En ce moment

Dernier carnet, avant de prendre la route

Par Fabrice Grosfilley dans anecdote , le 5 juillet 2012 10h44 | 10 commentaires

blog-1

Ce n’est pas l’article le plus simple à écrire, ni le plus agréable, mais je ne voudrais pas fermer ce blog sans vous dire au revoir. Comme vous le savez peut-être j’entamerai une nouvelle carrière dans un autre média d’ici quelques semaines. Je garderai un lien avec la famille RTL puisque j’animerai toujours l’invité de 07h50 sur Bel RTL (je vous donne d’ores et déjà rendez-vous fin août, pour la rentrée politique), mais je ne vous infligerai plus cette lecture quotidienne, puisque ma collaboration avec RTLinfo.be et RTL TVI s’arrête ici. Je ne sais pas encore si ce blog sera repris ou  pas, mais je n’en serai plus l’auteur. Je vais donc disparaitre du net pour quelque temps. Ceux qui me suivent depuis longtemps savent que c’est déjà  la seconde fois que j’écris cela (j’avais créé le blog « rue de la loi« , 400 billets postés de 2006 à 2008, en marge de mon activité à RTL à une époque où le net n’était pas si tendance, avant de l’interrompre pour  lancer  finalement quelques mois plus tard « carnet politique »  cette fois sous la bannière de mon employeur). Je ne vais pas donc vous dire adieu, même si j’ai la conviction que la pause sera cette fois de longue durée, faute de temps disponible.

a

Une liberté totale

Avec « Carnet Politique » j’aurai eu la joie de conjuguer la liberté du blog avec la puissance des médias RTL. Aucune concession sur le fond, un exercice de journalisme pur, sans censure ni contrainte (aucune intervention de ma hiérarchie à aucun moment, je peux vous en assurer) et la satisfaction d’être réellement lu. Pour le blog, on écrit à destination d’un public actif qui fait la démarche de cliquer sur votre billet, et dont on peut penser qu’il a un intérêt pour les thèmes que vous traitez, c’est un peu l’inverse de la télévision. Et j’ai eu la chance de trouver ce public interessé par la politique, même s’il reste de taille modeste. Au moment où je poste ce billet « Carnet politique » comptabilise 1.297.366 lecteurs sur 3 ans (c’est l’avantage du net : être précis, et les clics des administrateurs du blog ne comptent pas) avec un pic à 21.812 internautes  pour la journée du 25 avril 2012. En moyenne, cela représente près de 4.000 lecteurs par billet, avec des pointes régulières vers 15.000, le record absolu étant ce billet sur Annemie Turtelboom lu par 33.314 personnes. J’aurai produit au total 682 articles, essentiellement adaptés de ma chronique radio, mais dont certains étaient écrits spécifiquement pour le blog et même parfois des petits scoops réservés au net. Pour mes concurrents ou pour la relève, je signale au passage quelques trucs pour améliorer votre taux de fréquentation : le nom de Bart De Wever dans un titre, celui d’Elio Di Rupo, les thématiques communautaires et ce qui touche au racisme décrochent les meilleures audiences.

a

Tirer une dernière fois la sonnette d’alarme

Ça tombe bien, la lutte contre le racisme ambiant est l’un de mes dadas (et le restera). Je profite de ce dernier billet pour tirer une nouvelle fois le signal d’alarme : si la Belgique francophone est relativement protégée du phénomène de l’extrême droite, les éléments de discours racistes sont bien plus présents qu’on ne le pense, tous partis confondus.  Et ils sont nombreux les élus,  les militants politiques ou même les journalistes à faire, consciemment ou pas, le lien immigration-insécurité, sans se rendre compte que ce sont d’abord les conditions socio-économiques (avoir un travail ou pas, habiter dans un quartier mixte ou un ghetto, être alphabétisé ou pas) qui créent les conditions de la délinquance. Ils sont beaucoup moins nombreux à oser dire que sans immigration le moteur de l’économie belge serait en panne sèche depuis longtemps, et que le vieillissement de la population rend nos entreprises plus dépendantes que jamais d’une main d’œuvre « importée » bon marché.

Des commentaires vont en déclinant

Sur ce blog j’ai veillé à écarter la plupart des commentaires malveillants, agressifs, injurieux et ouvertement racistes. J’en ai publié certains pour rendre compte de l’état de l’opinion. Mon souhait était de permettre le débat et l’échange, mais j’ai bien dû constater que la qualité des commentaires postés allait en déclinant (j’en publiais un sur deux il y a quelques années, je suis plus proche des uns sur trois aujourd’hui, ayant validé  3.144 contributions sur les 5.469 commentaires postés). Bien sûr, je sais que ceux qui commentent sont une minorité agissante, qui ne représente pas la majorité, mais quand même… j’ai parfois été lassé des attaques personnelles, des slogans racoleurs et des contre-vérités.

a a

Merci aux auditeurs, merci aux lecteurs

Avec « Carnet Politique » et mon intervention quotidienne à 07h20 sur Bel RTL je pense avoir montré qu’il existe une place pour un éditorial quotidien qui traite de la politique. Un exercice de décryptage, de contextualisation, de remise en perspective pour offrir un discours critique vis-à-vis de la communication des élus tout en reconnaissant la qualité de leur travail et de leur investissement. Un espace où l’on peut se permettre de réaffirmer des valeurs (la démocratie, la tolérance, le respect de l’autre) et où on ne se laisse pas aller à trop de facilité. C’est un travail ardu, parfois répétitif, de temps à autre dénigré, mais tellement valorisant que j’y ai pris beaucoup de plaisir. D’autres journalistes, d’autres chroniqueurs, ici ou ailleurs, reprendront le flambeau. Je me permets d’adresser un remerciement aux auditeurs et aux  lecteurs qui ont permis le succès de ces chroniques.  Je veux aussi dire merci à  tous ceux (journalistes, chroniqueurs, blogueurs, simples citoyens) qui continuent de promouvoir une information et  un débat politique de qualité et  leur adresse tous mes encouragements.

