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Archives du mars, 2011

La famille royale nous coûte moins que Tilburgh

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 31 mars 2011 07h18 | 2 commentaires

imageglobe-23522479D’abord un coup d’œil sur les chiffres. La dotation que le prince Laurent reçoit chaque année s’élève à 300.000 euros. C’est le parlement qui vote. Il s’agit d’une petite dotation. Le prince Philippe, son frère, reçoit par exemple 900.000 euros, la reine Fabiola 1,4 million, Albert II aux alentours de 10 millions. Au total, l’ensemble des dotations pour la famille royale représente 13 millions d’euros à charge du budget de l’Etat. Des chiffres à la baisse car, sous l’effet de la crise il y a 2 ans, le gouvernement, avec l’accord d’Albert II, avait décidé de faire des économies sur cette ligne budgétaire.

A

29 millions par an

Mais ces chiffres retent contestés car, pour certains députés, il faut y ajouter les frais d’escortes, les policiers mobilisés pour assurer la sécurité du palais, qui sont payés par le ministère de l’intérieur, des frais de transport, de chauffage, la mise à disposition d’un secrétariat ou d’un chauffeur qui dépend de la défense. Au total ces frais annexes représenteraient 16 millions affirme la NVA. 13 + 16: la famille royale coûterait donc 29 millions d’euros par an. Pour vous donner un élément de comparaison, c’est un peu plus que le fonds mazout qui profite à 100.000 ménages, mais c’est un peu moins que la location de la prison de Tilburgh aux Pays-Bas.

Ce débat sur la dotation est un vieux débat. Débat porté par les nationalistes flamands, la NVA, le Vlaams Belang, mais aussi la liste Dedecker et certains élus du CD&V.

A

Toujours un paragraphe dans les notes

En juillet 2009 les sénateurs avaient ainsi voté une recommandation qui visait à réserver le système de dotation à 3 cas précis: le souverain et son conjoint, le premier héritier, et le veuf ou la veuve d’un souverain. En clair ni Astrid ni Laurent n’auraient plus de dotations. Les sénateurs avaient pourtant recommandé une période de transition et souhaité que ce nouveau système ne soit mis en place que pour le prochain roi. On aurait donc maintenu le système actuel tant qu’Albert reste en place. Ces recommandations n’ont pas été traduites en texte de loi.

Dès hier la NVA a fait savoir qu’elle redéposait une proposition de loi sur la question. Les dotations sont donc bel et bien à l’ordre du jour. La réalité c’est qu’elles l’ont toujours été. Depuis le début des négociations communautaires, dans toutes les notes qui ont circulé, qu’elles soient signées Johan Vande Lanotte, Bart De Wever ou Elio Di Rupo, il y a toujours un paragraphe consacré au rôle et au financement de la famille royale.

Petit retour en arrière: le prince Laurent ne bénéficie d’une dotation que depuis 2001. Avant c’était en tant que président de l’IRGT (Institut royal pour la gestion des ressources naturelles et la promotion des technologies) qu’il percevait un salaire. L’institut était financé par les régions, et l’essentiel du budget servait à payer le président. A tout prendre, le système des dotations est finalement le plus transparent…

Charleroi : problème local, pugilat global

Par Fabrice Grosfilley dans affaires, decryptage , le 30 mars 2011 07h07 | Un commentaire>


Pour ceux qui ont  du mal à comprendre comment la sanction d’une fonctionnaire inculpée pour faux, usage de faux et escroquerie  devient une affaire quasiment une affaire  d’Etat, tentons de  décoder.  Petit flash-back pour commencer. Contre la fonctionnaire en question, qui est donc accusée d’avoir détournée l’argent d’une plaine de jeux,   le bourgmestre Jean Jacques Viseur voulait la  sanction la plus dure, démission d’office. Lors des discussions préparatoires il se  heurte de front avec l’ancien bourgmestre socialiste Jacques Van Gompel qui trouve que c’était une sanction excessive. Le ton monte, mais la proposition Viseur semble avalisée par le collège échevinal. Quand on passe au vote au conseil communal, patatras, le bourgmestre est  désavoué : il ne trouve que  11 conseillers (sur 51) pour appuyer sa proposition.  Le vote est secret, mais parmi les voix « contre » on retrouve probablement une partie des conseillers PS et une partie des conseillers du MR.  Une majorité de circonstances qui  a ensuite votée une sanction plus  légère : 3 mois de suspensions pour la fonctionnaire en question.

