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Archives du février, 2011

La recette secrète de BHV

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, decryptage, fédéral , le 28 février 2011 07h59 | 14 commentaires

C’était le point 1 de l’ordre de mission rédigé par Albert II

Informer le Roi sur les possibilités d’arriver à un accord institutionnel en particulier sur

•a) BHV et le refinancement de Bruxelles.

(pour rappel, les points b et c renvoyaient aux transferts de compétences et au financement de l’état et des régions).

Depuis les élections de juin dernier le chapitre Bruxelles-Hal-Vilvorde est peut être celui sur lequel on semble avoir le moins avancé. Lors de la négociation à 7 il y a eu des travaux assez poussés sur les matières à régionaliser, plusieurs ébauches assez précises d’une nouvelle manière de voir la loi de financement. Tout cela a été consigné dans des notes écrites ou communiquées lors de conférences de presse. En revanche sur Bruxelles-Hal-Vilvorde on en a évidemment beaucoup parlé, on a très peu communiqué.

imageglobe-253839462Le point est sensible, parce qu’il est très symbolique pour les deux communautés. Les partis flamands n’entreront pas dans un gouvernement qui n’a pas scindé l’arrondissement électoral. C’est donc un préalable. Les partis francophones, eux ne peuvent pas s’associer à un gouvernement qui priverait les francophones d’une partie de leurs droits linguistiques. C’est une question de principe.

Ou en est-on ce matin sur ce dossier ?  Le journal le Soir est celui qui revient le plus précisément sur les pistes qui pourraient être sur la table. L’arrondissement électoral serait bien scindé. Avec une exception : les électeurs des communes à facilités pourraient continuer à voter avec les Bruxellois. Les circulaires Peeters seraient assouplies : les francophones demanderaient à recevoir leurs documents en français une fois tous les 4 ans au lieu de le faire à chaque courrier. Enfin le concept de communauté métropolitaine permettrait à la région bruxelloise d’avoir son mot à dire au-delà des 19 communes. Ce n’est donc pas tout à fait la scission d’un côté, et pas tout à fait l’élargissement de l’autre.

A ce stade petite remarque : ces pistes sont loin d’être neuves. Elles ont toutes été testées à un moment ou à un autre. C’est moins une question d’ingrédients qu’une question de dosage, et surtout, le diable est dans les détails. Dans ce plan, quel est le montant du refinancement de Bruxelles ? Que se passe-t-il pour l’arrondissement judiciaire ? Comment garantit-on que le montage imaginé pour les communes à facilités tiendra la route au conseil d’état ? Et puis surtout la question cruciale : quels sont les partis qui sont prêts à dire oui à ce compromis, qui est en deçà de ce que les deux communautés revendiquent ? La question vaut pour la NVA et le CD&V, mais aussi pour le FDF, car dans ce plan, les habitants francophones de la périphérie hors commune à facilités apparaissent pour l’instant sacrifiés.

Ce matin les bureaux de partis seront sans doute cruciaux. On y testera la température.  Avec un bémol : tant que nous ne connaissons pas les détails de l’arrangement, il n’y a pas d’arrangement.  C’est toute l’ambiguïté du rôle de l’informateur : pour tester la possibilité d’accord sur BHV il faut aller très loin dans la discussion. Mais l’accord en lui-même dépendra toujours d’une négociation globale. C’est un peu comme en cuisine : vous faites une sauce, dont les ingrédients sont secrets, puis vous la réservez. Si votre rôti est cramé, la sauce, que personne n’a encore goutée,  ne sert à rien. Il serait bien hasardeux ce matin d’attribuer ou de retirer une étoile au chef Reynders.

L’Union belge: la Wallonie perdrait les territoires germanophones

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, decryptage, fédéral , le 18 février 2011 09h00 | 44 commentaires

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C’était hier après-midi, séance  académique à l’université de sciences politiques à Gand.  Le professeur Carl Devos a l’habitude d’y accueillir des hôtes prestigieux: Yves Leterme, Bart De Wever, Herman Van Rompuy sont déjà passés par son auditoire. Vous savez qu’habituellement le débat qui oppose francophones  et néerlandophones tourne autour de deux concepts: une Belgique à deux pour les Flamands, ce sont les communautés, une division basée sur la langue. Une Belgique à 3 pour les francophones, ce sont les régions, une division basée sur le territoire. Dans le premier cas la région Bruxelloise n’existe pas, elle est cogérée par les deux grandes communautés, dans le second cas Bruxelles est une région à part  entière. Depuis les années 70 on travaille sur ces deux concepts à la fois, on les a superposés, et c’est dans la grande réforme de 1980 qu’on a défini ce qui révélait des régions d’un côté, des communautés de l’autre. L’économie, les transports, l’environnement c’est pour les régions. L’enseignement, la culture pour les communautés.