Bulletin de fin d’année

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral , le 29 juin 2012 08h55 | Un commentaire>

dirupo

Le mois de juin sonne l’heure des bulletins.  Si on devait donner une note au gouvernement d’Elio Di Rupo ce serait forcément un 16 ;  16 comme 16 rue de la loi, et 16 surtout comme les 16 projets de loi actuellement en débat au parlement, chambre et sénat,  et qui devraient aboutir à la 6ème réforme de l’Etat. Si tout va bien l’ensemble de ces textes devrait définitivement être adopté dans une quinzaine de jours. La date la plus souvent avancée est celle du 12 juillet. Si on regarde dans le rétroviseur depuis le mois de septembre il s’est passé beaucoup de chose.Le gouvernement s’est réuni à 20 reprises en conseil des ministres. Le premier ministre s’est rendu en voyage officiel à l’étranger dans 5 états distincts. Il participe aujourd’hui à son 3ème somment européen, et il a rencontré dans l’année des personnalités comme Hillary Clinton, Ban ki Moon ou Abdallah de Jordanie.

Au niveau du parlement, rien que pour la chambre, en laissant de côté le sénat, les députés se sont réunis, jusqu’à présent, 37 fois en séance plénière,  ce qui représente 165 heures de débats.  Il y avait eu à la fin du mois de mai, 582 réunions de commissions. Ces députés  ont adopté en un an  83 projets de loi, sans compter les 16 dont on parlait tout à l’heure.  Au total 217 propositions de lois ont été déposées. Il faut y ajouter 484 questions posées en séance plénière,  3142 questions en commission,  et surtout 4756 questions écrites.

En un an le gouvernement aura aussi dû faire face à quelques catastrophes. On  a été servi question sécurité : une fusillade à Liège, un accident de car à Sierre, 28 morts, un imam assassiné, un début d’émeute à Molenbeek, il faut y ajouter des grèves dans les prisons, ou le malaise des avocats. On peut dire que les ministres de la justice et de l’intérieur ont été mis à rude épreuve.

Une année politique c’est aussi depuis le premier septembre,  si j’ai bien compter ,194 chroniques comme celle -ci.

Tous ces chiffres ne sont  rien. Ce qu’il faut retenir de cette année 2011-2012 c’est bien cette réforme de l’état qui est une petite révolution. Alors oui je sais bien mon ami Alain Raviart  qui vous livre tous les soirs une délicieuse chronique « Pis que pendre » aux alentours de 18h20, une chronique brillante et souvent amusante et que j’écoute avec beaucoup de plaisir, parce qu’il a du talent Alain,  va encore se moquer  en gloussant que je suis le seul  journaliste  à encore parler de cette réforme de l’Etat qui n’intéresse plus personne. Mon cher Alain, c’est la dernière fois ce matin et ensuite il faut juste remonter en arrière  pour se rendre compte à quel point elle est nécessaire cette réforme. En septembre dernier,  nous n’avions pas de gouvernement. Ce n’est que le 5 décembre que le gouvernement a été installé, le 6 si on parle de la lecture de la déclaration gouvernementale au parlement. Auparavant nous avions vécu 541 jours sans gouvernement de plein exercice.  541 jours d’affaires courantes comme on dit. 541 jours de crise, de conflit communautaire, d’angoisse existentielle : le royaume de Belgique a-t-ile encore un avenir ? Et donc finalement il n’y a bien qu’une chose à retenir de cette année politique. C’est le passage d’un état de chaos institutionnel, à un  gouvernement de plein exercice.

Réforme de l’Etat: un vote historique pour le 12 juillet?

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral, parlement , le 28 juin 2012 16h53 | 3 commentaires

vote

Bookmakers, à vos calculatrices. La Belgique retient son souffle: aurons-nous oui ou non une réforme de l’Etat avant de partir en vacances? Sauf si vous avez réservé un billet d’avion pour la semaine prochaine, la réponse sera probablement oui. On avait avancé la date du 15 août au plus tard, le gouvernement visait le 2 août, les plus optimistes avaient osé le 21 juillet. Ces dernières semaines, des parlementaires (Daniel Bacquelaine au micro de bel RTL par exemple) ont même glissé « avant le 15 août ».

Lançons les paris. Si mon petit doigt est bien informé (ou mes oreilles pas trop sales), la rumeur qui court dans les couloirs du parlement annonce désormais un vote pour le 12 juillet.

