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Archives du novembre, 2011

244 pages pour (re)découvrir Elio Di Rupo

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral, ps, textes et documents , le 30 novembre 2011 10h24 | Un commentaire>

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« Elio Di Rupo, une vie, une vision », c’est le titre de l’ouvrage. Sur la couverture le formateur assis dans un fauteuil  rouge vif qui n’est pas encore celui de premier ministre, souriant  et nœud papillon bordeaux. De quoi s’agit-il ? D’une sorte biographie autorisée : Francis Van De Woestyne a demandé au président du PS de lui raconter sa vie mais aussi les grands moments de sa carrière politique,  et un peu des coulisses du pouvoir des dernières années.  Une dizaine d’entretiens au total, à chaque fois plusieurs heures de discussions, ce qui est rare dans notre métier. Ces interviews ont été menées entre mars et octobre de cette année. Mars on était encore en plein blocage, octobre, là les choses sérieuses étaient déjà bien lancées, mais à aucun moment Elio Di Rupo ne revient en profondeur sur les négociations en cours.

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout Elio Di Rupo, vous y lirez le récit de son enfance. Fils de mineur, 7 enfants, le père écrasé par un camion-citerne alors qu’il a 9 ans. Sa mère, qui  n’a qu’une pension de 300 francs, une partie de la famille sera placée en orphelinat. Le parcours d’Elio Di Rupo c’est aussi celui de l’intégration. Le souvenir d’avoir été traité de macaroni dans la cour de récréation, pour finir au sommet d’État en étant régulièrement reçu par le roi Albert II, ça c’est de l’ascension sociale.

Elio Di Rupo  revient  sur sa conquête de la ville de Mons, il aura dû patienter, sur  le gouvernement Dehaene, sur son accession à la tête du parti socialiste et bien sur  l’affaire Trusgnac, ce jeune homme qui l’accusait de pédophilie. « Si je n’avais pas été réhabilité cela eu été insupportable à vivre ».

Parmi les révélations du livre, ce récit de l’intérieur d’un épisode de l’orange bleue. C’est en 2007. Les négociations entre les libéraux et les sociaux chrétiens sont un échec. Elio di Rupo raconte que c’est Guy Verhofstadt qui le rappelle et il affirme que Didier Reynders a voulu à ce moment-là se débarrasser du CDH.  Le seul CDH qui trouvait grâce auprès de Didier Reynders à ce moment-là était Josly Piette et Elio Di Rupo raconte qu’il a donc été chargé de demander à Joëlle Milquet que Josly Piette soit le ministre des démocrates humanistes dans ce fameux gouvernement Verhofstadt qui va  tenir 3 mois.

L’avantage d’un livre entretien c’est que personne n’est là pour vous contredire. Ce qui n’empêche pas qu’avoir la vision du formateur et potentiel premier ministre, après 540 jours de crise est évidement bigrement intéressant. Le  livre sortira demain en librairie aux éditions Racine. 222 pages au total, une traduction en néerlandais  aussi, ça peut aider. Pour la petite histoire il était prévu que l’ouvrage soit mis en vente au mois de décembre.  Les éditeurs ont subitement accéléré la cadence. C’est peut être le signe  que quelque chose d’importance se rapproche.

Pourquoi Elio Di Rupo hésite à prendre le 16

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, decryptage, fédéral , le 29 novembre 2011 09h51 | 27 commentaires

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Je suis passé un peu vite sur la question hier. Elio Di  Rupo premier ministre, ce n’est pas certain mais c’est très probable, vous ai-je glissé. La question mérite qu’on s’y arrête deux minutes car le formateur se retrouve face à un fameux dilemme.

D’abord il faut noter qu’être formateur ne vous conduit pas forcément à être premier ministre, il y a même des exemples dans l’histoire récente, avec Jean-Luc Dehaene s’effaçant au dernier moment  au profit de Wilfried Martens en 1988.

