Un ancien Premier ministre qui publie ses mémoires, c’est un événement. C’est d’autant plus un événement que Jean-Luc Dehaene a été au sommet de l’Etat pendant près de 30 ans : chef de cabinet dans les années 70, parlementaire dans les années 80, ministre à partir de 1988 et Premier ministre de 92 à 99. Et surtout c’est un événement parce que le démineur, comme on l’a souvent appelé, est un personnage ambigu. Capable de protéger un secret comme personne. Capable aussi de foncer dans le tas, et de dire ce qu’il pense sans langue de bois quand il en a envie. Tous les journalistes qui l’ont connu se remémoreront les deux facettes du personnage : courir derrière Jean-Luc Dehaene, qui ne se retourne même pas parce qu’il n’a pas envie de vous répondre, ou encaisser en plein milieu d’une conférence où il mélange allégrement français et néerlandais dans une seule et même phrase, une déclaration choc au moment où on ne s’y attend pas.
Avec ses mémoires Jean-Luc Dehaene n’écrit pas pour ne rien dire, ses lecteurs ne seront pas roulés. Plus de 950 pages, c’est dense, plein d’anecdotes et c’est du direct. Onze Jean-Luc n’écrit pas avec des gants, et le personnel politique en prend parfois pour son grade. Joëlle Milquet par exemple : « C’est une obsédée textuelle, elle peut devenir crispante pour ses partenaires de négociation »… Philippe Moureaux : « Il essaye toujours de déstabiliser ses adversaires. Il peut se montrer très brutal. » Didier Reynders : « Très intelligent, il en a conscience et ne manque pas une occasion de le faire sentir. Il est glacial et possède une bonne dose de cynisme. »
On l’imagine bien, Jean-Luc, grommelant avec un haussement d’épaules en écrivant ses lignes. Mais le terme écrire ce n’est pas tout à fait juste. Ce bouquin compile des prises de note : Jean-Luc Dehaene avait l’habitude de s’enregistrer avec un dictaphone (je l’ai vu faire). C’est sa secrétaire qui a retranscrit le tout.
Dans ce livre, Dehaene revient donc sur sa carrière politique, s’arrête sur ses années au 16, et regrette d’avoir accepté une mission de trop, celle de la présidence de Dexia. Mais l’essentiel est ailleurs. Longtemps on a pensé que le CVP, l’ancêtre du CD&V et le palais royal ne faisait qu’un. On se demandait qui instrumentalisait l’autre. Que Jean-Luc Dehaene, en bon CVP, était l’archétype du bon ministre proche de la monarchie qui jamais, au grand jamais ne trahirait la couronne.
Pourtant dans ses mémoires, c’est finalement sur ses relations avec le palais que Jean-Luc Dehaene nous en dit le plus. Dehaene était au pouvoir en 93 lors de la mort du roi Baudouin. C’est lui qui organise la succession et installe Albert II, conformément à la constitution. Nous lirons donc comment il a réuni le conseil des ministres et appelé Albert II pour lui dire que le gouvernement souhaitait le voir monter sur le trône et que l’hypothèse de confier le pouvoir à Philippe n’était pas celle qui était souhaitée. L’ancien Premier ministre écrit qu’à ce moment-là, Albert II a accepté la mission mais qu’il songeait à transmettre la couronne rapidement à son fils… Nous sommes 20 ans plus tard, la couronne n’est toujours pas transmise.
Autre petite révélation de l’ancien Premier, la façon dont sont rédigés les discours du roi, pour Noël ou pour le 21 juillet. C’est bien le palais et pas le Premier ministre qui écrit le texte, affirme Jean-Luc Dehaene, même si la constitution prévoit que toute déclaration doit être « couverte » par le gouvernement. « Je ne suis jamais intervenu », affirme-t-il, « le texte m’était soumis lors d’une audience. Je pouvais suggérer des changements, surtout sur des formulations qui pouvaient ouvrir des discussions ou des controverses politiques, mais pendant les 7 ans où j’ai été Premier ministre il n’y a jamais eu de grand débat ».
Et si Jean-Luc Dehaene rappelle dans ce livre qu’il est favorable à une monarchie purement protocolaire, il indique aussi clairement que cette idée n’est pas partagée par Albert II. Ça, mine de rien, c’est un petit scoop. Qui donne à penser qu’Albert II est bien plus soucieux de son rôle politique qu’on ne le pense. Qui prouve que les intentions du monde politique ne sont pas toujours celles du palais. Que le gouvernement et le roi se partagent le pouvoir, que cela créé des frottements, des luttes d’influence. On pouvait s’en douter, mais qu’un ancien Premier, même un peu bougon, l’écrive est une sacré confirmation.
Nous sommes désormais à 5 mois des élections communales, 152 jours exactement nous séparent du 14 octobre.
Ces dernières 48 heures les choses ont commencé à s’accélérer. On connaît désormais les têtes de liste pour à peu près tous les partis dans à peu près toutes les grandes communes. Et surtout on commence à avoir des listes complètes, l’occasion de remarquer quelques apparitions surprises, de découvrir qui fait son retour, ou au contraire qui a été gentiment poussé vers la sortie.