La rumeur est crédible. A moins que les nationalistes de la N-VA ou les ultras du Belang ne jettent d’un coup toutes leurs forces dans des manœuvres de retardement, les choses sont déjà bien avancées. Après les votes en plénières, les textes ont repris leur parcours parlementaire aussi discrètement qu’efficacement. Le projet de loi qui consacre la scission de l’arrondissement électoral a ainsi déjà été voté mardi par la commission de révision de la constitution. Cette commission (présidée par le président de la Chambre) a déjà prévu des réunions les 25, 26 et 27 juin… si tout va bien le 27 juin le travail en commission sera terminé. Place alors au débat en plénière et radio couloir précise qu’au cas où cela serait nécessaire, une séance extraordinaire de la session plénière pourrait être convoquée pour le 10 juillet.

Au Sénat, pas de stress non plus. On indique qu’on se calera sur le rythme de la Chambre. Bref, le vote pour le 12 juillet tient la route: c’est un jeudi, le jour classique des plénières, et c’est le lendemain de la fête de la communauté flamande, tout un symbole. Le 11 juillet Jan Peumans, président N-VA du parlement flamand, pourra dire tout le mal qu’il pense de la réforme de l’Etat depuis la tribune officielle de la fête flamande. Qu’il en profite bien, car si mon petit doigt ne se trompe pas (ou si mes oreilles ne sont pas trop sales) elle sera votée le lendemain.

Bart De Wever déchire la copie de Pascal Smet, Kris Peeters tente de calmer le jeu: la Flandre instable

Par Fabrice Grosfilley dans communales, flandre , le 28 juin 2012 09h52 | 5 commentaires

bdw2

La scène se passe au parlement flamand. Bart  De Wever, président de la très puissante N-VA, et surtout coqueluche de l’opinion flamande,  n’est pas là. « Où est Bart De Wever, lui qui est si prompt à faire la leçon à tout le monde ? »  se demande  Filip Watteuw en montrant  le siège vide. Le député régional  de Groen,  les verts flamands, insiste:   « Où est-il, qu’il participe une fois au débat ? ». Une scène ordinaire de la vie parlementaire, sauf que pour une fois on applaudit. Et on applaudit même longuement. Oui on applaudit au parlement flamand un homme qui critique Bart De Wever. Et les députés du CD&V et du sp.a ne sont pas les derniers à applaudir, au contraire. Il faut dire qu’il l’a un peu cherché Bart De Wever. Il vient de mettre le feu à la majorité flamande. Pour rappel, le gouvernement Flamand est soutenu par 3 partis : le CD&V du ministre président Kris Peeters, le sp.a le parti socialiste, et la N-VA de Bart De Wever.

Et pourtant cette semaine Bart De Wever a  flingué l’un des projets portés par sa majorité  (et surtout par le ministre de l’enseignement Pascal Smet).  Celui-ci  veut retarder de 2 ans (14 ans à la place de 12)  l’âge auquel les petits Flamands doivent choisir entre l’enseignement  général, le technique et le professionnel. La N-VA n’est pas d’accord :  « la formation est quelque chose de trop sérieux pour se lancer dans des expériences ».

Ce n’est pas la première fois qu’il y a des tiraillements dans la majorité flamande. L’exécutif a notamment été divisé sur le projet UPplace, un projet de méga complexe commercial poussé par la majorité alors que le s.pa est contre. Il y a eu plusieurs affaires croquignoles de mails, envoyés par erreur à d’autres destinataires d’où  il ressortait que l’ambiance n’est pas au beau fixe. Cette fois-ci, en applaudissant l’opposition contre Bart De Wever, les députés CD&V et sp.a ont franchi un cap. Surtout que Bart De Wever et son absence remarquée ont déjà été soulignés au Sénat où on est en train de voter la réforme de l’Etat.

L’ambiance se dégrade donc entre les partenaires. Kris Peeters, le ministre-président flamand le confirme d’ailleurs assez ouvertement: « Je n’ai rien contre les débats politiques mais la manière dont cela se passe aujourd’hui est déplorable (…) la nervosité et l’opportunisme gagnent du terrain à l’approche des élections communales« .  Ou encore : « Il faudrait veiller à ce que ces comportements ne dépassent pas certaines limites ». Vous imaginez Rudy Demotte qui dirait la même chose, c’est qu’on serait déjà assez loin dans le pugilat.

Quelles leçons retenir de ce bouillonnement flamand ?

1. Les communales  rendent tout le monde nerveux au nord du pays, c’est un vrai test de la puissance de la N-VA et d’autres formations ont le sentiment d’y jouer leur survie.

2. Avoir un pied dans la majorité (en Flandre), un pied dans l’opposition (au fédéral) n’est pas simple. Plutôt que de faire le grand écart Bart De Wever boude les 2 assemblées : il ne va ni au parlement régional ni au sénat.

3.  A chaque fois que vous vous voulez toucher à l’enseignement vous prenez un risque. Les parents d’élèves détestent le changement, parlez-en à Marie Dominique Simonet ou à Marie Arena.  En optant pour le statu quo et en refusant qu’on retarde l’orientation, Bart de l’a très bien compris. C’est vrai, à 12 ans, les enfants n’ont pas toujours une idée très précise de ce qu’ils veulent devenir, mais ce n’est pas grave, à 12 ans on n’est pas électeur. Leurs profs et leurs parents auront donc des idées à leur place. C’est sans doute un peu conservateur, mais  électoralement, c’est surement  très porteur.

