Philippe Moureaux force le débat interne au Parti Socialiste

Par Fabrice Grosfilley dans ps , le 24 mai 2012 09h00 | Ajouter un commentaire

moureauxblog

Ce n’étaient jusqu’ici que des bruits de couloirs, des interrogations qu’on formule dans des discussions informelles ou lors de diners en ville. Hier les états d’âme des troupes socialistes sont devenus visibles et donc « officiels ».  Cela se passe dans De Morgen, quotidien flamand, quelques témoignages anonymes,  autant dire pas  grand-chose,  autour d’une communication cafouilleuse sur ce déplacement en ligne commerciale alors qu’un airbus de la défense était à disposition. L’article rapporte surtout une intervention remarquée de Philippe Moureaux,  toujours vice-président du PS (même s’il a passé la main à Rudy Vervoort en région bruxelloise).  Philippe Moureaux estime que le PS a du mal à exister  « notre parti se retranche derrière la politique du gouvernement et ça ne va pas » dit-il, comprenez que le parti socialiste devrait défendre davantage ses positions sur la place publique et faire comprendre que ce que décide le gouvernement est une chose, ce que veulent les socialistes en est une autre. En clair que le gouvernement fait des compromis, alors que le PS voudrait une politique plus à gauche.

La difficulté c’est évidemment de tenir un tel discours sans paraître critiquer celui qui est chargé de faire la synthèse. Exister plus, c’est revendiquer plus. Se démarquer du gouvernement, c’est forcément se démarquer d’Elio Di Rupo. Le problème c’est  -1-que l’homme est réellement populaire, -2- qu’une critique mal dosée risque d’envenimer les discussions au sein de la majorité et donc d’affaiblir le « patron naturel » du PS.

Ce problème d’existence d’un parti quand il compte dans ses rangs le premier ministre n’est pas neuf. C’est toujours difficile de mener une action partisane  quand on  a enfilé le costume d’arbitre.  Tout  premier ministre éprouve naturellement  une forme de  schizophrénie à  diriger à la fois officiellement  une majorité et officieusement  un parti politique qui en est membre. Si on se rappelle de Guy Verhofstadt par exemple, entre 99 et 2007, il a testé plusieurs formules : confier les clefs du parti à Karel De Gucht, puis redevenir lui -même président de parti et cumuler les deux fonctions, avant de mettre à la présidence Dirk Sterckx, puis Bart Sommers. Du temps d’Yves Leterme, pas beaucoup plus simple.  Pendant les 3 années où il est premier ministre le CD&V aura eu comme présidents successivement Jo Vandeurzen, Etienne Schouppe, Wouter Beker, Marianne Thyssen pour finalement revenir à Wouter Beke.

Un premier ministre fort  s’accompagne forcément d’un président de parti faible. Les socialistes francophones découvrent ce que les partis flamands ont expérimenté  avant eux.

Revenons à Philippe Moureaux. Le fait de s’exprimer dans la presse a évidemment du sens. Faire des déclarations sur la place publique c’est une manière de forcer  le débat en interne et prendre la responsabilité d’enclencher la machine à commentaires. Moureaux a le franc-parler nécessaire, mais aussi , sans doute ; la volonté d’infléchir le cours des choses en adressant un signal aux électeurs avant les élections d’octobre : nous sommes plus progressistes que le gouvernement de « centre centre ».  Dire que le PS n’est pas suffisamment audible, implicitement, même si Philippe Moureaux s’en défend, c’est nous dire aussi  que Thierry Giet manque de coffre. Ce n’est pas la personnalité du président par intérim qui est en question c’est sa puissance médiatique. Tant que Laurette Onkelinx (après tout c’est aussi à elle d’incarner le discours PS au sein de la majorité fédérale) voudra afficher sa proximité avec Elio Di Rupo les socialistes manqueront d’un porte-voix au fédéral. Comme du côté libéral Didier Reynders et Charles Michel ont décidé de ne pas épargner le premier ministre et qu’ils  sont, eux, des surdoués de la com, le débat paraît déséquilibré et les socialistes sortent perdants.

En confirmant cette analyse Philippe Moureaux lance donc le débat de la présidentielle socialiste. Faut-il oui ou non que le PS se dote d’un président fort, par exemple en organisant une véritable élection après les élections communales. Si la réponse est oui, deux personnalités s’imposent : Elio Di Rupo, il est pris, et Laurette Onkelinx. On peut citer les noms de Rudy Demotte, de Paul  Magnette ou de Jean-Claude Marcourt, mais ils sont moins évidents.  Jusqu’à présent Laurette Onkelinx n’était pas candidate. En créant des remous, certains de ses camarades sont peut-être en train de lui forcer la main, à moins qu’ils ne lui facilitent la tâche. La question de savoir si on peut être à la  fois vice-premier et président de parti  ne devrait pas tarder à ressurgir.

La “constitution flamande” avance doucement mais surement

Par Fabrice Grosfilley dans communautaire , le 23 mai 2012 09h35 | 15 commentaires

constitutionblogC’est un texte qui ne devrait pas faire beaucoup de vagues au Nord du pays, mais qui risque d’être perçu au Sud comme une sorte de camouflet. Officiellement le document s’appelle « Charte pour la Flandre », ce n’est pas tout à fait une constitution mais on s’en rapproche. Le document est présenté comme une « étape » avant d’aller vers une véritable constitution. Aujourd’hui ce texte intermédiaire sera donc présenté au parlement flamand par les  partis de la majorité flamande : le CD&V de Kris Peeters, le SP-A, le parti socialiste flamand, et la N-VA, le parti de Bart De Wever qui est représenté au sein du gouvernement flamand par le très flamand Geert Bourgeois.