Aujourd’hui quels sont les arguments que doit soupeser Elio Di Rupo ? En faveur de son entrée au 16 il y a le fait que c’est lui qui a dirigé les négociations, lui qui a façonné l’accord. Il est donc le mieux placé pour en connaître toutes les subtilités, y compris les non-dits, les engagements informels pris par les uns ou les autres entre deux portes et qui ne sont pas consignés sur papier.  Il est la mémoire de cette extraordinaire formation de gouvernement qui aura duré près de 540 jours. Ensuite il est à la tête du parti le plus puissant de la coalition avec 26 députés. Il est aussi à la tête de la famille la plus puissante si on additionne les partis flamands et les partis francophones.  Enfin  s’installer au 16 rue de la loi est l’aboutissement d’une vie. Une incroyable consécration, surtout pour un francophone, on n’a plus vu cela depuis Edmond Leburton il y a 37 ans. Enfin  à titre personnel Elio Di Rupo rappelle très régulièrement ses origines modestes et fils d’immigré italien, ce qu’un de ses plus farouches adversaires, Vincent Van Quickenborne, qualifie « d’American Dream » dans le Soir de ce matin. Ajoutez un dévouement permanent à son parti, une carrière qui a connu des hauts mais aussi des bas, et un ego qui n’est jamais loin pour les personnalités politique de cette envergure. C’est assurément une revanche personnelle et un couronnement.

Pourtant le président du PS doit forcément hésiter. D’abord parce qu’occuper la chancellerie cela signifie renoncer à la direction du parti socialiste. Il faudra donc confier les clefs à un ami. Vous savez qu’en politique les amis… Ensuite parce que prendre la barre du  gouvernement papillon ce n’est pas être le commandant de la « Croisière s’amuse ». Il y aura des tiraillements, des conflits, des tensions. L’autorité personnelle du formateur a déjà été mise en cause ces derniers jours. Cette majorité sera en permanence sous le feu des critiques des nationalistes. Elle devra aussi composer avec des majorités régionales qui ne sont pas symétriques, et qui, transferts de compétences aidants, sont de plus en plus autonomes et influentes. Enfin la situation économique est telle que le premier ministre des prochains mois ou des prochaines années a de fortes chances de devenir impopulaire. Ajoutez les critiques sur son néerlandais insuffisant, la perspective de devoir répondre chaque semaine aux vociférations de la N-VA et du Vlaams Belang , l’obligation de renoncer à une partie de sa vie privée :  à sa place vous hésiteriez aussi.

Ajoutez que pour certain Flamands le fait de désigner un francophone à la place de premier ministre serait un motif pour raboter le nombre de ministres et retirer un poste aux francophone (Rik Torfs l’a dit ce matin explicitement sur Bel RTL), vous comprenez que le débat est ouvert. La bonne question à se poser c’est de savoir qui Elio Di Rupo pourrait envoyer au 16 rue de la loi à sa place ? Un homme ou une femme, qui serait forcément bilingue, qui aurait du leadership, qui connaitrait sur le bout des doigts le programme de gouvernement, qui aurait la confiance d’Elio Di Rupo et celle des partenaires… Pas  si simple à trouver. Les suggestions sont à adresser par courrier au boulevard de l’empereur, numéro 13 à 1000 Bruxelles.

Timing et casting

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral , le 28 novembre 2011 15h13 | 2 commentaires

Selon toute vraisemblance les négociateurs devraient boucler les négociations en fin de semaine. C’est le timing qui a été communiqué par Elio Di Rupo hier.  Le formateur et ses partenaires doivent encore s’accorder sur des dossiers comme l’asile et l’immigration, la politique de sécurité, le contrôle des prix et surtout le rythme auquel  on va réaliser la réforme de l’état, avec la date à laquelle on transférera des compétences vers les régions. De quoi se disputer quelques heures, mais pas de quoi y passer des semaines. Si ce timing est respecté, et si aucun partenaire ne provoque de nouvelle crise dans la dernière ligne droite,  le temps de relire l’accord, ce pourrait être vendredi ou samedi, de le présenter et de réunir des congrès de participation, ce pourrait être dimanche, on pourrait espère avoir un gouvernement lundi ou mardi prochain.  Mardi ce serait le gouvernement de la St Nicolas, sans doute pas le symbole le plus approprié par temps de crise. Lundi  le gouvernement de la St Gerald.

Pourquoi est-il important d’aller vite dans cette dernière ligne droite ? D’abord pour effacer l’effet de cacophonie et de foire d’empoigne des derniers jours. Ensuite parce qu’un conseil européen est convoqué les 8 et  9 décembre. Si Elio Di Rupo veut y  représenter la Belgique en toute tranquillité, il faudrait quand même qu’il ait obtenu la confiance du parlement au plus tard le 8 en début d’après-midi. Cela veut dire qu’il doit lire sa déclaration gouvernementale le mardi 6 au plus tard.

Quels seront les ministres  qui seront appelés à siéger dans ce gouvernement ? Le suspens sera gardé jusqu’au bout. Vous savez comme moi que c’est le roi qui nomme les ministres, sur proposition du premier,  et que la répartition des compétences ministérielle a en théorie lieu après les congrès  de participation. Les présidents de parti ont ensuite la main pour désigner les personnes. Traditionnellement il y a toujours l’une ou l’autre surprise de dernière minute.

