En ce moment

Belmondo, Laanan, Reynders et Luperto dans « le revers de la médaille »

Par Fabrice Grosfilley dans anecdote , le 20 juin 2012 21h57 | 7 commentaires

belmondo

Du grand guignol. Plusieurs de mes confrères ont relaté comment la remise de la médaille de chevalier de l’ordre de Léopold à Jean-Paul Belmondo a  bien failli mardi soir tourner au fiasco intégral. En résumé, moyennant quelques variantes et plus ou moins de détails, l’histoire est la suivante : le dossier pour recevoir la fameuse décoration n’avait pas été introduit dans les temps par la ministre de la culture, il a donc fallu une intervention expresse du ministre des affaires étrangères pour la tirer d’embarras, et en échange le ministre en question a donc logiquement été invité à décorer l’acteur français.

b
Voilà pour les grandes lignes. C’est déjà pas mal. Accrochez-vous car ceci n’est que la face visible de l’iceberg. La version édulcorée d’une pièce bien plus complexe. Vous pensiez avoir affaire à du Feydeau  alors que c’est plutôt du Paul Auster, mâtiné d’un peu de Simenon.  On vous vend un vaudeville, alors qu’en grattant un peu, le scénario est plus proche de Machiavel.

b
Tout commence en février. Le cabinet de Fadila Laanan, ministre de la Culture et Emmanuel Deroubaix, de la société Full Options, prennent la décision d’organiser une grande soirée en l’honneur de Jean-Paul Belmondo. Il est convenu que l’acteur français sera décoré à cette occasion,  et  l’ordre de Léopold, la plus haute distinction belge s’impose comme une évidence. C’est oublier un peu vite que l’ordre de Léopold, l’équivalent de la légion d’honneur française, ne se décerne pas à la va-vite, et qu’il faut suivre une procédure longue et complexe. Trois mois plus tard, on n’est nulle part. Le dossier est  parti de travers: on ne sait plus très bien qui d’Emmanuel Deroubaix ou du cabinet Laanan devait l’instruire, et aujourd’hui les deux protagonistes se renvoient la balle.

b
A ce stade du récit, cela mérite de s’arrêter un instant sur Emmanuel Deroubaix. A la tête de sa société « Full Options », l’homme est l’un des attachés de presse les plus influents de la scène culturelle belge: tous les grands noms du spectacle parisien passent par lui quand ils doivent assurer leur promotion à Bruxelles. De Belmondo à Johnny Hallyday en passant par les plus grands films, Deroubaix est un incontournable des relations publiques. Son catalogue, son entregent, son pouvoir de persuasion, mais aussi sa capacité à promettre à un journaliste une exclusivité qu’il a  pourtant déjà concédée à un concurrent (avec  des modalités très légèrement différentes)  l’ont rendu célèbre dans toutes les rédactions.  Deroubaix est un homme de négociation et de rapports de force, qui ne montre  jamais toutes ses cartes dans le but d’assurer une exposition médiatique maximale à ses clients.

b
L’acte II commence il y a environ un mois. La soirée se précise. Les cartons d’invitations sont lancés. Deux noms y figurent: celui de Fadila Laanan, ministre et celui de Jean-Charles Luperto, président du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pas un mot de Didier Reynders.  Pour les deux socialistes francophones, c’est l’heure de gloire: remettre une décoration à Bebel, quelle exposition médiatique magistrale, tagada boum boum. Fadila Laanan avait déjà rêvé de remettre un Magritte d’honneur à Belmondo,  mais cette fois, c’est du concret. Pourtant en coulisse, c’est panique à bord. Le dossier n’est toujours pas complet, on est hors délai. On essaye de faire jouer la chancellerie du premier ministre, peine perdue. Le service des ordres, qui dépend du  service public fédéral des Affaires étrangères, sous la tutelle de Didier Reynders, a remis un avis négatif.  Pas de médaille pour l’as des as. C’est à ce moment-là que l’idée de se rabattre sur un coq de Crystal, décoration de la Fédération Wallonie-Bruxelles est avancée. C’est nettement moins prestigieux, mais c’est mieux que rien.

b
Acte III, Didier Reynders entre en scène. Alerté de l’imbroglio, le ministre des Affaires étrangères fait le forcing et obtient à l’arraché le titre de chevalier de l’ordre de Léopold. Administration, Palais Royal: les feux sont finalement passés au vert. Les documents arrivent le matin même de la cérémonie. En échange, il est convenu que Didier Reynders remette lui-même la décoration. C’est de bonne guerre. La belle fête rouge est devenue bien plus bleue. Dans l’entourage du ministre on assure que c’est un vrai sauvetage de dernière minute et qu’il est miraculeux.