Cette affaire  de Charleroi est une histoire d’affrontements à plusieurs niveaux :

Affrontement  d’abord entre ceux qui, traumatisés par les affaires, veulent donner une image de rigueur et ceux qui trouvent qu’il est temps de tourner la page.  « Tolérance zéro » contre « trop c’est trop ».

Affrontement entre un  bourgmestre en fin de carrière  et des conseillers qui ne digèrent pas qu’un homme qui a fait si peu de voix puisse diriger la  première  ville de Wallonie.

Affrontement entre un nouveau PS incarné par Paul Magnette et un PS moins moderne impliqué dans les affaires.

Affrontement  au sein du PS entre deux échevins Paul Ficheroulle d’un coté, Eric Massin de l’autre qui  visent tous les deux la place de bourgmestre faisant fonction.

Affrontement entre les élus de Gilly (localisation de la plaine de jeux en question) et les autres.

Et enfin affrontement entre le CDH et le MR qui  préparent déjà la prochaine campagne électorale (et qui envisagent, sans doute à raison, qu’on passera d’une tripartite à une bipartite).

Si le conseil de communal carolo ressemble à une centrale nucléaire japonaise, c’est bien sûr à cause du séisme des affaires,  dont nous vivons ici  la énième réplique , mais aussi parce que tout le monde pense déjà à 2012. Si on résonne au présent et non pas au futur il n’y a que des perdants ce matin.

Jean Jacques Viseur, perdant parce qu’il  indique qu’il reste un bourgmestre dépendant du bon vouloir de ses alliés, sans réelle autorité ni marge de manoeuvre.

Paul Magnette, perdant parce qu’il n’a pas le contrôle du groupe socialiste.

Le PS dans son ensemble, perdant parce qu’il voit ressurgir le spectre des affaires.

Ollivier Chastel chef de file local des libéraux, perdant parce qu’on ne comprend pas pourquoi l’ancien pourfendeur des affaires a fait alliance avec les partisans de la plus petite sanction. .

Hier après-midi le bouillonnement prenait une telle ampleur que tous les états-majors sont entrés dans la danse. Ce matin à Charleroi il ne s’agit plus du tout de sanctionner une fonctionnaire prise la main dans le sac. Il s’agit de lancer la campagne électorale. Pour Charleroi bien sûr, mais aussi dans l’ensemble de la communauté française.

Edito: Belgique, terre de records (cuisson d’une frite : 20 mois en moyenne)

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, decryptage, mode d'emploi , le 29 mars 2011 08h28 | Un commentaire>

Nous sommes dans la période des records. La dernière fois nous avions célébré  la plus longue période sans gouvernement si on prenait en compte la conclusion d’un accord gouvernemental. Aujourd’hui c’est un nouveau record si on prend en compte la prestation de sermen (dans les deux cas, le record précédent était détenu par les Irakiens). A la fin de la semaine prochaine, on fêtera les 300 jours.  Le 26 avril, cela fera un an que le gouvernement est tombé. Et  le 13 juin, un an que nous aurons voté. Les occasions de faire la révolution  des frites ne manquent pas.

Et pourtant, je vous invite à prendre votre mal en patience et surtout à prendre un peu de recul. Nous sommes à 8 mois de négociations, et ce n’est finalement pas si long. Et pour vous en convaincre, je vous propose de reprendre votre livre d’histoire, chapitre réforme institutionnelle :  comment on a bâti la Belgique d’aujourd’hui ?

Première grande réforme en 1970. C’est celle qui crée les régions et les communautés.  C’est l’époque du gouvernement Eyskens-Cools, le rassemblement Wallon est au mieux de sa forme. L’élection avait eu lieu le 31 mars 68. La réforme a été déposée au parlement en février 70, 23 mois plus tard.

Deuxième grand réforme en 1980. On renforce le pouvoir des régions, on crée des gouvernements régionaux. C’est l’époque des gouvernements  Martens.  Je vous passe tous les détails, mais entre l’élection de décembre 78 et l’accord institutionnel en août 80 il a fallu 21 mois.

Troisième grande réforme en 1989, la création de la région bruxelloise. Elections en décembre 87, loi votée en janvier 89, 14 mois.