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L’Etat fédéral devient l’Union belge

Hier Johan Vande Lanotte a donc bousculé cette certitude. Si on veut aller plus loin dans la défédéralisation de l’Etat il faut un nouveau modèle dit-il. Un modèle qui serait basé sur une Belgique à 4 : la Flandre, la Wallonie , Bruxelles et la communauté germanophone. Ce n’est pas qu’un découpage géographique. Dans sa leçon d’hier, Johan Vande Lanotte a fait la liste de qui devrait  relever des compétences de ces nouvelles région:  la justice, l’emploi, la fiscalité en font notamment partie. L’état fédéral deviendrait l’Union belge et conserverait la défense,  la sécurité sociale et la politique étrangère.  Si je schématise un peu : les Etats-Unis de Belgique.

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La Wallonie perdrait le territoire de la communauté germanophone

Que retenir de cette présentation ? D’abord que Johan Vande Lanotte reconnaît l’existence d’une région bruxelloise à part entière. C’est une concession qui va dans le sens des francophones. Concrètement, il faut aussi souligner que la Belgique à 4 signifierait quand même que la Wallonie perdrait un petit bout de territoire, celui de la communauté germanophone.  Tant qu’on ne parle pas d’élargissement de Bruxelles, il faut aussi noter que région wallonne et région bruxelloise n’ont toujours pas de frontière commune.

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Pas une idée farfelue d’un professeur Tournesol

On soulignera aussi que cette idée d’une Belgique à 4 a aussi été évoquée par Didier Reynders lorsqu’il a présenté son rapport mercredi soir, qu’Alexander De Croo, le président des libéraux flamands, a trouvé dès hier soir que l’idée était intéressante. Bref ce n’est pas une idée  farfelue d’un professeur Tournesol, c’est un  schéma sur lequel on pourrait effectivement travailler. Avec une réserve  quand même: il faudra que la N-VA et le CD&V acceptent d’entrer dans cette discussion. L’équation de base n’a pas changé: réformer l’état nécessite une majorité des deux tiers. Pour parler d’une Belgique à 4, il faut au moins 6 partis.

Didier Reynders a osé un pari en dessinant un cadre

Par Fabrice Grosfilley dans Autre, mr , le 17 février 2011 08h56 | 7 commentaires

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Lorsque vous êtes chargé d’une mission royale, il y a plusieurs types de communication possibles. Le style Elio Di Rupo ou Bart De Wever, avec des conférences de presse assez rares mais relativement longues d’un côté, où les journalistes peuvent poser quelques questions.  Le style Johan Vande Lanotte  de l’autre. Déclarations très courtes, lues dans les deux langues. Deux minutes top chrono, « Je travaille dans la discrétion merci au revoir ».

Hier Didier Reynders était donc entre les deux. 12 minutes dans chaque langue, mais pas de documents distribués, et pas de question pour les journalistes. Mine de rien, l’informateur a été assez loin dans le contenu, plus loin sans doute que toutes les déclarations de ces derniers mois. Il est donc cohérent, il avait appelé ses prédécesseurs à la transparence, lui met donc ses pistes sur la table.

Quels sont ces pistes ? Sur Bruxelles Hal Vilvorde, Didier Reynders énumère  une assez longue liste de mesures de compensation en échange d’une scission de l’arrondissement électoral : le maintien des facilités, la nomination des bourgmestres, le refinancement de la région bruxelloise et  lance le concept de communauté métropolitaine. L’informateur n’a pas parlé d’élargissement de Bruxelles, mais il a dessiné les contours de ce que les francophones pourraient demander en échange de la scission.

Même chose sur le transfert des compétences. La liste est assez longue, on parle d’emploi, de pensions, de  justice, de soins de santé, mais aussi de mobilité et même de sécurité. Longue liste qui devrait satisfaire les partis flamands. Mais le négociateur ajoute qu’il est préférable de régionaliser ces compétences pas de les communautariser. Il évoque une Belgique à 4, Wallonie, Flandre, Bruxelles, communauté germanophone. Ce n’est pas un scénario qui plaira ni à la N-VA ni au CD&V.

Enfin dernier élément qu’on peut relever ce matin la loi de financement : il faudra maintenir la capacité fiscale de l’état fédéral. Autrement dit, on ne transfèrera pas tout aux régions.