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En deux parties

On ne connaît pas le contenu du document, il sera dévoilé à 13H30, mais l’invitation envoyée à la presse parle de la Flandre comme d’une société ouverte et on trouve dans ces quelques lignes de présentation les mots : liberté, égalité, justice, tolérance, et responsabilité. Le document devrait se présenter en deux parties: d’un côté l’organisation du gouvernement flamand, de l’autre les droits des citoyens flamands. Il fera aussi référence à la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne.

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“Signal politique fort”

Puisqu’il ne s’agit pas encore d’une constitution faut-il réellement s’en inquiéter ? Oui et non. Non parce que ce document est une étape intermédiaire, Kris Peeters avait annoncé dans son discours du 11 juillet 2010, il y a déjà deux ans, son souhait d’aller vers une charte flamande. Il estime qu’il est temps de réunir dans un seul et même texte des principes qu’on retrouve actuellement dans la constitution belge et dans  les lois spéciales qui organisent la vie politique des régions. Il n’y a pas là matière à s’offusquer.

Oui en revanche, il faut bien se poser des questions sur la portée symbolique du  texte. Il s’agit bien d’un pas vers une constitution flamande, c’est écrit en toutes lettres, or il ne peut y en avoir qu’une par pays. On sera très attentifs aux termes qui seront employés ce midi, si on  écrit que la Flandre est une « entité fédérée », on reste dans le système actuel, si on parle d’un « Etat fédéré », on  pose un pas officiel vers le confédéralisme. Les organisateurs de la conférence de presse parlent d’ailleurs, histoire d’appâter le journaliste sans doute, d’un « signal politique fort » et reconnaissent que leur projet de charte aura des conséquences juridiques.

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Fierté et inquiétude…

Ce soir ou demain on peut donc s’attendre à de la fierté, côté flamand, et à de l’inquiétude côté francophone,  sans oublier quelques cris d’horreur du côté des constitutionnalistes. De notre position d’observateur, on  notera surtout le moment choisi : quelques jours avant que ne commencent les travaux sur la réforme de l’Etat au parlement fédéral, où pour l’instant tout se passe dans un calme relatif. Comme si le CD&V, branche fédérale, montrait qu’il obtient des résultats avec les francophones de la majorité papillon. Mais que le CD&V, branche flamande, rappelait dans le même temps qu’il travaillait aussi à la Flandre de demain. Et que ça, il le fait main dans la main avec la N-VA.

L’Empereur d’Ostende et les brutus…

Par Fabrice Grosfilley dans affaires , le 22 mai 2012 09h44 | 2 commentaires

Tout est dans le titre. « L’Empereur d’Ostende » est un ouvrage à charge. Il détaille comment Johan Vande Lanotte dirigerait, en sous-main mais avec une poigne de fer, la ville d’Ostende.  Les deux  auteurs sont des journalistes de la VRT qui ont écrit l’ouvrage sur le temps libre (oui il y a des rédactions ou certains journalistes ont suffisamment de temps libre pour écrire un bouquin).

Entre la ville d’Ostende  et le vice-premier ministre  existe une longue histoire d’amour. Johan Vande Lanotte qui est avocat de formation a travaillé pour la ville, un premier boulot entre 78 et 81,il  a alors 23 ans, et puis en 1995, alors qu’il est ministre de l’intérieur, il devient conseiller communal. Un siège qu’il n’a jamais quitté.  Dans le milieu politique tout le monde sait  que Johan Vande Lanotte suit de près les dossiers d’Ostende. C’est pour cela qu’il a demandé à être ministre  de l’économie, des consommateurs et de la mer du nord. Tout le monde sait aussi que c’est un fan de Basket et qu’il est le président du club de basket d’Ostende. Selon ces deux journalistes cela irait en fait beaucoup plus loin. Johan Vande Lanotte a aussi présidé, entre 2007 et 2010, la période où il n’était pas ministre, la société Electrawinds, qui a obtenu le droit d’exploiter des éoliennes en mer du nord.  Le permis d’exploiter, qui vient d’être délivré  n’a pas été signé par Johan Vande Lanotte mais par Melchior Wathelet, secrétaire d’état à l’énergie. Pour les auteurs du livre, c’est la preuve d’un conflit d’intérêt.

Les deux journalistes d’enchainer les exemples. Il y aurait des réunions informelles  menées par Vande Lanotte au cours desquelles le bourgmestre aurait juste le droit de parler quand Johan le veut bien. Des contrats de sponsoring pour le basket qui serait douteux. Bref quand vous lisez le bouquin vous avez le sentiment d’un glissement de terrain : tout ce qu’on a pu reprocher aux élus de Charleroi on pourrait aussi le reprocher à Johan Vande Lanotte. Mais halte là. Hier Johan Vande Lanottte a adressé un courir à un certain nombre de journalistes flamands. Pas un petit courrier. Vingt pages pour démonter les accusations de ses détracteurs. Selon cette lettre Johan Vande Lanotte aurait pointé 65 informations fausses ou insuffisamment nuancées.  Johan Vande Lanotte dénonce l’absence de preuves de ce qui est avancé. “De nombreuses déclarations sont manifestement incorrectes. D’autres déclarations sont simplement des insinuations pour manipuler l’opinion publique. »  Ce livre c’est  ”comme un blog de Dedecker”.     Là on est dans la politique communale. Jean-Marie Dedecker, le tribun populiste est aussi d’Ostende et  donc un concurrent direct Johan Vande Lanotte. Dans le bouquin on trouve à la page remerciements le nom d’ un certain Ignace Vandewalle, collaborateur de Jean-Marie Dedecker. Et Johan Vande Lanotte d’affirmer que certains témoignages ont été directement collectés par la liste Dedecker pour être ensuite repris par les journalistes en question.