Hier par exemple le Parti Socialiste de Charleroi a dévoilé l’intégralité des 51 candidats. En tête de liste pas de surprise: Paul Magnette numéro 1, Françoise Daspremont numéro 2 et Eric Massin numéro 3. Cela indique bien qu’Eric Massin a toutes les chances d’être le bourgmestre faisant fonction si Paul Magnette conserve un maroquin ministériel. La surprise vient plutôt de la suite de la liste : Bernard Van Dyck, Phillipe Van Cauwenberghe (le fils de Jean-Claude) et Serge Beghin (ancien échevin se retrouvent en effet dans le top 10 alors qu’ils ont fait l’objet d’inculpation. Inculpé ne veut pas dire coupable, même si la règle au sein de la majorité carolo actuelle prévoit qu’on ne peut pas être échevin dès qu’on est sous le coup d’une inculpation. On notera que deux des personnalités qui avaient été très critiques avec la gestion socialiste du passé, Paul Ficheroulle et Ingrid Colicis ne figurent pas sur la liste, conformément à ce qu’ils avaient annoncé l’un et l’autre.
Autre liste d’un ténor, celle de Jean-Michel Javaux à Amay. Le Bourgmestre et ancien président d’Ecolo a dévoilé les 23 noms hier. Il y aura 12 petits nouveaux, moyenne d’âge 42 ans.
A Uccle en Région Bruxelloise, Armand De Decker avait présenté sa liste jeudi dernier, Didier Reynders y sera en dernière position. Ses concurrents du CDH ont dévoilé la leur hier. Céline Frémault qui est chef de groupe au parlement bruxellois sera tête de liste. La petite surprise réside dans l’absence de Stéphane De Lobkowicz. Cette personnalité bien connue des Ucclois est un transfuge des libéraux qui avait même été dans la course au maïorat en 2000 (à l’époque en guerre avec Eric André). Il était le chef de groupe du CDH à la commune et est donc purement et simplement écarté.
Autre absent des élections communales : Louis Michel. Il ne se présentera ni à Schaerbeek ni à Jodoigne. A Jodoigne c’est le bourgmestre actuel Jean Paul Wahl qui sera tête de liste. Louis Michel ne se présente pas car son fils Mathieu occupera la dernière place sur la liste.
Toujours au MR Isabelle Lissens a fait savoir qu’elle ne serait pas candidate à Huy. Elle avait pourtant été bourgmestre faisant fonction en 2008 en pleine tourmente Lizin, avant que le MR ne soit finalement renvoyé dans l’opposition. Elle claque finalement la porte du MR où elle ne s’estime plus écoutée.
Si vous picorez dans les journaux, vous trouverez encore beaucoup d’information sur les élections communales dans les prochains jours. Officiellement les candidats ont encore un peu de temps. Les listes doivent être déposées les 13 et 14 septembre pour la région wallonne, les 15 et 16 septembre en Région bruxelloise… vous ajoutez quelques jours pour les vérifications et les recours éventuels c’est le 24 septembre pour Bruxelles ou le 25 pour la région wallonne que toutes les listes seront définitivement arrêtées. Pour les lites sérieuses ce sera fait bien avant car l’essentiel de la campagne se jouera dès la rentrée de septembre. Les partis politiques et les candidats ont tout intérêt à avoir bouclé leurs listes avant de partir en vacances.
Je vais vous faire un aveu. Ce n’est pas facile d’être chroniqueur politique sur Bel RTL. Pas facile à 7h20 de vous expliquer ce qui se passe dans notre pays, théâtre politique. Quels en sont les acteurs, leurs pensées, leurs états d’âmes? Qui a quoi comme stratégie? Qui est allié avec qui? Alors que 70 minutes plus tard, juste après 8h30, débarque “Votez pour moi”…
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Ce matin je fais un peu « mon Caliméro ». Oui, c’est vraiment trop injuste. D’abord, André Lamy, Olivier Leborgne, Xavier Diskeuve, s’y mettent à trois alors que je ne peux compter que sur mon seul talent. Ensuite, ils ont comme première mission de faire rire, alors que je ne suis pas toujours de cette humeur-là. Enfin parce que les imitations , c’est la vie qui rebondit dans votre poste radio. Je vous offre une chronique en noir et blanc tandis que “Votez pour moi”, c’est du cinémascope en couleur.
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On ne le dit pas assez : les humoristes sont souvent parmi les meilleurs éditorialistes. Parce qu’ils font rire, vous font passer un bon moment, mais aussi parce que ce qu’ils vous disent est vrai, souvent très bien observé, magnifiquement décodé et retransmis. “Votez pour moi” vous a merveilleusement fait vivre de l’intérieur, la longue crise communautaire de l’année dernière. Les humoristes avaient même une longueur d’avance sur les journalistes. Sans images, sans photos, sans interviews, c’est finalement eux qui vous expliquaient le mieux ce qui se passait derrière les murs du château de Laeken. Quand les auteurs, c’est le cas de Xavier Diskeuve, sont de bonne foi et qu’ils sont bien informés et qu’ils ont du talent, il y a des moments ou la licence poétique se rapproche de la science politique.
