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Archives du septembre, 2010

Le professeur De Wever et l’identité flamande

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, decryptage, nva , le 29 septembre 2010 10h21 | 15 commentaires

BELGIUM GENT UNIVERSITY DE WEVERJan D'HayerJan D'HayerJanCe  grand oral est traditionnellement organisé par Carl Devos, un politologue de l’université de Gand, à l’occasion de la rentrée académique. Chaque année  ce professeur donne la parole à un homme politique de premier plan et cette année, après Yves Leterme, Marianne Thyssen et  Herman Van Rompuy il  avait donc invité  Bart De Wever.

Deux choses à retenir de cette intervention : une petite phrase sur les négociations en cours et le thème choisi par Bart De Wever.

La petite phrase d’abord, elle est pessimiste : « je ne sais pas comment tout cela va aboutir et j’aurais bien aimé le savoir, mais il y a des raisons d’être sceptique ». Bart De Wever  maintient la pression sur les francophones en laissant entendre que leurs concessions ne sont toujours pas suffisantes, je veux un accord affirme-t-il mais à condition que celui-ci apporte « un changement systémique ».  En clair la NVA réclame toujours sa révolution copernicienne et estime ne pas l’avoir obtenue. Et le président de la NVA de dénoncer ce qu’il appelle l’irresponsabilité financière des régions, la Flandre et la Wallonie doivent être responsable de leurs revenus et dépenses « ce n’est que de cette façon qu’elles réfléchiront plutôt deux fois qu’une aux deniers dépensés ». Pour ceux qui n’auraient pas compris la NVA réclame donc une régionalisation au moins partielle de l’impôt sur les personnes physiques, avec tous les risques de concurrences entre régions et de fin de la solidarité nord-sud que cela implique, et elle ne lâchera pas le morceau. Pas sur que lui concéder  davantage de centimes additionnels et une régionalisation des accises satisfasse son appétit.

Deuxième enseignement le thème choisi par Bart de Wever. C’était celui de l’identité. Un concept que le président de la NVA veut développer,  dit-il, de manière saine. « C’est un concept qui véhicule des sous entendus négatifs limite raciste, reconnaît- il, cela peut être de la dynamite mais cela peut aussi être très positif, moi je défends une identité qui intègre pas une identité qui exclue ».

Toute la question est évidement de savoir de quelle identité on parle. Il n’y a pas de définition exacte reconnaît Bart De Wever.  Autrefois la religion, aujourd’hui l’appartenance à un territoire, à un passé commun, la culture, la langue. Et puis des facteurs subjectifs comme la volonté d’appartenir à un club.

Dans ce discours les choses sont assez claires, il ya une identité flamande basée notamment sur la langue et sur l’histoire, et elle est beaucoup plus forte que l’identité belge. On ne peut pas donner tort à Bart De Wever sur ce point : de nombreux citoyens flamands font primer l’identité régionale sur l’appartenance nationale, mais les francophones tardent à en prendre conscience.

 Il y a un passage du cours de Bart De Wever reproduit ce matin dans le Soir que je me permets de relever, il évoque l’intégration. Identité et intégration semblent clairement liés dans cet exposé : « Il n’est pas acceptable que certains allochtones qui vivent chez nous se sentent toujours allochtones à la 4ièeme génération pas acceptable que 80% des allochtones épousent un partenaire de la même origine qu’eux le résultat c’est que l’on a des enfants qui parlent  mal les langues nationales, sont en décrochage à l’école , se rebellent et dont le comportement problématique renforce l’animosité à leur égard ». Je crois que dans le cas présent on peut traduire allochtone par « ceux qui sont d’origine étrangère. »

Je n’étais pas à Gand hier je me contente de lire les comptes rendus de mes confrères, qui sont forcément réducteurs ( et peut être orientés, Bart De Wever  se plaint très régulièrement d’être maltraité par la presse francophone, nous y reviendrons sans doute car l’argument est récurent). Pour ceux qui veulent aller plus loin et se faire leur propre opinion je signale qu’on peut écouter des extraits du discours de Bart de Wever dans un reportage posté sur le site internet de la NVA, et qu’on peut lire le texte ici. Mais si j’ose un très grossier résumé de ce  que j’ai compris de ce cours  (c’est parfois utile de résumer très fort pour démonter une construction  rhétorique, j’ai appris ça à l’université,  option philosophie politique, cours de logique)  j’arrive à la caricature suivante : pour vivre ensemble il faut avoir une identité commune. Cette identité consiste à  se sentir flamand plus que Belge et à parler le néerlandais. Conséquence implicite : les « allochtones » mais aussi les francophones ne feront jamais partie du club. CQFD. Pour ceux qui en douterait encore voici un condensé du programme de la NVA : se concentrer sur la Flandre et le bien-être de ceux qui « possèdent » l’identité flamande.