Que retenir d’une polémique qui pourrait semblée locale ? Que Johan Vande Lanotte est donc suffisamment embarrassé par le bouquin pour lancer une contre-offensive mais sans aller jusqu’à déposer plainte. Et on notera que si c’est mauvais pour son image au niveau fédéral, c’est tout bon pour le local : le livre démontre que le ministre n’oublie pas de servir les intérêts de sa commune.

A la VRT on est finalement mal à l’aise. On pensait avoir l’enquête du Watergate,  solide argumentée, avec des informations recoupées, on se retrouve potentiellement avec un livre sulfureux, dont on se demande s’il ne tient pas plus de la charge politique que du travail journalistique. Quand les journalistes commencent  à faire campagne ils ne sont plus journalistes. Les deux confrères de la VRT sont donc suspendus de reportage jusqu’à nouvel ordre, le temps que le conseil de déontologie fasse le tri et qu’on détermine s’il l’Empereur d’Ostende est un vrai travail d’enquête, ou une compilation d’attaques politiques.

Le parti pirate à l’abordage des communales

Par Fabrice Grosfilley dans communales , le 21 mai 2012 08h34 | 5 commentaires

pirateblog

Le parti pirate n’est pas tout à fait inconnu en Belgique. Cette petite formation avait présenté des candidats en 2010 dans la circonscription Bruxelles-Hal-Vilvorde. La liste avait obtenu 2200 voix, 0,26% des suffrages. Anecdotique ou presque.

Cette fois-ci le parti pirate version 2012 vise les communales et espère  profiter du succès des partis frères. Il existe en effet des partis pirates à peu près dans toute l’Europe. Lors des dernières élections régionales, le parti pirate allemand a ainsi obtenu plus de 8% dans le Schelwig-Holstein, plus de 7% dans la Sarre ou dans la Rhénanie du Nord, ce qui lui a permis de décrocher une vingtaine de députés.

En Suède, là où le mouvement a été lancé en 2006, le parti pirate a obtenu 7% lors des dernières élections européennes, ce qui lui a permis d’envoyer deux élus au parlement européen. L’idéologie du parti pirate est effectivement centrée sur internet : son programme demande la réforme des législations sur le droit d’auteur, la fin des brevets sur les logiciels et les êtres vivants et une meilleure protection de la vie privée des internautes.

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Pas de programme

La semaine dernière le parti pirate de Belgique a donc annoncé qu’il devrait être présent aux prochaines élections provinciales dans la plupart des provinces. Le parti devrait également monter des listes dans une série de grandes villes : Bruxelles, Liège, Namur, Charleroi. Il  possède également des militants assez bien implantés à Schaerbeek, et on trouve côté francophone, quelques anciens membres du CDH aux commandes.

Quel est l’intérêt de monter des listes aux élections communales pour ce type de parti, c’est quand même une question qu’on peut se poser. Les questions de droits d’auteur ou de sécurité informatique sont débattues au parlement fédéral, éventuellement certains aspects au niveau de la fédération Wallonie-Bruxelles, mais au niveau communal, le parti pirate semble à priori hors sujet. Ses militants contournent la difficulté en indiquant qu’il s’agit pour eux de lancer une démarche. On met en avant un projet de société, basé sur la jeunesse et la libre circulation de l’information. Le parti pirate reconnaît d’ailleurs ouvertement qu’il n’a pas de programme, c’est donc aux citoyens de l’écrire, et cette formation politique voudrait fonctionner comme fonctionne internet : sous la forme d’un réseau qui s’étend et pas sous la forme d’une pyramide ou les idées vont de haut en bas. C’est sympathique, mais évidemment on risque fort de vous promettre la baisse des impôts pour tout le monde, sans jamais vous dire où on ira compenser la diminution des recettes.

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Candidat au “vote sanction”

Puisqu’il n’a pas vocation à diriger les communes, le parti pirate s’offre une répétition avant les élections de 2014. Là, avec des européennes, des législatives et des régionales en même temps, il y aura un véritable enjeu pour peser sur les problématiques que les pirates entendent porter.  Il ne faut  pas sous-estimer cette formation. D’abord parce que ses scores à l’étranger montrent que la démarche intéresse un certain électorat. Ensuite parce que le parti pirate est typiquement ce type de formation susceptible de capter un vote de rejet. Un parti anti-système, comme peuvent l’être des formations d’extrême droite ou d’extrême gauche. On sent bien qu’entre le PTB, le rassemblement Wallonie-France, et le Parti Populaire, il y a sans doute la place en Belgique pour une nouvelle formation politique qui ne soit pas liée aux 4 grands partis traditionnels. Le parti pirate, peut, comme ces formations, incarner un positionnement idéologique original et spécifique. Comme ces formations également, il devra compter sur un vote sanction pour capter une audience plus large que les seules thématiques qu’il porte, et la compétition risque d’être rude.

La difficulté pour ce genre de partis est d’atteindre le seuil critique qui lui permettra d’exister médiatiquement et électoralement. En 2010,outre le parti pirate sur Bruxelles-Hal-Vilvorde il y avait aussi les listes  “Egalité”, “Parti Populaire” ou “Pro-Bruxelles”.  Quelques années plus tôt on avait eu droit à velorution, BUB  ou trèfle. Ces listes n’ont jamais percé. Le Parti Populaire a bénéficié d’un siège par la magie de l’apparentement, mais le divorce entre Mishail Modrikamen et Laurent Louis  condamne le PP à repartir de zéro.