Dès hier soir Bart De Wever a fait part de ses critiques. Soft lorsqu’il est à VTM, la télévision privée, à 19 heures, déjà  un peu plus critique lorsqu’il croise une journaliste de RTL TVI vers 19h30 et franchement plus glacial lorsqu’il arrive encore un peu après à la VRT, la télévision publique. Le temps sans doute de prendre connaissance de ce que Didier Reynders avait vraiment dit. C’est un mauvais départ a donc résumé le président de la N-VA qui regrettait que l’on mette sur la place publique des éléments de négociations.

La vérité c’est que ces pistes sont encore loin de faire l’objet d’un consensus. Didier Reynders s’est donc avancé en posant publiquement  des balises. Mais ce sont les siennes, pas celles des partis flamands.  On ne dira pas que l’informateur en a trop dit. Poser des éléments dans le débat public c’est obliger les autres partis à dire oui ou non, la communication est aussi une forme de négociation.  Didier Reynders a donc osé un pari en dessinant un cadre. On verra dans les prochaines heures ou les prochains jours si ce cadre tient la route, ou si l’informateur reste tout seul à l’intérieur.

Pour une révolution des frites médiatique

Par Fabrice Grosfilley dans communication, decryptage , le 16 février 2011 08h36 | 15 commentaires

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D’abord un mot d’explication sur ce record du monde. Deux dates circulent. Il a fallu aux irakiens 249 jours pour boucler un accord informel de gouvernement, mais la prestation de serment donc l’installation réelle de ce gouvernement a eu lieu après 289 jours. 249 jours, c’est demain, mais on peut dire que le vrai record, celui qui est inscrit dans les livres d’histoire  est en fait plutôt pour la fin mars.

Dans ce contexte on pourrait effectivement s’attendre à une nouvelle poussée de fièvre demain. Il y a la révolution des frites,  une série d’action plus ou moins ludiques lancée par des étudiants  qui veulent prendre leur distance avec le séparatisme. A la différence de la manifestation Shame le mot d’ordre est cette fois ci assez clair,  il s’agit de dire non à la scission de la Belgique, donc à priori non au programme de la NVA, mais on a le sentiment que cette mobilisation est tardive et que son impact sera relativement limité.

La pression de la presse

L’autre phénomène qu’on observera sans doute demain, c’est la pression de la presse. Un record, c’est comme un anniversaire, l’occasion de faire des articles ou l’on rappelle la durée de la crise et où l’on essaye d’aller un peu plus en profondeur.  Dans notre système belge, et dans la crise que nous traversons la presse joue un rôle fondamental. Deux langues, cela veut dire deux cultures et surtout deux systèmes médiatiques complétement différents. Ils sont aujourd’hui  de plus en rares les Belges qui lisent à la fois un quotidien francophone et un quotidien néerlandophone, ceux qui peuvent se reconnaître à la fois dans le journal de RTL TVI et dans celui de la VRT par exemple.
Demain dans les journaux vous pouvez donc être sûr que la presse flamande va critiquer le manque de souplesse des francophones, tandis que les journaux francophones reviendront sur l’agenda caché de la NVA et la stratégie régionaliste du CD&V.

Si vous lisez attentivement les médias, celui qui provoque la crise est Bart De Wever au sud, alors qu’il s’agit d’Elio Di Rupo au nord. C’est normal, les journaux sont le reflet de la communauté qui les lit. Le journaliste spontanément, défend les intérêts de ses lecteurs ou de ses téléspectateurs.

L’affaire Morel

Ces derniers jours la presse flamande a ainsi fait part de sa colère après un reportage de la RTBF consacré aux obsèques de Marie Rose Morel, cette ancienne députée d’extrême droite décédée d’un cancer. Reportage déplacé, manque de respect ont estimé beaucoup de journaux flamands. On pourrait leur répondre que présenter ce reportage comme un manque de discernement des wallons, sans plus de nuance,  était aussi une généralisation abusive, et à ce titre, tout aussi condamnable.

Ce soir VTM, la chaine de télévision flamande,  accueillera sur le plateau de son journal Bart De Wever. Edition spéciale, dont la bande annonce pose les questions suivantes : le pays doit il se séparer ? La Flandre doit-elle gérer son propre argent ?  Bart De Wever peut-il résoudre la crise ?

Monsieur Solution

Le président de la NVA serait donc Monsieur Solution au nord, alors qu’il est notre Monsieur Problème au sud. Paradoxal, non ?
Les journalistes ont leur responsabilité bien sûr.  Ne pas distinguer clairement les faits des commentaires, dans notre contexte belge, c’est alimenter les lectures simplistes de la crise.  Les politiques ont aussi la leur. Il est sans doute grand temps que Bart de Wever et Wouter Beke (le trop discret président du CD&V)  viennent sur les plateaux de télévision côté francophone expliquer leur projet et prendre publiquement l’engagement de ne pas appauvrir les francophones.