Les mouvements des électeurs bruxellois

Par Fabrice Grosfilley dans decryptage , le 28 septembre 2010 09h56 | 2 commentaires

On ne vous présente plus Pascal Delwit, notre consultant RTL pour les soirées  électorales. Avec 3 autres chercheurs de l’Université Libre de Bruxelles, Marjorie Gassner, Emilie Van Haute et Jean-Benoit Pilet,  il a publié hier une étude sur les mouvements de voix entres les élections régionales de 2009 et les législatives de 2010. L’étude s’appuie sur un sondage « sortie des urnes » au cours duquel 3000 électeurs bruxellois ont été interrogés, c’est donc une étude qui ne concerne que Bruxelles. Bel RTL vous donnait déjà les grandes tendances hier : les électeurs du MR et du PS sont plus fidèles que ceux d’Ecolo ou du  Cdh.

On peut aller un peu plus loin dans l’analyse  et s’intéresser au trajet des électeurs. Ainsi au Mouvement Réformateur, si  3 électeurs sur 4 sont restés fidèles au parti libéral, la majorité de  ceux qui ont changé de vote sont allés vers le parti populaire. L’essentiel des voix du PP vient bien de l’électorat libéral. Une partie des électeurs MR de 2009 a également choisi le CDH en 2010. C’est donc un glissement vers la droite ou vers le centre.

Au Parti Socialiste 8 électeurs sur 10 n’ont pas changé d’avis. Ceux qui avaient voté PS en 2009 et qui ont choisi une autre formation en 2010 ont voté d’abord CDH et ensuite MR. Cela concerne environ 5000  électeurs bruxellois à chaque fois.  Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer les transferts des voix socialistes vers Ecolo ou vers l’extrême gauche (PTB entre autres)  ont été  très faibles en 2010.

 Au CDH  et à Ecolo  les transferts ont été beaucoup plus importants :  un électeur sur deux a changé de crêmerie en l’espace d’un an. Les électeurs  écolo et CDH  infidèles sont allés en priorité au PS et au MR dans des proportions comparables. On peut donc écrire que la volatilité des l’électorat  des partis écolos et centristes a profité lors des dernières législatives aux 2 plus gros partis de  notre échiquier politique.

Jetons un œil sur les partis flamands,  la NVA qui était le phénomène du vote 2010 a pris des électeurs au libéraux de l’open VLD au CD&V, le parti social chrétien, et au Vlaams Belang.  Il est important de noter que les électeurs du SPA et de Groen ne vont pas ou presque pas  vers la NVA. On peut donc dire que la NVA a un électorat clairement marqué à droite.

Situation très différente de ce qui se passe coté francophone ou la césure droite-gauche est en fait moins marquée, avec des électeurs qui  passent plus facilement d’,un coté à l’autre de l’échiquier.

  Conclusion des 4 chercheurs : chaque parti n’a pas un électorat mais des électorats.  En fonction de l’actualité  et des campagnes menés par les uns  ou les autres ce sont ces « segments électoraux » qui sont susceptibles de glisser  d’un parti à l’autre.  Et puis on notera que ces glissements vont dans tous les sens. Même ceux qui progressent perdent des électeurs. Cela nous confirme que l’objectif d’une bonne  campagne est moins de  consolider votre propre  électorat pour l’empêcher   d’aller voir  ailleurs que  de séduire l’électorat des voisins.

 

Vous pouvez télécharger l’étude sur le site du Cevipol : http://dev.ulb.ac.be/cevipol/

Elio superstar

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, decryptage, fédéral , le 27 septembre 2010 09h50 | 4 commentaires

BELGIUM POLITICS CONSULTATIONS MEDIATORS THURSDAYUne progression de 12% en Wallonie, de 14% à Bruxelles et de 16% en Flandre.

Elio Di Rupo est la superstar de ce baromètre RTL-La libre c’est incontestable.

Alors, d’abord un petit rappel. La question posée est la suivante : pour chacune des personnalités suivantes, voulez-vous dire si vous souhaitez lui voir jouer un rôle important dans les prochains mois ?

« Souhaitez » : c’est donc un désir une démarche volontaire de la part de la personne interrogé

« Rôle important » : c’est aussi le constat de la puissance de l’homme ou de la femme politique dont on parle.  Ceux qui obtiennent de bons score à cette réponse sont donc à la fois ceux qui sont populaires, et ceux dont on sait qu’ils occupent le haut du pavé. Un mélange entre popularité et notoriété.

Deuxième rappel, un sondage n’est pas une élection, c’est un instantané de l’opinon à un moment donné. Celui-ci ci a été réalisé entre le 6 et le 20 septembre. Juste après qu’Elio Di Rupo ait été déchargé de sa mission de préformateur.  C’est à dire juste après avoir tenu de longues conférences de presse en direct  sur les chaines flamandes.

3ième rappel :  ce qui compte pour gouverner ce n’est pas la popularité, c’est la capacité à voter des lois et des budgets, donc la possibilité d’avoir une majorité au parlement. On peut gouverner sans être populaire, être populaire ne suffit pas pour gouverner.