Si on fait un petit tour de ce qui semble acquis, on commence par le premier ministre. Elio Di rupo refuse toujours de répondre à la question,  régulièrement des rumeurs indiquent qu’il hésite à assumer la fonction,  que les critiques flamandes sont trop fortes, mais il semble difficile de confier le poste à quelqu’un d’autre. Il est celui qui a négocié l’accord, celui qui aura donc le plus de légitimité à conduire le gouvernement. Parmi les ministres socialistes Laurette Onkelinx, Paul Magnette, mais aussi Rudy Demotte ou Jean-Claude Marcourt. Tout dépendra de la personnalité qui prendra la présidence du PS. Pour le mouvement réformateur, deux noms reviennent fréquemment ceux de Didier Reynders et Olivier Chastel, pour le CDH ce serait Joëlle Milquet et Melchior Wathelet. Avec un enjeu pas tout à fait trancher :  le MR pourrait revendiquer 3 ministres (au lieu de 2) et le CDH n’entendra pas descendre à 1 ministre (il en espère 2). Les secrétaires d’état pourront permettre d’équilibrer la balance. Coté flamand, vous pouvez compter sur Johan Vande Lanotte et Caroline Gennez au SPA, sur Vincent Van Quickenborne et Annemie Turtelboom au VLD. La plus grande inconnue vient des rangs du Cd&V :  Stéphan De Clerck, Pieter de Crem, Hendrick Bogaert, Sonja Beck, Servais Verherstraeten ou même Wouter Beke lui même, beaucoup de noms  circulent. Ne mettons pas la charrue avant les bœufs, ne faisons pas le casting avant d’avoir l’accord. Après 530 jours, ce qui nous importe d’abord, c’est qu’on sorte enfin de cette zone de turbulence.

Alexander De Croo, le golden boy à l’américaine face au socialiste montois

Par Fabrice Grosfilley dans mr, vld , le 25 novembre 2011 10h07 | 14 commentaires

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Il a 36 ans, il est celui par qui le scandale est arrivé. Alexander De Croo, c’est celui qui a débranché la prise en 2010. Celui qui a fait tomber le gouvernement Leterme parce qu’on n’avançait pas assez vite sur le dossier de la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde.  Un an et demi plus tard, Alexander De Croo se retrouve dans la même situation.  Il est sur le point d’envoyer Elio Di Rupo dans le décor. De quoi vous faire une réputation de tueur en série.

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MBA à Chicago

Pour comprendre Alexander De Croo, il suffit de regarder son parcours. Il est un des rares hommes politiques à avoir travaillé avant d’entrer en politique soulignait son père Herman, hier matin. Alexander De Croo est donc ingénieur commercial. Il a fait Solvay avant d’aller étudier à Chicago où il a décroché un MBA. Ce passage par les Etats-Unis est capital. Au clivage habituel francophones-flamands, il faut ajouter que le modèle américain est un moteur de l’action politique du fils De Croo.

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Boston Consulting: il aidait les entreprises à réduire leurs coûts

Avant d’entrer en politique, Alexander De Croo a été chef de projet pour la société de conseil Boston consulting.  Qu’est ce qu’on entend par conseil ? Des experts qui aident les entreprises et les investisseurs à définir leur stratégie. Quel projet développer, quels investissements  privilégier, et aussi comment réduire les coûts, ce qui implique parfois de tailler dans la masse salariale ou de se séparer des filiales moins performantes.  En clair du libéralisme pur et dur où on fait du chiffre, pas du sentiment.

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Golden boy à l’américaine vs socialiste montois

Jeudi, c’est donc bien avec Alexander De Croo que le formateur a passé l’essentiel de la journée. Les deux hommes se sont vus au moins à 2 reprises, à la mi-journée et puis en soirée. Cela a duré plusieurs heures.  Bien passé, mal passé ? Le porte-parole d’Alexander refusait de communiquer: « Nous ne donnons pas de commentaires, c’est important qu’on garde la discrétion pour se donner toutes les chances de réussir. » On imagine bien qu’entre le golden boy à l’américaine et le socialiste montois, on n’a pas tout à fait la même vision du monde, et surtout pas la même idée de ce qu’il faut faire pour relever la Belgique.

