une sortie de Bart De Wever comme il y en a déjà eu et comme il y en aura encore. Mais elle mérite qu’on s’y arrête. Parce que ce discours est un exemple parfait des ressorts du populisme.

1. D’abord, on globalise: les journalistes, tous les mêmes, tous dans le même sac.

2. Ensuite, on disqualifie: les journalistes, sont tous de gauche (pour la N-VA, être de gauche est une tare), on ne peut pas leur faire confiance, ils ont des agendas cachés.

3. Ensuite, et là c’est le cœur du discours populiste : on oppose le peuple aux élites et c’est forcément le peule qui a raison.

4. Et enfin le petit plus électoral : la victimisation. Bart De Wever a donc forcément bien du courage pour prendre un tel risque et oser affronter cette pieuvre maléfique que sont les médias. Encore un peu, et on ajouterait que la pieuvre est aux mains de forces occultes et de puissances étrangères et on se retrouve dans les années 30.

Puisque c’était hier la journée de la liberté de la presse, vous permettrez la liberté d’une petite digression. Bart De Wever n’est pas le seul à utiliser ces ressorts. En Belgique, en France, il y a d’autres élus qui stigmatisent la presse, qui accusent les journalistes d’avoir des intentions cachées. Avec, parfois, des dérapages flagrants. Voici deux exemples français. Jean-Luc Mélenchon, à gauche, qui accuse une équipe du petit journal de Canal Plus de travailler pour le FN.

Des militants de l’UMP , à droite donc, qui s’en prennent physiquement à  une équipe de BFM TV.  

 

 

J’entends d’ici les réactions que je vais provoquer, et soupire à l’avance des interventions qui seront postées dans la partie commentaires en dessous de cet article. Je vais être accusé de corporatisme, d’arrogance, de  privilégié qui défend les acquis d’une caste. Pour les plus virulents, je serai ce journaliste donneur de leçons qui profite de sa position et met ses maigres connaissances et son pauvre talent au service des puissants, un valet du pouvoir. Je serai pathétique, ringard, ridicule.  Je ne dis donc  pas que les journalistes sont vertueux à tous les coups, ou que nous détenons la vérité quoiqu’il arrive, ni même que nous ne trompons rarement. Je dis juste que la presse est indispensable à l’exercice de la démocratie. Que c’est le rôle des journalistes de pouvoir être critiques avec un élu. Et que quand j’entends un homme politique attaquer les médias, les journalistes ou un confrère en particulier, il y a toujours une petite lumière rouge qui s’allume. Et surtout, j’espère qu’elle ne s’allume pas que chez moi.

En ce qui concerne Bart D Wever, on se rappellera que c’est sa participation à un jeu télévisé qui lui a permis de devenir l’homme le plus populaire de Flandre. Je ne sais pas si vous avez remarqué: quand un homme politique est en phase ascendante, quand la presse lui est favorable,  il est rare qu’il dénonce les médias. Quand il est en difficulté, c’est beaucoup plus courant.

Charles Michel et la drague homo

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 3 mai 2012 09h45 | 11 commentaires

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Longtemps on a considéré que l’électorat gay était  exclusivement à gauche. C’est peut-être en train de changer. Ce soir, les libéraux bruxellois vont en effet tenter un grand coup en direction de cette « communauté » avec une soirée Chez Maman, un cabaret plutôt fréquenté par la communauté homosexuelle, « gai friendly » comme on dit dans les guides. Travestis, transformistes, on boit un verre en écoutant des vieux tubes revisités. Il n’est pas impossible que des libéraux flamands soient également présents pour cette soirée bleue, une soirée qui se veut en fait un prélude à la gay pride (nom officiel Belgian Pride, programmée le 12 mai). Au-delà de l’aspect festif, les libéraux annoncent également un débat sur l’homophobie et le « gaybashing », les agressions qui visent spécifiquement les homosexuels.
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Les libéraux ne sont pas les premiers à investir cet électorat. Depuis la fin des  années 90, il  existe un groupe homo au sein du parti Ecolo « Ecolo Nous Prend Homo », un groupe qui se réunit tous les deux mois et qui essaye de peser tant sur le programme que sur le travail des parlementaires écologistes. Le Parti Socialiste est également très présent sur ce terrain et ses parlementaires ont été  très impliqués dans un certain nombre de législations favorables aux homosexuels, on pense au mariage entre deux personnes du même sexe par exemple.

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L’arrivée des libéraux sur ce terrain indique deux choses. La première, c’est la montée en puissance de ce qu’on pourrait appeler une « communauté gay et  lesbienne » (j’utilise des guillemets car je trouve le terme communauté inapproprié et réducteur, il ne rend pas assez compte de la liberté individuelle, il y a tant de façons de vivre sa sexualité). Il y a à Bruxelles un certain nombre de bars, d’hôtels qui vivent, économiquement parlant, de cette communauté. C’est un phénomène connu dans toutes les grandes villes d’Europe. Je n’ai pas trouvé de chiffres précis sur Bruxelles, mais à Paris on estime qu’entre 4 et 10% de la population serait homosexuelle. Vous comprenez qu’il y a là un réservoir de voix non négligeable.