Ces préventions posées,  une bonne côte popularité renforce-t-elle  Elio Di Rupo ? La réponse est oui bien sur. Cela assoit son autorité. Le fait qu’il arrive deuxième en Flandre  confirme qu’il est aujourd’hui le premier ministre incontournable en cas  d’accord. Il peut désormais s’appuyer sur une popularité des deux côtés de la frontière linguistique. C’est historique : depuis le lancement du baromètre (il y a 14 ans) c’est la première fois qu’un francophone se classe parmi les 3 personnalités les plus appréciées au nord du pays.  Cela donne à Elio Di Rupo une légitimité vis à vis des autres présidents de parti francophones mais aussi  vis des leaders du nord du pays. Si l’on en croit le baromètre c’est doncbien entre Bart De Wever et Elio Di Rupo que la négociation doit se faire.

Rappelons que nous parlons ici  de popularité, de légitimité, d’autorité. Il s’agit bien de notre perception des rapports de force, et non pas de la réalité des rapports de force. La réalité, elle,  n’a pas changé, elle est celle issue des urnes le 13 juin, avec à la chambre les 27 députés de la nva, les 26 députés ps, etc…

Rappelons aussi  que pour un homme politique francophone, être populaire en Flandre, cela ne sert à  rien. Tant qu’il n’y aura pas de circonscription fédérale, aucun  électeur flamand ne peut voter pour vous, à l’exception de l’arrondissement BHV (pour rappel le président du Ps était tête de liste dans le Hainaut).

Paradoxalement ce qui renforce surtout la position d’Elio Di Rupo plus  encore que cette progression personnelle très spectaculaire c’est la bonne santé de son parti dans les intentions de vote. Avec 40% en Wallonie les socialistes, si on revotait demain seraient quasi assurés de gagner encore quelques députés. Avec comme conséquence que les autres partis  seraient de moins en moins nécessaires pour former une coalition. C’est là, à mon sens, la principale  leçon de ce sondage. Si les socialistes se renforcent, le CDH, le MR ou Ecolo, eux, s’affaiblissent.  Ils risquent de peser de moins en moins lourd  dans les négociations. Ce n’est pas anodin en cas de blocage lors du prochain round communautaire.

Yves Leterme, premier ministre qui savoure les affaires courantes

Par Fabrice Grosfilley dans anecdote, cd&v, fédéral , le 22 septembre 2010 10h58 | 2 commentaires

US UN MILLENIUM SUMMIT LETERMEVous avez surement vu ces images hier à la télévision. Yves Leterme s’exprimant à la tribune de l’assemblée générale des nations unies. Yves Leterme reçu par Ban  Ki  Moon le secrétaire général de l’ONU. Et il y aura sans doute d’autres images aujourd’hui avec un Yves Leterme serrant la main d’Hilary Clinton par exemple. C’est que non seulement Yves Leterme est bien premier ministre en affaire courantes, donc chef de gouvernement, mais  en plus il occupe le poste très visible de représentant des européens, (on l’oublie parfois, mais la Belgique occupe la présidence de l’Union Européenne et Herman Van Rompuy n’a pas totalement éclipsé les présidences tournantes). Mine de rien jusqu’au 31 décembre le premier ministre est donc assuré d’une certaine visibilité sur la scène internationale. Une visibilité qu’il utilise bien sur : hier Yves Leterme pouvait ainsi se vanter d’avoir reçu les félicitations de Ban Ki  Moon pour la politique belge en matière de coopération au développement.

Ca c’est pour l’extérieur. Sur la scène communautaire en revanche Yves Leterme est ces dernières semaines particulièrement discret. Il n’intervient pas et laisse faire les préformateurs ou autre médiateurs confirment les ministres qui le rencontrent régulièrement. Avec une situation paradoxale. Plusieurs vice-premiers ministres participent aux négociations :  en  kern ou en conseil des ministres Yves Leterme se retrouve avec des interlocuteurs qui sont finalement mieux informés que lui et qui ont parfois des choses plus importantes dans leur agenda que de répondre aux convocations du premier.

Pour l’instant Yves Leterme joue le jeu. Il est loyal et ne gêne pas les négociations souligne plusieurs membres de la majorité. Au CD&V il laisse faire Wouter Beke et n’interfère pas glisse un autre. Bref Yves Leterme a le mauvais rôle et il semble l’accepter.  Hier à New-York alors que les journalistes essayent de l’interroger sur la portée symbolique des 100 jours le premier a botté en touche : ce n’est pas à moi de répondre dit-il, je ne fais pas de commentaires. On devine pourtant une satisfaction tranquille. En 2007- 2008 on avait beaucoup critiqué la méthode Leterme. Le  formateur  devenu ensuite premier ministre n’avait pas le charisme ni le volontarisme nécessaire. Il était désorganisé, gaffeur, pas assez influent. Plus le temps passe plus il peut savourer une revanche par l’absurde. Certes il n’avait pas la méthode, mais le problème belge n’est pas si simple à résoudre, la preuve. Surtout Yves Leterme a appris la modestie.. En concurrence avec Herman Van Rompuy et Kris Peeters l’ancien numéro un flamand répétait souvent que son parti lui devait une fière chandelle et qu’il avait sous sa direction multiplié les victoires électorales. Aujourd’hui il reconnaît que le cartel avec la NVA était une erreur.