Grand temps aussi qu’Elio Di Rupo , Olivier Maingain et Joelle Milquet aillent faire la même chose, côté flamand.  Ne plus s’adresser qu’à sa seule communauté, mais échanger des arguments avec l’opinion d’en face. La révolution des frites, si vous me permettez une image ludique, ce serait médiatiquement  de ne plus toutes les mettre dans le même sachet.

Nous sommes « pat »

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, decryptage , le 15 février 2011 07h29 | 25 commentaires

chaga

Savez-vous jouer aux échecs ? C’est un jeu utile pour entretenir nos neurones et  vous aurez surement noté qu’entre les échecs et la politique il y a des similitudes. A la fin d’une partie d’échec il y a un coup qui s’appelle être « pat ». Etre Pat c’est quand vous n’avez plus que votre roi et que vous ne pouvez plus le bouger. Aux échecs il y a en effet une règle qui vous interdit de vous mettre échec vous-même.  Si vous arrivez à un stade de la partie ou votre seule option est de déplacer  votre roi sur une case menacée par un adversaire vous êtes pat. Tout mouvement est impossible. Dans ce cas-là vous n’avez pas perdu,  c’est un match nul. Etre pat, quand on n’a plus que son roi à sauver, c’est donc une sortie honorable.

Aujourd’hui notre système politique est Pat.  Pour débloquer la situation il faudrait en effet qu’un ou plusieurs partis politiques fassent des concessions extrêmement importantes.  Des concessions si importantes qu’elles passeraient pour un reniement des engagements pris devant les électeurs, voir même comme une trahison de sa propre  communauté. Le genre de renocement qui ressemble à un suicide politique.

L’alternative consiste à convoquer des élections. Là c’est un peu pareil, dissoudre le parlement alors qu’on sait très bien que l’électeur, c’est à dire vous et moi, n’a pas envie de, c’est prendre le risque d’être sanctionné. En politique aussi on n’a pas le droit de se mettre échec soi-même. Ni concessions, ni élections, nous sommes pat.

Dans cette partie d’échec qui s’éternise, l’info du jour c’est effectivement une prolongation possible de la mission de Didier Reynders. Comme on l’avait pronostiqué ici hier matin, la suggestion de l’informateur qui consistait à exclure les socialistes flamands et la famille écologistes a été fraichement accueillie.  Critiques entendues : cela donnerait une coalition trop à droite, qui fait la part belle aux libéraux, trop régionaliste aussi avec un poids accru du CD&V et de la NVA, deux partis flamando-convaincus.

Surtout, tout le monde a remarqué que ce n’était pas ça la question posée.  L’ordre de mission donné par le roi est bien de savoir si un accord est envisageable sur Bruxelles Hal Vilvorde, sur les transferts de compétences et sur le financement de l’état. Pour l’instant l’informateur a déplacé le débat et éludé les 3 questions.  Pour le dire plus clairement  il a tenté sa chance en suggérant une coalition qui l’arrangerait bien,  dans cette formule il faut noter que la famille libérale serait majoritaire et pourrait revendiquer le poste de premier ministre.  Pour l’instant, ça coince.

Dans le courant de la journée Didier Reynders se réunira avec Elio Di Rupo et Bart De Wever. N’attendez pas une solution miracle. Les 3 hommes pourraient s’accorder sur une prolongation d’une semaine de la mission de l’informateur, quitte à l’élargir un peu. Une semaine pour ne plus être pat, et essayer de quitter la table d’échec. Passé ce délai vous pouvez comprendre le mot  »échec », dans tous les sens du terme.

Pas trop tôt pour parler coalitions?

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 14 février 2011 13h50 | Un commentaire>

Théoriquement, c’est mercredi que Didier Reynders doit remettre son rapport à Albert II, mais ce qui va se passer dans quelques heures au sein des bureaux de partis sera sans doute crucial pour la suite de sa mission.

Samedi, alors que personne ne s’y attendait, Didier Reynders a d’ailleurs lancé une piste. Il l’a fait publiquement devant les caméras et les micros histoire sans doute de susciter un maximum de réactions. Une petite phrase choc qu’on peut décortiquer en deux morceaux. Premier morceau : « manifestement il y a une volonté de négocier ». Deuxième morceau : « beaucoup envisagent de partir de la coalition actuelle en ajoutant la N-VA ». C’est le deuxième morceau qui est évidemment le plus intéressant.