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Alexander n’est pas seul

Alors bien sûr, on ne va pas réduire Alexander De Croo à ce curriculum vitae un peu caricatural. Il a maintenant clairement quitté le monde des affaires. Ceux qui le côtoient en négociation reconnaissent qu’il est plutôt agréable. On soulignera aussi qu’Alexander de Croo n’est pas seul.  Qu’en négociation il est souvent secondé par Vincent Van Quickenborne, libéral lui aussi pur et dur, mais que son parti compte des personnalités comme Patrick De Wael, Annemie Turtelboom ou Marino Keulen, qui ne se reconnaissent pas toujours dans l’intransigeance de leur président.

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Deux moyens de réussir

Derrière l’attitude du jeune président libéral se cache aussi un combat interne. Garder le contrôle d’un parti qu’il a un peu pris à la hussarde,  en promettant  aux militants qu’il allait tourner la page des années Verhofstadt. Cette stratégie  lui a permis de gagner la présidentielle de l’Open   VLD et aussi de récolter 300 000 voix au sénat.

Aujourd’hui Alexander De Croo a comme mission d’enrayer la chute d’un parti qui pourrait passer sous la barre des 10%.  Il a deux moyens d’y parvenir : soit tuer  symboliquement Elio Di Rupo et montrer qu’il reste un pur et dur. Soit démontrer que l’accord s’est finalement réalisé à ses conditions et qu’il est marqué d’une empreinte libérale forte. C’est aussi simple que cela.

Peut-on sortir de la crise ?

Par Fabrice Grosfilley dans budget, vld , le 24 novembre 2011 09h32 | 14 commentaires

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Le fait qu’Elio Di Rupo demande un délai de réflexion avant d’accepter de poursuvire sa mission comme Albert II le lui demande indique assez clairement que nous ne sommes pas encore sortis de la crise.  Il est rarissime qu’un formateur se permette de faire attendre le souverain. Il est tout aussi exceptionnel que l’entrevue royale s’éternise pendant 4 heures. Toute la journée d’hier vous aurez entendu les déclarations apaisantes se multiplier. Tout le monde souhaite se rassoir autour de la table,  tout le monde souhaite un accord. Ces déclarations rassurantes ont un objectif précis : ne pas endosser la responsabilité de l’échec.

En coulisse les  propos sont pourtant nettement moins positifs. La famille libérale estime que c’est au formateur de bouger. Les 4 partis qui font bloc autour d’Elio di Rupo demandent aux libéraux de faire un pas et d’abandonner la plupart de leurs exigences. Le tout s’accompagne de petites phrases assassines. Depuis lundi soir on ne combat plus les programmes, on vise les hommes. C’est particulièrement inquiétant, croire qu’on peut relancer des négociations dans un climat pareil relève de l’optimisme forcé.  Condition numéro 1 pour que les discussions reprennent : que les acteurs baissent d’un ton.

Si Elio di Rupo a jeté le gant lundi, c’est bien parce que le blocage est total.  Il faut oser dresser la liste des désaccords. Sur la taxation des plus-values, sur les voitures de société, la dégressivité des allocations de chômage, la limitation  du stage d’attente,  la réduction des intérêts notionnels pour les entreprises ,  l’instauration d’une cotisation de crise sur les gros patrimoines et même sur les efforts à faire en réduction des soins de santé: il y a au moins une dizaine de points très sensibles sur lesquels les libéraux ont marqué un désaccord.

Prenons un exemple:  les départs en retraite anticipée, aujourd’hui possible à 55 ans. L’épure du formateur, approuvée par le PS, le sp.a, le CD&V et le cdH dit ceci : on ne touche à rien pour 2012. C’est vrai que c’est dans moins de deux mois… On augmente l’âge de la retraite anticipée de 6 mois en 2013, ce qui permet de rapporter près de 300 millions à l’Etat, et puis ensuite on recule de 3 mois chaque année, on arrive donc à 62 ans en 2019.

Contre-proposition des libéraux : il faut aller  beaucoup plus vite.  Première augmentation  de 6 mois dès l’année prochaine, donc dans le budget 2012 (vous avez bien compris : cela aurait un impact immédiat pour tous ceux qui auront 55 ans l’an prochain). Ensuite  l’Open VLD  veut qu’on  aille à  62 ans le plus vite possible. Le MR est dans une position intermédiaire et demande qu’on le fasse en quelques années, comprenez en 3 ou 4 ans (précisons que j’ai vérifié que ces propositions sont effectivement celles qui sont sur la table à plusieurs sources, francophones et flamandes, libéraux inclus).