Cette “campagne des petits” n’est pas sans intérêt.  Historiquement, le Rassemblement Wallon, ou la Volksunie par exemple, se sont déployés de la même manière : en dehors des structures traditionnelles et en portant un projet spécifique. Cela ne les a pas empêchés, même s’ils ont disparu, d’influencer durablement notre système politique. Quitte à ce que les pirates, en intégrant l’une ou l’autre formation, ne deviennent corsaires…

Opération vérité sur le salaire des ministres: Hollande fait-il mieux que Di Rupo?

Par Fabrice Grosfilley dans budget , le 18 mai 2012 10h05 | 7 commentaires

comparaison

Les ministres belges sont-ils désormais mieux payés que les ministres français ? C’est ce que laissait entendre les journaux de 20 heures hier côté français. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a décidé, c’était une mesure promise par François Hollande, de diminuer sensiblement le traitement des membres du nouveau gouvernement : - 30% pour tous les ministres.

Nicolas Sarkozy et François Fillon touchaient un salaire brut mensuel de 21 000 euros. Pour Hollande et Ayrault ce sera 14 000 euros. Pour les “simples” ministres on passe à 9 940 euros à la place de 14 000 pour l’équipe précédente.

Peut-on dire que le salaire des français est plus bas que celui de leur collègue belge? Hier soir les télévisions françaises l’affirmaient. J’avoue que je ne suis pas tout à fait sûr que cela soit vrai et que l’information est difficile à certifier.

En Belgique le gouvernement Di Rupo a aussi raboté le salaire des membres de gouvernement de 5% lorsqu’il est entré en fonction. Ce rabais a été partiellement mangé par l’indexation. Le Premier ministre et les vices-Premiers touchent aujourd’hui 17 500 euros mensuels brut. Vous retirez les cotisations, les impôts, vous ajoutez les primes, vous arrivez à 11 250 euros net environ d’après un calcul du CRISP (10 900 euros pour un “simple” ministre). Est-ce qu’on peut dire que les ministres belges sont mieux payés que les français? Franchement ce n’est pas certain. Le niveau de taxation n’est le même. Sur un salaire français il faut retirer 30% pour connaître la différence entre le brut et le net. Il n’est pas impossible qu’en brut les Belges soient mieux payés, mais qu’en net, ce soit finalement à peu près la même chose. J’ai bien peur que les confrères qui titrent sur “Les ministres belges les mieux payés d’Europe” n’aillent un peu vite en besogne… On sait depuis longtemps que les hommes politiques ne sont pas motivé par le seul appât du gain, et heureusement. Que la plupart d’entre eux gagnent bien plus quand ils quittent l’arène politique et que la rémunération des dirigeants n’est qu’une demi-goutte d’eau dans l’océan des dépenses publiques (que pèse un ministre, même bien payé, face à 100 000 enseignants, infirmières ou policiers ?) La vérité est que le gouvernement Hollande est déjà en campagne pour les élections législatives et que nous sommes ici dans une habile opération de communication, dans le symbole, pas dans l’efficacité budgétaire. Sarkozy s’était grassement augmenté, Hollande assume la cure d’austérité, c’est toute la différence.

On rappellera qu’il existe en Belgique comme en France, des chefs d’entreprises, des joueurs de foot, des artistes, des médecins ou même des avocats qui sont nettement mieux payés que les ministres.

A cette question des salaires il faut bien sûr ajouter le prestige de la fonction et les avantages matériels. Etre ministre de la République cela implique d’avoir du personnel à sa disposition, un chauffeur, du personnel de maison, des gardes du corps. Des escortes aussi pour se déplacer. En Belgique on se limite à un chauffeur et un employé de maison. Etre ministre c’est aussi avoir un appartement de fonction. En Belgique cela se limite souvent à une chambre et une douche au dernier étage du cabinet ministériel, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’un appartement dans les beaux quartiers de Paris.

On aurait tort de limiter la comparaison à la France. Car depuis deux ans c’est bien l’ensemble des pays européens, qui, crise oblige, ont revu les rémunérations de leurs dirigeants à la baisse. A chaque fois il s’agit d’un signe fort adressé à l’opinion publique, sur le mode “c’est la crise, vous vous serrez la ceinture, nous aussi”. Les Britanniques ont aussi diminué le salaire de leurs ministres de 5%, l’italien Mario Monti a renoncé à ses émoluments de président du Conseil (mais il a gardé son traitement de sénateur), les Espagnols et les Irlandais ont amputé leur salaire de 15%. Il n’y a qu’en Allemagne que les salaires des ministres ont augmenté.

Autre mesure adoptée hier par le gouvernement Hollande : une charte de déontologie qui interdit notamment un certain nombre de cumuls. Déjà rédigée et déjà signée par les ministres. Coté belge, un projet de commission de déontologie existe. Elle devrait être installée au parlement pour pouvoir contrôler les parlementaires et les ministres sur ces questions. Le projet est dans l’accord de gouvernement, il devrait faire partie des textes qui seront votés cet été.

Il en va des salaires, comme de l’éthique : le gouvernement Di Rupo peut se féliciter d’avoir été parmi les premiers à y penser. Les intentions belges sont bonnes, mais les confrères français vont plus vite et plus loin.

La compil de Dehaene découvre (un peu) la couronne

Par Fabrice Grosfilley dans monarchie , le 16 mai 2012 09h45 | 4 commentaires

memoires

Un ancien Premier ministre qui publie ses mémoires, c’est un événement. C’est d’autant plus un événement que Jean-Luc Dehaene a été au sommet de l’Etat pendant près de 30 ans : chef de cabinet dans les années 70, parlementaire dans les années 80, ministre à partir de 1988 et Premier ministre de 92 à 99. Et surtout c’est un événement parce que le démineur, comme on l’a souvent appelé, est un personnage ambigu. Capable de protéger un secret comme personne. Capable aussi de foncer dans le tas, et de dire ce qu’il pense sans langue de bois quand il en a envie. Tous les journalistes qui l’ont connu se remémoreront les deux facettes du personnage : courir derrière Jean-Luc Dehaene, qui ne se retourne même pas parce qu’il n’a pas envie de vous répondre, ou encaisser en plein milieu d’une conférence où il mélange allégrement français et néerlandais dans une seule et même phrase, une déclaration choc au moment où on ne s’y attend pas.