La coalition actuelle, c’est celle qui soutient le gouvernement Leterme, avec le CD&V et les libéraux côté flamands, le PS, le MR et le cdH côté francophone. Didier Reynders propose d’y ajouter la N-VA.

Petit coup d’œil sur l’hémicycle, cette coalition à 6 pourrait compter sur 110 députés. La majorité des deux tiers, c’est 100 parlementaires, donc mathématiquement ça marche. Politiquement en revanche, c’est une autre affaire. D’abord parce que la coalition Reynders remet en selle les libéraux flamands, l’Open VLD qui était à l’origine de la chute du gouvernement Leterme et qui était théoriquement le grand perdant de l’élection. Ensuite parce que ce schéma exclut des partis qui sont au pouvoir dans les exécutifs régionaux, c’est le cas du sp.a de Johan Vande Lanotte au Nord, et d’Ecolo au Sud. Quand on a des grandes réformes à faire passer, c’est inconfortable. Enfin, troisième élément, c’est une coalition de centre droit. Le PS s’y retrouvera le seul parti clairement à gauche.

La difficulté pour les socialistes sera donc ce matin de choisir entre une posture de gauche, du genre « Nous n’abandonnons pas le lien avec le sp.a de Caroline Gennez et Johan Vande Lanotte, et une position pro-négociation qui serait « nous sommes prêts à tout pour sauver l’état fédéral ». Quand on sait que nous sommes en train de travailler en parallèle sur un budget qui va avoir des répercussions socio-économiques sur le pouvoir d’achat ou les allocations, c’est un beau dilemme en perspective.

On doit quand même poser quelques questions ce matin. D’abord il est inhabituel qu’un informateur dresse ainsi en cours de mission les contours d’une coalition. Habituellement, c’est plutôt le formateur qui fait cette partie du travail. Les questions posées par Albert II étaient de voir si on pouvait négocier sur BHV, les transferts de compétences et la loi de financement. Samedi, Didier Reynders était déjà un pas plus loin. Soit il a effectivement des assurances, et il a avancé vite, soit l’informateur fait diversion, et il n’a pas encore les réponses aux questions posées.

Le débat sur les coalitions ne doit pas occulter le débat de fond. Ce weekend, le CD&V a à deux reprises fait savoir qu’il ne voulait pas que Bruxelles soit une région qui aurait les mêmes compétences que la région Wallonne et que la région Flamande. C’est un point que tout négociateur censé serait bien inspiré d’éclaircir avant de parler du casting. Il n’est pas exclu que pour résoudre cette question-là, entre autres, une petite prolongation soit finalement nécessaire.

La médiation, une thérapie nécessaire pour la Belgique

Par Fabrice Grosfilley dans bruxelles, communautaire , le 11 février 2011 08h57 | 6 commentaires

monette

Pierre-Yves Monette est ce grand monsieur blond qu’on interviewe parfois sur les affaires royales. Il a été conseiller à la cour au début des années nonante, avant d’être désigné médiateur fédéral. Le médiateur, c’est le « monsieur plainte ». Lorsque vous avez des griefs contre un ministère ou une administration, c’est à lui qu’il faut s’adresser. Pierre Yves Monette a aujourd’hui quitté cette fonction mais il enseigne aujourd’hui la médiation au collège de l’Europe à Bruges. C’est bien en tant que médiateur qu’il s’exprime ce matin dans les colonnes du Vif/L’Express.

Ce qu’il manque? Un médiateur au-dessus de la mêlée

Pierre-Yves Monette affirme en effet que ce qui nous manque entre francophones et flamands, c’est un bon médiateur. Quelqu’un de neutre, au-dessus de la mêlée, mais qui possède une certaine autorité et avec qui on peut parler avec confiance. Exactement comme quand un couple va mal et qu’il décide de faire appel à une personne extérieure.

Sur Bruxelles-Hal-Vilvorde, il faut rappeler que c’est quand même le point de départ de la crise que nous traversons, un bon médiateur devrait donc commencer par identifier les émotions des deux camps, repérer les éléments irrationnels. Pour Pierre-Yves Monette, quand on évoque la non-scission de l’arrondissement BHV, les Flamands ressentent de la peur face à la francisation de Bruxelles, de la colère face aux francophones de la périphérie qui refusent de parler néerlandais et de la rancœur pour la domination francophone du passé. Côté francophone, nous ressentons de l’injustice pour les francophones privées de certains droits, de la colère contre le passage en force de la Flandre qui impose sa loi et la peur de ne pouvoir stopper le nationalisme et de voir Bruxelles enclavée.