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“Votez pour moi” a même fini par créer des personnages qui transcendent leurs modèles de la vie réelle. Ce personnage du roi par exemple, débonnaire, paternaliste, tranquille, plein de bon sens. Vous, comme moi, ne savez pas si Albert II est conforme à sa caricature sonore. Mais ça nous plait de l’imaginer ainsi, ce roi bon vivant qui nous ressemble et ramène les politiques à la raison. Mine de rien, si j’étais conseiller au palais, je penserais à décorer Lamy, Leborgne et Diskeuve parce qu’ils font sans doute plus pour la monarchie que toutes les campagnes de pub.
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“Votez pour moi” suit l’actualité de près, la plupart des sketches sont écrits le matin même ce qui permet d’être en phase avec l’air du temps. Il y a bien quelques dérapages, de petites vulgarités, mais on leur pardonne parce qu’ils nous font rire.
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Il faut se rappeler qu’il y a 5 ans la séquence n’existait pas. Jean Jacques Deleeuw, à l’époque patron de Bel RTL, a eu un coup de génie en voulant tester en Belgique francophone ce qui fait le succès des radios ou des télévisions françaises. A l’époque on doutait que la politique belge puisse fournir une matière suffisante, mais c’était oublier que les hommes et les femmes politique sont soumis à une très forte exposition médiatique et qu’ils sont devenus les vrais stars de la Belgique francophone, bien plus qu’Adamo, Eddy Merckx ou Justine Henin. Les gens du sport ou de la culture ont tendance à s’exiler à Paris ou Monaco quand les projecteurs deviennent puissants. Les politiques, par définition, sont condamnés à faire leur carrière à l’intérieur des frontières.
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En France, marier l’humour et la politique est une vieille tradition. Les chansonniers dès les années 60, des émissions mythiques, “L’oreille en coin” sur France inter, le “Bébête show” sur TF1 ou encore “Les guignols de l’info” sur Canal plus. Avec un danger: les humoristes peuvent parfois influer plus qu’ils ne le pensent sur le débat démocratique. Le “mangez des pommes” de la marionnette de Jacques Chirac a-t-il contribué à son élection ? La question reste ouverte.
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L’influence ne vient pas toute seule. Elle est la conséquence du talent et d’une analyse pertinente, et d’un humour qui reste de qualité. “Votez pour moi” c’est du rire fin, pas du rire gras. Cela tient à la qualité des auteurs : après André Dubus et Xavier Diskeuve, la plume de Vincent Pfeiffer, qu’on a pu apprécier dans Télé Moustique, sera aussi mise à contribution à la rentrée prochaine : c’est un “pool ” d’auteurs qui se met désormais en place.
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Je vous ai parlé de cinéma en couleur, c’est plutôt de la 3 D : drôle, didactique, démocrate. Quand on entend des ministres s’échanger des petites phrases, vouloir au sénat ou ailleurs faire soi-disant de l’esprit, et tomber dans des attaques populistes bas de gamme, c’est finalement la meilleur publicité qui existe. Messieurs les politiques, occupez-vous des débats de fonds. Pour l’humour et les petites phrases, laissez faire les professionnels.
C’est un vrai dérapage. Vous avez sûrement vu ou entendu Didier Reynders qui depuis la tribune du Sénat lâche « J’aurais pu aller à Molenbeek, cela aurait plus court pour aller à l’étranger. »
Le ministre des Affaires étrangères, agacé, répond ainsi à Philippe Moureaux, bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean qui vient de l’apostropher. Le matin Didier Reynders, sur la RTBF, a en effet comparé les routes wallonnes à celle d’Afghanistan. C’est blessant pour tous ceux qui entretiennent ces routes, mais les propos du Sénat sont encore d’une autre nature.
Alors je sais, certains lecteurs à l’humour gras vont trouver que je suis de nouveau un chantre du politiquement correct. Qu’on a bien le droit de rire un peu, que Didier Reynders, qui est connu pour son ironie et son sens de la répartie cinglante, n’a rien dit de méchant, et que surtout il y a un fond de vérité. Eh bien non!
Dire que Molenbeek c’est l’étranger, même sous forme d’une boutade, ce serait comme affirmer que tous les Carolos sont corrompus, que les habitants du centre sont chômeurs de père en fils, que tous les Liégeois sont toxicomanes, ou qu’à Uccle, la nouvelle commune de Didier Reynders, il n’y a que des gros bourgeois qui roulent en 4×4. C’est faux, c’est réducteur, c’est blessant. Il y a des blagues qu’on peut se permettre entre amis dans l’arrière-salle d’un café, pas à la tribune du Sénat. C’est au minimum une maladresse. Le problème c’est que quand on est ministre des Affaires étrangères on a justement pas le droit d’être maladroit.
Mais il y a pire encore. Dire que Molenbeek c’est l’étranger, c’est véhiculer une pensée primaire et raciste. En région bruxelloise, il y a un peu plus d’un million d’habitants, et à peu près 300 000 étrangers. Qu’est-ce qu’un étranger ? C’est un résident qui n’a pas la nationalité belge. Jetons un petit coup d’œil aux statistiques. En 2008, Molenbeek-Saint-Jean, la commune de Philippe Moureaux, 24,9% de la population était étrangère. En 2008, à Uccle, la commune de Didier Reynders, 26,8%. Si on rentre dans cette logique qui consiste à repousser les autres, Uccle est donc plus à l’étranger que Molenbeek.