Météo budgétaire : l’arrivée du printemps

Par Fabrice Grosfilley dans budget , le 26 juin 2012 09h27 | Commentaires fermés

Après la rigueur de l’hiver, les petites douceurs du printemps. Ce n’est pas encore l’euphorie mais on sent  par-ci par-là quelques indices d’un climat budgétaire un peu moins tendu qu’en début d’année.  C’est un printemps timide, pas question de faire des folies, mais entre deux orages nous commençons à voir droit à quelques éclaircies.

Eclaircie numéro 1 : le bureau du plan qui revoit la norme de croissance. Il y a 2 semaines nous sommes passés d’une prévision de croissance de 0,1 à 0,5% pour l’année 2012. Rappelez-vous  à la fin de l’année dernière ou au début de cette année, on parlait d’une croissance négative. Les consommateurs et les investisseurs ont un meilleur moral que prévu, la croissance est plus haute que ce qu’avaient annoncé les experts, et plus on avancera vers la fin de l’année, plus cela devrait aller en s’améliorant. Pour  l’an prochain le bureau du plan parle même d’une croissance de 1,3%. Ca c’est tout bon pour l’Etat fédéral. Quand la croissance est meilleure, les rentrées fiscales sont plus hautes, les dépenses d’assurance chômage diminuent,  bref  les caisses de l’Etat se portent mieux.

Eclaircie numéro 2 :   les ministres du gouvernement fédéral commencent à délier un tout petit peu les cordons de la bourse. C’est le cas d’Annemie Turtelboom, qui vient de s’engager auprès des avocats à défendre  l’idée d’une augmentation de leur « point »  lorsqu’ils prestent en tant qu’avocat pro-déo.  Passer de 24, 03 euros le point à 26,91, cela représente 8,5 millions pour l’Etat. Annemie Turtelbomm ne les a pas encore, elle a juste promis qu’elle défendrait l’idée lors du prochain conclave budgétaire, mais les avocats lui font suffisamment confiance  pour lever leur mouvement de grève.

Eclaircie numéro 3 : Joelle Milquet demande à pouvoir passer de 1 100 à 1 400 embauches de policiers pour l’année prochaine. Cela représente 12 millions. Là non plus la question n’est pas tranchée, elle est aussi renvoyée au contrôle budgétaire.

Eclaircie numéro 4 :  la baisse de la pression fiscale pour les 3 premiers emplois  créés par une entreprise. Le projet est inscrit dans l’accord de gouvernement. Théoriquement c’était pour 2013, mais Monica De Coninck comme Sabine Laruelle ont toutes les deux dit sur Bel RTL qu’elles espéraient pouvoir le mettre en place dès la fin de l’année.

Eclaircies numéro 5 :  l’embellie touche aussi les entités fédérées. A la fédération Wallonie-Bruxelles Jean Marc  Nollet vient de trouver 3 millions pour le FNRS, et André Antoine annonce que les mesures de provisions prises en début d’années dans tous les départements vont pouvoir être assouplies.

Bien sûr, il ne faut pas aller trop vite. La plupart de ces décisions restent en suspens. Il faut attendre le contrôle budgétaire qui  aura lieu le 14 juillet. Mais si cela ne sera peut-être pas le feu d’artifice de la place de la concorde, mas on peut quand même  s’attendre au défilé des bonnes nouvelles.

Finalement les choses sont plutôt bien faites. La majorité papillon avait été installée dans la douleur. Une croissance zéro, l’obligation de réduire le train de vie de l’état, un débat qui consistait à choisir entre l’austérité ou la rigueur.   Quand on s’est serré la ceinture très fort,  la rouvrir d’un cran ou deux 6 mois plus tard  est un vrai bonheur.

On l’a dit on le répète, ce printemps budgétaire  est un printemps timide et  surtout en retard sur la saison. Cela représente un avantage : quand le printemps est en retard, l’été aussi. Le grand beau temps devrait tomber cette année aux alentours du 14 octobre.  Les prévisionnistes n’excluent pas de beaux orages ensuite. Surtout dans le ciel de Flandre.

Le mouvement de gauche peut-il percer ?

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 25 juin 2012 08h44 | 10 commentaires

mdg1Lancer un nouveau parti politique en Belgique francophone est toujours un petit événement. Ils ne sont pas si nombreux ceux-qui osent  se lancer dans l’aventure, même si les dernières tentatives n’ont pas toutes été couronnées de succès. Le CDF, le parti des Chrétiens Démocrates Francophones, devenu dans l’indifférence générale les chrétiens démocrates fédéraux, avait été   lancé en 2002,  dix ans après son bilan est maigre, pas de députés ni au niveau fédéral ni au niveau régional.

Bilan à peine meilleur pour le Parti Populaire de Mischael Modrikamen. Lancée en 2009, la formation décroche un député à la chambre en juin 2010. Le député en question, Laurent Louis, a fait sécession et  Rudy Aernout, co-fondateur , a également quitté la formation. Après 3 années d’existence le PP repose sur les seules épaules de son fondateur ou presque . On peut prendre d’autres exemple, Vivant le parti de Roland Duchatelet,  Probruxsel, Belgique unie, toutes ces formations ont eu beaucoup de mal à exister.