Enfin dernière grande réforme en date, la Belgique devient un état fédéral, c’est écrit dans l’article 1er de la constitution,  on transforme le sénat, les régions obtiennent l’autonomie constitutive. Elections en novembre 91, loi votée en juillet 1993 soit 21 mois.

Sur base de ces 4 réformes, je vous ai fait un petit calcul. La moyenne en Belgique pour ficeler  un accord communautaire, c’est 20 mois de négociation (19 mois et 3 semaines si vous voulez être hyper précis).

La grande différence entre la situation actuelle et les réformes précédentes, c’est qu’on n’a pas voulu mettre en place de gouvernement. Jusqu’à présent il y avait un gouvernement et en parallèle, des négociations institutionnelles. Il faut aussi noter qu’à deux reprises en 70 et en 93 ces accords  institutionnels sont passés grâce au soutien de partis qui étaient dans l’opposition. Si nous sommes dans un blocage aujourd’hui c’est donc bien parce que les partis flamands, et en particulier la NVA ont exigé que l’accord institutionnel se fasse avant la constitution d’un gouvernement.

Contrairement aux idées reçues la période de négociations n’est donc pas anormalement  longue. Tous les amateurs le savent, pour des frites bien dorés, l’huile communautaire doit être bien chaude. Cela prend du temps et vous m’avouerez que ce  petit décompte ne manque pas de sel.

Le PS a besoin d’un accord

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 28 mars 2011 06h42 | 9 commentaires

imageglobe-25494431C’est un désaveu flagrant. Le parti socialiste perd par rapport au baromètre de décembre 5  points en Wallonie, le CDH recule de 4%. Ce sont des chiffres significatifs, bien au-delà de la marge d’erreur.  Cette érosion des deux formations les plus actives dans la négociation profitebun petit peu à Ecolo et au MR, qui participent pourtant aux discussions, mais qui paraissent moins en pointe sur le sujet. Mais elle profite aussi  et surtout au  front national  et à ce que l’institut IPSOS appelle les « autres partis », dans lesquels on trouve le PTb, le rassemblement Wallonie-France,  et toute une série de formations d’extrême droite entre autres.

A

Nuances importantes

En Wallonie ce baromètre RTL- La Libre révèle donc une lassitude de l’opinion publique. Les négociations s’éternisent, le feuilleton nous épuise,   l’électeur a les nerfs à fleur de peau, ce sont les partis traditionnels qui trinquent.

Comme toujours il faut nuancer : d’abord en constatant que l’électeur bruxellois est plus mesuré que l’électeur wallon.  Dans la capitale les mouvements sont moins importants et c’est  Ecolo qui recule alors que le cdH se tient bien.  Ensuite parce que le sondage n’est comme toujours qu’une photographie à un moment donné. Celui-ci a été effectué entre le 9 et 20 mars, donc un peu après  l’installation de Wouter Beke comme négociateur, à un moment où la tension et l’attention des médias était un peu retombée.  On parlait plus de Lybie et de centrale nucléaire que de communautaire à ce moment là. Enfin, troisième élément qui nous invite à être prudents : les scores individuels ne suivent pas les mêmes tendances. On notera que tous ceux qui ont été chargés d’une mission royale, Elio Di Rupo, Johan Vande Lanotte, et Wouter Beke par exemple ont une cote de popularité très haute. L’opinion publique appuie les personnalités qui s’engagent dans la recherche d’une solution mais elle sanctionne les partis qui n’arrivent pas à boucler le compromis.

A

NVA et VB progressent

Si on jette un oeil sur les intentions de vote côté  flamand on peut arriver à la même conclusion : cd&V, spa, open VLD qui jouent la carte du compromis reculent. La NVA et le VB progressent. Vous m’objecterez que la NVA est très active dans les discussions. C’est vrai, mais elle est active dans un posture de refus. C’est un parti qui ne fait pas de compromis, c’est apprécié par l’électeur flamand.  La politique ce n’est ni la morale, ni le consensus : la posture virile de l’affrontement galvanis les troupes, celle du compromis les déçoit. D’un point de vue de pur marketing électoral, la NVA restera dans une position avantageuse tant que l’opinion publique flamande aura l’impression que le front du refus est plus courageux qu’un compromis avec les francophones.  Soyons cyniques : pour se refaire une santé le PS et le CDh auraient tout intérêt à durçir le ton et à jouer communauté contre communauté. La posture de l’homme d’Etat n’est pas gagnante dans les sondages, il faut un goût du sacrifice pour l’adopter quand on ne participe pas au pouvoir. Soulignons également l’impact du décès de Marie- Rose Morel sur l’opinion flamande. Décès  survenu mi-février, donc seulement trois semaines avant la période de sondage et qui a de nouveau propulsé Bart De Wever à l’avant-plan..