Si je résume à la grosse louche : la famille libérale veut une thérapie de choc et une réforme en profondeur pour répondre efficacement à l’urgence de  la crise. Les familles socialiste et sociale-chrétienne veulent une évolution en douceur pour protéger les salariés.

Concilier les points de vue sera donc très délicat. Dans les prochaines heures Elio di Rupo aura des entretiens bilatéraux, discrets,  ce sera sans doute à l’abri des caméras. Le formateur en suspens essaiera de vérifier  si les libéraux d’un côté, le groupe des 4 de l’autre, peuvent faire des pas les uns vers les autres. Si ce n’est pas le cas, si chacun campe sur ses positions, relancer les négociations n’aurait pas beaucoup de sens.

Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent

Par Fabrice Grosfilley dans budget , le 23 novembre 2011 09h46 | 6 commentaires

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Je ne voudrais pas  troubler ceux qui voudraient petit-déjeuner en paix. Comme dit la chanson, ce matin  les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent.

1. Nous faisons face à une impasse politique.

2. Cette situation bloquée intervient sur fond de crise de la dette. Conséquence immédiate le taux des obligations belges a grimpé de 5% hier.  Si vous n’y comprenez rien à la finance cela veut dire que l’état  va devoir payer plus d’intérêts à chaque fois qu’il empruntera de l’argent.  Et l’état c’est nous.

3. On ne trouvera peut-être bientôt plus personne pour nous accorder ces emprunts.  Une partie importante de notre dette sera à renégocier l’an prochain. D’après le journal Le Soir pour les créanciers américains et asiatiques la Belgique maintenant, bob bof.

5. La crise Dexia n’est pas finie et comme l’Etat s’est porté garant, la facture risque de s’alourdir.

6. L’union européenne va nous mettre à l’amende. Bon allez, je ne veux pas vous gâcher votre café, j’arrête ma litanie de mauvaise nouvelles.

Cette énumération doit nous aider à comprendre que si on peut imaginer vivre sans gouvernement, on ne peut pas vivre sans budget. Alors  bien sur ce qui se passe à Ciergnon est capital pour l’avenir du pays.  Mais le débat et le vote d’un budget avant la fin de l’année au parlement l’est davantage encore.

L’idéal serait bien sûr que les négociations puissent reprendre. Que l’intervention du roi permette de relancer les discussions et qu’on aboutisse à ce fameux budget qui doit nous permettre d’économiser l11 milliards. J’ai bien peur que cela ne relève du miracle.  Ceux qui prétendent qu’il ne s’agit que d’une opération de dramatisation, qu’on était à deux doigts de dire oui,  et qu’il ne fallait plus que quelques arbitrages à la marge sont désespérément myopes ou ne disent pas tout à fait  la vérité.  Ou alors je suis très mal informé. Dans les salons de la présidence de la chambre, les positions défendues par les partis libéraux et en particulier l’Open VLD étaient très éloignés de l’épure du formateur. Ce n’est pas un ou deux pas que les uns ou les autres devaient faire pour rapprocher leurs points de vue, c’est carrément courir un 100 mètres.

Est-ce qu’en contexte de crise va permettre de forcer les forces en présence à  changer de point de vue ?  Ce n’est même pas sûr. Pour l’open VLD c entrer dans une  crise économique réelle sera  un argument de plus pour accélérer et amplifier des réformes d’inspirations libérales, alors que les partis de gauche et du centre estiment  qu’au contraire le rôle de l’état sera d’aider les citoyens face à la crise. A droite le Voka, l’organisation des entreprises flamandes a appuyé hier les positions de l’open VLD. A gauche, les syndicats se préparent à dire à le contraire.

Si les négociations ne redémarrent pas ce sera  donc au gouvernement en affaires courantes qu’il reviendra de se pencher sur le budget.  Yves Leterme sera donc de nouveau à la manœuvre. Là avec deux options : soit on se contente de préparer un budget en 12ièemes provisoires, mais c’est un peu  peu. Soit on demande au gouvernement en affaires courantes d’aller un peu loin. Un conseil restreint a été convoqué pour demain matin. Le débat budgétaire pourrait donc se déplacer : au lieu d’avoir lieu à 6 autour du formateur, il aurait lieu à 5 autour d’un premier ministre démissionnaire. Vous  n’éviterez pas quelques passes d’armes.  Réformer les intérêts notionnels d’un côté, faire des économies sur les soins de santé de l’autre : ce sera là aussi un débat droite-gauche. L’avantage c’est que  les ministres du gouvernement Leterme se connaissent mieux que les négociateurs, qu’ils ont l’habitude de ces grands échanges, et surtout que le casting est plus simple, pour peu les partis leur laissent un peu de liberté :  la personnalité d’un Guy Vanhenguel est moins tranchée que celle d’Alexander De Croo, ça pourrait aider.  Autre avantage  exclura  d’office les grandes réformes structurelles comme la réforme des prépensions ou des allocations de chômage. Ne nous faisons pas d’illusion quand même. Avec cette méthode là on n’atteindra jamais les 11 milliards d’économies. Ce sera mieux que rien mais le coût de l’emprunt, l’amende européenne, tout cela restera donc au-dessus de  nos têtes. Que vous preniez votre café à Ciergnon ou ailleurs je vous laisse pendre votre petit déjeuner en paix.