Est-ce que ce sera différent pour le mouvement de gauche ?  Bernard Wesphael veut le croire. 400 militants réunis à Namur ce weekend. Un certain nombre d’entre eux ont déjà l’expérience de l’engagement, que ce soit dans le combat politique, dans la représentation syndicale ou dans le militantisme associatif. Bernard Wesphael affirme qu’il a déjà recruté un millier d’adhérent et il parle de succès. A-t-il des chances de percer ? On serait tenté de répondre oui, si on analyse ce qui s’est passé en France avec Jean Luc Melenchon ou en Grèce avec le parti  Syriza.  Le mouvement de gauche prend ses distances avec la social-démocratie et surtout il remet en cause le consensus européen. C’est finalement le seul parti qui refuse le pacte de stabilité. La tactique du mouvement de gauche devrait être assez simple et potentiellement efficace : un discours à gauche toute, pour  essayer de capter les déçus du PS.

Attention quand même, le mouvement de gauche a devant lui  aussi de sérieux handicaps à surmonter. D’abord il n’est pas tout seul. Le parti socialiste reste en Belgique francophone un parti plus socialiste que social-démocrate, comprenez plus à gauche que ses cousins français ou allemand. Pour séduire les déçus du PS, il faut d’abord qu’ils soient déçus. L’auteur de ce blog a aussi noté que le PS gauchise son discours lorsqu’on est en campagne électorale. Toujours à gauche Bernard Wesphael va devoir affronter ses anciens camarades d’Ecolo, on peut imaginer qu’on ne se fera pas de cadeaux. Et puis à gauche de la gauche, il  y a déjà des formations plus ou moins implantées, le PTB par exemple. En France Jean-Luc Mélenchon s’appuyait sur les structures du parti communiste, il a fait croitre un électorat qui pré-éxistait. Bernard Wesphael lui doit créer une formation et un électorat c’est très différent.

Autre difficulté du mouvement de gauche :  trouver des personnalités. On a bien vu José Dubié ce weekend à Namur. Mais c’est un peu faible. Pas de grand syndicaliste, pas de personnalités  connues. Un parti ne repose  pas seulement un leader  charismatique et des militants convaincus, il doit  aussi et surtout  trouver des cadres intermédiaires.

Troisième handicap le calendrier. Le mouvement de gauche  fait l’impasse sur les élections communales et vise les élections de 2014. Deux ans en politique c’est  très très long. Pour qu’on connaisse un parti ,qu’on soit capable de le classer sur un axe gauche-droite, pour qu’on puisse être en sympathie ou en antipathie avec lui, il faut en entendre parler.  Pour cela il faut être présent dans les débats, prendre des décisions, intervenir dans les assemblées. Le mouvement de Gauche n’aura pas cette  possibilité. Aujourd’hui la formation focalise l’attention, reportage dans les journaux, interviews. Le risque de Bernard Wesphael c’est que cette attention risque fort de retomber. Son défi est donc le suivant :  qu’après les trompettes de la naissance, le petit parti ne disparaisse dans le silence.

En vue des communales, la bataille des applications smartphones

Par Fabrice Grosfilley dans internet , le 21 juin 2012 18h07 | Commentaires fermés

home-banner-verticale-elections1A chaque élection communale sa révolution technologique. Celle de 2000 avait été marquée par l’essor de l’internet, chaque candidat qui compte devait avoir son blog. 2006 a consacré la suprématie des vidéos et le début des pages facebook. 2012 sera probablement l’élection qui verra Twitter se démocratiser et le contenu accessible aux Ipad, Iphone, smartphones et autres tablettes concurrencer le contenu en ligne classique.

Sur ce terrain le Parti Socialiste vient de prendre ses concurrents de vitesse. Le boulevard de l’empereur vient de mettre en ligne 2 applications en vue des prochaines élections communales (vous les trouverez dans  l’applestore en tapant PS 2012, mais ces applications sont également disponibles sous android).   Le graphisme reprend les silhouettes des personnages blancs qui sont désormais la signature visuelle du parti et qui renvoie au décor de la cité, cadre de vie de chacun d’entre nous (une maison communale, un arbre, un élu ceint d’une écharpe, etc).

Coté contenu la première application (‘PS 2012′) offre une ballade dans un village animé (les plus vieux y trouveront un graphisme qui leur rappellera peut être les dessins animés des barbapapas). Maison communale, plaine de jeux, école, transport, épicerie (pour l’économie) : cliquez le thème de votre choix pour connaître les idées socialistes sur le thème en question.

La seconde application  (‘Propositions PS’)  se présente comme une synthèse du programme pour les élections communales, mais le contenu est à (ce stade en tout cas) à peu près le même. La mise en scène y est un poil plus autère et laisse plus de place au contenu écrit. Dans les deux cas les auteurs misent sur une comibnaison texte/commentaire audio à grand renfort d’infographie.  

Le PS prévoit une 3ieme application pour septembre qui permettra de connaître les candidats de sa région grâce à la géolocalisation.

Si les socialistes frappent un grand coup ils ne sont pas les seuls à occuper le terrain de l’internet mobile. MR et Ecolo proposent aussi des sites pour mobiles. Le MR en a fait une déclinaison pour ipad (que vous ne trouverez pas dans l’appelstore mais en tapant m.mr.be dans votre navigateur ) : pas de contenu propre pour l’ipad, mais les communiqués de presse et le moyen d’entrer en contact avec le parti. Une petite amélioration est annoncée pour les prochains mois, le programme communal devrait notamment être accessible, mais on sent bien que ce n’est pas une priorité absolue des réformateurs.