Ces propos reposent sur une vision de la Belgique qui n’est pas basée sur la nationalité mais sur la culture, la religion, l’apparence. Cette petite phrase de Didier Reynders conforte tous ceux qui pensent que musulmans et Belges, ça ne fait pas bon ménage. Et bien si messieurs-dames, on peut être belge et musulman, belge et porter le foulard, belge et fréquenter une mosquée, belge et avoir la peau foncée, belge et ne s’appeler ni Van Hamme ni Mertens. Ceux qui prétendent le contraire sont simplement xénophobes, il n’y a pas d’autres mots. Il y a 60 ou 70 ans, il existait en Belgique des hommes politiques et des journalistes pour s’offusquer que les Italiens, qui arrivaient en masse pour travailler dans les mines, ne pourraient jamais s’intégrer. Qu’ils étaient bruyants, qu’ils provoquaient de l’insécurité, et que vraiment avec ce linge pendu aux fenêtres, on n’était plus chez nous en Wallonie. 60 ou 70 ans plus tard, c’est le même reflexe du repli sur soi. La petite phrase de Didier Reynders a au moins l’avantage de voir que le débat qui agite nos voisins français entre les deux tours de l’élection présidentielle, les démocrates peuvent-il reprendre les thèmes de Marine Le Pen, est un débat qui n’est pas absent chez nous. Tant qu’à faire, posons le franchement, et pas par l’intermédiaire de petites phrases subliminales. J’ai trop d’estime et de respect pour Didier Reynders pour penser que sa petite phrase soit intentionnelle. Je le connais assez pour décoder qu’en parlant de Molenbeek il veut surtout s’en prendre à son bourgmestre.
Mais soyons clairs, Monsieur le Ministre, cher Didier. Pensez-vous être un pur Nervien ? Vos ancêtres ne se sont jamais mélangés avec les Ménapiens, les passage des Romains, des Goths, des Ostrogoths, des Huns, des Espagnols, n’ont eu aucun impact ? La Belgique est une terre d’immigration. C’est sa situation géographique qui veut ça. On peut (on doit peut-être) tenter de la réguler, on ne peut pas rêver d’une frontière étanche sans tomber dans un système autoritaire.
Hier soir Didier Reynders a eu la sagesse de s’excuser, par l’intermédiaire d’une déclaration à l’agence Belga « si mes propos ont heurté je le regrette ». Ce sont des excuses du bout des lèvres, soit. Mais elles sont importantes. Il n’est jamais simple pour un homme publique de faire machine arrière. Etre capable de reconnaître qu’on a dérapé est une qualité. Il serait sain que ces excuses soient franches et réellement assumées. Personne ne disconvient que le ministre des Affaires étrangères est, en plus d’être d’une vive intelligence, un autenthique démocrate.
On a entendu ces derniers mois des mandataires tenir des propos bien plus ambigus que ceux de Didier Reynders. Eux ne se sont pas excusés. C’est ce qui fait la différence entre une maladresse, une phrase impulsive prononcée un peu trop vite, et un vrai positionnement xénophobe. La différence aussi entre les démagogues et un homme d’Etat.
C’est une petite claque infligée par les gardiens de prison à Annemie Turtelboom. Hier, en réunion du comité sectoriel de la Justice. On devait y discuter du fameux maintien des 393 agents pénitentiaire qu’on pensait un temps devoir supprimer. Autour de la table, des syndicats, des représentants de l’administration et le cabinet de la ministre de la Justice. Les syndicats demandaient d’avoir au préalable un état des lieux du personnel actuellement employé. Le document ne leur pas été transmis, ils ont donc boudé la réunion.
Un désaveu
“La ministre a refusé de s’engager par écrit alors qu’il y a eu un accord au kern. Elle ne respecte pas le protocole du dialogue social”, soulignait un secrétaire permanent de la CSC. En clair, les organisations syndicales n’ont plus confiance dans la parole de leur ministre, elles veulent des documents écrits. La prochaine réunion est fixée au 16 mai, un contretemps fâcheux quand on connaît l’atmosphère qui règne chez les gardiens de prison.
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Turtelboom, un nom qui revient bien souvent
En parallèle, Annemie Turtelboom doit désormais faire face à une fronde des avocats. Les barreaux francophones ont décidé de suspendre les consultations prodéo jusqu’à nouvel ordre. Ces consultations d’aide juridique sont celles qui permettent à ceux qui n’ont pas les moyens de se le payer d’avoir quand même l’assistance d’un avocat. C’est ensuite l’Etat qui rembourse. Le problème, c’est que l’état paye de moins en moins cher et des plus en plus tard. La rémunération se fait forme d’un système de point, le point vaut aujourd’hui 24 euros et 3 centimes, il était à près de 27 euros il y a deux ans. L’Ordre des avocats déplore “que la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, ne respecte pas les engagements pris par son prédécesseur, Stefaan De Clerck, qui s’était engagé à maintenir voire à augmenter la valeur du point“.
Il faut oser employer le mot, ce n’est pas d’une suspension dont on parle, mais bien d’une grève. Grève des gardiens de prison. Vous ajoutez les polémiques sur l’organisation des permanences Salduz. Ou un article du standard hier matin qui affirmait que rien n’avançait en matière de sécurité au palais de justice de Bruxelles, et vous allez finir par trouver que le nom d’Annemie Turtelboom revient un peu trop souvent dans l’actualité.