Dans les mois à venir, sous réserve de la constitution d’une nouvelle majorité, le premier a comme ambition de rester ministre si possible aux finances ou aux affaires sociales. Ce n’est pas gagné d’avance, le CD&V n’aura pas beaucoup de postes à offrir.

 Yves Leterme est premier en affaires courantes depuis 100 jours déjà. Record à battre 194 jours, détenu par un certain Guy Verhofstadt. A l’époque c’est Yves Leterme qui essayait de monter une coalition.

Gagnants et perdants du bras de fer

Par Fabrice Grosfilley dans cd&v, communautaire, nva , le 21 septembre 2010 12h42 | 2 commentaires

On redoutait un affrontement avec à la clef une sortie de route, la rupture annoncée n’a finalement pas eu lieue. Pour l’instant les négociations vont donc se poursuivre. A l’image de la longue poignée de main qu’ils ont ostensiblement  échangée devant les caméras  en arrivant au parlement   le président de la NVA et le président du Parti Socialiste savent qu’ils sont autant incontournables qu’indissociables : à  ce stade, ils ne peuvent rien faire l’un sans l’autre.

Bart De Wever avait  émis 2 conditions pour revenir à la table de négociation. D’abord un engagement sur la loi de financement, avec à la clef  le pourcentage d’impôt qui serait transféré de l’état fédéral vers les régions. Ensuite la possibilité de discuter à 2 et pas à 7.

Face au blocage, on a donc eu recours à une technique bien belge : l’encommissionnement. C’est un groupe qualifié de «  haut niveau » qui va devoir travailler sur la loi de financement. Il sera coprésidé par Jean Claude Marcourt et  Jan Jambon. Ce groupe, qui sera installé dès cet après midi en présence des médiateurs,  ne tranchera pas, il devra faire « tourner des modèles » comme on dit.  Ces différentes solutions et leurs conséquences seront transmises aux négociateurs.

En parallèle André Flahaut et Danny Pieters continueront d’entretenir des contacts informels avec les 7 présidents de partis.  Informels, la précision est importante, elle confirme que nous  sommes quelque part entre la rupture et le dialogue, à mi-chemin entre la reprise et l’échec.  Qui sort gagnant du bras de fer ? Ce matin on peut  constater que Bart de Wever a reculé sur deux éléments précis : il n’a pas le chiffre qu’il demandait, et il n’a pas non plus  obtenu l’exclusion des autres formations de la discussion centrale. Mais on doit aussi constater que les négociations n’ont pas réellement repris. C’est le verre à moitié plein et à moitié vide. Puisqu’on évaluera l’ensemble des progrès dans le courant de la semaine prochaine,  Bart De Wever n’a donc pas réellement  perdu la face ; au contraire il peut faire valoir qu’il accorde aux francophones une grosse semaine, 10-12 jours de plus pour répondre à ses demandes.

Sur le fond,  acteurs et commentateurs soulignent à juste titre  que rien n’est résolu.  Les problèmes (loi de financement, bhv, rigueur budgétaire) restent entiers et l’animosité réelle. L’opinion publique ne comprendrait sans doute pas très bien pourquoi les négociations échoueraient dans 1 semaine alors que la tension était si vive qu’elle permettait de « mettre en musique » une crise ces derniers jours. Ce serait ignorer que la dramatisation  permet quand même fait bouger les lignes. D’abord le CD&V n’a pas suivi la NVA ces derniers jours, une première. Ensuite  le PS a mis son partenaire sous pression en l’accusant publiquement de manquer de loyauté. Enfin 3ième élément, la presse flamande a été critique avec la méthode  De Wever, plusieurs éditorialistes se demandant si le président de la NVA voulait réellement un accord.

Il faut aussi constater que les choses ont également bougé côté sud. En parlant du plan B, les partis francophones ont un petit peu tourné une page. Il ne s’agit plus de réformer l’Etat, mais bien d’inventer une nouvelle Belgique. Bart de Wever pourrait sembler perdre une manche,  si on regarde le chemin parcouru en 100 jours, il a malgré tout obtenu de réelles avancées.

Le détour d’ Anvers

Par Fabrice Grosfilley dans decryptage, flandre , le 20 septembre 2010 09h52 | 5 commentaires

BELGIUM POLITICS N-VA PARTY BUREAURegardons le problème de travers, si cela peut paraître tordu, cela aide parfois à mieux comprendre que lorsqu’on est bien en face.  Alors que nous abordons une nouvelle journée cruciale,  il est peut être intéressant de s’arrêter 2 minutes sur un projet qui fait couler beaucoup d’encre côté flamand mais que nous connaissons assez peu coté francophone. A Anvers il ya donc un ring dont la partie ouest attend d’être bouclé. C’est un dossier qui dure depuis des années. La majorité flamande s’était mise d’accord pour financer un pont. Pas n’importe quel pont, c’est quand même une route à 8 voies ou bandes de circulation (et non 8 voix comme le souligne mon estimé confrère Christophe De Caevel, voir les commentaires) , et comme la ville d’Anvers est largement endettée c’est la région qui paye.