Echange de territoires autour de Bruxelles

A partir de ce constat, Pierre-Yves Monette a donc imaginé des pistes. Il s’agit en fait d’un échange de territoires. Non pas commune par commune, mais quartier par quartier, pour tenir compte de la réalité du terrain. Si je résume, en gros on étendrait la région bruxelloise jusqu’au ring. Des communes comme Crainhem, Wezembeek-Oppem, Rhode-Saint-Genese ou Hoeilaert seraient divisées en deux, une partie pour Bruxelles, une autre pour la Flandre. Ce qui aurait comme impact de créer un couloir entre Bruxelles et la Wallonie. En compensation des morceaux de la forêt de Soignes qui appartiennent à Auderghem serait transférés à la Flandre ainsi que des quartiers d’Anderlecht ou de Neder-Over-Hembeek quand ils se trouvent au-delà du ring. Pour tous les détails je vous renvoie donc vers ce journal. Les communes de la Hulpe et De Waterloo seraient intégrées à la région bruxelloise.

Autant vous le dire tout de suite, ce plan va sûrement être très fraîchement accueilli par les partis flamands. Dès qu’on parle de territoire, c’est un débat extrêmement sensible en Flandre. Pourtant beaucoup des idées reprises dans cet article ont été à un moment ou à un autre sur la table des discussions, en 2005, en 2007, ces derniers mois. L’initiative, si elle relève de la pure politique fiction et n’engage que son auteur  a donc au moins un mérite : si on se donne la peine d’ouvrir une carte, on peut trouver des solutions. Avec un bémol : pour lancer une médiation, il faut que les deux partenaires en aient envie. Ensuite il faut  trouver le médiateur.

Le message 3+1

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire , le 10 février 2011 09h44 | 3 commentaires

BELGIUM POLITICS GOVERNMENT KERNOn se demandait quelle forme allait prendre la suite des travaux de Didier Reynders ? Réponse : une réunion à 4. L’informateur royal reçoit  donc ce jeudi matin, ensemble, les présidents du PS, du CDH et d’écolo. Une entrevue qui correspond à un souhait exprimé par ces trois présidents lors des premiers entretiens. Arrêtons-nous donc  sur la symbolique de cette réunion à 4.

Premier message à destination des partis flamands : les formations politiques francophones sont déterminées à négocier en « front francophone ». Cela veut dire que chacun des partenaires a le même degré d’information, et participe aux mêmes discussions. Cela signifie que s’il faut faire de nouvelles concessions, tous les partenaires sont concernés.  Dans une négociation c’est à la fois un atout et un handicap. Un atout parce que cela montre que les francophones présentent un ensemble soudé, regroupé derrière une vision commune de ce qui est acceptable ou pas, une grande  différence avec les partis flamands, ou on a bien senti ces derniers mois que NVA et CD&V d’un côté, et Groen et SPA de l’autre n’avaient pas les même exigences communautaires. Un handicap car si l’on commence à entrer dans le vif des discussions, on ne saura jamais ce que les uns ou les autres sont effectivement prêts à concéder. Un président de parti n’abattra jamais ses cartes en présence de ses concurrents électoraux. Il peut être plus enclin à le faire dans le secret d’un tête-à-tête si le médiateur qu’il a en face de lui est une personne de confiance. Le fait de tenir une réunion à 4 indique bien que nous ne sommes pas dans une phase de négociation, mais dans une phase préparatoire. Ce qui nous éclaire sur la portée réelle de la mission de Didier Reynders, qui  consiste à définir un périmètre de négociation. Il faudra parler de Bruxelles-Hal-Vilvorde, de régionalisation de compétences et de  loi de financement, comme le précise l’ordre de mission d’Albert II. Mais que met-on concrètement derrière ces expressions et jusqu’ où élargit-on ou n’élargit on pas la discussion pour que cela soit acceptable par tous.