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Ministre de la Justice, un mandat empoisonné?
Soyons honnête, ministre de la Justice en Belgique, c’est un job compliqué. On y est régulièrement mis sur la sellette. Le secteur a été sous-financé et il existe une hyper sensibilité des Belges et de leurs médias à tout ce qui touche la justice depuis l’affaire Dutroux. Le problème c’est qu’Annemie Turtelboom semble appliquer la même méthode à la plupart des dossiers difficiles. Ne pas affronter ses interlocuteurs, envoyer ses collaborateurs aux réunions, laisser trainer les débats, faire le gros dos face aux critiques et finalement laisser pourrir le dossier. Derrière Annemie Turtelboom, il y a un peu de Margareth Thatcher. Un caractère qui paraitra de la détermination pour ses supporters libéraux, un dédain, ou même un manque d’humanité pour ses adversaires.
Annemie Turtelboom devrait se méfier. Ancienne ministre de l’Intérieur avant d’officier à la Justice (et donc très identifiée comme étant liée aux questions de sécurité) et candidate aux élections communales à Anvers, elle est devenue la concurrente numéro 1 de Bart De Wever et fait donc office de femme à abattre. Dans cette optique, il est logique qu’elle se profile à droite. Si ses dossiers dérapent trop, ce ne sera plus un positionnement stratégique, mais une faiblesse managériale qui sera pointée du doigt.
Cela commence dimanche soir. Guy Verhofstadt se félicite de la victoire de François Hollande. “Nicolas Sarkozy est un homme énergique qui a mis son énergie au service de positionnements sur la crise de la zone euro ainsi que sur Schengen particulièrement décevants (…). Avec François Hollande “s’ouvrent de nouvelles perspectives pour la gouvernance économique de la zone euro”. Je vous le traduis : la politique européenne de Sarkozy me donne des boutons, c’est un soulagement. Guy Verhofstadt avait déjà appelé à voter pour François Bayrou au premier tour. Au parlement européen, il s’était même publiquement interrogé : « Qui est le candidat de l’extrême droite ? Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy ? ». La question avait déclenché un tollé. Au second tour, Verhofstadt n’avait donc pas changé d’avis. Quand on souhaite une Europe intégrée et la libre circulation des personnes, mieux vaut un président de gauche plutôt qu’un nouveau quinquennat de Nicolas Sarkozy.
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Didier Reynders irrité
Alors bien-sûr Guy Verhofstadt n’est pas n’importe qui. Notre ancien Premier ministre est aujourd’hui le chef du groupe libéral au parlement européen. Tous ses alliés là-bas n’apprécient pas ses prises de position. Et même en Belgique, un libéral flamand qui soutient Hollande ça fait tousser. C’est Francis Van De Woestyne dans la Libre Belgique qui rapporte l’anecdote. Lundi, au bureau du mouvement réformateur, Didier Reynders aurait sonné une charge particulièrement sévère contre Guy Verhofstadt. « Que veut-il Guy Verhofstadt ? Il se tire une balle dans le pied, le MR ne doit pas se laisser entraîner dans cette spirale », confie un participant à la réunion qui souligne que Didier Reynders a été applaudi.
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Main dans la main il y a quelques années
Pour ceux qui ont un peu de mémoire Didier Reynders et Guy Verhofstadt ont pourtant usé et abusé de leur proximité. En 2007 par exemple, celui qui était alors le président du mouvement réformateur et celui qui était Premier ministre sortant avaient lancé une campagne électorale avec des moments communs. MR-VLD même combat. Reynders allait avec l’open VLD en Flandre, Verhofstadt venait soutenir le liégeois en Wallonie. On était sur la même longueur d’onde. A l’époque, les bleus du sud acclamaient le bleu du nord. Aujourd’hui, c’est celui qui le critique qu’on applaudit.
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Des divergences certaines
Parler d’un divorce est peut être excessif, mais il y a donc clairement des divergences, et ce sont des divergences de fond. Guy Verhofstadt a comme priorité le renforcement de l’union européenne. Il souhaite obtenir un gouvernement économique de la zone euro et la création d’euro-obligations. Didier Reynders y est également favorable, mais à la différence de Guy Verhofstadt cela ne l’empêche pas de dormir de ne pas les obtenir.
Verhofstadt ne s’occupe que d’Europe, Reynders a toujours les pieds en Belgique.
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Les sondages mauvais, les libéraux discrets
Les libéraux francophones sont-ils pour autant réellement mis à contre-pied ? Si vous avez suivi la campagne française vous aurez noté que le MR a été prudent, et même un peu distant avec le président français sortant. En meeting, seuls Denis Ducarme et Alain Destexhe se sont réellement déplacés pour aller soutenir Sarkozy. Les ténors du parti sont restés discrets, et plus la campagne avançait, plus les sondages étaient mauvais, plus leur discrétion était visible. Dimanche soir, Charles Michel a même publié un communiqué où il saluait « avec fair-play » la victoire du candidat socialiste « Je respecte le choix des Français », écrivait-il. Les libéraux francophones n’ont pas mouillé leur chemise pour Sarko. Ils reprochent à Verhostadt d’avoir été nettement plus engagé. La prudence est l’inverse du panache.