Problème : les anversois ne veulent pas d’un pont. On peut les comprendre, ils préfèrent un tunnel, c’est plus cher, cher mais ca se voit moins. Et la population locale l’a fait savoir lors d’une consultation locale fin 2009 (60% des participants pour le tunnel). Du coup le bourgmestre d’Anvers le socialiste Patrick Janseens défend l’idée du tunnel, et son parti, le SPA,  a aussi rallié cette option. Conclusion : il n’y a plus de consensus au gouvernement flamand sur ce projet. La dernière fois qu’on devait prendre une décision, on a préféré reporter la réunion.

Résumons : CDV, NVA et Open VLD empruntent le pont. SPA et Groen plonge dans le tunnel. Si vous suivez un petit peu ce qui se passe côté flamand vous aurez noté que SPA et Groen  sont justement les deux partis qui semblent ulcérer  Bart De Wever. A tel point qu’il a publiquement fait savoir qu’il préférerait s’en passer au fédéral.  Au contraire les libéraux flamands seraient des partenaires plus acceptables. D’abord parce qu’ils défendent des options économiques et sociales plus proches de celles qui figurent dans le programme de la NVA (les mauvaises langues disent même que le chapitre économie du programme de la nva n’est qu’un copié collé du programme libéral).  Ensuite pace que les libéraux sont contre le tunnel, motivation suffisante  pour que  Bart pour les appeler à monter sur le pont ? C’est une option qui est dans la tête de la plupart des commentateurs. Ejecter les socialistes et ramener les libéraux. Cette option du big bang serait une triple victoire pour De Wever .

Il imposerait la coalition de son choix au fédéral, à la région flamande et il ferait avancer son dossier pour sa ville d’Anvers. Du coup vous comprenez que l’affaire  des diners en ville à aussi eu pour effet de donner du crédit à l’option big bang, histoire de mettre la pression sur des partenaires récalcitrants.

Ce scénario est-il réalisable ? Pas sur. Pour changer de coalition il faut que les autres partenaires se laissent faire. On voit mal le parti socialiste francophones abandonner les socialistes flamands du spa en rase campagne, au moment ou l’on parle de régionaliser la sécurité sociale. Même le cd&v n’a pas forcément intérêt à jouer ce jeu là . Ce weekend le président du parlement flamand Jan Peumans, oui celui qui a eu la mâchoire décrochée a indiqué sur la VRT qu’il voulait un parlement et un gouvernement flamand stable, « on a pas intérêt à chipoter » a-t-il dit. Bart De Wever est un stratège.. Aux dernières élections législatives,  sur le canton électoral d’Anvers son parti a obtenu 25% des voix , juste devant le SPA du bourgmestre Jaansens (23%). Les élections communales  de 2012 sont en ligne de mire. La bonne stratégie serait de prendre els problèmes les uns après les autres.  A moins que devenir bourgmestre d’Anvers soit finalement plus important que d’obtenir un accord au fédéral.

 

Si le sujet vous interesse lisez également ce qu’écrit Charles Bricman sur le sujet : http://blog.pickme.be/2010/09/19/suspendus-au-ring-danvers/

La guerre des mots dérapera-t-elle ?

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, fédéral , le 17 septembre 2010 10h17 | 3 commentaires

BELGIUM POLITICS NEGOCIATIONS MEETINGSAccrochez vos ceintures et préparez vos casques : nous avons franchi hier soir une nouvelle étape dans l’escalade verbale. Entre l’entourage d’Elio Di Rupo et Bart De Wever l’ambiance est désormais à la guerre des tranchées.

Pour comprendre, regardons d’abord l’enchaînement des déclarations. Mon billet d’hier vous indiquait déjà que, malgré un accord en présence des deux médiateurs  le discours de la méthode souffrait de quelques problèmes de traductions. Toute la journée d’hier les journalistes ont donc pu mesurer que le PS était irrité par la communication de la NVA autour de la reprise des discussions.  Explications : pour écrire leur article ou leur reportage les journalistes appellent régulièrement des « sources » pour se tenir au courant des dernières infos, sentir la température, vérifier ce qu’ils ont pu apprendre par ailleurs. Ces sources (qu’ils s’agissent des négociateurs eux-mêmes, de leurs porte-paroles, de membres de leurs cabinets ou d’autres hommes politiques et qui s’expriment le plus souvent en « off », donc sans qu’on puisse les citer) étaient hier unanimes : le PS accusait la NVA de déloyauté et laissait clairement entendre que l’ami Bart acceptait des conditions à la table des négociations qu’il dénonçait par presse interposée dès qu’il était sorti de la salle.  Les journalistes ont donc fait leur boulot en relayant ces critiques larvées. Quand un parti insiste sur les réunions à 2 alors que l’autre prétend que l’essentiel se joue à 7 et quand l’un évoque un délai de 4 semaines, alors que son partenaire parle de 6 à 8 semaines, ce sont des dissonances qu’il faut souligner.