b

Là, cher lecteur, on bascule dans l’acte IV et on change de dimension. A très bonne source, il était acquis dès jeudi dernier que Didier Reynders jouerait un rôle majeur dans la cérémonie. Et hier, les ministres socialistes ont commencé à trouver que tout cela n’était pas très net. Emmanuel Deroubaix ne cache pas ses sympathies pour le MR, il sera d’ailleurs candidat aux prochaines élections communales. Hier, l’homme était bien aux premières loges, pour guider Jean-Paul Belmondo autant que pour s’assurer que les bonnes personnes étaient à la bonne place pour apparaître sur les photos.

b

Les choses ont réellement commencé à déraper lorsque Fadila Laanan et Jean-Charles Luperto se sont vus refuser  l’accès à la loge de Belmondo…alors que leur collègue du fédéral a pu y accéder sans problème. Coté socialiste, c’est à ce moment-là qu’on comprend qu’on est en train de se faire doubler.

b
La situation est devenue irrécupérable lorsque la ministre de la Culture a décidé de remettre quand même le Coq de Crystal alors que cela n’était pas prévu. D’après mes informations, tout ce petit monde a répété la cérémonie sur le coup de 16H30. Les organisateurs auraient alors clairement fait savoir à la ministre qu’il n’était pas question que cela se passe ainsi. Il existe des attachés de presse qui ont suffisamment de culot pour donner des ordres à un ministre, mais Fadila Laanan  a finalement décidé de passer outre. Ordre de Léopold contre Coq de Crystal, Reynders contre Laanan, moment improvisé dans une cérémonie réglée à la seconde près: c’est le sommet de la pièce d’hier soir. Il est difficile de ne pas voir derrière ce coq un petit geste de défiance d’une ministre qui se sentait flouée. Même si pour ses détracteurs, Fadila Laanan, en intervenant ainsi, manque de tact et joue une carte très personnelle. En épilogue, Jean-Paul Belmondo, ne comprenant sans doute pas l’immense honneur qui lui était fait, aurait oublié son Coq de Crystal dans sa loge, il a fallu le lui porter au restaurant.

b
Ami lecteur, que retenir de cette belle pièce, qui ne sort pas du cerveau d’un dramaturge talentueux, mais bien des informations recoupées que j’ai pu recueillir à plusieurs sources ?
•    1) Que le cabinet Laanan n’avait pas préparé la cérémonie et surtout l’attribution de la fameuse médaille avec la rigueur nécessaire.
•    2) Que Didier Reynders voulait bien donner un coup de main mais que cela n’est pas gratuit.
•    3) Que l’organisateur évoluait en zone trouble en mélangeant relations publiques, culture et politique.
•    4) Que tout le monde voulait être sur la photo.
•    5) Qu’un grand acteur comme Jean-Paul Belmondo peut jouer dans une pièce, sans forcément tout comprendre.

Laisser un commentaire

7 réactions à “Belmondo, Laanan, Reynders et Luperto dans « le revers de la médaille »”

  1. En période de grande disette, quel était l’intérêt de remettre une déclaration à Bebel ? Campagne électorale qui ne dit pas son nom !! On la voulait bien rouge, elle fut bleue ! Raté Fadila !!

  2. 2sudononimus le 21 juin 2012 à 08:06

    Bon finalement il a eu la médaille ou le coq ? Tout le monde voulait être sur la photo avec Bebel ? Pourquoi ? C’est si profitable électoralement ? je me doute qu’il vaut mieux être photographié avec Bebel qu’avec Bachar, mais quoi ? Des gens voteraient MR ou PS parce que c’est un MR ou une PS qui a épinglé la ferraille sur Bebel ? On a un vrai problème de démocratie alors. Et pour sauver la Belgique, il faudrait peut-être commencer par revenir au suffrage censitaire.

  3. excellent!!

  4. Moi je dis, la seule personne que je respecte énormément dans tout ce cirque, c’est Bebel. Le reste n’est même pas digne de faire de la figuration, c’est lamentable et tout petit…

  5. C’est qui Belmondo ?

  6. laanan et reynders doivent démissionner!!

  7. L’ordre de Léopold ? La plus haute distinction belge pour un acteur depuis longtemps à la retraite ?
    C’est peut-être ça le plus dérangeant finalement.

    Entre ce cirque politique et Bébel et sa meuf je me demande encore ce ce qu’il y avait de plus ridicule.

Les commentaires sont actuellement fermés