Dexia c’est un peu comme Fortis dans les années 2008-2009. Le nom d’une banque qui revient régulièrement à la une de l’actualité. Quand une banque est en difficulté, soit on la laisse mourir, mais alors bonjour les dégâts, soit on demande l’intervention de l’État. Quand les pros de la finance se brûlent avec les allumettes, le gouvernement fédéral joue aux pompiers. Résultat : la gestion de ces banques, au lieu de se retrouver dans les seules pages économiques de l’Echo de la bourse, se voit désormais discutée au plus haut niveau de l’État. Au gouvernement, et donc fatalement aussi au parlement, ce qui implique une certaine publicité, et comme les sommes sont colossales, et que c’est le contribuable qui risque de payer un jour l’addition, tout le monde est finalement concerné. Je ne suis pas un grand spécialiste de la finance, et mes pouvoirs divinatoires sont limités faute de boule de cristal, mais je crois pouvoir vous affirmer sans prendre trop de risques qu’on reparlera souvent de Dexia. b
Hier, le Conseil des ministres restreint a donc désigné un homme, Karel De Boeck pour devenir le nouveau patron de Dexia (petite parenthèse : Karel De Boeck a travaillé pour Fortis). Mercredi, il commencera par être nommé administrateur. Ce sera la première étape avant de pouvoir le nommer président de DCL, la filiale française de Dexia, et puis, au plus tard le 30 juin, administrateur délégué du groupe Dexia en remplacement de Pierre Mariani. Ça, ce sont les intentions du gouvernement belge. Il faudra pour les réaliser passer par un accord avec les Français, et Steven Vanackere a d’ailleurs regretté ce matin sur la VRT qu’on ne sache pas mieux tenir sa langue côté belge (implicitement visé Vincent Van Quickenborne qui a accordé des interviews sur la question hier soir). Si c’est un Belge qui remplace Mariani, administrateur délégué, il faudra un Français pour remplacer Dehaene, président du conseil d’administration. La première négociation politique aura donc lieu soit avec François Hollande, soit avec le nouveau ministre des Finances côté français, dont on devrait connaître le nom le 16 ou 17 mai. b
Deuxième décision très politique et très symbolique : quels seront les niveaux de rémunération des dirigeants? On parle ce matin de 600 000 euros par an pour Karel De Boeck, c’est trois fois le salaire du Premier ministre. C’est vous dire combien ceux qui prétendaient plafonner la rémunération de tous les dirigeants d’entreprises publiques au niveau du Premier étaient sérieux. Question subsidiaire sur ce chapitre : accorde-t-on une prime de départ à Pierre Mariani? Là non plus, la question n’est pas réglée. b
Troisième grosse question politique: faut-il recapitaliser Dexia? On rappelle qu’on parle de la banque résiduaire, celle qui a conservé les créances douteuses. La banque courante, celle de monsieur et madame tout le monde, s’appelle désormais Belfius et n’est pas concernée. Pour Dexia donc, l’État belge a consenti une garantie de 54 milliards d’euros. Comme la banque n’est pas en grande forme la question est de savoir s’il ne faut pas la recapitaliser pour éviter d’avoir un jour à activer la garantie. Avec un stress important pour les ministres: recapitaliser une fois ça va, mais s’il faut le faire tous les ans, bonjour les dégâts. b
Selon un ancien employé du groupe qui a publié un livre sur la question, l’état doit se préparer à injecter 2 milliards par an pour maintenir la banque à flot. b
D’un autre côté, mettre la banque en faillite et activer les garanties serait tout aussi catastrophique. Pour un professeur d’économie français, Éric Dor, cela représente 15% de notre produit intérieur brut, il faudrait que la Belgique emprunte, et cela mettrait la solvabilité du pays en danger. En clair la Belgique ressemblerait alors à la Grèce. Si vous avez aimé Fortis, vous allez aimer Dexia. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais en 2009, c’est sur l’affaire Fortis qu’Yves Leterme avait présenté sa démission.
L’interview est parue alors qu’on célébrait la journée de la liberté de la presse. Sans doute que Bart De Wever n’avait pas cette symbolique en tête lorsqu’il a accordé son entretien au site apache.be, un site flamand d’information.
“Les médias ont un problème gigantesque. Même les chiens n’y croient plus. Ils pensent qu’ils dirigent la vie publique, mais ils se trompent complétement. S’ils sortaient un peu ils s’en rendraient compte”. Cette interview se déroule dans le cadre d’une conférence dont le titre est « les médias, un danger pour la politique ». Le président de la N-VA, à qui on doit reconnaître qu’il est adepte du franc-parler, n’y va pas par 4 chemins. “On entend souvent les journalistes dire aux politiques que leur crédibilité ne vaut plus grand chose, mais moi je dis aux médias que leur crédibilité est plus faible encore”. Et Bart De Wever de s’offusquer que les journalistes le suivent littéralement jusqu’aux toilettes. “Qui peut trouver ça normal ?”, demande-t-il. Mais Bart De Wever ne dénonce pas qu’une dérive “sensationnaliste” de la presse, il affirme aussi que les journalistes sont de gauche alors que le Flamand moyen est de droite. La presse serait donc en complet décalage avec la réalité du terrain et le président de la N-VA affirme que tout le monde pense comme lui mais que les autres hommes politiques préfèrent se taire tellement les médias leur font peur. Et que bien sûr, l’autorégulation des médias par les médias ne vaut rien.