Coté Ecolo on est plus ambitieux. L’application (qu’on trouve en tapant ‘ecolo’ dans l’applestore) permet d’envoyer des photos au parti (l’onglet ‘reportage’) ou d’entrer avec le groupe écolo le plus proche grâce à la géolocalisation. Ecolo annonce également une évolution de ses applications pour la rentrée de septembre, avec un contenu spécifique pour les élections communales mais reste discret sur ces évolutions.  

Enfin le CDH confirme qu’il travaille également à la mise en place d’une application ‘dans les prochains mois’.

 Mine de rien c’est une petite révolution : les partis font le constat qu’une partie du public ne consomme plus l’internet sur son PC et qu’il faut être au plus près des habitudes de consommation du client (ici le client est un électeur et il aime surfer d’un mouvement de doigt pour consulter vidéos et supports écrits, plus question pour les jeunes de passer par un clic de souris, trop ringard). L’investissement semble limité (12 000 euros, taxes comprises, pour les 3 applications du PS), et si pour l’instant les utilisateurs restent peu nombreux (on parle de quelques centaines ou au mieux de quelques  milliers d’utilisateurs par parti) les formations politiques savent que c’est là un moyen de trouver un public jeune qui consomme de moins en moins les médias traditionnels.

La 6ieme réforme de l’Etat : début du vote…

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire, fédéral, nva, parlement , le 21 juin 2012 08h55 | 3 commentaires

reforme

Ce sera un moment important. Cet après-midi, la Chambre et le Sénat voteront l’ensemble des textes de la réforme de l’État. Les députés ont travaillé jusqu’à 20H30 hier soir pour clôturer le débat et être prêts à passer au vote. Au Sénat, c’est avant-hier qu’on avait fait des heures supplémentaires. Les parlementaires mettent les bouchées doubles pour respecter le timing.

b

Commençons par la Chambre, où la séance débute à 14H15. Trois propositions de loi inscrite à l’ordre du jour. L’une simplifie les procédures de vote pour les Belges à l’étranger, la seconde scinde l’arrondissement judiciaire Bruxelles-Hal-Vilvorde, la 3e insère un article 157 bis dans la constitution. Un article qui précise que les « éléments essentiels » qui concernent l’emploi des langues en matière de justice ne peuvent être modifiés que par une majorité des deux tiers. Je ne vais pas vous embêter un jeudi matin avec de la tuyauterie institutionnelle, mais ce petit bout de constitution supplémentaire doit permettre d’éviter que la belle architecture mise en place aujourd’hui (les deux parquets de Bruxelles et Hal, les magistrats francophones détachés à Hal, les tribunaux dédoublés, etc.) ne puisse pas être rayée d’un trait de plume par un vote flamand contre francophone.

b

Hier soir, il y a bien eu un peu de contestation sur ce qu’on appelait les « éléments essentiels», mais ça ne devrait pas empêcher de voter. La séance du jeudi commence toujours par les questions d’actualité, ce vote devrait donc intervenir dans le courant de l’après-midi.

b

Au Sénat, il y a 13 propositions de loi. La scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde est le gros morceau, la proposition porte le numéro 5-1560. Mais il y aura aussi le refinancement de Bruxelles, la création d’une communauté métropolitaine, la nomination des bourgmestres dans les communes à facilités et ce qu’on appelle les mesures de renouveau politique. Les sénateurs sont conviés dès 9 heures ce matin. Là aussi, le vote doit intervenir en fin de journée.

b

C’est vrai: avec les débats sur la sécurité, la crise de l’euro, le nouveau premier ministre grec, les élections françaises et Jean-Paul Belmondo, cette réforme de l’État ne fait absolument plus la une de l’actualité. Pourtant, les votes de cet après-midi sont une étape cruciale. On sera à la moitié du parcours parlementaire. Tout ce qui sera voté à la Chambre partira alors au Sénat et inversement. Voir des sénateurs voter la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, ce n’est quand même pas rien. Le gouvernement Leterme est quand même tombé sur cette question, la vie politique a été paralysée pendant 500 jours, et nous allons toucher à un système qui assurait l’équilibre linguistique autour de Bruxelles depuis plus de 50 ans.

b

Pourquoi cela ne nous passionne-t-il pas plus? Sans doute parce que nous connaissons l’issue du vote à l’avance. La majorité aura le renfort des écologistes, tandis que la N-VA, le Belang et le FDF voteront contre. Il faudra quand même vérifier que tout le monde vote bien comme prévu. C’est souvent dans ces moments-là que des petits malins tentent de se faire porter pâle et c’est souvent très significatif. Et puis, surtout si cela ne nous passionne pas, c’est parce que la N-VA ne se bat pas. Le parti nationaliste fait profil bas: au sénat Bart De Wever n’est même pas venu pour participer au débat. C’est plus que symbolique. Notre réforme n’est pas encore une réalité légale, mais elle appartient déjà aux débats du passé, elle est considérée comme acquise alors que le vote n’a pas eu lieu. La N-VA par ses succès électoraux, de l’extérieur, l’a imposée cette réforme. Mais comme elle n’est pas à l’intérieur et qu’elle ne peut pas revendiquer la paternité de la scission tant convoitée, elle a décidé de faire le moins de bruit possible. Le grand danger pour les francophones est là: la N-VA ne crie pas victoire, elle garde donc toutes ses forces pour la bataille suivante.