Deuxième message à destination intra francophone. Après l’appel à l’ouverture aux libéraux d’Elio Di Rupo on a bien senti que l’Olivier était irrité. CDH et Ecolo pas vraiment ravis, et vous trouverez de nombreux  barons socialistes ou libéraux pour vous expliquer que l’alliance laïque, comprenez le PS et le MR ensemble, est finalement le couple le plus fort. D’où la question que tout le monde se pose en coulisse : le PS est-il prêt à changer de partenaire ? Ce matin la Libre Belgique franchit même un pas supplémentaire en affirmant que ce sont les écologistes qui seraient éjectés dans le cas où les discussions reprendraient. On n’en est sans doute pas là. Il y-a autant d’indices pour penser que le CDH pourrait aussi sortir des négociations, ou bien que les 4 partis francophones vont rester associés. Et il faut sans doute distinguer ce qui relève de la formation d’un gouvernement, des discussions institutionnelles (une formation peut participer à l’une sans être associée à l’autre). En se présentant à 4 ce matin les partenaires de l’Olivier opposent donc un démenti par l’image à ces interrogations/suppositions. 4 c’est en fait 3+1. Didier Reynders d’un côté, l’olivier (PS-CDH-Ecolo) de l’autre. En demandant une réunion  commune  Joëlle, Elio  et Jean Michel veulent faire passer le message, que pour le moment (l’expression pour le moment est importante, la politique c’est l’art de s’adapter aux circonstances) l’Olivier espère bien passer l’hiver.

Marie-Rose Morel, « égérie » du Vlaams Belang, est décédée

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 9 février 2011 09h38 | 20 commentaires

vlaamsVu du côté francophone, on aura peut-être du mal ce matin à comprendre pourquoi la presse flamande rend un hommage unanime à Marie-Rose Morel et pourquoi son décès occupe une telle place. Une jeune femme de 38 ans qui perd la vie en laissant deux enfants derrière elle, c’est évidemment d’abord un drame humain, bien avant d’être un événement politique. Marie-Rose Morel souffrait d’un cancer, son combat contre la maladie avait été largement relayé dans les journaux. Le choc est donc immense côté flamand. Pour en saisir l’ampleur il faut d’abord se rappeler qu’au Nord du pays, le Vlaams Belang est un parti comme les autres, dont les élus peuvent très bien se retrouver dans la presse people. Il faut aussi souligner que Marie-Rose Morel occupait une place à part dans ce parti. Parce qu’elle était une femme,  c’est plutôt rare dans l’extrême droite, ensuite parce qu’elle a eu un parcours atypique.

Une miss Flandre pour les nationalistes flamands

Marie-Rose Morel incarne le nationalisme flamand des années 2000, on peut même dire qu’elle en a été l’égérie. Elancée, blonde, belle, elle a été miss Flandre en 93. C’est un certain Bart De Wever qui l’a convaincu quelques années plus tard d’entrer à la N-VA. Bart De Wever la connaît bien, ils ont été camarades de classe. C’est donc poussée par Bart qu’elle se présente à sa première élection, elle ne sera pas élue et  ne va pas rester longtemps dans son parti. C’est l’époque du cartel avec les sociaux chrétiens. Marie Rose Morel trouve que la N-VA fait trop de concessions, elle passe au Vlaams Belang en 2004.

Elle tombe sous le charme de l’homme fort du Vlaams Belang

Son ascension sera très rapide. Elue au parlement flamand, elle fait un carton aux communales de 2006. Dans l’hémicycle flamand, son franc parler fait des ravages, elle devient rapidement l’un des ténors des bancs nationalistes. Franck Vanhencke, l’un des hommes forts du parti, est sous le charme. L’histoire d’amour et le positionnement politique vont ensuite coïncider. Marie-Rose Morel soutient Franck Vanhecke bec et ongles, elle ne rate jamais l’occasion d’égratigner publiquement l’autre homme fort du parti, Filip Dewinter. Quand Vanhecke tombe en disgrâce,  Marie-Rose Morel aussi. Ce qui lui vaudra le surnom de Yoko Ono. Comme la femme de Jpohn Lennon a séparé les Beatles, on a parfois reproché à Marie-Rose Morel d’avoir séparé Dewinter et Vanhecke. Dewinter incarnait l’aile dure, Marie Rose Morel et Franck Vanhecke auraient voulu un positionnement moins radical, plus proche de celui de la N-VA.

Un pénible combat contre la maladie

Alors entendons nous bien. Les positions de Marie-Rose Morel étaient radicales. Clairement anti-francophones par exemple, contre l’immigration aussi, on n’est pas député d’extrême droite par distraction. Et le recul du Belang doit autant à ses querelles internes qu’à l’émergence progressive de la N-VA.  Marie-Rose Morel, par son parcours nous rappelle que la frontière entre la famille nationaliste type N-VA, et l’extrême droite pure et dure est finalement assez perméable.  Mais ce n’est pas ça que la Flandre retiendra ce matin. C’est plutôt le combat d’une jeune femme qui face à la maladie avait annoncé qu’elle envisageait l’euthanasie. Qui avait aussi décidé de se marier avec Franck Vanhecke pour assurer la sécurité de ses enfants. Un mariage qui avait eu lieu en janvier. Juste un mois avant sa mort. Un courage et une ténacité face à la maladie qui imposent à ses adversaires politiques ce matin, de garder le silence.