Avec ses mémoires Jean-Luc Dehaene n’écrit pas pour ne rien dire, ses lecteurs ne seront pas roulés. Plus de 950 pages, c’est dense, plein d’anecdotes et c’est du direct. Onze Jean-Luc n’écrit pas avec des gants, et le personnel politique en prend parfois pour son grade. Joëlle Milquet par exemple : « C’est une obsédée textuelle, elle peut devenir crispante pour ses partenaires de négociation »… Philippe Moureaux : « Il essaye toujours de déstabiliser ses adversaires. Il peut se montrer très brutal. » Didier Reynders : « Très intelligent, il en a conscience et ne manque pas une occasion de le faire sentir. Il est glacial et possède une bonne dose de cynisme. »

On l’imagine bien, Jean-Luc, grommelant avec un haussement d’épaules en écrivant ses lignes. Mais le terme écrire ce n’est pas tout à fait juste. Ce bouquin compile des prises de note : Jean-Luc Dehaene avait l’habitude de s’enregistrer avec un dictaphone (je l’ai vu faire). C’est sa secrétaire qui a retranscrit le tout.

Dans ce livre, Dehaene revient donc sur sa carrière politique, s’arrête sur ses années au 16, et regrette d’avoir accepté une mission de trop, celle de la présidence de Dexia. Mais l’essentiel est ailleurs. Longtemps on a pensé que le CVP, l’ancêtre du CD&V et le palais royal ne faisait qu’un. On se demandait qui instrumentalisait l’autre. Que Jean-Luc Dehaene, en bon CVP, était l’archétype du bon ministre proche de la monarchie qui jamais, au grand jamais ne trahirait la couronne.

Pourtant dans ses mémoires, c’est finalement sur ses relations avec le palais que Jean-Luc Dehaene nous en dit le plus. Dehaene était au pouvoir en 93 lors de la mort du roi Baudouin. C’est lui qui organise la succession et installe Albert II, conformément à la constitution. Nous lirons donc comment il a réuni le conseil des ministres et appelé Albert II pour lui dire que le gouvernement souhaitait le voir monter sur le trône et que l’hypothèse de confier le pouvoir à Philippe n’était pas celle qui était souhaitée. L’ancien Premier ministre écrit qu’à ce moment-là, Albert II a accepté la mission mais qu’il songeait à transmettre la couronne rapidement à son fils… Nous sommes 20 ans plus tard, la couronne n’est toujours pas transmise.

Autre petite révélation de l’ancien Premier, la façon dont sont rédigés les discours du roi, pour Noël ou pour le 21 juillet. C’est bien le palais et pas le Premier ministre qui écrit le texte, affirme Jean-Luc Dehaene, même si la constitution prévoit que toute déclaration doit être « couverte » par le gouvernement. « Je ne suis jamais intervenu », affirme-t-il, « le texte m’était soumis lors d’une audience. Je pouvais suggérer des changements, surtout sur des formulations qui pouvaient ouvrir des discussions ou des controverses politiques, mais pendant les 7 ans où j’ai été Premier ministre il n’y a jamais eu de grand débat ».

Et si Jean-Luc Dehaene rappelle dans ce livre qu’il est favorable à une monarchie purement protocolaire, il indique aussi clairement que cette idée n’est pas partagée par Albert II. Ça, mine de rien, c’est un petit scoop. Qui donne à penser qu’Albert II est bien plus soucieux de son rôle politique qu’on ne le pense. Qui prouve que les intentions du monde politique ne sont pas toujours celles du palais. Que le gouvernement et le roi se partagent le pouvoir, que cela créé des frottements, des luttes d’influence. On pouvait s’en douter, mais qu’un ancien Premier, même un peu bougon, l’écrive est une sacré confirmation.

Magnette, Javaux, De Decker et Fremault déposent leurs listes. C’est la sortie pour Ficheroule, Michel, Lissens, De Lobkowicz…

Par Fabrice Grosfilley dans communales , le 15 mai 2012 11h34 | Un commentaire>

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Nous sommes désormais à 5 mois des élections communales, 152 jours exactement nous séparent du 14 octobre.

Ces dernières 48 heures les choses ont commencé à s’accélérer. On connaît désormais les têtes de liste pour à peu près tous les partis dans à peu près toutes les grandes communes. Et surtout on commence à avoir des listes complètes, l’occasion de remarquer quelques apparitions surprises, de découvrir qui fait son retour, ou au contraire qui a été gentiment poussé vers la sortie.

Hier par exemple le Parti Socialiste de Charleroi a dévoilé l’intégralité des 51 candidats. En tête de liste pas de surprise: Paul Magnette numéro 1, Françoise Daspremont numéro 2 et Eric Massin numéro 3. Cela indique bien qu’Eric Massin a toutes les chances d’être le bourgmestre faisant fonction si Paul Magnette conserve un maroquin ministériel. La surprise vient plutôt de la suite de la liste : Bernard Van Dyck, Phillipe Van Cauwenberghe (le fils de Jean-Claude) et Serge Beghin (ancien échevin se retrouvent en effet dans le top 10 alors qu’ils ont fait l’objet d’inculpation. Inculpé ne veut pas dire coupable, même si la règle au sein de la majorité carolo actuelle prévoit qu’on ne peut pas être échevin dès qu’on est sous le coup d’une inculpation. On notera que deux des personnalités qui avaient été très critiques avec la gestion socialiste du passé, Paul Ficheroulle et Ingrid Colicis ne figurent pas sur la liste, conformément à ce qu’ils avaient annoncé l’un et l’autre.