Au fond du précipice

Par Fabrice Grosfilley dans budget , le 22 novembre 2011 13h05 | 15 commentaires

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J’entends d’ici la tentation. La nouvelle crise que nous traversons ne serait qu’un petit psychodrame, une crisette d’opérette, une opération de communication savamment mise en scène pour faire pression sur l’un ou l’autre négociateur. D’ailleurs, regardez-les, écoutez-les, ne disent-ils pas tous qu’ils sont déjà prêts à revenir à la table de négociation ?

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Cette crise est une vraie crise

Cette lecture je l’entends, elle est tentante. Rassurante. Dormez bien braves gens, ceci n’est que de la politique politicienne. Le 382e rebondissement d’un feuilleton haletant dont les acteurs sont des héros familiers, une sorte de Dallas sur Meuse, qu’on regarde tous les jours sur nos petits écrans et que l’on devrait à un scénariste aussi prolixe que machiavélique. Au 526e jour de la formation d’un hypothétique gouvernement, j’ai une mauvaise nouvelle : la crise est une vraie crise. La rupture d’hier matin, une vraie rupture, et les consultations qu’Albert II entamera tout à l’heure un vrai défi.

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Une opposition idéologique profonde

Ce matin, nous avons au moins trois raisons d’être vraiment inquiets. D’abord sur le fond. Si le clivage entre la famille libérale et les quatre autres partis n’a pas pu être résolu, c’est parce qu’il repose sur une opposition idéologique profonde. La réponse que les partis veulent apporter à la crise n’est fondamentalement pas la même. Pour les libéraux, et en particulier les libéraux flamands, il faut profiter de la crise pour réformer fondamentalement notre système social et économique. Suivre l’exemple de ce qui s’est fait en Espagne, en Italie, au Portugal. Allons plus loin que les slogans : baisser le train de vie de l’État, cela se traduit concrètement, une fois qu’on a fait la chasse au gaspi, par la réduction du nombre de fonctionnaires, le gel leur salaire, puis par une diminution des allocations de chômage, la fin de l’indexation des salaires, le recul de l’âge de la pension.

Pour les familles socialistes et sociale-chrétiennes, il n’était pas question d’aller plus loin dans les économies ni d’ouvrir un nouveau front sur le social. Allons plus loin que le discours sur la stabilité et le maintien des acquis sociaux : la perspective des élections sociales de mai prochain et les menaces de grève générale de la FGTB font craindre le pire aux négociateurs. Le point de rupture n’est pas que dans la communication, ce sont des projets de société inconciliables.

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La confiance brisée

Deuxième inquiétude, la question des relations interpersonnelles. On aurait tort de sous-estimer les questions de personnes lorsqu’on est dans une phase de négociations. Ces dernières semaines, les partis engagés dans ces discussions se sont durement opposés. Il y a eu des éclats de voix les blessures, il y a maintenant de la rancœur. Lorsqu’on négocie sur la place publique, à plus forte raison lorsqu’on prend l’opinion publique à témoin on abîme les relations personnelles. Lorsque les uns ont le sentiment de ne jamais être écoutés et d’être mis devant le fait accompli, de subir la loi du plus fort, et lorsque les autres ont le sentiment qu’on les oblige sans cesse à reculer, à coup de chantage parfois, on torpille la négociation. Pour le dire clairement lorsqu’un formateur est publiquement contraint de revoir quatre fois son épure budgétaire, on fonce dans le mur. La méfiance est désormais telle entre les libéraux et les autres acteurs qu’il faudra plus que quelques heures d’analyse chez monsieur Albert pour pouvoir se parler avec un minimum de confiance.