A

A qui profiteraient les élections ?

A la lecture de ce sondage on peut se poser une question : qui aurait intérêt à organiser de nouvelles élections ? Au Nord, le NVA et le VB. Au Sud le MR et éventuellement Ecolo. Je vous rappelle que pour convoquer les électeurs il faut une majorité au parlement.

En imaginant que le barometre RTL-La Libre serve de boussole à la décision politique (ce qui n’est bien sur pas le cas) on retiendra que

1) la NVA n’a pas besoin d’un accord,

 2) qu’à l’inverse le PS en a plutôt besoin,

3)  que les partis traditionnels  sont globalement  sous pression, 

4) qu’organiser des élections  serait une véritable aventure et que ceux qui y ont intérêt restent minoritaires au parlement.

Le torchon brûle entre le CD&V et la N-VA

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 25 mars 2011 07h28 | 17 commentaires

Ce qui s’est passé pendant le Grand direct de mercredi soir est peut être un tournant de ces négociations. Yves Leterme a donc pris publiquement ses distances avec Bart De Wever. Le président de la N-VA n’a rien fait de sa victoire, il ne peut pas prendre le pays en otage, pas jouer la stratégie du pourrissement. Contrairement à ce que pourraient penser les esprits moqueurs, ça n’a rien d’une gaffe d’Yves Leterme. Avant d’entrer dans le studio de RTL le premier ministre avait en effet accordé une interview au Standaard où il avait tenu à peu près les mêmes propos. Avec d’autres ministres CD&V, il avait également adressé une lettre ouverte publiée par plusieurs journaux.

Hier nous avons donc eu une grosse colère de la N-VA. Attaque brutale. Leterme torpille la mission de Wouter Beke. Il divise le front flamand et les francophones vont rire sous cape.

Allons un peu plus loin. Si la N-VA se pose en victime, il faut d’abord bien réaliser que le premier ministre répond lui-même à une attaque de Bart De Wever. C’est passé inaperçu sans doute côté francophone, mais depuis quelques jours la N-VA communiquait sur le thème, le gouvernement Leterme va trop loin. En affaires courantes on ne peut ni préparer un budget ni envoyer des troupes en Libye. En réagissant comme il l’a fait Yves Leterme met un stop à cette stratégie rampante de la N-VA : qui consiste à laisser faire sur le terrain politique, y compris en votant avec les autres partis à la Chambre, mais à critiquer sur le terrain médiatique, pour ne surtout pas être associé aux décisions prises. Yves Leterme a donc raison quand il souligne que jusqu’à présent la victoire électorale de Bart De Wever ne s’est pas traduite par une prise de responsabilité.

Surtout Yves Leterme a réussi à persuader son parti d’entrer dans un nouveau rapport avec la N-VA. Si les chrétiens démocrates répètent encore et toujours qu’ils n’entreront pas dans un gouvernement sans Bart De Wever, ils ont décidé désormais d’attaquer le gagnant des élections. En démocratie c’est un jeu normal. Tout le monde attaque tout le monde, à des degrés divers suivant les personnalités, les sujets et les périodes, mais c’est l’inverse, le statut d’icône intouchable dont bénéficiait Bart De Wever jusqu’à présent, qui était anormal. Après le sp.a, on voit que le CD&V sort de cette logique. Les sociaux chrétiens paraissaient jusqu’ici tétanisés, ils viennent d’adopter à 18 mois des élections communales une posture offensive.

Hier après-midi la N-VA a fait un scandale à la Chambre quand Yves Leterme a quitté l’hémicycle pour retourner au sommet européen. Le premier ministre n’a pas eu le temps de répondre à tous les députés qui l’interrogeaient, mais il a dû partir en cours de séance. Ce n’est pas une première, Guy Verhofstadt l’a fait avant lui. Le chahut déclenché par les nationalistes, indique qu’entre les anciens alliés on ne se fera plus de cadeaux.