Belmondo, Laanan, Reynders et Luperto dans « le revers de la médaille »

Par Fabrice Grosfilley dans anecdote , le 20 juin 2012 21h57 | 7 commentaires

belmondo

Du grand guignol. Plusieurs de mes confrères ont relaté comment la remise de la médaille de chevalier de l’ordre de Léopold à Jean-Paul Belmondo a  bien failli mardi soir tourner au fiasco intégral. En résumé, moyennant quelques variantes et plus ou moins de détails, l’histoire est la suivante : le dossier pour recevoir la fameuse décoration n’avait pas été introduit dans les temps par la ministre de la culture, il a donc fallu une intervention expresse du ministre des affaires étrangères pour la tirer d’embarras, et en échange le ministre en question a donc logiquement été invité à décorer l’acteur français.

b
Voilà pour les grandes lignes. C’est déjà pas mal. Accrochez-vous car ceci n’est que la face visible de l’iceberg. La version édulcorée d’une pièce bien plus complexe. Vous pensiez avoir affaire à du Feydeau  alors que c’est plutôt du Paul Auster, mâtiné d’un peu de Simenon.  On vous vend un vaudeville, alors qu’en grattant un peu, le scénario est plus proche de Machiavel.

b
Tout commence en février. Le cabinet de Fadila Laanan, ministre de la Culture et Emmanuel Deroubaix, de la société Full Options, prennent la décision d’organiser une grande soirée en l’honneur de Jean-Paul Belmondo. Il est convenu que l’acteur français sera décoré à cette occasion,  et  l’ordre de Léopold, la plus haute distinction belge s’impose comme une évidence. C’est oublier un peu vite que l’ordre de Léopold, l’équivalent de la légion d’honneur française, ne se décerne pas à la va-vite, et qu’il faut suivre une procédure longue et complexe. Trois mois plus tard, on n’est nulle part. Le dossier est  parti de travers: on ne sait plus très bien qui d’Emmanuel Deroubaix ou du cabinet Laanan devait l’instruire, et aujourd’hui les deux protagonistes se renvoient la balle.

b
A ce stade du récit, cela mérite de s’arrêter un instant sur Emmanuel Deroubaix. A la tête de sa société « Full Options », l’homme est l’un des attachés de presse les plus influents de la scène culturelle belge: tous les grands noms du spectacle parisien passent par lui quand ils doivent assurer leur promotion à Bruxelles. De Belmondo à Johnny Hallyday en passant par les plus grands films, Deroubaix est un incontournable des relations publiques. Son catalogue, son entregent, son pouvoir de persuasion, mais aussi sa capacité à promettre à un journaliste une exclusivité qu’il a  pourtant déjà concédée à un concurrent (avec  des modalités très légèrement différentes)  l’ont rendu célèbre dans toutes les rédactions.  Deroubaix est un homme de négociation et de rapports de force, qui ne montre  jamais toutes ses cartes dans le but d’assurer une exposition médiatique maximale à ses clients.

b
L’acte II commence il y a environ un mois. La soirée se précise. Les cartons d’invitations sont lancés. Deux noms y figurent: celui de Fadila Laanan, ministre et celui de Jean-Charles Luperto, président du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pas un mot de Didier Reynders.  Pour les deux socialistes francophones, c’est l’heure de gloire: remettre une décoration à Bebel, quelle exposition médiatique magistrale, tagada boum boum. Fadila Laanan avait déjà rêvé de remettre un Magritte d’honneur à Belmondo,  mais cette fois, c’est du concret. Pourtant en coulisse, c’est panique à bord. Le dossier n’est toujours pas complet, on est hors délai. On essaye de faire jouer la chancellerie du premier ministre, peine perdue. Le service des ordres, qui dépend du  service public fédéral des Affaires étrangères, sous la tutelle de Didier Reynders, a remis un avis négatif.  Pas de médaille pour l’as des as. C’est à ce moment-là que l’idée de se rabattre sur un coq de Crystal, décoration de la Fédération Wallonie-Bruxelles est avancée. C’est nettement moins prestigieux, mais c’est mieux que rien.

b
Acte III, Didier Reynders entre en scène. Alerté de l’imbroglio, le ministre des Affaires étrangères fait le forcing et obtient à l’arraché le titre de chevalier de l’ordre de Léopold. Administration, Palais Royal: les feux sont finalement passés au vert. Les documents arrivent le matin même de la cérémonie. En échange, il est convenu que Didier Reynders remette lui-même la décoration. C’est de bonne guerre. La belle fête rouge est devenue bien plus bleue. Dans l’entourage du ministre on assure que c’est un vrai sauvetage de dernière minute et qu’il est miraculeux.

b

Là, cher lecteur, on bascule dans l’acte IV et on change de dimension. A très bonne source, il était acquis dès jeudi dernier que Didier Reynders jouerait un rôle majeur dans la cérémonie. Et hier, les ministres socialistes ont commencé à trouver que tout cela n’était pas très net. Emmanuel Deroubaix ne cache pas ses sympathies pour le MR, il sera d’ailleurs candidat aux prochaines élections communales. Hier, l’homme était bien aux premières loges, pour guider Jean-Paul Belmondo autant que pour s’assurer que les bonnes personnes étaient à la bonne place pour apparaître sur les photos.

b

Les choses ont réellement commencé à déraper lorsque Fadila Laanan et Jean-Charles Luperto se sont vus refuser  l’accès à la loge de Belmondo…alors que leur collègue du fédéral a pu y accéder sans problème. Coté socialiste, c’est à ce moment-là qu’on comprend qu’on est en train de se faire doubler.