Autre liste d’un ténor, celle de Jean-Michel Javaux à Amay. Le Bourgmestre et ancien président d’Ecolo a dévoilé les 23 noms hier. Il y aura 12 petits nouveaux, moyenne d’âge 42 ans.

A Uccle en Région Bruxelloise, Armand De Decker avait présenté sa liste jeudi dernier, Didier Reynders y sera en dernière position. Ses concurrents du CDH ont dévoilé la leur hier. Céline Frémault qui est chef de groupe au parlement bruxellois sera tête de liste. La petite surprise réside dans l’absence de Stéphane De Lobkowicz. Cette personnalité bien connue des Ucclois est un transfuge des libéraux qui avait même été dans la course au maïorat en 2000 (à l’époque en guerre avec Eric André). Il était le chef de groupe du CDH à la commune et est donc purement et simplement écarté.

Autre absent des élections communales : Louis Michel. Il ne se présentera ni à Schaerbeek ni à Jodoigne. A Jodoigne c’est le bourgmestre actuel Jean Paul Wahl qui sera tête de liste. Louis Michel ne se présente pas car son fils Mathieu occupera la dernière place sur la liste.

Toujours au MR Isabelle Lissens a fait savoir qu’elle ne serait pas candidate à Huy. Elle avait pourtant été bourgmestre faisant fonction en 2008 en pleine tourmente Lizin, avant que le MR ne soit finalement renvoyé dans l’opposition. Elle claque finalement la porte du MR où elle ne s’estime plus écoutée.

Si vous picorez dans les journaux, vous trouverez encore beaucoup d’information sur les élections communales dans les prochains jours. Officiellement les candidats ont encore un peu de temps. Les listes doivent être déposées les 13 et 14 septembre pour la région wallonne, les 15 et 16 septembre en Région bruxelloise… vous ajoutez quelques jours pour les vérifications et les recours éventuels c’est le 24 septembre pour Bruxelles ou le 25 pour la région wallonne que toutes les listes seront définitivement arrêtées. Pour les lites sérieuses ce sera fait bien avant car l’essentiel de la campagne se jouera dès la rentrée de septembre. Les partis politiques et les candidats ont tout intérêt à avoir bouclé leurs listes avant de partir en vacances.

“Votez pour moi” : 5 ans que les humoristes font aussi bien que les éditorialistes

Par Fabrice Grosfilley dans anecdote , le 14 mai 2012 09h40 | 2 commentaires

votezpourmoi

Je vais vous faire un aveu. Ce n’est pas facile d’être chroniqueur politique sur Bel RTL. Pas facile à 7h20 de vous expliquer ce qui se passe dans notre pays, théâtre politique. Quels en sont les acteurs, leurs pensées, leurs états d’âmes? Qui a quoi comme stratégie? Qui est allié avec qui?   Alors que 70 minutes plus tard, juste après 8h30,  débarque “Votez pour moi”…

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Ce matin je fais un  peu « mon Caliméro ». Oui, c’est vraiment trop injuste. D’abord, André Lamy, Olivier Leborgne, Xavier Diskeuve, s’y mettent à trois alors que je ne peux compter que sur mon seul talent. Ensuite, ils ont comme première mission de faire rire, alors que je ne suis pas toujours de cette humeur-là.  Enfin parce que les imitations , c’est la vie qui rebondit dans votre poste radio. Je vous offre une chronique en noir et blanc  tandis que “Votez pour moi”, c’est du cinémascope en couleur.

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On ne le dit pas assez : les humoristes sont souvent  parmi les meilleurs éditorialistes. Parce qu’ils font rire, vous font passer un bon moment, mais aussi parce que ce qu’ils vous disent est vrai, souvent très bien observé, magnifiquement décodé et retransmis. “Votez pour moi” vous a merveilleusement fait vivre de l’intérieur, la longue crise communautaire de l’année dernière. Les humoristes avaient même une longueur d’avance sur les journalistes. Sans images, sans photos, sans interviews, c’est finalement eux qui vous expliquaient le mieux ce qui se passait derrière les murs du château de Laeken. Quand les auteurs, c’est le cas de Xavier Diskeuve, sont de bonne foi et qu’ils sont bien informés et qu’ils ont du talent, il y a des moments ou la licence poétique  se rapproche de la science politique.

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“Votez pour moi” a même fini par créer des personnages qui transcendent leurs modèles de la vie réelle. Ce personnage du roi par exemple, débonnaire, paternaliste, tranquille,  plein de bon sens. Vous, comme moi,  ne savez pas si Albert II est conforme à sa caricature sonore. Mais ça nous plait de l’imaginer ainsi, ce roi bon vivant qui nous ressemble et ramène les politiques à la raison. Mine de rien, si j’étais conseiller au palais, je penserais à décorer Lamy, Leborgne et Diskeuve  parce qu’ils font sans doute plus pour la monarchie que toutes les campagnes de pub.

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“Votez pour moi” suit l’actualité de près, la plupart des sketches sont écrits le matin même ce qui permet d’être en phase avec l’air du temps. Il y a bien quelques dérapages, de petites vulgarités, mais on leur pardonne parce qu’ils nous font rire.