19H53, communiqué de la NVA qui « prend acte avec étonnement des déclarations du PS ». Dans la première partie du texte le parti de Bart De Wever conteste les accusations socialistes : « négocier la loi de financement en 4, 6 ou 8 semaines n’est pas l’essentiel » et la NVA affirme qu’elle n’a pas employé le terme d’ultimatum.  Encourageant ça : la NVA corrige par écrit des informations que la presse prête à ses représentants. Soyons concrets  : le délai de 4 semaines n’a pas été inventé par la presse, il vient bien d’une source NVA.

Le texte  affirme ensuite qu’Ecolo refuse la méthode proposée par les médiateurs « on peut soupçonner que la soudaine colère publique du PS cache une autre motivation ». ce qu’on pourrait traduire : amis socialistes, c’est la pagaille entre francophones, vous essayez de faire diversion.

23H11 un communiqué d’Ecolo dément et « s’étonne des spéculations formulées par la NVA », ce que pourrait traduire cette fois par : nous ne bloquons rien du tout et c’est toi, Bart, qui essaye de faire diversion.

L’affaire s’arrêterait là ? Pas sûr. La fin du communiqué de la NVA est en effet dans la pure tradition des campagnes électorales : « les francophones sont-ils disposés à abandonner le fédéralisme de l’argent de poche  » (bizarrement la traduction retenue par les quotidiens francophones parle de « fédéralisme de consommation ») ? Difficile d’utiliser une formule plus provocante et injurieuse.

En signant ce communiqué Bart De Wever s’éloigne de la posture d’homme d’état et de la réserve propre aux négociateurs qui veulent réussir et donne ainsi du grain à moudre à la critique.

L’expression « guerre des mots » n’est plus trop forte, hélas. Et on vient de voir à Visé que l’on peut passer facilement de la violence verbale à l’agressivité physique.

La politique n’est pas un jeu de rôle qui se tient à l’écart de la vraie vie. Injurier, mépriser, provoquer l’autre communauté sont des limites à ne pas franchir. Les mots ne vivent pas que sur papier : ils influent sur notre compréhension du réel, entrent dans les têtes et légitiment les comportements. J’ai deux enfants. Je leur explique souvent que quand on joue avec des allumettes on risque de mettre le feu.

Continuer dans la douleur

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, fédéral , le 16 septembre 2010 10h38 | 5 commentaires

BELGIUM POLITICS NEGOCIATIONS MEETINGSQue retenir de la longue réunion à 4 (Di Rupo, De Wever, Pieters, Flahaut) d’hier ? D’abord qu’on prolonge. Ce n’est donc pas la rupture, au contraire.  Elio Di Rupo et Bart De Wever  ont renoué le contact et acceptent de s’asseoir l’un en face de l’autre. Les deux hommes ont acceptés la méthode proposée par les deux médiateurs.  Cette prolongation est en même temps une accélération du processus. Dans les prochains jours on discutera en même temps de la loi de financement, ce point qui a provoqué officiellement la rupture entre NVA et PS,  de la préparation du budget pour les deux années à venir, ainsi que du financement de Bruxelles et de la scission de  l’arrondissement Bruxelles Hal Vilvorde. C’est ce qu’on appelle la méthode de l’entonnoir, si souvent utilisée par Guy Verhofstadt.  Tous les points de blocage sont discutés ensemble et on essaye d’aboutir à un accord équilibré avec l’idée que si l’on perd sur un dossier on se rattrape sur un autre.  Cela indique qu’on entre dans une nouvelle phase de négociation.

Autre nouveauté sur les dossiers institutionnels il y aura bien une pré-négociation à deux. PS et NVA se verront  sans les autres pour approfondir le projet d’accord qui avait été déposé sur la table il ya 15 jours.  Vous vous rappellerez que dans ce projet il y avait  une longue liste de compétences à transférer vers les régions. C’est le verre à moitié plein : quand on dit approfondir, cela veut dire que Bart De Wever accepte de repartir de ce compromis, mais qu’il obtient quand même qu’on puisse l’étoffer un peu.

Ce scénario va être proposé aux 5 autres partis.  D’après mes informations il a déjà été testé  côté francophone. Elio, Joelle et Jean Michel se sont vus avant-hier et en ont probablement discuté.  On reste donc bien dans un scénario à 7. Ce n’est ni la fin des négociations, ni le big-bang  annoncé avec un éventuel retour des libéraux. Et les médiateurs dont on disait qu’ils n’étaient qu’un paravent chinois, on quand même réussi à relancer une mécanique grippée.