Accord interprofessionnel: les politiques sous pression

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 8 février 2011 08h34 | 8 commentaires

Il y a des signes qui ne trompent pas. Depuis que le syndicat FGTB a refusé d’entériner l’accord interprofessionnel et qu’on sait que celui-ci va revenir sur la table du gouvernement, les communiqués de presse et les déclarations se multiplient. Rien que pour la journée d’hier, on notera que deux syndicats, le syndicat socialiste et le syndicat libéral, ont plaidé pour la renégociation de l’accord. L’augmentation des salaires est trop faible, et l’harmonisation des statuts ouvriers-employés pas assez aboutie. Alors que dans le même temps les fédérations patronales sortaient un communiqué qui disait exactement l’inverse : surtout ne pas renégocier l’accord. Le gouvernement doit l’appliquer tel quel car il s’agit d’un résultat équilibré, une majorité l’a approuvé, il faut l’appliquer dans son intégralité ni plus ni moins. Comprenez donc que pour les fédérations patronales, il n’est pas question de laisser la partie concernant les statuts de côté. Pas question non plus de revoir la marge salariale ou de n’appliquer l’accord que sur un an. C’est signé de la FEB, la Fédération des Entreprises de Belgique, qui représente plutôt les grosses sociétés mais aussi l’Union des Classes Moyennes (les indépendants) l’UNIZO, son équivalent flamand, ainsi que l’Agrofront, représentant les sociétés du secteur agricole.


Le monde du travail s’agite: il veut un gouvernement

Vous voulez une preuve de plus que le front social s’agite ? Le syndicat socialiste a organisé une première manifestation hier soir. C’était côté flamand à Courtrai. L’ABVV, l’équivalent néerlandophone de la FGTB, y a réuni 300 personnes. Très modeste, mais la mobilisation ira sans doute crescendo puisque le syndicat a prévu une réunion le 4 mars. Ce qui est intéressant dans cette manifestation flamande d’hier soir, c’est que les manifestants ont mélangé deux mots d’ordre. Ils protestaient à la fois contre l’accord interprofessionnel, mais aussi contre l’absence de gouvernement. A priori ce sont deux thématiques séparées, mais le message est pourtant là : il faut un gouvernement qui s’occupe des affaires socio-économiques. Avec deux sous-entendus : les négociations institutionnelles ne sont pas la priorité absolue, et le monde du travail s’estime déforcé dans les négociations sociales. Ce dernier a finalement plus de prises sur le monde politique. Logique puisqu’il y a plus de salariés que de patrons en Belgique. Les ministres y sont donc attentifs.

Une gauche qui se veut mobilisatrice

Si vous allez faire un tour sur le blog personnel d’Elio Di Rupo ce matin, c’est d’ailleurs assez instructif. Le président du PS ne parle pas de l’accord interprofessionnel, mais des débats au Conseil Européen. Pourtant, il cible son message sur le maintien de l’indexation des salaires. Ce qui est frappant c’est le vocabulaire utilisé : « les acquis sociaux sont dans le collimateur de la droite ». Elio Di Rupo parle d’une attaque, d’une droite antisociale, d’une proposition régressive. Bref. C’est un discours mobilisateur, une posture de combat et une référence explicite au clivage gauche-droite.

Zone de turbulences annoncée

Jetons un coup d’œil au gouvernement qui va plancher sur ce dossier. C’est le gouvernement Leterme, où coexistent libéraux du nord et du sud, CD&V, cdH et Parti Socialiste. La N-VA n’y est pas mais a dit qu’elle soutiendra de l’extérieur. Un gouvernement plus à droite que le résultat des dernières élections. C’est normal puisqu’il est calqué sur les résultats de 2000 où finalement le PS, qui y est sans le SPa, pourrait se sentir isolé, s’il n’avait pas le soutien des syndicats. Quand ça cale dans les discussions, la rue est un moyen de pression. Ce n’est pas toujours exact en politique,  dont la portée des débats se limite aux salons feutrés du parlement, ça l’est en revanche pour les affaires sociales. Après la problématique communautaire, c’est donc une dynamique droite-gauche qui va se mettre en place. Avec une zone de turbulence annoncée. Si de simples étudiants ont pu mobiliser 35 000 personnes sur des mots d’ordre un peu flou, les syndicats eux, pourraient faire beaucoup mieux.