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Au fond du précipice

Enfin, troisième inquiétude, l’absence d’alternative. Avec notre système proportionnel, les six partis sont presque condamnés à vivre ensemble. On peut imaginer éjecter les socialistes et rappeler la NVA, ou bien se passer des libéraux et rappeler les écologistes. Mathématiquement, c’est possible. Si on doit se diriger vers ces solutions-là, dites-le, faites-le vite. Sinon, il faudra se rendre à l’évidence, notre démocratie belge est devenue ingouvernable. C’est finalement Bart De Wever qui aura gagné la partie.

Hier matin, je vous annonçais que je ne voulais pas en rajouter dans la dramatisation, mais qu’on était au bord du précipice. Ce matin, nous sommes au fond.

Au bord du précipice

Par Fabrice Grosfilley dans budget , le 21 novembre 2011 09h42 | 11 commentaires

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Les visages sont fermés, les mâchoires crispées, les regards, dans le vide, hagards. Il est un peu plus de deux heures du matin, les images saisies par les photographes de presse et par les caméras de télévision ne trompent pas. Ce sont des images de crise. Des négociateurs au bord du précipice.

Pas de déclaration, pas de communiqué officiel.  On évite soigneusement de prononcer les mots « rupture » ou « échec ». Pourtant c’est bien à ces mots là qu’il faut penser ce matin.

Certes le formateur a « fait un pas » reconnaissent les libéraux, mais c’était insuffisant, ont-ils jugé. Cette nuit on a donc vu se dessiner un clivage avec d’un côté les 2 partis libéraux (Open VLD- Mouvement Réformateur), et de l’autre côté les 2 partis socialistes et les deux partis  de la famille sociale chrétienne, qui eux  jugeaient que la nouvelle épure du formateur consistait une base de discussion pour un accord équilibré.  MR et open VLD ont alors fait des contre-propositions, jugées irrecevables par les  autres familles politiques. Vers 2 heures du matin, l’écart entre les uns et les autres était jugé « infranchissable », c’est le mot utilisé par l’un des négociateurs. Elio Di Rupo aurait alors employé l’expression « situation dramatique » avant de congédier ses hôtes.

Pourtant le formateur avait bel et bien bougé dans cette nouvelle épure. Vous lirez les grandes lignes du document dans les journaux (le  Soir et la Dernière Heure sont les plus précis).  La part des économies en dépenses était passée de 34% à 41% de l’effort budgétaire. La taxe sur la voiture de société qui devait rapporter 500 millions au départ, était descendue à 200.  Le précompte sur les plus values, un temps imaginé à 25% était ramené à 21%. Bref autant de mesure en faveur des classes moyennes.

Cette nuit le Mouvement Réformateur a d’ailleurs déplacé son argumentaire. Ce n’est pas au nom de Walter le libraire que la nouvelle note est refusée, mais au nom des PME. Les libéraux estiment que la fiscalité reste trop lourde sur les petites et moyennes entreprises, alors que ce sont ces PME qui sont susceptibles de créer des emplois et d’œuvrer pour la relance.
Est-on ce matin dans un blocage inextricable ? La réponse viendra sans doute des bureaux de parti. Pour l’instant le formateur est resté en suspens. Son entourage n’annonce ni un passage chez le roi, ni la convocation d’une nouvelle réunion. Il faut souligner que les moments de dramatisation sont des passages obligés dans les négociations difficiles. C’est quand on est face au mur que l’on se croit acculés, que les hommes et femmes politiques trouvent le petit supplément d’énergie qui permet de franchir un obstacle.

Il n’empêche ce matin, on  ne peut pas écarter le risque d’une sortie de route. Un échec qui pourrait avoir un effet catastrophique. Sur le plan politique : on ne voit pas quel pourrait être le scénario de rechange. Retourner aux élections, ce serait renoncer à l’accord institutionnel, et prendre la responsabilité se retrouver avec un Bart De Wever plus fort que jamais. Sur le plan économique, le signal de l’impasse risque de faire office de chiffon rouge pour les agences de notations, les créanciers, les spéculateurs. On ne peut exclure que les taux d’intérêt de la maison Belgique repartent à la hausse. Walter le libraire ne sera pas seul à payer la note,  Hugo le métallo, Xavier le rentier ou  et  Andrée la retraitée : tous les Belges seront affectés dans leur train de vie.

On ne va pas en rajouter dans la dramatisation. Tant que la négociation n’est pas rompue, un espoir subsiste. Pour cela il faut que les négociateurs, tous les négociateurs se comportent en hommes d’État. Pas en candidats aux élections.

Quelle présidence pour Ecolo ?