Alors est-ce gagné ?  Non. Parce que cette relance se fait dans la douleur.

Hier coté PS on indiquait que pour sortir de l’entonnoir et donc avoir un accord sur la loi de financement et sur les grandes lignes d’un budget 2011 2012 il faudrait 6 à 8 semaines.  Un délai qui n’est pas exagérément long, si  l’on veut  limiter les  déficits budgétaires il faut quand même trouver 22 milliards,  personne n’a de baguette magique. Coté NVA, on ne parlait pas de 6 semaines mais  d’un mois. Un mois cela nous amène à la rentrée parlementaire du deuxième mardi d’octobre, et comme le souligne le soir de ce matin (la consultation de l’article  en ligne n’est possible qu’après paiement : http://pdf.lesoir.be/pdf/index.php )   sous  la menace d’un éventuel retour de la proposition BHV devant les députés. En off les nationalistes flamands estimaient même qu’ils voulaient savoir très vite ce que les francophones pouvaient accepter dans le domaine de la fiscalité, et qu’on arrête une clef de réparation fédéral/région à propos de l’impôt sur les personnes physiques.

Ce processus d’accélération se lance donc sous haute- pression. Bart De Wever continue de donner l’impression qu’il veut toujours plus. L’objectif médiatique est clair : faire savoir à l’opinion publique flamande qu’il fait reculer les francophones et qu’il impose son tempo et ses priorités. Un proche de la négociation résume le processus ainsi : pour Bart De Wever il s’agit de monter qu’il a fait le maximum pour tenter d’arracher un accord… et pour les francophones c’est exactement la même chose, sans que l’on sache écrire aujourd’hui si cet accord est possible ou pas.

Prochaine étape du processus, lundi : les bureaux de partis devront officiellement valider la nouvelle  méthode de travail. Les médiateurs retourneront alors au palais. Il faudra, et ce n’est pas si simple, alors désigner un pilote pour conduire la suite des négociations.  Le bras de fer entre Elio et Bart va se sans doute se poursuivre.

Des relations tendues

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, decryptage , le 15 septembre 2010 10h48 | Commentaires fermés

BELGIUM POLITICS CONSULTATIONS MEDIATORS THURSDAYOn ne le dira jamais assez, la politique n’est pas une science exacte (ce serait beaucoup trop simple) mais une équation complexe, en particulier dans notre système belge  où nous avons régulièrement de grandes négociations à réaliser, un cocktail ou se mélangent problèmes de  fond,  convictions,  communication,  stratégies à court et à long terme,  rapports de forces basés sur le poids électoral de chacun et relations humaines.  « L’humain », ou si vous préférez le caractère des uns et des autres, et la capacité à travailler en équipe quand on appartient à des écuries concurrentes, est sans doute le plus difficile à comprendre.  Les hommes ou les femmes politiques n’aiment d’ailleurs pas  trop aborder la question,  cela échappe à la logique, c’est parfois peu glorieux et les politologues eux-mêmes sous estiment souvent cette dimension psychologique.

Dans la situation qui est la notre  il faut pourtant constater que nous sommes face à un double blocage. D’abord un blocage de fonds : les positions des francophones et des partis  néerlandophones qui participent à la discussion sont éloignées. Les intérêts des uns et des autres sont contradictoires. Et même la perception de ce qui a été négocié jusqu’à présent n’est pas la même. Les francophones estiment qu’ils ont fait beaucoup de concessions et que l’accord proposé correspond bien à une « révolution copernicienne » de l’Etat belge, les flamands  contestent cette lecture et parlent d’avancées insuffisantes.

Le second blocage se situe bien au plan  relationnel. Entre Elio Di Rupo et Bart de Wever le courant ne passe plus. Certains journaux affirment qu’ils ne se sont plus parlé depuis 10 jours. D’autres au contraire prétendent qu’ils se sont appelés. On ne saura pas la vérité, mais on voit bien que les deux hommes ne forment  plus un duo, comme ils en avaient donné l’impression  au début de l’été.  Pire après tout le travail de mise en confiance de la première phase de négociation, on sent bien qu’il ya de l’animosité dans l’air. Dans les coulisses de la négociation Bart De Wever aurait irrité les francophones, accusé d’avoir renoncé à ses engagements, en déposant des points supplémentaires, en exigeant plus, bref en compliquant le travail d’Elio Di Rupo. Bart de Wever et Elio Di Rupo ne parlent jamais l’un de l’autre mais ils  se sont  quand même publiquement rejetés la responsabilité du blocage par conférence de presse interposées. Ajoutez l’épisode du déjeuner avec Didier Reynders et Louis Michel et vous comprendrez que  Bart De Wever passe désormais pour un personnage qui suscite plus de méfiance que de sympathie.  Il faut dire que tout ou presque oppose Elio Di Rupo et Bart De Wever : le sport et la cuisine  légère d’un coté, la bière et les frites de l’autre.  Le désir d’être au dessus de la mêlée, avec un verbe très maitrisé et tout en nuance,  contre le parler vrai populaire,  et les petites phrases chocs. Même chose pour leur équipe : une machine  parfaitement huilée et habituée aux grandes négociations, avec centre d’études et collaborateurs spécialisés domaine par domaine d’un côté, un petit groupe qui « découvre »  la politique de l’autre. Depuis 10 jours Elio Di Rupo et Bart De Wever sont restés discrets. Mais leurs lieutenants n’ont pas pas fait baisser la tension. Les socialistes en parlant d’un plan B on agité un chiffon rouge. La NVA en a ouvertement ricané.