Leterme et la clef de la régionalisation

Par Fabrice Grosfilley dans cd&v, fédéral, flandre , le 24 mars 2011 07h01 | 12 commentaires

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C’était l’un des temps forts de la soirée. Yves Leterme plaidant pour que le transfert de compétences vers les régions ne se transforme pas en dépeçage de l’état fédéral. Là le premier ministre a été très clair : il faut que le budget de l’état reste viable et soutenable.

Pour ça Yves Leterme met sur la table une étude du bureau du plan. Pour ces experts il faudrait que pour chaque compétence transférée on observe une clef de répartition 80/20. 80% transférés effectivement aux régions, 20% qui resteraient  à l’Etat Fédéral.

Je vous donne un exemple pour mieux comprendre. Imaginez qu’on transfère aux régions la politique de sécurité routière. Pour 100 euros investis dans cette politique aujourd’hui, 80 euros seraient répartis entre les trois régions, Bruxelles, la Flandre et la Wallonie et 20 euros seraient conservés au fédéral. Pourtant le fédéral ne s’occuperait plus de sécurité routière. C’est un moyen de s’assurer que les caisses du fédéral ne seront pas vides et que l’état central continuera d’avoir des moyens  pour rembourser la dette et alimenter un fonds de vieillissement. 

Leterme s’écarte de De Wever

Comme les régions, dans les projets de réforme actuellement discutés, ont la possibilité de prélever une part d’impôt, à elles de se débrouiller pour financer leurs éventuels besoins complémentaires . Ce n’est pas un petit débat. Je vous rappelle qu’on parle d’un transfert de compétences de l’ordre de 15 milliards. 20% ça représente 3 milliards,  c’est une vraie bulle d’air, quand on sait que le budget de l’état se situe aux alentours des 80 milliards et qu’il faut consacrer chaque année 30 milliards au remboursement de la dette. Les lecteurs le plus critiques m’objecteront que ce n’est qu’un déplacement de la pression fiscale : pas si sûr, puisque les régions ont un bas de laine et qu’elles sont (argument des régionalistes) censées être plus efficaces en ciblant mieux leurs actions. Au pire, même si les montants ne diminuent pas il n’est pas ininteressant que le fédéral n’endosse pas toujours le mauvais rôle et que les régions doivent aussi faire des choix cruciaux : diminuer les moyens ou augmenter les impôts.

Si Yves Leterme a commandé cette étude, c’est sans doute parce que e n’est pas la première fois que cette idée de « ristourne fédérale » est avancée. Dans une de ses notes Johan Vande Lanotte avait évoqué un rabais de 10%. En parlant de 20% Yves Leterme va donc plus loin. Il prend ainsi le risque de contrarier fortement les plans de la N-VA. Vous noterez d’ailleurs que dans l’émission Yves Leterme a pris ses distances avec Bart De Wever parlant de « pays pris en otage » ou de « stratégie du pourrissement ». 

Un tour de force

Il prend aussi le risque d’agacer les gouvernements régionaux. Si cette idée du 80/20, qui s’appuie quand même sur un rapport du bureau du plan se concrétisait, cela voudrait dire que les régions se retrouveraient, après réforme, dans une situation financière pas si confortable que ça. Le ministre président flamand, Kris Peeters,  lui aussi CD&V, ne va surement pas applaudir des deux mains. Il n’est pas  sûr que Wouter Beke, l’actuel négociateur, bondisse de joie également : en prenant une telle position le premier minsitre ne lui facilite pas la tâche.

En dévoilant le contenu de cette note Yves Leterme a  donc affirmé un choix : montrer qu’en bon premier ministre, il est désormais dans le camp de ceux qui veulent une réforme de l’état, il a été très clair là-dessus, mais qui  refusent que cette réforme ne serve à asphyxier le fédéral. Plus de pouvoirs aux régions c’est oui. Etrangler l’Etat belge, non.

Des F16 déjà en mission avant l’aval du parlement

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 22 mars 2011 10h50 | 6 commentaires

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Un vote à la quasi-unanimité. Sur les 126 députés présents (je vous rappelle qu’ils sont 150), 125 ont voté pour l’intervention de l’armée belge en Libye. Un seul s’est abstenu: il s’agit de Laurent Louis, l’ancien élu du Parti Populaire.