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Il faut se rappeler qu’il y a 5 ans la séquence n’existait pas. Jean Jacques Deleeuw, à l’époque patron de Bel RTL,  a eu un coup de génie en voulant  tester en Belgique francophone ce qui fait le succès des radios  ou des télévisions françaises. A l’époque on doutait que la politique belge puisse fournir une matière suffisante, mais c’était oublier que les hommes et les femmes politique sont soumis à une très forte exposition médiatique et qu’ils sont devenus les vrais stars de la Belgique francophone, bien plus qu’Adamo, Eddy Merckx ou Justine Henin. Les gens du sport ou de la culture ont tendance à s’exiler à Paris ou Monaco quand les projecteurs deviennent puissants. Les politiques, par définition, sont condamnés à faire leur carrière  à l’intérieur des frontières.

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En France, marier l’humour et la politique est une vieille tradition. Les chansonniers dès les années 60, des émissions mythiques, “L’oreille en coin” sur France inter, le “Bébête show” sur TF1 ou encore “Les guignols de l’info” sur Canal plus. Avec un danger: les humoristes peuvent parfois influer plus qu’ils ne le pensent sur le débat démocratique. Le  “mangez des pommes” de la marionnette de Jacques  Chirac a-t-il  contribué à son élection ? La question reste ouverte.

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L’influence ne vient pas toute seule. Elle est la conséquence du talent et d’une analyse pertinente, et d’un humour qui reste de qualité. “Votez pour moi” c’est du rire fin, pas du rire gras. Cela tient à la qualité des auteurs : après André Dubus et Xavier Diskeuve, la plume de Vincent Pfeiffer, qu’on a pu apprécier dans Télé Moustique, sera aussi mise à contribution à la rentrée prochaine : c’est un “pool ” d’auteurs qui se met désormais en place.

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Je vous ai parlé  de cinéma en couleur, c’est plutôt de la 3 D : drôle, didactique, démocrate. Quand on entend des ministres s’échanger des petites phrases, vouloir au sénat ou ailleurs faire soi-disant de l’esprit, et tomber dans des attaques populistes bas de gamme, c’est finalement la meilleur publicité qui existe. Messieurs les politiques, occupez-vous des débats de fonds. Pour l’humour et les petites phrases, laissez faire les professionnels.

Didier Reynders : humour douteux, excuses heureuses

Par Fabrice Grosfilley dans chambre, mr , le 11 mai 2012 09h12 | 38 commentaires

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C’est un  vrai dérapage.  Vous avez sûrement vu ou entendu Didier Reynders qui depuis la tribune du Sénat lâche « J’aurais pu aller à Molenbeek, cela aurait plus court pour aller à l’étranger. »

Le ministre des Affaires étrangères, agacé, répond ainsi à Philippe Moureaux, bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean qui vient de l’apostropher. Le matin Didier Reynders, sur la RTBF, a en effet comparé les routes wallonnes à celle d’Afghanistan. C’est blessant pour tous ceux qui entretiennent ces routes, mais les propos du Sénat sont encore d’une autre nature.

Alors je sais, certains lecteurs à l’humour gras vont trouver que je suis de nouveau un chantre du politiquement correct. Qu’on a bien le droit de rire un peu, que Didier Reynders, qui est connu pour son ironie et son sens de la répartie cinglante, n’a rien dit de méchant, et que surtout il y a un fond de vérité. Eh bien non!

Dire que Molenbeek c’est l’étranger, même sous forme d’une boutade, ce serait comme affirmer que tous les Carolos sont corrompus, que les habitants du centre sont chômeurs de père en fils, que tous les Liégeois sont toxicomanes, ou qu’à Uccle, la nouvelle commune de Didier Reynders, il n’y a que des gros bourgeois qui roulent en 4×4. C’est faux, c’est réducteur, c’est blessant.  Il y a des blagues qu’on peut se permettre entre amis dans l’arrière-salle d’un café, pas à la tribune du Sénat.  C’est au minimum une maladresse. Le problème c’est que quand on est ministre des Affaires étrangères on a justement pas le droit d’être maladroit.

Mais il y a pire encore. Dire que Molenbeek c’est l’étranger, c’est véhiculer une pensée primaire et raciste.  En région bruxelloise, il y a un peu plus d’un million d’habitants, et à peu près 300 000 étrangers. Qu’est-ce qu’un étranger ? C’est un résident qui n’a pas la nationalité belge.  Jetons un petit coup d’œil aux statistiques.  En 2008, Molenbeek-Saint-Jean, la commune de Philippe Moureaux, 24,9% de la population était étrangère. En 2008, à Uccle, la commune de Didier Reynders,  26,8%. Si on rentre dans cette logique qui consiste à repousser les autres, Uccle est donc plus à l’étranger que Molenbeek.

Ces propos reposent sur une vision de la Belgique qui n’est pas basée sur la nationalité mais sur la culture, la religion, l’apparence. Cette petite phrase de Didier Reynders conforte tous ceux qui pensent que musulmans et Belges, ça ne fait pas bon ménage. Et bien si messieurs-dames, on peut être belge et musulman, belge et porter le foulard, belge et fréquenter une mosquée, belge et avoir la peau foncée, belge et ne s’appeler ni Van Hamme ni Mertens. Ceux qui prétendent le contraire sont simplement xénophobes, il n’y a pas d’autres mots.  Il y a 60 ou 70 ans, il existait en Belgique des hommes politiques et des journalistes pour s’offusquer que les Italiens, qui arrivaient en masse pour travailler dans les mines, ne pourraient jamais s’intégrer. Qu’ils étaient bruyants, qu’ils provoquaient de l’insécurité, et que vraiment avec ce linge pendu aux fenêtres, on n’était plus chez nous en Wallonie. 60 ou 70 ans plus tard, c’est le même  reflexe du repli sur soi. La petite phrase de Didier Reynders a au moins l’avantage de voir que le débat qui agite nos voisins français entre les deux tours de l’élection présidentielle, les  démocrates peuvent-il reprendre les thèmes de Marine Le Pen, est un débat qui n’est pas absent chez nous. Tant qu’à faire, posons le  franchement, et pas par l’intermédiaire de petites phrases subliminales. J’ai trop d’estime et de respect  pour Didier Reynders pour penser que sa petite phrase soit intentionnelle. Je le connais assez pour décoder qu’en parlant de Molenbeek il veut surtout s’en prendre à son bourgmestre.