Ça c’est pour la dénonciation générale. On trouvera également dans cet entretien un règlement de compte personnel. Il vise un journaliste très connu en Flandre, Luc Van Der Keulen, l’éditorialiste du Laatste Nieuws. “Ce type, même avec la meilleure volonté du monde on ne pas dire que c’est un journaliste. C’est un activiste pur-sang”.
Bon. Voici une sortie de Bart De Wever comme il y en a déjà eu et comme il y en aura encore. Mais elle mérite qu’on s’y arrête. Parce que ce discours est un exemple parfait des ressorts du populisme.
1. D’abord, on globalise: les journalistes, tous les mêmes, tous dans le même sac.
2. Ensuite, on disqualifie: les journalistes, sont tous de gauche (pour la N-VA, être de gauche est une tare), on ne peut pas leur faire confiance, ils ont des agendas cachés.
3. Ensuite, et là c’est le cœur du discours populiste : on oppose le peuple aux élites et c’est forcément le peule qui a raison.
4. Et enfin le petit plus électoral : la victimisation. Bart De Wever a donc forcément bien du courage pour prendre un tel risque et oser affronter cette pieuvre maléfique que sont les médias. Encore un peu, et on ajouterait que la pieuvre est aux mains de forces occultes et de puissances étrangères et on se retrouve dans les années 30.
Puisque c’était hier la journée de la liberté de la presse, vous permettrez la liberté d’une petite digression. Bart De Wever n’est pas le seul à utiliser ces ressorts. En Belgique, en France, il y a d’autres élus qui stigmatisent la presse, qui accusent les journalistes d’avoir des intentions cachées. Avec, parfois, des dérapages flagrants. Voici deux exemples français. Jean-Luc Mélenchon, à gauche, qui accuse une équipe du petit journal de Canal Plus de travailler pour le FN.
J’entends d’ici les réactions que je vais provoquer, et soupire à l’avance des interventions qui seront postées dans la partie commentaires en dessous de cet article. Je vais être accusé de corporatisme, d’arrogance, de privilégié qui défend les acquis d’une caste. Pour les plus virulents, je serai ce journaliste donneur de leçons qui profite de sa position et met ses maigres connaissances et son pauvre talent au service des puissants, un valet du pouvoir. Je serai pathétique, ringard, ridicule. Je ne dis donc pas que les journalistes sont vertueux à tous les coups, ou que nous détenons la vérité quoiqu’il arrive, ni même que nous ne trompons rarement. Je dis juste que la presse est indispensable à l’exercice de la démocratie. Que c’est le rôle des journalistes de pouvoir être critiques avec un élu. Et que quand j’entends un homme politique attaquer les médias, les journalistes ou un confrère en particulier, il y a toujours une petite lumière rouge qui s’allume. Et surtout, j’espère qu’elle ne s’allume pas que chez moi.
En ce qui concerne Bart D Wever, on se rappellera que c’est sa participation à un jeu télévisé qui lui a permis de devenir l’homme le plus populaire de Flandre. Je ne sais pas si vous avez remarqué: quand un homme politique est en phase ascendante, quand la presse lui est favorable, il est rare qu’il dénonce les médias. Quand il est en difficulté, c’est beaucoup plus courant.
Discours intégral de Charles Michel, président…par MRTV-be. Si vous avez suivi les reportages TV du 1er mai, il ya sans doute quelque chose qui vous a frappé. Ce sont les images inhabituelles du président du MR Charles Michel qui paraissait au milieu de la foule. Traditionnellement les discours se font à une tribune, derrière un pupitre. Le plus souvent l’orateur est nettement surélevé et il fait face à la salle. Derrière lui les conseillers en communication profitent de l’arrière-plan pour faire passer un message dans les couleurs dominantes du parti (un logo, un slogan). Le pupitre lui-même est utilisé de la même manière, et on ajoute de temps à autre un bouquet de fleurs. Ce 1er mai, Charles Michel était bien sur une tribune mais on retrouvait derrière lui une série de têtes plus ou moins connues. Les mandataires du parti ainsi que 6 militants (ceux dont on parle dans la pub du parti) avaient pris place derrière lui. Cela s’est déjà fait, mais c’est relativement rare. Surtout Charles Miche était à la même hauteur que son « public » ou presque. Ce n’est pas anodin. Ce dispositif permet « d’humaniser » l’orateur, de la placer au même niveau que la foule et induit un fort sentiment de proximité pour celui qui le regarde. En d’autres termes on abolit la distance entre l’orateur et le spectateur, mais avec un effet secondaire puisqu’on « désacralise » la parole politique. La mise en scène, que l’on doit au directeur de la communication et ancien journaliste Frédéric Cauderlier, est directement inspirée des dispositifs de la télévision. On a pensé aux cameramen et aux photographes en organisant ce meeting, alors qu’autrefois c’est le confort du militant assis dans la salle qui était privilégié.