Effectivement, il valait mieux que ce  vote soit positif. Il est intervenu peu après 16h30, à un moment où les F16 étaient déjà en vol. En arrivant à la Chambre, le Premier ministre Yves Leterme est d’ailleurs un peu ambigu : il reconnaît que les F16 sont déjà en vol mais il parle de vols de reconnaissance et précise que pour participer pleinement, il faut encore « des adaptations techniques. »

 

« Faites demi-tour… le gouvernement n’approuve pas la mission » !

Le communiqué de la Défense hier soir sera beaucoup plus clair. Les F16 ont décollé à 15h54. Une heure et demi avant que le parlement ne donne son accord. Ils ont effectué un patrouille au-dessus de la méditerranée à l’ouest de la Crète. Cette mission avait pour but de faire respecter  la zone d’exclusion aérienne. En cas d’intrusion, ce qui n’a pas été le cas, ils avaient l’autorisation d’agir. En clair de tirer.

On imagine d’ici la scène : « Roger. Avion libyen repéré, le pilote arme son tir. » A ce moment-là contre-ordre du quartier général :  »Faites demi–tour, le parlement vient de voter contre la participation. Nous ne sommes plus, nous les belges, autorisés à contribuer à l’aube de l’odyssée. »

 

Le PS ne voulait pas qu’on passe pour des va-t-en-guerre

Bon, j’ironise, je caricature, et pourtant je ne devrais pas. Derrière l’unanimité du vote, on sent bien qu’il y a eu hier un vrai débat au sein du monde politique. Pieter De Crem a d’abord dû s’expliquer au sein du gouvernement. Formellement, c’est d’ailleurs le gouvernement qui a donné son feu vert à la participation des F16. On a bien senti à l’entrée du Conseil des ministres qu’il y avait un peu d’énervement sur la question. On imagine la discussion. Pieter De Crem qui répète partout qu’il s’agit d’une opération offensive, » allons jusqu’au bout les gars »,  le PS qui lui demande de se calmer sur le mode : zone d’exclusion aérienne, mais pas question d’apparaître comme des va-t-en-guerre, « on n’est pas chez Sarkozy ici » (les phrases en italique sont sorties de mon imagination, je n’ai pas de micro espion en salle du conseil).

 

Le Premier ministre rassure

Devant les députés, Yves Leterme a donc du clarifier les choses. Oui, Kadhafi doit quitter le pouvoir. Non, la mission des F16 belges n’a pas pour but d’atteindre cet objectif. Il s’agit donc toujours bel et bien de protéger les populations civiles et rien d’autre. Au micro de Frédéric Delfosse, Yves Leterme a même assuré que son gouvernement ne demanderait jamais au parlement d’autoriser une intervention au sol.

Quand un Premier ministre engage ainsi publiquement son autorité, c’est :

1) parce qu’il doit rassurer ses partenaires 

2) mettre un terme à une certaine cacophonie.

Partir en guerre, une affaire courante…

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, fédéral , le 21 mars 2011 09h02 | 6 commentaires

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Ce fut une décision rapide. Il n’a fallu que 48 heures la semaine dernière pour que le gouvernement s’engage aux côtés de la France et des Etats-Unis et que le parlement donne son feu vert à cette opération. La preuve par l’exemple que notre système « d’affaires courantes » n’empêche nullement de prendre de grandes décisions. On serait même tenté de dire qu’en l’espèce, notre situation politique a été un avantage: le débat a été extrêmement rapide pour une question pourtant très lourde. Il n’y a sans doute pas de choix politique plus délicat que celui qui engage une nation dans une opération militaire.

 

Que faisons-nous en Libye ?

Pourtant, si on écoute bien nos ministres, on peut se demander ce que nous faisons exactement en Libye. S’agit-il d’obtenir une zone d’exclusion aérienne, de protéger les civils ou d’obtenir un changement de régime?

Vendredi, Steven Vanackere, le ministre des Affaires étrangères, indique que la résolution des Nations unies avait pour but de protéger les populations civiles, mais que « le monde entier » souhaitait le départ de Kadhafi.