Mais soyons clairs, Monsieur le Ministre, cher Didier.  Pensez-vous être un pur Nervien ? Vos ancêtres ne se sont jamais mélangés avec les Ménapiens, les passage des Romains, des Goths, des Ostrogoths, des Huns, des Espagnols, n’ont eu aucun impact ?  La Belgique est une terre d’immigration. C’est sa situation géographique qui veut ça. On peut (on doit peut-être) tenter  de la réguler, on ne peut pas rêver d’une frontière étanche sans tomber dans un système autoritaire.

Hier soir Didier Reynders a eu la sagesse de s’excuser, par l’intermédiaire d’une déclaration à l’agence Belga « si  mes propos ont heurté je le regrette ». Ce sont des excuses du bout des lèvres, soit. Mais elles sont importantes.  Il n’est jamais simple pour un homme publique de faire machine arrière. Etre capable de reconnaître qu’on a dérapé est une qualité. Il serait sain que ces excuses soient franches et réellement assumées. Personne ne disconvient que le ministre des Affaires étrangères est, en plus d’être d’une vive intelligence, un autenthique démocrate.

On a entendu ces derniers mois des mandataires  tenir des propos  bien plus ambigus que ceux de Didier Reynders. Eux ne se sont pas excusés.  C’est ce qui fait la différence entre une maladresse, une phrase impulsive prononcée un peu trop vite, et un vrai positionnement xénophobe.  La différence aussi  entre les démagogues et un homme d’Etat.

Annemie Turtelboom est-elle devenue le maillon faible ?

Par Fabrice Grosfilley dans fédéral , le 10 mai 2012 14h22 | Un commentaire>

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C’est une petite claque infligée par les gardiens de prison à Annemie Turtelboom. Hier, en réunion du comité sectoriel de la Justice. On devait y discuter du fameux maintien des 393 agents pénitentiaire qu’on pensait un temps devoir supprimer. Autour de la table, des syndicats, des représentants de l’administration et le cabinet de la ministre de la Justice. Les syndicats demandaient d’avoir au préalable un état des lieux du personnel actuellement employé. Le document ne leur pas été transmis, ils ont donc boudé la réunion.


Un désaveu

La ministre a refusé de s’engager par écrit alors qu’il y a eu un accord au kern. Elle ne respecte pas le protocole du dialogue social”, soulignait un secrétaire permanent de la CSC. En clair, les organisations syndicales n’ont plus confiance dans la parole de leur ministre, elles veulent des documents écrits. La prochaine réunion est fixée au 16 mai, un contretemps fâcheux quand on connaît l’atmosphère qui règne chez les gardiens de prison.

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Turtelboom, un nom qui revient bien souvent

En parallèle, Annemie Turtelboom doit désormais faire face à une fronde des avocats. Les barreaux francophones ont décidé de suspendre les consultations prodéo jusqu’à nouvel ordre. Ces consultations d’aide juridique sont celles qui permettent à ceux qui n’ont pas les moyens de se le payer d’avoir quand même l’assistance d’un avocat. C’est ensuite l’Etat qui rembourse. Le problème, c’est que l’état paye de moins en moins cher et des plus en plus tard. La rémunération se fait forme d’un système de point, le point vaut aujourd’hui 24 euros et 3 centimes, il était à près de 27 euros il y a deux ans.  L’Ordre des avocats déplore “que la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, ne respecte pas les engagements pris par son prédécesseur, Stefaan De Clerck, qui s’était engagé à maintenir voire à augmenter la valeur du point“.

Il faut oser employer le mot, ce n’est pas d’une suspension dont on parle, mais bien d’une grève. Grève des gardiens de prison. Vous ajoutez les polémiques sur l’organisation des permanences Salduz. Ou un article du standard hier matin qui affirmait que rien n’avançait en matière de sécurité au palais de justice de Bruxelles, et vous allez finir par trouver que le nom d’Annemie Turtelboom revient un peu trop souvent dans l’actualité.

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Ministre de la Justice, un mandat empoisonné?

Soyons honnête, ministre de la Justice en Belgique, c’est un job compliqué. On y est régulièrement mis sur la sellette. Le secteur a été sous-financé et il existe une hyper sensibilité des Belges et de leurs médias à tout ce qui touche la justice depuis l’affaire Dutroux. Le problème c’est qu’Annemie Turtelboom semble appliquer la même méthode à la plupart des dossiers difficiles. Ne pas affronter ses interlocuteurs, envoyer ses collaborateurs aux réunions, laisser trainer les débats, faire le gros dos face aux critiques et finalement laisser pourrir le dossier. Derrière Annemie Turtelboom, il y a un peu de Margareth Thatcher. Un caractère qui paraitra de la détermination pour ses supporters libéraux, un dédain, ou même  un manque d’humanité pour ses adversaires.

Annemie Turtelboom devrait se méfier. Ancienne ministre de l’Intérieur avant d’officier à la Justice (et donc très identifiée comme étant liée aux questions de sécurité)  et candidate aux élections communales à Anvers, elle est devenue la concurrente numéro 1 de Bart De Wever et fait donc office de femme à abattre. Dans cette optique, il est logique qu’elle se profile à droite. Si ses dossiers dérapent trop, ce ne sera plus un positionnement stratégique, mais une faiblesse managériale qui sera pointée du doigt.