Par Fabrice Grosfilley dans ecolo , le 19 novembre 2011 17h32 | Un commentaire>

Le secrétariat fédéral d’Ecolo a donc entérine le calendrier hier. Les écologistes se doteront d’un nouveau tandem présidentiel au mois de mars. Jean-Michel Javaux devrait confirmer début décembre qu’il ne se représentera pas et se concentre sur sa commune d’Amay. Quels sont dès lors les candidats potentiels ? Jean-Marc Nollet pourrait paraitre comme son successeur légitime mais la,plupart des dirigeants écologistes estiment indispensable son maintien à la région wallonne pour continuer de marquer d’une empreinte verte les exécutifs régionaux et communautaires (pour le dire autrement et de manière moins élégante : Philippe Henry ne ferait pas le poids et les verts craignent d’avaler trop de couleuvres en l’absence de leur champion de Volley, seul à meme de renvoyer les balles).
L’hypothèse la plus souvent avancé est celle d’un duo Olivier Deleuze- Emilie Hoyos. Le chef de groupe à la chambre et le présidente du parlement wallon aurait le soutien des cadres du parti. Dans les conversations vertes l’hypothèse des candidatures de Bernard Wesphael (députe wallon) et Philippe Lamberts (députe européen) semblent également plausibles.

Négociations: on est en plein syndrome de la bicyclette

Par Fabrice Grosfilley dans budget , le 18 novembre 2011 10h54 | 8 commentaires

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C’est le syndrome de la bicyclette. On voit bien que les tensions sont vives, que les débats piétinent et que l’accord n’est pas facile à obtenir. Pourtant les négociateurs n’osent pas s’arreter de négocier. S’ils mettent pied à terre c’est le retour du chaos.

Depuis quelques jours les débats se font sur un axe droite–gauche. Entre les plus à droite, les libéraux flamands, et les plus à gauche, les socialistes francophones, la synthèse est quasi-impossible. Du coup le formateur se retrouve enfermé dans une cocotte-minute.  Pression  à droite des libéraux, flamands et francophones, des entreprises, avec des sorties de la FEB et maintenant du voka, l’union des entreprises flamandes qui a remis une pétition hier. Pression à gauche avec les syndicats: Nico Cué de la FGTB métallos accuse le PS de perdre son âme et menace en cas d’austérité de mener une grève générale sur plusieurs jours. Pression  au sein même des négociations du parti frère: Bruno Tobback, le président du parti socialiste flamand appelle le formateur et les libéraux à faire preuve de responsabilité.

Les enjeux ne sont pas minces : on parle de l’âge des prépensions, des allocations de chômages, du train de vie de l’Etat. Pour l’électorat, et notamment l’électorat socialiste, ce sera rapidement très concret. On comprend bien que si les libéraux avaient intérêt à préserver le pouvoir d’achat des classes moyennes, ce qu’ils ont fait ces derniers jours, les socialistes ont également intérêt à préserver les acquis d’une protection sociale qui est leur marque de fabrique.

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Face à ce blocage quelles sont les alternatives ?

Il n’y en a pas beaucoup. D’abord, on peut imaginer une grande coalition de droite. Ejecter le parti socialsite et rappeller la N-VA de Bart De Wever. Cela vous donnerait une coalition N-VA –MR- Open VLD, C&DV- CDH, on peut même envisager de remplacer le CDH par le sp.a. Ce serait quand même paradoxal de se passer de la N-VA pour la réforme de l’état et de la rappeler pour le programme économique. On ne voit pas bien  ce que des partis fancophones iraient faire dans cette majorité très flamande. Mathématiquement possible, politiquement difficile.

Deuxième option, les élections. Face au blocage l’hypothèse refait surface. Les partis engagés dans la négociation ont beaucoup à perdre. Les libéraux flamands, parce qu’après avoir fait tomber le gouvernement Leterme sur BHV, ils seraient  à l’origine d’une nouvelle période de crise. Pas sûr que ses électeurs apprécident. Le CD&V parce qu’il a mis tant de temps à se détacher de la N-VA,  que son image reste abimée. Le Mouvement Réformateur parce qu’il a perdu le FDF en route et que cela risque de lui coûter cher. Même pour  le Parti Socialiste, qui ferait campagne sur la défense de la sécu, ce serait un pari risqué parce qu’il sera accusé sur sa gauche d’avoir fait trop de concessions.

Hier le membre d’un état major d’un partie flamand me disait d’un air désabusé, on n’a pas le choix, il faut un accord. Si l’accord est douloureux, les autres scénarios le sont plus encore.