Hier soir, invité sur RTL-TVI, le ministre de la Défense Pieter De Crem  avait une lecture en deux temps: protéger la population libyenne dans un premier temps, on verra dans un second pour d’autres missions ultérieurement. Pieter De Crem  affirmait  à19 heures qu’il n’y aura pas de troupes au sol en ce qui concerne la Belgique, alros qu’un peu plus tôt ses déclarations sur le sujet étaient nettement plus ambigues. Cet après-midi les minsitres seront donc appelés à préciser leur position devant les parlementaires.

 

Mieux informés que pour l’Afghanistan

Les députés ont-ils été plus explicites? Pas forcément. Dans sa résolution, votée  à l’unanimité par les commissions des affaires extérieures et de la défense, la Chambre « invite le gouvernement à collaborer activement à la mise en œuvre de la résolution (1973) du Conseil de sécurité ». Les députés renvoient donc implicitement au mandat des Nations unies. On notera au passage que les députés ont rarement été aussi informés et associés à une décision qui relève en théorie des compétences de l’exécutif et pas du législatif. « Nous avons même été mieux informés que pour l’Afghanistan« , reconnaissait un parlementaire vendredi dernier.

 

Une unanimité fragile

Mais attention: s’ils ont été unanimes et rapides, les députés ont demandé à être associés à la suite des débats. Cela veut dire que les ministres seront invités à revenir devant la commission de la défense et la commission des affaires étrangères. Dans un contexte d’affaires courantes, c’est à dire dans un contexte où le gouvernement n’a pas une majorité acquise d’avance, ce n’est pas confortable, surtout en cas de difficultés sur le terrain. Les députés ont été unanimes hier. Ils ne le seront pas forcément demain.

Bart De Wever reçu à Downing Street

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 18 mars 2011 08h06 | 8 commentaires

C’est le scoop du jour à lire dans la Libre Belgique, dont l’un des journalistes Martin Buxant a accompagné Bart De Wever. Le clou de cette visite à Londres fut donc un entretien entre David Cameron, le premier ministre britannique et le président de la NVA. Une conversation qui a duré 40 minutes nous apprend La Libre et qui aurait porté essentiellement sur la situation politique en Belgique. Symbole fort, la réunion a eu lieu à Downing street, la résidence de fonction du premier ministre au Royaume-Uni.

Au passage, Bart De Wever place une pique dont il a le secret : « C’est comme si vous, on vous avait demandé de former un gouvernement avec le labor, les travaillistes anglais, et encore le vieux labor, le très vieux labor », dit-il à David Cameron. L’allusion au PS est claire, et Bart De Wever souligne ainsi que le décalage politique entre son parti et celui d’Elio Di Rupo est aussi important que les désaccords communautaires.

Bart de Wever était accompagné de Jan Jambon, chef de groupe à la Chambre, de Liesbeht Homans qui est chef de groupe au Sénat (elle siège aussi au parlement flamand et travaille avec Bart De Wever depuis 2004). Il y avait également Jeroen Overmeir, le porte-parole de la NVA, et puis le journaliste de La Libre. C’est donc une délégation restreinte qui a été reçue. Avec, outre la réception à Downing street, la visite du parlement anglais, la chambre des communes, la chambre des lords, et un repas au restaurant avec des cadres du parti conservateur.

Ce déplacement, qui a donc été tenu secret jusqu’au dernier moment, a été organisé par un député européen de ce parti britannique. Il explique que ce qui l’intéresse dans la NVA c’est la proximité idéologique entre les nationalistes flamands et le parti des tories en Grande-Bretagne. Sur la rigueur budgétaire, la politique d’immigration le socioéconomique, nous avons beaucoup en commun glisse-t-il aux membres de la NVA. C’est là toute l’ambiguïté de ce voyage. En apparence, il s’agit d’un contact de parti à parti. Rien n’empêche évidemment les conservateurs anglais de discuter avec des nationalistes flamands.

La réception au cabinet du premier ministre donne évidemment un autre relief à ce déplacement. Bart De Wever reçu au Downing street et serrant la main du premier ministre cela a évidemment des allures de visite officielle. Si on ne regarde que la photo c’est comme si Bart De Wever était devenu l’équivalent d’un chef d’Etat.