Bien sur, il  ne faut pas exagérer la place des relations interpersonnelles. La politique est un monde violent dont les acteurs savent prendre et donner des coups en relativisant la portée des attaques.  Le PS et la NVA ont aussi des raisons objectives de s’entendre.  S’ils n’en étaient pas persuadés,  ils auraient pu s’épargner l’épisode des médiateurs.  

Mais pour sortir de l’impasse, ni plan  A ni plan B, les négociateurs ont besoin d’un plan C. Avec C comme dans confiance.

Pédophilie dans l’Eglise : faut-il une commission d’enquête ?

Par Fabrice Grosfilley dans chambre , le 14 septembre 2010 17h34 | 2 commentaires

La question va se poser dans les prochains jours à la chambre. Vendredi après midi les membres de la commission justice auront un premier échange de vues avec le ministre de la justice Stephan De Clerck au sujet du fameux  rapport de la commission Adrianssens. Hier la partie la plus active des victimes,  le groupe « droits de l’homme dans l’église », a répété son souhait de voir les députés créer une commission d’enquête parlementaire. Une demande qui a déjà le soutien de certains députés :  Renaat Landuyt, socialiste flamand, ancien ministre, qui a reçu ce groupe la semaine dernière ainsi que le groupe ecolo-groen s’y sont ralliés. Les verts ont estimé hier dans un communiqué  que les réponses de l’Eglise  étaient « insuffisantes et inappropriées ». Pour Ecolo une telle commission permettrait de faire « toute la lumière sur cette loi du silence et examiner la manière dont la Justice a traité les dossiers de pédophilie au sein de l’Eglise. »

Le MR par la voie de Christine Defraigne demande une commission mixte chambre-sénat et un allongement du délai de prescrition, le CDH parle d’une commission ad-hoc mais n’emploie pas le terme de commission d’enquête. Enfin  le parti socialiste a demandé que Peter Adrianssens soit entendu par les députés, le PS demande également que l’on crée une cellule spécialisée dans les affaires de pédophile au sein du parquet fédéral.

Alors de quoi  parle-t-on ? Une commission d’enquête parlementaire est un outil de contrôle du parlement, extrêmement codifié, possédant les pouvoirs d’un juge d’instruction. Elle peut contraindre des témoins à venir s’exprimer, exiger des documents, organiser des confrontations. C’est un outil indispensable quand on veut par exemple faire la lumière sur la manière dont l’Etat, on parle ici soit des ministres, soit des administrations a géré un dossier. Dans le passé récent nous avons eu des commissions d’enquetes sur le Rwanda, sur la crise de la dioxine, sur l’affaire Dutroux ou encore sur la faillite de la Sabena. Toutes ces commissions ont permis de faire la lumière sur les dysfonctionnements, au niveau politique ou au niveau administratif. Les travaux d’une commission d’enquête sont toujours spectaculaires et très suivis par la presse, un excellent baromètre des grandes émotions collectives.

Alors c’est logique, c’est même sain, que  face à l’émotion provoqué par le rapport Adrianssens le débat rebondisse au parlement. Faut-il pour autant une commission d’enquête ? Pas sur.

Autant la commission d’enquête est utile pour  entendre un ministre ou un haut fonctionnaire, autant elle risque d’être inutile si on veut faire la lumière sur ce qui s’est passé dans les évêchés ou dans les pensionnats il y a 20, 30 ou 40 ans. Pour savoir vraiment ce qui s’est passé il vaut mieux sans doute que des policiers et des juges d’instruction mènent l’enquête. Confier ce travail à une commission parlementaire, ce serait partir du point de vue que la justice n’est pas capable de réaliser ce travail. Convoquer des évêques à la chambre ce serait aussi mélanger les genres et risquer de provoquer une guerre des tranchées entre catholiques et laics. Seul argument en faveur de la commission il me semble, un signal fort adressé à l’opinion public, pour lui confirmer que ces faits ne sont pas tolérables.

Alors bien sur il faut un débat au parlement. Oui, des questions se posent et il est légitime que les députés les relayent et essayent d’obtenir des réponses. Avec un gouvernement en affaire courante, nous n’avons plus la séance des questions d’actualité qui permettrait chaque jeudi d’interroger par exemple le ministre de la justice.  Il faut donc trouver un lieu pour le débat. La commission d’enquête n’est peut être pas le meilleur.