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Deuxième élément, l’évolution interne de cette « communauté ».  En y allant à la grosse louche, mais vous trouverez des études  universitaires sérieuses et plus nuancées sur la question, autrefois les homosexuels se vivaient comme une minorité, celle-ci devait lutter pour obtenir sa reconnaissance et un certain nombre de droits,  elle était clairement militante et engagée à gauche (Act Up en est l’archétype). Les partis conservateurs insistaient d’ailleurs tellement fortement  sur la notion de famille qu’ils étaient vécus comme un repoussoir. Cette perception a évolué. Aujourd’hui, moins sujets aux discriminations, les gays deviendraient plus individualistes. Une communauté moins organisée, moins collective et donc plus ouverte à différentes tendances politiques. Bref, le pluralisme est en train de gagner les milieux gays et du coup les homosexuels deviennent un enjeu électoral. La prochaine fois qu’on vous dira que Charles Michel dîne chez Maman, vous saurez que ce n’est pas forcément à Jodoigne.

Incident marocain : Benkirane appelle Turtelboom

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 30 avril 2012 11h19 | 4 commentaires

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L’article publié sur ce blog mercredi dernier a fait de l’effet.  Je vous y expliquais comment le premier ministre marocain Abdelilah Benkiran, membre du parti PJD, avait « snobbé » la ministre belge de la justice  Annemie Turelboom.  Comment aussi la minsitre de la justice avait décidé de ne pas claquer la porte pour privilégier ses dossiers.  Mon récit, aussi surprenant soit-il, n’a pas été démenti. Mieux, l’information, reprise par les journaux Le Soir et De Standaard a également été répercutée par des confrères marocains et a été abondamment commentée.

Tant et si bien qu’ Abdel-Ilah Benkiran a fini par appeler Annemie Turtelboom. L’entretien téléphonique a eu lieu vendredi, confirme le porte-parole de la ministre blege. Peut-on écrire que le Premier marocain a appelé pour s’excuser ?  La réponse est couverte par le secret diplomatique. De sources belges on se contente de souligner que ce qui compte c’est avant tout la défense des intérêts belges. De ce point de vue, Annemie Turtelboom affirme que le voyage du 11 avril lui avait permis de nouer d’excellents contacts avec d’autres ministres, et que le travail de fond, sur les dossiers, va se poursuivre.

Conseil de lecture: La France cherche son Roi, Christophe Giltay est son troubadour

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 2 avril 2012 18h07 | Commentaires fermés

giltayPermettez-moi de quitter la politique belge pour faire une incursion en France et vous recommander l’excellent ouvrage « La France choisit son Roi » de mon confrère Christophe Giltay. Christophe travaille à RTL depuis toujours (ou presque), d’abord en Lorraine puis à Bruxelles, il fut longtemps le correspondant de RTL-TVI à Paris avant d’exercer les fonctions de rédacteur-en-chef adjoint à Bruxelles. Les auditeurs de Bel RTL savent qu’il faut cesser toute activité aux alentours de 8h25 pour profiter de sa gouaille et de son écriture lors de son billet quotidien « Champs Elysées », devenu au fil des années l’un des musts de la tranche Bel RTL-Matin. Le hasard et les affinités font que nous sommes voisins de bureau et que nous partageons enthousiasmes, élans, ou déceptions que l’information provoque quotidiennement chez des journalistes qui conserve de l’enthousiasme malgré leur expérience (j’emploie cette formule politiquement correcte pour vous expliquer que nous ne sommes plus parmi les plus jeunes du paysager).

J’étais donc en face de Christophe lorsque celui-ci apprit que Philippe Alexandre, grande figure du journalisme français, signerait sa préface. Mon confrère en était tout joyeux et se mit à redoubler d’effort pour rendre sa copie dans les temps à son éditeur. Mon cher Christophe, cette joyeuse excitation était tout à fait superflue. Non pas que la préface du sieur Alexandre soit mauvaise, bien au contraire, mais parce que les pages qui suivent sont largement du même tonneau et que si nous recommandons l’ouvrage aujourd’hui ce n’est pas pour l’éclairage de votre illustre ainé mais bien pour les chapitres que vous signez vous-même.

La thèse de Christophe est assez simple à expliquer. Les Français croient avoir inventé avec la République une quintessence de la démocratie. La vérité est tout autre : tous les 5 ans (autrefois tous les 7 ans) ils se désignent un roi auquel ils accordent des pouvoirs énormes. Un « souverain temporaire » en quelque sorte, mais qu’ils peuvent destituer à leur guise le moment venu. La démocratie française est une prise de la bastille perpétuelle, avec guillotine quinquennale et restauration systématique.