b
La situation est devenue irrécupérable lorsque la ministre de la Culture a décidé de remettre quand même le Coq de Crystal alors que cela n’était pas prévu. D’après mes informations, tout ce petit monde a répété la cérémonie sur le coup de 16H30. Les organisateurs auraient alors clairement fait savoir à la ministre qu’il n’était pas question que cela se passe ainsi. Il existe des attachés de presse qui ont suffisamment de culot pour donner des ordres à un ministre, mais Fadila Laanan  a finalement décidé de passer outre. Ordre de Léopold contre Coq de Crystal, Reynders contre Laanan, moment improvisé dans une cérémonie réglée à la seconde près: c’est le sommet de la pièce d’hier soir. Il est difficile de ne pas voir derrière ce coq un petit geste de défiance d’une ministre qui se sentait flouée. Même si pour ses détracteurs, Fadila Laanan, en intervenant ainsi, manque de tact et joue une carte très personnelle. En épilogue, Jean-Paul Belmondo, ne comprenant sans doute pas l’immense honneur qui lui était fait, aurait oublié son Coq de Crystal dans sa loge, il a fallu le lui porter au restaurant.

b
Ami lecteur, que retenir de cette belle pièce, qui ne sort pas du cerveau d’un dramaturge talentueux, mais bien des informations recoupées que j’ai pu recueillir à plusieurs sources ?
•    1) Que le cabinet Laanan n’avait pas préparé la cérémonie et surtout l’attribution de la fameuse médaille avec la rigueur nécessaire.
•    2) Que Didier Reynders voulait bien donner un coup de main mais que cela n’est pas gratuit.
•    3) Que l’organisateur évoluait en zone trouble en mélangeant relations publiques, culture et politique.
•    4) Que tout le monde voulait être sur la photo.
•    5) Qu’un grand acteur comme Jean-Paul Belmondo peut jouer dans une pièce, sans forcément tout comprendre.

Communales : des pré-accords à la pelle

Par Fabrice Grosfilley dans Autre , le 20 juin 2012 08h43 | 8 commentaires

imageglobe-20720580Etudier la formation des coalitions est un peu la spécialité du politologue Kris Deschouwer, professeur à la VUB (université flamande de Bruxelles),  qui  a déjà publié plusieurs ouvrages et articles sur le sujet. Sa dernière étude  porte sur les élections communales de 2006, elle est réalisée en commun avec Fanny Wille,  250 pages présentées hier au parlement flamand. Mais il devrait y avoir prochainement une traduction française, annonce la Libre Belgique de ce matin.

A

Qu’apprend-t-on dans cette étude ?

D’abord que les majorités absolues existent plus qu’on ne le pense. Dans 6 communes wallonnes sur 10,  les électeurs ont donné suffisamment de suffrages à une seule liste pour qu’elle puisse gérer la commune seule, sans passer aucun accord. Au total donc, 171 communes wallonnes connaissent des majorités absolues, et dans 110 de ces communes ce sont des listes locales qui se sont imposées, donc des listes qui ont pour dénomination « liste du bourgmestre », ou « liste d’intérêt communal », qui sont souvent des listes de cartel. On notera que ce phénomène concerne surtout les communes rurales, les majorités absolues sont beaucoup plus rares dans les grandes villes.

Deuxième enseignement, dans 3 communes sur 4 les différentes listes essayent de passer des accords pré-électoraux. Méthode de Kris Deschouwer et Fanny Wille pour arriver à cette conclusion : ils ont passé au crible la formation des majorités dans 10 communes flamandes et 10 communes wallonnes, et ont promis à leurs interlocuteurs que les entretiens resteraient anonymes. On ne connaît donc pas les 10 communes en question, ce qui a permis aux élus interrogés de parler un peu plus librement. Car si des préaccords existent, ils sont presque toujours tenus secrets.  Certains de ces arrangements sont conclus pour deux législatures, un gage de grande stabilité du paysage politique communal. Le plus souvent ces accords  prennent la forme d’un document écrit. On le dépose parfois devant un notaire expliquent  les 2 chercheurs, et il y a même des cas ou on prévoit une sanction financière pour le cas où un parti politique  ne respecterait pas ses engagements.

A

Pas 500 jours pour négocier

Les deux chercheurs mettent en avant que la conclusion de ces alliances locales obéit assez peu à une logique idéologique,  même si certains partis ont plus tendance à réclamer certains postes en rapport avec leur programme, et que ces préaccords ont quand même un avantage : cela évite d’avoir de trop longues discussions après les élections. Pour rappel vous allez voter le 14 octobre, les conseils communaux seront installés le 3 décembre, et pour les conseils provinciaux ce sera même le 26 octobre, donc 15 jours après l’élection. Au niveau communal on n’a pas 500 jours pour négocier.

Un rappel quand même : un préaccord, n’est qu’une manière pour les partis politiques de se rassurer. Ils se partagent le pouvoir à l’avance c’est vrai, parce qu’ils ont peur d’en être exclu. Mais le dernier mot revient toujours  à l’électeur. Le projet de coalition défini par un accord pré-électoral, qu’il soit officiel ou caché, déposé devant notaire ou pas, si les électeurs ne lui donnent pas la majorité, ce n’est qu’un bout de papier qu’on pourra déchirer. On peut rédiger tous les préaccords qu’on veut, le  bulletin de vote est le toujours plus fort.