Il faut noter que ce n’est pas la première fois que Bart De Wever effectue ce genre de déplacement. Le président de la NVA est très attentif à nouer des liens avec des chefs d’Etats ou des présidents de région européens. Il est aussi très attentif à le faire savoir. Exister sur la scène internationale, c’est montrer que l’on est crédible. Choisir un quotidien du sud pour vous accompagner dans ce voyage, c’est vous assurer que le message passe aussi du côté francophone.< >< ><–>

Edito: Daerden ou Moreau, choisir entre César ou Brutus ne sera pas facile

Par Fabrice Grosfilley dans affaires , le 17 mars 2011 08h53 | 4 commentaires

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C’est l’histoire d’un face-à-face, comme le monde politique les aime. Deux hommes: un ancien et un moderne. Deux clans: ils ont chacun leurs fidèles et leurs alliés. Deux ambitions : Michel Daerden et Stéphane Moreau sont des professionnels du pouvoir. Ils ont donné leur vie à la politique et leur rayonnement dépasse largement la commune d’Ans et ses 27 000 habitants.

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D’un côté: Daerden, star de la politique liégeoise

Vous connaissez forcément Michel Daerden, la star de la politique liégeoise. Très régulièrement sous les feux de la rampe: dimanche dernier pour une interview politique face à Pascal Vrebos mais aussi hier soir face à Arthur pour une émission qui n’a rien à voir avec la politique. Ce mélange des genres, ajouté à un sens de l’autodérision très personnel irrite plus d’un camarade de parti. C’est le paradoxe Daerden : l’homme contribue aux succès électoraux tout autant qu’il nuit à l’image de la classique politique dans son ensemble. Michel Daerden est à la tête de la commune d’Ans depuis 1993, ça fait donc 18 ans, et il envisage de se représenter l’an prochain. Michel Daerden est toujours ministre des pensions. Il ne peut donc pas gérer directement la commune d’Ans et a donc le statut de bourgmestre empêché.

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De l’autre: Moreau, le boss de Voo

En face, un peu moins connu Stéphane Moreau. Premier échevin, 47 ans. Il était considéré comme le poulain de Michel Daerden, jusqu’à ce que les deux hommes se brouillent. Stéphane Moreau est d’abord le directeur général de Tecteo, le grand groupe actif dans la distribution d’électricité avec Resa mais aussi dans la télédistribution. Tecteo, c’est la marque Voo, 300 millions de chiffres d’affaires, 1500 collaborateurs: pas vraiment la petite intercommunale du coin. Stéphane Moreau c’est donc un profil de patron. Il est décrit comme arrogant et incapable d’être à l’heure à un rendez-vous par ses adversaires. C’est une bête de travail et il a un sens politique hors du commun répondent ses partisans. Le principal talon d’Achille de Stéphane Moreau c’est que, comme Michel Daerden, il fait beaucoup de chose. Une bonne vingtaine de mandats, par exemple la foire de Liège, dont certains sont rémunérés. Rien d’illégal mais cela donne l’image d’un homme boulimique de pouvoir qui a du mal à choisir entre les affaires et la politique, tout comme Michel Daerden a eu, un temps, du mal à choisir entre son cabinet de révisorat et ses activités parlementaires ou ministérielles.

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Entre camarades, on ne se fait pas de cadeaux

En 2007, Stéphane Moreau devient bourgmestre de Ans et remplace donc Michel Daerden qui est ministre. Ca va durer 3 ans. En 2010, Papa exige son départ et le fait rempalcer par Yves Paertoens. En fait Stéphane Moreau est jugé comme un proche d’Alain Mathot. Ce dernier et Michel Daerden se dispute la première place pour les listes aux élections fédérale, et à Liège entre camarade on ne se fait pas de cadeaux.
Quelques mois plus tard, riposte de Stéphane Moreau et de la fédération de Liège qui vise Walther Herben, à la fois secrétaire communal et secrétaire de la section locale du PS. Et puis hier soir, alliance avec le MR et le CDH pour renverser Michel Daerden.

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Le combat est loin d’être fini

Autant vous le dire tout de suite ce n’est pas fini. Michel Daerden pouvait déjà souligner hier soir qu’il n’avait même pas été entendu par ses adversaires et qu’il était donc dégagé un peu vite et peut être pas tout à fait dans les règles. Le dossier est entre les mains de la fédération liégeoise du PS. Une instance favorable à Stéphane Moreau. Michel Daerden fera lui probablement appel à la direction nationale du parti, donc Elio Di Rupo. Choisir entre César et Brutus n’est pas facile. Michel Daerden avait fait 70 000 voix aux dernières élections. On ne s’en sépare pas en deux minutes.