En adoptant ce dispositif le MR revient clairement dans la course à l’image et à la modernité, ce qui est primordial pour un parti politique qui souhaite jouer les premiers rôles. Sur le fond il faut rapprocher ce nouveau dispositif de la campagne lancée dans la presse écrite à l’occasion du premier mai. L’utilisation de militants « lambda » désignés par leur prénom et une courte description (profession, âge, localité) est la déclinaison presse écrite de ce nouveau positionnement. Si vous vous rappelez de l’émission « face aux belges » présentée par Pascal Vrebos vous trouverez un certain nombre de points communs. Si vous suivez ce qui se fait en France ou aux Etats-Unis vous noterez qu’il y a moyen d’aller encore plus loin : être réellement au milieu de la salle, devant des spectateurs anonymes et non plus des mandataires, supprimer le pupitre, etc… Le mouvement réformateur, qui a pris les conseils de l’agence Shake, une agence de communication qui travaille entre autres avec Petercam ou BNP Paribas, est donc, si je décode bien, en train de travailler à l’humanisation de son programme. Un travail de proximité (« nous sommes avec vous, dans la vraie vie ») qui semble être la nouvelle signature du parti et qui devrait nous accompagner sans doute jusqu’aux communales.
Si on compare les dispositifs utilisés lors du 1er mai par le parti socialiste, ils étaient plus classiques. Rappelons un point important cependant : le MR concentre ses forces sur un seul meeting alors que les socialistes sont présents dans chaque province. Si l’on veut comparer il vaut mieux prendre le congrès de lancement de la campagne communale. Vous noterez la frise de personnage qui permet là aussi d’humaniser le discours. Le fait d’avoir une silhouette blanche permet sans doute une identification plus facile du spectateur qu’un visage précis.
Enfin jetons un oeil au meeting du CDH, deux jours plus tôt. Sur scène le dispositif paraît sans nouveauté, mais on notera l’utilisation de prompteurs, là aussi un emprunt à la télévision ou aux campagnes françaises. C’est dans la salle que le CDH a le plus innové la semaine dernière, avec abondance de ballons et de drapeaux oranges. On notera aussi que les personnalités n’avaient pas été regroupées au premier rang mais disséminées dans la salle. Les liégeois entre eux, les luxembourgeois dans un autre secteur, etc… un découpage géographique qui permettait de regrouper les troupes et de placer chaque chef de file en position.
NB : toutes les vidéos et photos de cette page sont tirés du site des partis respectifs.
Longtemps on a considéré que l’électorat gay était exclusivement à gauche. C’est peut-être en train de changer. Ce soir, les libéraux bruxellois vont en effet tenter un grand coup en direction de cette « communauté » avec une soirée Chez Maman, un cabaret plutôt fréquenté par la communauté homosexuelle, « gai friendly » comme on dit dans les guides. Travestis, transformistes, on boit un verre en écoutant des vieux tubes revisités. Il n’est pas impossible que des libéraux flamands soient également présents pour cette soirée bleue, une soirée qui se veut en fait un prélude à la gay pride (nom officiel Belgian Pride, programmée le 12 mai). Au-delà de l’aspect festif, les libéraux annoncent également un débat sur l’homophobie et le « gaybashing », les agressions qui visent spécifiquement les homosexuels. b
Les libéraux ne sont pas les premiers à investir cet électorat. Depuis la fin des années 90, il existe un groupe homo au sein du parti Ecolo « Ecolo Nous Prend Homo », un groupe qui se réunit tous les deux mois et qui essaye de peser tant sur le programme que sur le travail des parlementaires écologistes. Le Parti Socialiste est également très présent sur ce terrain et ses parlementaires ont été très impliqués dans un certain nombre de législations favorables aux homosexuels, on pense au mariage entre deux personnes du même sexe par exemple.
b L’arrivée des libéraux sur ce terrain indique deux choses. La première, c’est la montée en puissance de ce qu’on pourrait appeler une « communauté gay et lesbienne » (j’utilise des guillemets car je trouve le terme communauté inapproprié et réducteur, il ne rend pas assez compte de la liberté individuelle, il y a tant de façons de vivre sa sexualité). Il y a à Bruxelles un certain nombre de bars, d’hôtels qui vivent, économiquement parlant, de cette communauté. C’est un phénomène connu dans toutes les grandes villes d’Europe. Je n’ai pas trouvé de chiffres précis sur Bruxelles, mais à Paris on estime qu’entre 4 et 10% de la population serait homosexuelle. Vous comprenez qu’il y a là un réservoir de voix non négligeable.
b Deuxième élément, l’évolution interne de cette « communauté ». En y allant à la grosse louche, mais vous trouverez des études universitaires sérieuses et plus nuancées sur la question, autrefois les homosexuels se vivaient comme une minorité, celle-ci devait lutter pour obtenir sa reconnaissance et un certain nombre de droits, elle était clairement militante et engagée à gauche (Act Up en est l’archétype). Les partis conservateurs insistaient d’ailleurs tellement fortement sur la notion de famille qu’ils étaient vécus comme un repoussoir. Cette perception a évolué. Aujourd’hui, moins sujets aux discriminations, les gays deviendraient plus individualistes. Une communauté moins organisée, moins collective et donc plus ouverte à différentes tendances politiques. Bref, le pluralisme est en train de gagner les milieux gays et du coup les homosexuels deviennent un enjeu électoral. La prochaine fois qu’on vous dira que Charles Michel dîne chez Maman, vous saurez que ce n’est pas forcément à Jodoigne.