Christophe Giltay plonge ainsi dans les secrets de fabrication de la Vième république, revisite les prémisses de la IIIième, ausculte l’héritage de De Gaulle, puisque c’est le général qui voulut que le premier des Français puisse se prévaloir d’une élection au suffrage universel direct pour asseoir son autorité. Le président français, explique mon confrère, concentrerait, hors période de cohabitation, plus de pouvoirs que le président des Etats-Unis. L’ouvrage est précis, documenté, étayé, truffé de références et de dates précises. On n’avance pas une telle thèse sans avoir suffisamment d’éléments à charge, histoire d’éviter un procès pour crime de lèse-démocratie.

Pour ceux que les sciences politiques effraieraient, on reteindra une peinture des mœurs présidentielles des plus agréables. Un tableau pointilliste qui, anecdote par anecdote, nous donne une vue d’ensemble saisissante. Christophe excelle dans ce registre qui a fait le succès de ses chroniques radios. Vous apprendrez par exemple qu’Antoine Pinay, père du franc fort, avait les mains baladeuses (je l’ignorais), que François Mitterrand résidait dans un appartement discret au quai Branly avec sa « seconde famille », et que sa fille cachée, Mazarine, montait un cheval rare, cadeau du président du Turkménistan, à Souzy-la-Briche, une des résidences appartenant à la présidence dans l’Essonne (région parisienne) à l’abri des regards indiscrets. Vous lirez aussi comment Valery Giscard d’Estaing sermonna les cuisines parce que la tarte aux pommes n’était pas à son gout, ou pourquoi François Mitterrand installa son propre cuisinier dans ses appartements. Que fort peu de présidents ont effectivement dormi à l’Elysée, que le président Pompidou avait voulu donner un coup de jeune au mobilier, et que malgré les promesses, la santé du chef de l’Etat reste l’un des secrets les mieux gardés. Vous apprendrez aussi comment se construit le « destin présidentiel », cette conviction qui fait que les candidats se préparent des années à l’avance pour une compétition qui sera le point d’orgue de leur carrière politique, quelle qu’en soit l’issue.

Nous approchons à grand pas des élections présidentielles d’avril 2012. Sur ce blog, j’ai souvent eu l’occasion d’écrire combien le public belge se passionnait pour la politique de ses voisins, parce que le scrutin majoritaire la rend lisible et que la campagne y est très personnalisée. Le débat présidentiel ressemble, vu de Namur, Mons ou Ixelles à un roman chevaleresque. Les cavaliers de chaque camp s’y affrontent dans un tournoi final spectaculaire, après que chacun ait du construire sa propre légende, triomphant des pièges et des traitrises diverses. A côté, notre débat belge à la proportionnelle n’est qu’une mêlée de rugby à XV dont les joueurs auraient un maillot tellement maculé de boue que le jeu en deviendrait impossible à suivre. Si mon analyse est correcte « la France choisit son Roi » devrait bien se vendre. Parce que le bouquin est bon. Et parce qu’il répond à un appétit du public pour la politique française jamais démenti.

Le MR défiera Olivier Maingain sur son terrain

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 21 mars 2012 07h21 | 5 commentaires

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C’est le prochain épisode de la guérilla que se livrent le MR et les FDF. Les libéraux bruxellois présenteront une liste estampillée « MR » aux prochaines élections communales à Woluwe -Saint-Lambert, la commune dont Olivier Maingain est le bourgmestre.  Si je suis bien informé la confirmation devrait tomber dans les prochains jours. Le 09 mars une majorité du comité directeur du mouvement réformateur local avait pourtant souscrit à la charte des candidats présentée par Olivier Maingain. Cette « décision » était finalement loin de faire l’unanimité au sein de la section locale. Une partie des conseillers communaux sortants assurait même qu’elle ne souhaitait pas figurer sur la liste du bourgmestre FDF. La bronca a donc enflé et les instances supérieures n’ont rien fait pour la calmer. « Si les libéraux se sentent suffisamment forts pour monter leur propre liste qu’ils y aillent » ont donc fait savoir en substance tant Françoise Bertieaux (présidente des libéraux bruxellois) que Charles Michel. Après quelques jours de réflexion, on approche de l’annonce officielle.  L’affrontement MR-FDF risque de se faire par femmes interposées. Deux échevines libérales sortantes, Monique Louis et Michèle Hasquin-Naum, ont déjà annoncé qu’elles suivraient Olivier Maingain et sa liste du bourgmestre. La liste MR officielle devrait donc être emmenée par Julie Van Goidsenhoven-Bolle, conseillère communale sortante et diplômée en sciences politiques.  Olivier Maingain est quasi assuré d’arriver en pôle position, bénéficiant de l’effet bourgmestre sortant. Mais le poids d’une liste MR n’est pas à sous-estimer. Un poids difficile à évaluer puisque les deux partis se sont toujours présentés ensemble jusqu’à présent, mais avec cette annonce la perspective d’une majorité absolue pour la liste du bourgmestre est loin d’être garantie.